Eldorado

Une fois né dans l’imaginaire, il peut avorter les espoirs les plus tenaces et cacher derrière lui des réalités plus crues : l’eldorado, tel qu’il se définit, n’est pas toujours aussi doré qu’on le croit. Eldorado, c’est aussi le titre choisi par Markus Imhoof pour son dernier film qui sera projeté le 21 mars en avant-première française au Centre culturel suisse de Paris. À bord d’un bateau, le réalisateur suisse a filmé plus de 100’000 êtres humains dans la Méditerranée. La projection sera suivie d’une discussion à laquelle je participerai avec Markus Imhoof, Eric Pliez et Camille Hamidi. « Quel avenir pour les migrants dans l’Europe de demain ? » sera la question phare. Les réalités qui se cachent derrière cet Eldorado-là serviront de balise.

Quel avenir ?

En Europe comme en Suisse, la numérisation, la mondialisation de l’économie, la croissance démographique ou la protection de l’environnement sont autant de défis qui exhibent les failles de systèmes politiques, économiques et sociaux en manque de solutions. Tous ces éléments ajoutés à la migration constituent des variables interdépendantes les unes des autres qui remodèlent le visage de l’Europe et de la Suisse. Les changements qui sont déjà à l’œuvre nous impliquent donc toutes et tous dans la construction d’un avenir qui ne concernera pas que les migrants, mais toutes celles et ceux qui vivent en Europe. Alors, quelle vision du présent capable de questionner l’avenir avons-nous ? Que représentent à nos yeux les migrants : des réfugiés, des assistés, de la main-d’œuvre bon marché, une menace ou une chance ? Certains les perçoivent comme des concurrents sur un marché du travail qui se précarise. D’autres en font des sujets de rejet plus viscéral qui menacent l’identité culturelle et nationale. Le frottement de ces lignes de démarcations identitaires et la précarisation du marché du travail fusionnent comme des plaques tectoniques bouleversant nos conforts de vie, nos valeurs et nos convictions. Une remise en question s’impose. Quelles sont donc les cartes dont nous disposons actuellement pour que l’avenir en Europe soit viable pour celles et ceux qui y vivent? Et la Suisse, géographiquement au centre de l’Europe, que nous inspire-t-elle par sa politique et ses projets d’intégration ?

L’art au secours de notre indifférence

Quant à l’art, partie prenante au discours, comment contribue-t-il à construire notre avenir ? Si la plupart du temps nous sommes submergés par des flots continus d’informations sans plus savoir sur quelle onde surfer, l’art devrait alors aider notre empathie. Et celle-ci devrait à son tour être un vecteur de réflexion capable de dépasser le clivage du simple discours politique gauche-droite. La traversée en Méditerranée a pour obstacle la frontière européenne, mais l’émotion, elle, – sans alimenter les peurs en ouvrant notre cœur – est sans frontières. Bref, pourquoi ne pas laisser l’émotion de l’art être tout simplement cette bouée de secours capable de nous sauver d’un naufrage intellectuel et créatif ? Car l’avenir, pour exister, a besoin d’être pensé et créé avec empathie.

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Hélène Agbémégnah

Hélène Agbémégnah Elle est actuellement responsable de la politique migratoire et des questions juridiques au sein de Travail.Suisse, organisation faîtière indépendante des travailleurs, après avoir été conseillère juridique et sociale au sein d'une association de défense des migrants. Depuis 2016, elle est membre de la Commission fédérale des migrations et fait partie d'INES un Think & Act Tank sur la migration.

3 réponses à “Eldorado

  1. Beau texte et ce n’est pas moi qui vais dénigrer l’art, comme auxiliaire possible.
    Las, l’art tout comme le reste est tombé dans les mains des marchands du temple, alors restons optimistes.
    La jeune génération arrive avec d’autres valeurs, alors espérons qu’elle saura les garder le plus longtemps possible?

    1. Cher Olivier, je partage l’avis qu’il existe plusieurs formes d’art. Toute la difficulté est de pouvoir distinguer l’art de l’activité productive ou reproductive à des fins uniquement commerciales (il y a là une part de subjectivité)…Mais en ce qui me concerne, les différentes formes d'”art” me permettent de mieux comprendre ce qu’exprime notre société avec ses pathologies, ses manques et ses affects. Ce que l’être humain montre – peu importe si c’est considéré comme juste ou faux – exprime une réalité. Par contre concernant la nouvelle génération et ses valeurs, il existe tous les cas de figures possibles: idées innovantes, concervatrices ou autre. Certaines valeurs essentielles pour la pérennisation de la vie et de l’espèce humaine existent depuis la nuit des temps, mais l’éveil, lui, prend son temps et n’est pas l’unique apanage d’une jeune génération.

      1. Merci pour la réponse, chère Hélène, vous avez raison et faites-vous toujours confiance, vous êtes une femme vraie, bon chemin de vie

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