It’s a dawning of a new era* (Part 1)

Chronique de Charclo

“Sur une durée suffisamment longue, l’espérance de vie tombe pour tout le monde à zéro”
Je le sais car Tyler Durden le sait…Le concept de la vie en général, on passe de la joie la plus
bête à la tristesse la plus noire et ce, en une poignée de secondes, un simple SMS suffit.

Je l’ai reçu.
C’était elle.
C’était court.
C’était net et c’est mort.
Fait chier…

Au final je m’y attendais, l’amour est un succès, ça ne dure jamais longtemps. Deux jours, deux jours et même pas une nuit…est ce que ça aurait changé quelque chose? Fait chier…
Juste un regret de plus….allez mettez-le avec les autres! Oui dans l’entrepôt prévu à cet effet,
à côté du silo réservé aux projets foireux et aux idées sans avenir.

Début d’après midi, le ciel est gris et commence à pleuvoir, alors lequel de nous deux copie l’autre cette fois? Tandis que je traine mon spleen entre Denner et la Coop, les gouttes tombent sur ma capuche mais c’est son rire que j’entends, et au travers des flaques d’eau, c’est son visage qui se dessine, la tendresse d’un sourire, la douceur d’un regard, ce sentiment de bien-être lorsqu’elle était dans mes bras…
Fait chier…

C’était un peu trop beau pour être vrai, en fait je m’y attendais, le bonheur et moi étions des amis d’enfance, on s’est brouillé, depuis on se croise rarement, c’est dommage, je l’aimais bien, et lui aussi me manque.

“J’ai le plus grand mépris pour ceux qui raillent le suicide par amour, car ils sont incapables de comprendre qu’un amour irréalisable représente pour l’amant une impossibilité de se définir, une perte intégrale de son être. Un amour inassouvi ne peut mener qu’à l’effondrement”
Émile Cioran.

Hé, hé… sacré Cioran, où l’art de tout dramatiser à l’extrême, ce mec a dû recenser au moins mille raisons de mourir sans jamais avoir été foutu de passer à l’acte. Néanmoins je vous recommande “Les cimes du désespoir ” de ce dernier, un recueil de citation toutes aussi noires les unes que les autres, mais qui au final donne à réfléchir… et à relativiser.

Trois, quatre jours et autant de litres de cognac plus tard, Luna est retourné avec son mec, ça aussi c’était prévisible, c’est un peu comme les téléfilms qui passent l’après-midi sur M6, genre: “Liaison fatal”, “Passion mortelle”, “Innocence en danger”, on devine la fin avant même d’avoir vu le début. Peut-être… qu’à un moment j’y ai cru…ou…en fait non. Je savais très bien qu’elle me larguerait, tout comme je savais bien qu’elle se remettrait avec Tiago. Je regrettais de pas avoir couché avec elle, mais au final c’est mieux ainsi, d’un côte ou de l’autre il y aurait eu de la gène ou de l’animosité, alors que là on s’est vu les trois, histoire de mettre les choses au clair, c’est bon, c’est réglé. Tout est bien qui finit bien et tout le monde est content… enfin presque.
J’aurai pu écrire la fin, pas de surprise à ce niveau là, quand à ces jours passés avec elle, c’était plutôt sympa, on squattait chez un de ses potes, elle s’occupait de l’héroïne et m’aidait à faire la manche. Bref je devrais pas être triste…mais je le suis quand même, est-ce parce que je suis une tapette hypersensible? Un névrosé instable? Un junkie bourré d’alcool et de cachetons? Ou juste que c’est humain? Avant, j’avais une vision assez négative de mes semblables, depuis que je suis à la rue, j’ai remarqué que les gens sont nombreux à faire preuve de générosité et d’altruisme, certains font du bénévolat; aident à la soupe populaire, distribuent de la nourriture ou des vêtements à la Riponne, certains en font même leur profession; deviennent instituteur, éducateur, aide soignant en EMS, animateur de quartier…

Moi je suis une éponge, une éponge pour filles en pleurs…Mlle X et Mr Y ont rompu et c’est là que je me retrouve embarqué dans l’histoire, Mlle X veut rendre jaloux Y, l’oublier ou juste passer le temps. Plusieurs jours ou semaines plus tard X et Y se rendent compte qu’ils s’aiment et se remettent ensemble, moi mon taf est finit, je m’éclipse, disparais…on me rappellera lors de la prochaine engueulade conjugal. Je sais, c’est pas très valorisant comme secteur d’activité, mais dans la zone si y’a mieux, y’a aussi surtout bien pire.

Trois, quatre jours et autant de litrons plus tard. 21 heures! Non en fait c’est midi, je me suis endormi sur un banc et vois l’horloge à l’envers, le soleil cogne dur, c’est ce qu’il m’a réveillé.

À coup de mini-flashback je reconstitue la mâtiné; bière, cognac, Tranxilium, bière, cognac, tranxis, le banc… C’est crevant de se lever avec la gueule de bois, deux par jours, c’est épuisant.

À suivre…

* Dawning of a new era, the Coventry automatics

Gilles Adrian

Gilles Adrian

Gilles Adrian est SDF, toxico, misanthrope et peu sociable mais il écrit pas trop mal. Auteur contemporain représentatif de toute une génération qu'en Suisse Romande on préfère cacher sous le tapis...

2 réponses à “It’s a dawning of a new era* (Part 1)

  1. De tout ce que j’ai lu, j’ai retenu que ” Cioran” …
    Ben, vous en savez assez sur la mort…
    et si vous alliez maintenant nous illustrer la vie ?
    belle nuit à vous…

  2. Cher Charclo,
    Encore une fois, je suis percutée de plein fouet par ta chronique. Tes textes, c’est comme le vent violent et froid un jour d’automne qui t’éclate le visage et qui te rappelle dans quel coin tu vis. Tes textes, c’est de la poésie brute, réelle, violente et touchante à la fois. Tu as un don. Plus que celui d’écrire c’est celui de faire ressentir au lecteur le poids de chaque mot. J’attends impatiemment chacune de tes chroniques. Et comme ma drogue à moi, dès qu’un de tes textes est publié, je le lis et relis, inlassablement, pour en saisir chaque phrase, chaque mot. Alors ne t’arrêtes pas d’écrire.
    ” L’écriture c’est le cœur qui éclate en silence. ” dit Christian Bobin.
    Au plaisir de te lire bientôt,

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