Où donc est passé le peuple ?

(Avec en fin de papier: petit test rapide pour identifier un « populiste)


Au commencement, le peuple créa les droits et les devoirs.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit des peuples se mouvait au-dessus des eaux.
Le peuple dit : Que les lumières soient ! Et les lumières furent.
Le peuple vit que les lumières étaient bonnes.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

Le peuple dit : qu’il y ait une étendue entre les pouvoirs, et qu’elle sépare les pouvoirs d’avec les pouvoirs. Et le peuple fit le pouvoir exécutif, et il sépara le pouvoir législatif du pouvoir judiciaire. Le peuple vit que cela était bon.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour.

Le peuple dit : qu’il y ait des luminaires dans l’étendue du ciel, pour éclairer la terre. Le peuple fit la science pour présider au jour, et les médias pour présider à la nuit, et pour séparer les lumières d’avec les ténèbres.
Le peuple vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le troisième jour.

Le peuple acheva au quatrième jour son œuvre, qu’il avait faite : et il se reposa au quatrième jour de toute son œuvre, qu’il avait faite.


C’est ainsi que chacun put à sa juste mesure exercer le pouvoir qui lui était accordé, que le législatif posait les règles, que l’exécutif les mettait en œuvre, que le judiciaire tranchait lorsque les règles n’étaient point tenues, et que la science et les médias éclairaient le tout de leurs lumières. Chaque homme et chaque femme du peuple accédait à l’une ou l’autre fonction selon des règles connues, et en fonction du pouvoir qui seyait à ses envies et ses compétences.

Or parmi le peuple, il arriva que certains n’eussent pas les compétences à la mesure de leurs envies et de leurs ambitions. A défaut de compétences, ils tentèrent de s’élever en s’appuyant sur des groupes moins forts, ou minoritaires, espérant en faire des échelons plus faciles que ceux de leurs propres qualités. Ils usèrent ainsi avec succès des femmes, des étrangers, des pauvres, ou simplement des « autres ». Ils maniaient avec habileté de la peur et de la frustration. Ils firent de ces minorités des menaces pour le « peuple », et des politiques au pouvoir des ennemis du « peuple ». Beaucoup réussirent à petite échelle. Peu à grande échelle, mais ces quelques réussites mondiales ont marqué durablement l’histoire d’une pierre noire. On les qualifie aujourd’hui, bien à tort, de « populistes ».

Depuis, les succès réguliers dans les législatifs de ces avides de pouvoirs se sont heurtés régulièrement aux autres pouvoirs, lorsque ce n’était pas à leurs propres incompétences dans l’exécutif. Plutôt que de s’en prendre uniquement aux minorités pour arriver à leurs fins, ils ont donc commencé à saper les autres pouvoirs, avec systématique, au grand jour, et sans vergogne, avec 4 messages très simples :


Quatre messages sont martelés tous les jours, partout :

1. Les politiques (exécutif et législatif) sont incompétents et à la botte de leurs lobbies ; ils n’écoutent pas « le peuple ».

Rien de neuf sur ce point-là. Ce message est simple à faire passer, vu qu’il est relayé en boucle par l’ensemble des partis politiques. Et vu que chaque parti sape les autres, on assiste à une situation de pat, avec une perte de crédibilité pour l’ensemble du pouvoir législatif et exécutif. Cela fonctionne bien pour les partis populistes, tant qu’ils ne sont pas considérés comme étant au pouvoir.

Ainsi, à force de s’être auto-détruite, la politique française a laissé la porte ouverte à des mouvements de fond non organisés comme par exemple les « gilets jaunes » ce week-end dernier, répétant en boucle le message numéro 1, anti élites politiques.

2. Les juges sont partiaux et défendent des droits et des lois avant l’intérêt du « peuple ».

Les populistes ont une dent contre les juges, car ce sont eux qui tranchent en cas de plainte pour appel à la haine, racisme, homophobie (même si en Suisse elle n’est pas encore reconnue légalement), ce qui rend plus difficile l’accès au pouvoir en s’en prenant aux minorités. L’initiative populaire suisse « le droit suisse au lieu de juges étrangers » de l’UDC en est la dernière illustration, elle qui essaie de supprimer directement ces garde-fous.

De plus en plus souvent, on assiste à des attaques frontales contre le pouvoir judiciaire, dont Trump et Mélenchon ne sont que la pointe visible de l’iceberg. A noter que ces coups de butoir sont particulièrement nocifs, provenant de représentants directs des pouvoirs exécutifs ou législatifs.

La campagne ultra politisée de l’élection du juge Kavanaugh à la cour suprême des États-Unis est une autre pierre à l’édifice de ce message numéro 2, paradoxalement taillée par les deux camps.

3. Les médias sont des manipulateurs aveuglés par le politiquement correct, ou une mission politique qui leur est propre ; ils mentent et cachent la vérité au « peuple ».

L’image des médias et des journalistes peu scrupuleux et manipulateurs a la dent dure. En couvrant de manière journalistiquement adéquate les événements et les processus politiques, ils sont des obstacles aux campagnes populistes simplistes ; ils montrent un monde complexe où tous les problèmes ne peuvent pas être le fait de responsables uniques, idéalement étrangers, pauvres ou homosexuels. Ils mettent les disfonctionnements en lumière.

Ce qui doit alerter aujourd’hui, c’est que ce message est repris par des politiques de tous bords, dès le moment où ils sont attaqués ; les médias réagissent alors encore trop souvent maladroitement à ces attaques (invoquer uniquement la légitimité de la fonction de 4ème pouvoir sans ouvrir un vrai dialogue ne suffit pas à établir la confiance ; au contraire, il renforce le message numéro 3).

