La petite musique d’Avignon

Juillet.

Trois jours au festival d’Avignon, la ville-théâtre.

Off. Mille cinq cents spectacles par jour.

Mille cinq cents files d’attentes.

Morceaux choisis.

 

 

 

 

 

 

Il joue démodé.

Il joue rien à dire.

Il a bien fait d’arrêter.

Si vous avez une petite matinée de libre allez-y.

Le Mistral je connais, 

C’est un jour, trois jours ou six jours.

On a fait deux In.

Alors ?

Ben c’est du In quoi.

Anne-Sophie a adoré.

J’ai un peu honte.

Le quinze c’est possible y a pas de relâche,

j’appelle Xénia.

Olivier tant pis, je le verrai à Paris.

Vous attendez pour Ma Colombine ?

C’est plein, c’est complet.

J’ai huit places et je suis toute seule.

Quand il te donne ta place c’est déjà du théâtre.

Les mains qu’il a !

Il est pas ordinaire.

Où t’as eu tes frites ?

J’entendais les rires des adultes.

Et des enfants.

Des adultes qui ont un âge mental de huit ans.

J’ai pris un spectacle dans la cour d’honneur,

mais on est parti au bout d’une heure et demie.

Les comédien.ne.s super.

Mais comment ils peuvent dire des trucs pareils ?

On a fait le plein d’eau ?

Les enfants doivent apprendre à marcher.

On est où ? 

On en vient je te dis,

on a fait le tour comme ça,

tu reconnais pas les arbres ?

C’est très risqué de prendre un spectacle dans le In.

Trop perché.

Ça doit être pour ça.

En même temps ça laisse des souvenirs.

C’est des choses qu’on a vécues.

Les femmes, les femmes, les femmes.

Y a pas un spectacle où ça parle pas des femmes.

C’est un basculement de civilisation.

Moi je reviendrai quand ça parlera des homosexuel.le.s.

Il avait du mal,

et là c’était juste Le Roi Lear alors imagine.

Architecture c’est LA pièce.

Ça me saoule d’applaudir beaucoup pour une pièce que j’aime pas.

Là c’est le poulailler.

Là c’est la niche du chien.

Là, les toilettes sèches de la piscine.

J’y suis là t’es où ?

On fait presque pas pipi tellement on transpire.

Ma place est au nom d’Okner.

Non je ne trouve pas.

J’ai appelé, j’ai réservé pourtant, elle a pas écouté.

Peut-être que c’est sa manière à elle d’écouter.

Il joue dans cinq pièces,

et il a fait quatre mises en scène.

Qu’est-ce que tu fais demain matin ?

Je fais Hercule à la plage.

Qu’est-ce que je pourrais prendre en attendant,

Quelque chose pour me désoiffer en fait.

J’ai fait une sauterie Sacem l’année dernière.

Il nous faudrait un treize heures trente quatorze heures.

Finalement à l’heure où il passe aujourd’hui on n’a rien.

On a qu’à aller traîner là-bas.

Je vais mettre mes tongs sur les petits pavés.

J’ai l’impression d’être au camp de permaculture 

tellement j’ai de poils sur les jambes.

J’ai vu juste un spectacle.

Je préfère retrouver les cop.ines.ains.

J’étais là une heure et demi à l’avance.

Mais j’étais dans la mauvaise queue.

Il y a beaucoup de départs là.

Mais il y a aussi beaucoup d’arrivées.

Dépêchez-vous, on va pas vous attendre.

Après tu croises tout le temps des gens,

c’est chiant quoi.

On vient ici pour voir des spectacles.

 

 

 

Le théâtre Am Stram Gram était à Avignon.

Pour en savoir plus, l’article d’Alexandre Demidoff du 11 juillet 2019 pour Le Temps

https://www.letemps.ch/culture/fabrice-melquiot-conquiert-avignon

Dans les coulisses du théâtre Am Stram Gram à Genève

Depuis septembre 2018, le mardi soir, c’est au théâtre Am Stram Gram, à Genève, que je m’installe.
Un groupe d’adolescent.e.s travaille.
Dans l’ombre, cueillir les mots et les images, l’essentiel.
Ni décors ni costumes.
Juste le jeu.

 

Sur le plateau, ils moutonnent

adolescentes ponctuées d’adolescents

comme un seul homme ils avancent
s’assoient

flaque de concentration
déjà debout

mardi après mardi
création d’un moment théâtral

des ondes de papier sur le praticable
à leurs pieds
je serai les oreilles et les yeux

 

Merci à Fabrice Melquiot, Mariama Sylla, Hélène Hudovernik, Georges Guerreiro, Jade Amstel, Isabelle Matter, les compagnon.ne.s du théâtre qui m’ont ouvert leur porte.