Pour prévenir ces attaques, les médias utilisent de manière répétée le droit à la parole pour tous et le débat contradictoire, relayant ainsi de manière totalement non proportionnelle les messages 1, 2 et 4.

4. Les scientifiques défendent leurs financements plutôt que la vérité, en trompant le « peuple »

Les scientifiques n’ont jamais été de grands communicateurs, mais depuis la mise en place du système des publications et des peer reviews internationales, les découvertes admises par la communauté scientifiques jouissaient d’une reconnaissance effective.

Plus que la communauté scientifique dans son ensemble, ce sont des théories scientifiques reconnues qui sont aujourd’hui attaquées frontalement. Ainsi, par exemple, la théorie biologique de l’évolution, ou encore la climatologie, sont aujourd’hui ouvertement remises en question; les acteurs qui profèrent ce genre d’attaque le font sans aucun fondement scientifique et sont relayés très facilement par les médias sociaux ; et, plus préoccupant, presque aussi facilement par les médias professionnels. L’UDC suisse est particulièrement performante dans ce domaine, si l’on pense aux prises de parole surréalistes des dernières années au sein du parlement fédéral, ou des piques constantes des Roger Köppel, Claudio Zanetti et autres climato-sceptiques fiers de l’être.


Le populiste dit : que l’on éteigne les luminaires dans l’étendue du ciel. Le populiste décrédibilisa la science pour présider au jour, et détruisit les médias qu’il ne contrôlait pas pour présider à la nuit, et pour mêler les lumières avec les ténèbres.
Le populiste vit tout ce qu’il avait fait et voici, cela était très bon pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le cinquième jour.

Le populiste dit : qu’il n’y ait plus d’étendue entre les pouvoirs, et que les pouvoirs se mêlent avec les pouvoirs. Et le populiste prit le pouvoir exécutif, et il supprima le pouvoir législatif et soumit le pouvoir judiciaire. Le populiste vit que cela était bon pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le sixième jour.

Finalement, le populiste supprima les droits et les devoirs.
La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit des peuples se perdait au-dessous des eaux.
Le populiste dit : Que les lumières s’éteignent ! Et il souffla les lumières.
Le populiste vit que l’obscurité était bonne pour lui.
Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le dernier jour.

Le populiste vit tout ce qu’il avait fait et pour la première fois se posa une question, qui fut aussi sa dernière : mais où donc, est passé le peuple ?

 


Petit test rapide pour identifier un « populiste » :

Lesquels de ces messages sont-ils relayés par la personne, le groupe, le parti qui vous intéresse ?

  1. Les politiques (exécutif et législatif) sont incompétents et à la botte de leurs lobbies ; ils n’écoutent pas « le peuple ».
  2. Les juges sont partiaux et défendent des droits et des lois avant l’intérêt du « peuple ».
  3. Les médias sont des manipulateurs aveuglés par le politiquement correct, ou une mission politique qui leur est propre ; ils mentent et cachent la vérité au « peuple ».
  4. Les scientifiques défendent leurs financements plutôt que la vérité, en trompant le « peuple ».

Si un ou plus de ces messages sont répétés régulièrement, c’est que vous avez affaire à un populiste, ou une personne en passe de le devenir.

Peut-être que cette personne est incompétente, n’écoute pas, défend ses intérêts en premier, manipule ou est aveuglée par une mission qui lui est propre, ment et trompe le peuple.

 

Heureusement pour l’environnement, l’initiative pour des aliments équitables (Fairfood) n’est pas acceptée #CHVote

C’est un sentiment très désagréable que de voter contre une initiative dont on consacre une bonne partie de sa vie à atteindre les objectifs. C’est pourtant ce que j’ai fait ce matin. Paradoxalement, l’initiative risquait à long terme de saper les améliorations écologiques tant en Suisse qu’à l’étranger.

Ce 23 septembre 2018, le peuple suisse a voté sur l’initiative populaire « Pour des denrées alimentaires saines et produites dans des conditions équitables et écologiques (initiative pour des aliments équitables)», également appelée «initiative Fair Food».

Des objectifs qui vont dans le bon sens

Le site de la Confédération en résume bien les intentions :

« Le but de l’initiative est de développer l’offre en aliments produits dans le respect de l’environnement et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. La Confédération devrait garantir le respect de ces conditions en ce qui concerne la production indigène. Des contrôles spécifiques devraient garantir que les aliments importés sont eux aussi produits en respectant ces conditions. L’initiative vise également à réduire l’impact du transport des denrées alimentaires sur l’environnement, à lutter contre le gaspillage alimentaire et à promouvoir les produits locaux et de saison. »

Là-dessus rien à redire ; il est essentiel que notre alimentation devienne plus écologique, plus respectueuse des animaux et plus respectueuse des conditions de travail.

Le dangereux couplage des standards suisses avec les exigences à l’importation

Le problème central figure à l’alinéa 2 du nouvel article 104 b proposé pour la Constitution :

La Constitution est modifiée comme suit:

Art. 104b Denrées alimentaires

1 La Confédération renforce l’offre de denrées alimentaires sûres, de bonne qualité et produites dans le respect de l’environnement, des ressources et des animaux, ainsi que dans des conditions de travail équitables. Elle fixe les exigences applicables à la production et à la transformation.

2 Elle fait en sorte que les produits agricoles importés utilisés comme denrées alimentaires répondent en règle générale au moins aux exigences de l’al.1; elle vise à atteindre cet objectif pour les denrées alimentaires ayant un degré de transformation plus élevé, les denrées alimentaires composées et les aliments pour animaux. Elle privilégie les produits importés issus du commerce équitable et d’exploitations paysannes cultivant le sol.

 

Beaucoup ont débattu sur la faisabilité d’imposer ces mêmes exigences à l’importation. Les initiants ont eux-mêmes argumenté qu’une certaine souplesse dans l’application serait nécessaire.

Le vrai problème est qu’en couplant les standards suisses et les exigences à l’importation dans la Constitution, nous aurions rendu les standards suisses encore plus difficiles à améliorer.

 

De nouvelles coalitions encore plus puissantes

Dans les dernières années, à chaque fois que les exigences environnementales dans la production devaient être augmentées, on se heurtait au front d’une partie des producteurs et de l’économie qui argumentait que cela renchérirait les produits, et que la concurrence étrangère en serait renforcée.

En exigeant des standards similaires pour les produits importés, nous aurions renforcé le front des opposants à toute amélioration des standards environnementaux avec la très puissante industrie de l’importation ; alors que ces derniers pouvaient voir d’un bon œil les produits suisses plus écologiques se positionner sur un autre segment de marché que leurs produits low cost , ils verront dorénavant chaque nouvelle exigence suisse comme une menace directe pour leur business. La façon dont ils ont contribué à faire capoter l’initiative dont il est question ici n’en est que le premier exemple.

Paradoxalement, en voulant améliorer les standards écologiques en Suisse et à l’étranger, cette initiative risquait de rendre toute amélioration en Suisse encore plus difficile, en alliant à long terme les opposants potentiels de l’industrie de l’import et de l’export.

Ce n’est pas le moment d’affaiblir la gouvernance internationale

Au niveau international, il n’existe aujourd’hui pas d’autre organisme que l’OMC où l’on puisse discuter du renforcement des questions environnementales dans le commerce. Ces discussions y ont d’ailleurs en cours aujourd’hui.

Or, sous les coups de boutoir de l’administration Trump et d’autres acteurs qui préfèrent imposer leurs vues plutôt que de soumettre le commerce à des règles multilatérales et auxquelles même les plus petits ont accès, l’OMC est aujourd’hui proche de la rupture.

Même si c’est pour une bonne cause (l’environnement), ce n’est pas le moment de saper aujourd’hui un système de régulation qui est le seul à même, à moyen terme, de soutenir les objectifs d’un commerce international plus équitable et plus respectueux de l’environnement. La Suisse ne peut pas unilatéralement imposer des critères à ses partenaires économiques, de la même manière que nous ne souhaitons pas que des états plus forts imposent leur propre conception de l’équité et de l’écologie dans le commerce alimentaire (quantité et OGMs).

D’un point de vue environnemental global, il me semble plus important que la Suisse contribue à mieux intégrer les enjeux écologiques dans le système de l’OMC, plutôt que de participer à affaiblir encore cette dernière en ancrant des restrictions unilatérales au commerce dans sa Constitution.

Nous pouvons aussi renforcer les exigences écologiques à l’importation au cas par cas, sans en faire un élément systématique ancré dans la Constitution.

Les leçons de tout cela

Le mérite de cette initiative a été de montrer à quel point la population suisse se préoccupe de la qualité écologique et sociale de ce qu’elle mange. Le plébiscite initial (78%) que l’on a pu voir à travers les premiers sondages du mois d’août montre bien que les objectifs des initiants sont partagés par la majorité de la population suisse. https://www.rts.ch/info/suisse/9778249-les-initiatives-sur-l-alimentation-seduisent-les-suisses-selon-un-sondage-ssr.html
Les opposants ont gagné sur les détails de la mise en oeuvre.

Une fois de plus, une initiative qui vise juste sur les objectifs, capote parce que les détails du texte ne sont pas aboutis. Si une discussion approfondie avait eu lieu dans un cadre plus large que celui des initiants avant de déposer le texte, des effets pervers involontaires auraient pu être décelé, des alliances possibles identifiées. Je reste convaincu de l’importance de séparer la phase d’étude préliminaire de la phase de décision pour une initiative (voir un vieux billet sur ce blog ).

 

Bref, Fairfood est morte, mais le message du mois d’août au législateur pour la politique agricole ainsi que pour renforcer les standards écologiques en Suisse est fort et clair. Au boulot !

Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Je suis de la génération « changement climatique »

Je suis de la génération X.
Je suis de la génération « changement climatique ».
Du moins, le croyais-je jusqu’à hier.

Durant mes études de géologie à la fin des années 90, j’ai compris le réchauffement climatique comme une évidence scientifique. Les règles de base de la physique ainsi que les avancées en matière de paléoclimatologie et de géochimie suffisaient déjà à ce que scientifiquement la théorie générale soit aussi solide que celle de la tectonique des plaques. Pour moi la question n’était plus que politique, sociologique et technique : comment sortir d’une civilisation basée sur la libération de carbone fossile ?

J’en ai fait en partie mon métier dès le début des années 2000, et suis aujourd’hui actif dans la formation continue et le conseil en environnement, en contact quotidien avec des acteurs de tous types qui travaillent à ce même objectif. Je me voyais jusqu’à hier dans un processus dont la dimension politique et institutionnelle se construisait patiemment, à mesure que la réalité du changement était de plus en plus visible et que le contexte et les moyens d’y faire face devenaient de plus en plus concrets : sensibilité de la population au sens large, développement des énergies renouvelables, programmes d’efficacité énergétique (paradoxalement, ce sont les limites du nucléaire, qui, après Fukushima, ont donné un coup d’accélérateur à la politique climatique, plutôt que les dangers liés à la consommation effrénée de carburants fossiles).

Bref, je participe à cette évolution, tout en regrettant que cela n’aille plus vite.

« Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique »

D’où ma surprise vendredi passé, lorsque je tombais sur l’excellent article de Catherine Frammery dans Le Temps : « Comment nous avons perdu le combat contre le changement climatique ».

Je découvrais la génération perdue d’avant 1989. Dans les années 80, scientifiques, politiques et industriels travaillaient de concert non pas pour débattre de la réalité du changement climatique, mais pour réfléchir aux mesures de lutte au niveau mondial. Jusqu’à cette réunion des ministres de l’environnement à Noordwijk en 1989, où le travail de sape conduit par Ronald Reagan et Georges Bush eut raison du processus politique. A partir de là, le changement climatique fut délégué aux scientifiques, en même temps que des moyens énormes furent mobilisés pour les décrédibiliser. L’incroyable déficit de connaissances sur le climat dans le Parlement suisse aujourd’hui montre à quel point cette désinformation est efficace encore aujourd’hui…

(Extrait) Donald Trump a des alliés en Suisse. En mars dernier, la ratification de l’Accord de Paris n’est pas allée de soi. Le Conseil national s’est longuement écharpé sur la question. Débat largement alimenté par les salves en provenance du camp UDC. A commencer par celles de Toni Brunner (SG), son ancien président, qui s’est demandé si on allait interdire aux vaches de «roter et de péter». Poursuivant sur cette lancée, Werner Salzmann (BE) a aussi interpellé les écologistes sur un éventuel remède pour modifier le système digestif des ruminants afin qu’ils émettent moins de méthane.

Andreas Glarner (AG) a rappelé la grande affaire des années 1980: la mort des forêts. «Une escroquerie! A cause de ça, on a limité la vitesse à 120 kilomètres sur nos autoroutes et on roule toujours à ce tempo!» Pour Christian Imark (SO), le dérèglement climatique n’est rien d’autre qu’un «fait alternatif». Raymond Clottu (NE) a lancé une autre idée: «Il faut aborder le problème là où il se trouve réellement, c’est-à-dire au niveau de l’accroissement de la population». Roger Köppel (ZH) a tenté de dédramatiser la situation: «Les températures étaient encore plus élevées au temps de l’Empire romain».

(Les climatosceptiques sont bien représentés au parlement suisse – Magalie Goumaz – Le Temps du 2 juin 2017)

(A noter que le terme malheureux de « climatosceptique » participe lui-même à cette désinformation. On n’est pas ici face à des climatosceptiques, mais bien face à des sceptiques face à la science.)

Comment nous pouvons gagner le combat contre le changement climatique

Une fois cet article lu (puis l’article “encyclopédique” initial publié par le “New York Times » : « Losing Earth: The Decade We Almost Stopped Climate Change »), ma première réaction était la déception face à cet échec à un moment où tout était encore possible. Puis vint l’étonnement que toute cette première partie de l’histoire ait été  effacé de la mémoire collective, et n’ait même jamais accédé à la mienne. Et puis, soudain, le sentiment qu’au contraire, le fait de connaître le début de cette histoire, rendait à nouveau tout possible: s’il y a quarante ans on avait été à deux doigts de mettre en place une vraie politique de lutte contre le changement climatique, c’est que c’était fondamentalement faisable ; aucune raison ne rend cela moins possible aujourd’hui qu’en 1989, bien au contraire. La lutte couronnée de succès contre le trou d’ozone en interdisant les chlorofluorocarbures (CFC) montre combien des actions internationales fortes et concertées peuvent avoir un impact.

Contrairement aux années 1980, nous disposons aujourd’hui d’une panoplie de moyens économiques, juridiques, technologiques et sociologiques pour mettre en oeuvre une politique de maîtrise de la libération de gaz à effet de serre dans l’atmosphère et donc de limitation du réchauffement climatique (en effet nous avons perdu trop de temps pour pouvoir stopper complètement le changement climatique initié). Nous pouvons aussi augmenter les efforts pour nous adapter aux changements climatiques en cours. Des décideuses politiques réalistes, responsables et ambitieuses font  aujourd’hui déjà des pas clairs en ce sens, comme par exemple Jacqueline de Quattro avec la feuille de route du plan climat du canton de Vaud.

Que l’on ait été si près du but en 1989 est en soi une bonne nouvelle. Cela montre que l’objectif peut être atteint. La victoire ne sera fera plus aujourd’hui en empêchant le changement climatique, mais en cessant de l’alimenter d’une part, et en apprenant à vivre avec d’autre part. Ronald Reagan et Georges Bush ne sont plus au pouvoir ; la méthode Trump ne survivra pas indéfiniment.

Quant à la recherche, il ne s’agit plus de comprendre si il y a changement climatique ou non. Il s’agit aujourd’hui d’affiner cette compréhension pour comprendre les conséquences à toutes les échelles, et identifier les mesures d’adaptation pertinentes.

Nous pouvons aujourd’hui effacer ce triste héritage, et nous lancer avec le pragmatisme visionnaire de la génération des pionniers des années 1980, vers des actes politiques courageux à même de donner de nouvelles perspectives aux générations de demain.

Ici et maintenant, pour demain et pour tous.

L’affaire Buttet – chance inattendue pour la cause des femmes.

 Héros malgré lui |

Peut-être que dans quelques années nous nous souviendrons en fin de compte de Yannick Buttet comme d’un Conseiller national qui a  fait avancer la cause des femmes – malgré lui.

Penchons-nous un instant sur les circonstances uniques qui pourraient en faire un héros malgré lui de l’égalité des sexes et du respect des femmes.

Une conjonction d’affaires particulière |

L’impact de cette affaire est due à la combinaison unique entre un contexte momentané favorable (Weinstein, #MeToo & Co), et un amalgame inadapté entre deux situations : une plainte pour harcèlement qui relève à priori du domaine privé, et un comportement public à Berne totalement inadapté.

Ou plutôt, un comportement public à Berne SOUDAINEMENT considéré comme inadapté. Car soyons honnêtes, personne, dans le petit cercle des parlementaires fédéraux, lobbyistes et journalistes n’ignorait les attitudes du Conseiller Buttet (et semblerait-il, de plusieurs autres).

Après un article du Temps, en une nuit, un comportement toléré, minimisé, est subitement devenu inadmissible. La fuite vaudevillesque sur la plainte pénale valaisanne a mis le Conseiller Buttet dans une lumière suffisamment scandaleuse pour rendre attaquables ses actes bernois. Sans son affaire privée, ce comportement public inacceptable serait resté celui d’un gros lourd gênant, comme nous en connaissons bien trop, tout juste qualifié d’un haussement d’épaule, de sourcil, ou pire, d’un sourire amusé.

La nocivité sociale des « gros lourds » |

Ce que nous entendons aujourd’hui dans les témoignages de politiciennes courageuses déclenchés par les révélations du Temps, c’est que ce comportement de « gros lourd » fait des victimes. Le machisme et le harcèlement sexiste ont un prix social. D’un côté celles qui refusent un tel traitement se tiennent à l’écart de la politique ; de l’autre celles qui s’y frottent doivent régulièrement s’en défendre, elles sont usées, rabaissées (et cela sans pouvoir en parler, pour ne pas passer pour ce qu’elles ne sont pas: des faibles femmes) utilisant à chaque fois de l’énergie qu’elles ne peuvent investir dans le jeu politique.

Dépasser l’affaire et le cas isolé – du #MeToo au #WeToo |

Laissons de côté l’élément déclencheur qu’est «l’affaire Buttet», la justice en traitera le pan valaisan ; pour le côté politique, un lynchage ne servira aucune cause, si ce n’est celle de ses adversaires politiques, probablement tout aussi concernés par certains collègues.

Nous devons ensemble faire notre Glasnost phallocrate et lutter contre les signes de machisme que nous rencontrons. Gardons les projecteurs sur ces comportements déviants. Réagissons systématiquement en présence d’un dérapage, et si la chose se répète, cherchons une solution.

Les langues doivent se délier, les personnes qui dysfonctionnent doivent s’en rendre compte et le cas échéant, être recadrées, accompagnées, voire soignées.

Les victimes doivent pouvoir en parler, être prises au sérieux, et ne plus devoir accepter cette situation parce que c’est le jeu. Les pulsions sexuelles n’ont rien d’attirant, lorsqu’elles servent d’arme de pouvoir envers des tiers non consentants.

J’attends le moment où quelqu’un osera passer des #MeToo des victimes au #WeToo de celui qui demande d’être excusé – et ceci spontanément, avant-même d’être dénoncé…

Ou alors faut-il être beaucoup plus réaliste, et commencer par élire davantage de femmes au Parlement pour en changer la culture?

By Vassil (Own work) [Public domain], via Wikimedia Commons

Lorsqu’un point Godwin suffit à mettre le journalisme à terre (et avec lui un homme) – une histoire de cochon, d’holocauste et de scandale médiatique.


Addendum: L’épilogue de cette histoire bien triste se lit tout en bas.


 

Jeudi 28 septembre, dans le cadre du débat au Parlement Suisse sur l’initiative FairFood, le député de Baden Jonas Fricker faisait une mention complétement déplacée de l’holocauste, comme il l’a lui même déclaré quelques minutes plus tard à la tribune.

L’Aargauer Zeitung raconte: “Sie kennen die Bilder, ja sogar die Dokumentarfilme aus Europa, die die unsägliche Massentierhaltung belegen – Transporte in den sicheren Tod”, sagte Grünen-Nationalrat Jonas Fricker in Bern. Er wollte auf die schlechten Zustände bei Tiertransporten aufmerksam machen. Als ich das letzte mal so eine Dokumentation von Transporten von Schweinen gesehen habe, sind mir unweigerlich die Bilder der Massendeportation nach Auschwitz aus dem Film “Schindlers Liste” hochgekommen.”

[Vous connaissez les images, les films documentaires d’Europe, qui attestent des indicibles élevages en masse d’animaux – des transports vers une mort certaine » disait le conseiller national vert Jonas Fricker à Berne. Il voulait attirer l’attention sur les conditions déplorables de transports d’animaux. « Lorsque j’ai vu la dernière fois un documentaire sur le transport des porcs, les images des déportations de masse vers Ausschwitz dans « la liste de Schindler » me sont revenues.]

Il se trouve que je connais personnellement Jonas Fricker, et qu’en aucun moment je ne peux le soupçonner d’une quelconque once d’antisémitisme ; c’est l’une des personnes les plus humanistes et attachées à l’être humain que je connaisse.

La Fédération Suisse des communautés israélites, dont il est proche de certains représentants, a d’ailleurs accepté ses excuses et a clos l’affaire sans délai.


 


Le scandale a néanmoins immédiatement démarré, sous l’impulsion de Ronald Rino Büchel, conseiller national UDC qui a sauté sur l’occasion, en caricaturant le propos de Fricker : « Aber ich war heute Morgen geschockt. Heute hat ein Redner gesagt, dass es die Tiere schlimmer hätten, als es damals die Menschen in Auschwitz gehabt hätten „ [J’étais choqué ce matin ; un parlementaire a dit que les animaux étaient dans une situation pire que celle des êtres humains à Auschwitz].

Reprise par la presse blochérienne, (Baslerzeitung), montée en épingle par un journaliste du Blick flairant le buzz, et alimentée par les déclarations ulcérées de quelques parlementaires de droite comme de gauche, la mèche allumée par l’UDC a mis le feu aux poudres.

Dans un contexte très émotif, la rumeur s’est alors répandue qu’un élu avait « comparé le transport de porcs à Auschwitz »

Quelques reprises plus tard, on parlait déjà de « dérapage antisémite ».

Pour terminer avec l’accusation finale infondée et gratuite par un  journaliste expérimenté de “détestation de l’être humain”.

Une rapide enquête auprès des proches de Jonas Fricker aurait permis d’éliminer l’accusation d’antisémitisme, et de comprendre que le parlementaire ne minimisait en rien les émotions qu’il ressentait vis-à-vis de l’holocauste, et au contraire les utilisait pour illustrer la force de celles ressenties devant certains documentaires sur les transports animaliers.

La force de l’effet « point Godwin » avait suffit à faire lâcher leur rigueur à des dizaines de journalistes professionnels, qui relaient et commentent l’accusation d’antisémitisme. On est passé à des réactions indignées de posture et à des procès d’intention, abandonnant le terrain de l’information ou de la critique.

Il est terrible de constater avec quelle facilité des parlementaires (souvent les mêmes qui ont un humanisme très limité dès qu’il s’agit d’arméniens, d’africains ou de réfugiés syriens) arrivent à lancer une chasse aux sorcièrex outrée, contre un parlementaire qui a déjà demandé des excuses pour ses dires totalement inadéquats.

A force de s’indigner dès que quelqu’un évoque la Shoah, on l’évacue du discours; en faisant comprendre à ceux qui se frottent au sujet que le thème est trop tabou pour être évoqué, même de manière différenciée (j’ai longument hésité à rédiger ce billet), la nouvelle génération n’entendra bientôt plus parler des horreurs de la deuxième guerre mondiale.

Dans son dernier article, le Blick se trompe lourdement sur l’absence de maîtrise historique et la sensibilité humaniste de Jonas Fricker ; mais il a probablement raison sur le fait que la prochaine génération aura perdu le lien émotionnel avec cette tragédie, si personne n’ose plus en parler par peur d’être lynché publiquement et sans procès.

J’espère que vous ne me réserverez pas ce sort. Je ne suis ni antisémite, ni antispéciste. J’ai juste un ami que je ne peux laisser sous ce traitement socio-médiatique indigne, injuste, inhumain et peu professionnel. Lorsque quelqu’un se bat depuis des années pour le respect humain, des animaux, et des générations futures, il a un droit à l’erreur, surtout lorsqu’il la concède immédiatement.

Même avec toute l’indignation du monde.

 


Epilogue (samedi 30 septembre 2018, 20h30)

La lâcheté indign(é)e des camarades politiques qui le connaissaient, la stratégie haineuse de quelques UDC et l’incompétences avide de quelques journalistes auront fait de cette erreur une tragédie humaine et politique. A voir si les responsables de ce lynchage assumeront aussi bien leur responsabilité que leur victime, même si elle n’était pas toute innocente.

#STOPBonnant – ou lorsque l’éloquence ne suffit plus.

J’aurais pu débuter ce court pamphlet par le célèbre „Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra? Quamdiu etiam furor iste tuus nos eludet? quem ad finem sese effrenata iactabit audacia?”, mais je ne le ferai pas, pour deux raisons; la première est que Monsieur Bonnant tient plus de Verres que de Catilina, et la seconde, plus essentielle, est que ce n’est pas sur le plan de la rhétorique que je me positionnerai aujourd’hui, mais sur le fond. Je dis donc simplement:

#StopBonnant.

Cela fait longtemps que son verbe emphatique mais stérile se déverse dans les médias et les scènes les plus diverses, bête de cirque terriblement performante pour l’audimat. Tel Miss Univers, son show excite les pulsions des jeunes coqs inexpérimentés tout en ravivant la flamme molle de ceux de sa génération. Sous prétexte de surmoi, il ne touche que le ça, et ça fonctionne parfaitement. Une reine de beauté plaît, et on ne lui en demande en général pas plus.

Le problème avec l’avocat du bout du lac est que par la beauté de son verbe choisi et de sa rhétorique fulminante, lorsqu’il ne défend pas quelque riche crapule, il fait mine de nous transmettre de brillantes idées, qui pour la plupart du temps sont au mieux vieillies, souvent sinistres et au pire discriminatoires envers les femmes, les non judéo-chrétiens ou les plus faibles.

Si Miss Univers ravit par la beauté de son physique, il n’y a en général pas de corrélation avec la beauté de sa pensée, pour laquelle nous n’avons que peu d’attente. A défaut de plumage, le Mister francophonie de l’éloquence ravit par son ramage ; mais là non plus, il n’y a pas corrélation avec la beauté de sa pensée; et pourtant trop se laissent gruger.

Si beaucoup prennent plaisir à ses performances dans quelques joutes oratoires sans conséquences au sein de coteries estudiantines, on a assisté mardi 21 mai dernier à une farce d’un tout autre calibre. C’est ainsi que « Maître Bonnant » s’est donné en spectacle en tant qu’avocat de la défense lors d’une audience publique au tribunal de Sion. Vous en lirez le récit instructif dans l’article de Xavier Lambiel >ici. Le show réalisé par Monsieur Bonnant a tellement flatté son auditoire de groupies d’extrême droite que le juge a dû rappeler: «On n’est pas au cirque». Ce jour là, les mots choisis et la rhétorique du septuagénaire servaient l’ineptie suivante sous les vivats de l’assemblée « L’islamophobie est non seulement légitime, mais c’est le devoir de toute intelligence structurée dans notre civilisation judéo-chrétienne ».

Nous n’avons pas le droit de nous laisser tromper par le parfum musqué de son verbiage autour de sa pensée malodorante et dangereuse. Il est dès maintenant de notre devoir de dire:

#StopBonnant.

Le Dorian Gray de l’éloquence française a fait son temps. La justice s’occupera un jour, peut-être, de ses activités côté jardin, mais son activité côté cour doit prendre fin aujourd’hui. Il ne s’agit pas ici de lui interdire de parler, comme personne n’interdit à une Miss Univers vieillissante de se montrer. Mais ne lui offrons plus les tréteaux pour se produire en public, où malgré son âge, il se plaît à diffuser ses idées fétides, sous couvert de libre pensée, dans des esprits momentanément éblouis. Ne le laissons plus répandre son compost, joliment ciselé mais malodorant, sur le terreau de l’extrême-droite. Et offrons ces planches libres à la génération en devenir, qui, sur des idées belles et neuves, saura polir son éloquence et nous refaire rêver !

Le suicide politique, sans gloire, du parti Vert’libéral vaudois

L’alliance, contre nature, entre les Vert’libéraux (PVL) qui ont perdu leurs repères et les nostalgiques apeurés et ronchons de l’Union démocratique du centre (UDC) pour le second tour des élections à l’exécutif vaudois n’a pas fini de faire des vagues (voir l’article sur le sujet ici) .

Au lendemain des assemblées de partis qui ont validé cette tactique, retenons trois points:

D’une part, les Vert’libéraux sont incapables de pousser seuls les thèmes environnementaux au vrai agenda politique ; d’autre part le Parti libéral-radical (PLR) manipule avec art ses concurrents directs ; en outre, l’UDC est en totale panique en suisse romande (mais ça, ça me passionne moins).

Avant toute chose jouons cartes sur table: je vote centre vert, large, quelque part entre les verts et les verts libéraux, en étendant volontiers aux socialistes, aux démocrates chrétiens (PDC) et aux PLR. Et j’aurais donc facilement soutenu un ticket verts / verts-libéraux. Là, comme jamais je ne soutiendrai l’UDC telle qu’elle se profile aujourd’hui, je soutiendrai clairement le ticket vert – socialiste, avec le plaisir supplémentaire qu’il s’agit de deux femmes de qualité.

 

Les Vert’libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique

Il est essentiel pour moi d’intégrer l’environnement dans le domaine économique et les politiques de centre-droit ; j’ai donc une forte affinité pour les thèmes du parti vert-libéral (et plusieurs de ses membres).

Mais il faut bien faire le constat: les verts-libéraux sont incapables de faire avancer les thèmes environnementaux dans le vrai agenda politique (au niveau national, les verts, les démocrates-chrétiens et les socialistes le font à leur place).

Le parti Vert’libéral est beaucoup trop petit pour influencer les débats sans alliances fortes, et la (non-) politique environnementale suisse est dictée par le PLR et l’UDC. A chaque fois qu’ils ont voulu se lancer seuls, les Vert’libéraux ont subi l’échec.

Plus grave encore, la création du parti Vert’libéral a créé une hémorragie de personnes compétentes et motivées en matière d’environnement au sein du parti libéral radical ; ceci est particulièrement préoccupant à l’heure où le PLR donne le ton sur des enjeux politiques majeurs comme la stratégie énergétique.

Avec cette alliance avec l’UDC, reniant les valeurs profondes de la plupart de leurs électeurs, les verts-libéraux ont perdu toute crédibilité en combattant un siège « vert » ; je ne vois plus où est la plus-value du parti par rapport à une politique de droite « standard ».

 

le PLR manipule avec art ses concurrents directs

Ce que fait le Parti radical libéral vaudois au second tour des élections vaudoises au Conseil d’Etat est plutôt cynique. Maintenant que le PLR a placé ses trois poulains au premier tour, ses électeurs directs ne se déplaceront pas, ou useront activement du crayon pour biffer soit le représentant des opposants aux accords bilatéraux et aux valeurs humanistes, soit l’icône de l’écologie libérale romande.

Bref, le PLR assure une veste à Isabelle Chevalley et une claque à Jacques Nicolet, ce qui est peut-être une tactique bien utile pour asseoir son pouvoir, mais un coup de couteau dans le dos reste un fait d’armes peu reluisant dans ce que certains appellent une grande alliance.

 

Et ensuite ?

Après s’être compromis avec l’UDC, en s’alliant avec le PLR, mon espoir serait que les membres du parti Vert’libéral, aux valeurs humanistes et sensibles à l’écologie, réintègrent les partis libéraux radicaux ou démocrate chrétiens, après avoir fini de saborder leur expérience, passionnante mais ratée, de la dernière décennie.

Bref, avec ce chant du cygne aux échos peu musicaux, le Parti Vert’libéral s’apprête à se refondre dans les bons vieux partis, et je me réjouis que le PLR récupère ces quelques compétences en environnement dont il manque aujourd’hui trop cruellement. Un jour, Isabelle Chevalley sera peut-être Conseillère fédérale, et libérale radicale. Ah non, pardon, j’oubliais Isabelle Moret, qui elle, soutient déjà activement la stratégie énergétique 2050…

Aucune super nanny ne nous sauvera de la stratégie brillante de Trump.

Aucune super nanny ne nous sauvera de la stratégie brillante de Trump.

Tout mettre en œuvre, une stratégie brillante !

En mettant en œuvre à la lettre son programme absurde et dangereux, le dernier président américain (pardon, je n’arrive pas à mettre la majuscule) est gagnant sur toute la ligne, en trois coups:

  1. Il prouve que contrairement à tous les autres, lui, met en œuvre ses promesses électorales, sans sourciller, sans attendre.
  2. Lorsque les institutions, d’autres politiciens (ou pire, les médias) bloqueront la mise en œuvre effective de ses lubies, il sera encore plus crédible en victime du système contre lequel il prétend lutter (rien de mieux pour lui que la décision ultra rapide d’une juge pour remettre en cause sa décision sur l’immigration issues de certains pays musulmans)
  3. Une fois bloqué, il pourra quitter la scène en héros, sans avoir dû prouver que son programme ne tient pas la route dans la réalité.

Cette mise en œuvre jusqu’à l’absurde d’une règle donnée est une stratégie brillante, une tactique bien rôdée que chacun a essayé au moins une fois en tant qu’enfant (certains avec plus de succès que d’autres). Souvent, elle se termine dans une grande crise, en claquant la porte et en allant bouder après avoir cassé un maximum de choses. Ensuite, on murit et découvre d’autres façons de faire.

 

Ni le laisser-faire, ni la diplomatie, ni la justice ne suffiront

L’analogie avec la crise enfantine n’offre que trois stratégies pour sortir de cette situation:

La confrontation avec la réalité :
Le laisser cyniquement s’embourber dans la réalité de son programme, attendre que les problèmes soient insolvables, les ennemis intraitables. Les dangers d’une telle stratégie sont innombrables, et la crise finale s’annonce particulièrement dure.

Appeler super nanny
Engager une autorité pour recadrer le pauvre gosse mal éduqué et dysfonctionnel; mais quelle personne, institution ou pays pourrait jouer un tel rôle? Trump n’a rien à perdre, peut assurer ses besoins de base sans l’aide de personne, ne dépend de rien financièrement, et a fait de la remise en cause de l’autorité sa marque de fabrique.
Les institutions onusiennes, qui auraient pu en théorie jouer ce rôle, sont totalement démunies.
Le seul à même de jouer ce rôle aujourd’hui est Vladimir Poutine. Mais il est peu probable qu’une telle relation d’autorité se mette en place pour le plus grand bien de l’humanité.

Laisser faire le groupe
Dans une telle situation, et les éducateurs sociaux le savent, le groupe peut jouer un rôle fort. Ce sont les camarades qui peuvent mettre le holà aux dérives d’un des leurs qui dysfonctionne. Ils doivent avoir le courage d’ouvertement donner leur avis, de dire que cette situation est problématique. Il faut sortir de la dynamique « un groupe contre l’autre », pour entrer dans celle entre les membres à l’intérieur du groupe. C’est là mon seul espoir.

Super Nanny ne viendra pas – nous n’avons pas le droit de nous taire

Trump se fiche des femmes lesbiennes noires musulmanes et pauvres qui critiquent son attitude. Au contraire, il s’en gargarise, et ça le rend plus fort dans son rôle où la compassion n’a pas de place.

Ce sont bien ses pairs qui doivent élever la voix : les bedonnants, les présidentes, les républicains, les entrepreneurs; à tous les membres de ces groupes de dire à haute voix que cette attitude est indigne, inadéquate et nocive, et qu’ils ne sont pas d’accord de jouer ce jeu.

Cette attitude demande du courage, et tout le monde n’est pas Justin Trudeau. C’est là où le soutien et des messages clairs de tous peuvent encourager les bedonnants, les présidentes, les républicains, les entrepreneurs à oser affirmer leurs valeurs haut et fort.

Notre pays n’a plus le droit de se taire, ni de se draper dans son éthique diplomatique. Monsieur Burkhalter, Madame Leuthard, ne tergiversez plus, donnez des signaux clairs, sans gesticuler. Dites que la Suisse n’est pas d’accord de jouer ce jeu du mépris des droits humains.

Aucune super nanny ne viendra nous aider. A nous, citoyens, aux partis politiques, aux associations et institutions diverses, de tous donner de la voix pour ne pas accepter cette façon de faire qui nous mène tout droit aux dérives du siècle passé.

 

Ne laissons pas nos Trumps indigènes propager leur culte indigne.

Et avant tout, ne laissons pas le champ libre à ceux qui veulent lancer un nouveau culte des hommes « forts » dans NOS médias et NOTRE système politique; ils veulent nous faire croire qu’oser remettre en question les règles de notre humanité – les droits humains – est un signe de grandeur. Nous les entendons presque chaque jour, ils deviennent de plus en plus forts, ils font peur. Roger, Oskar, Claudio et tous les autres : le culte de Trump n’est pas acceptable en Suisse. Soyons fiers d’être faibles, cela nous rend plus forts.

 

 

PS: Ce blog à peine publié, voilà que Didier Burkhalter donne les premiers signes qui vont dans la bonne direction. Son communiqué de presse du 29 janvier est ici, plus de détails dans l’article de Lise Bailat intitulé “Didier Burkhalter: la décision américaine «va clairement dans la mauvaise direction»” est , et pour l’écouter sur Forum de RTS le soir du 29 janvier, c’est plutôt par .

A voir si la Présidente de la Confédération et – encore mieux – si le ministre responsable des relations commerciales, sauront aussi avoir le verbe clair.