Éclater un chauffe-eau sur un môme…

Chroniques de Charclo 04:

Il est 2 heures du mat’, mardi, toilettes du Collège de la Plaine, Chavannes.

La veille au matin la flicaille a rempli courageusement son devoir en me virant du local technique que je squattais depuis quelques jours.

“Protéger et Servir” hein? Vous protégez qui en réveillant un galérien et en lui braquant une lampe torche dans les yeux ? Vous avez servi qui en me renvoyant dehors malgré la pluie et mes groles trouées ? Bref mon studio improvisé étant désormais fermé à clef j’ai du me trouver un autre abri pour la nuit. Pieds mouillés et fatigue aidant j’ai fais au plus simple, les chiottes publiques du Collège de la Plaine à Chavannes.

Comme bien des fumeurs de joint (merci Paulo pour la dépanne) je me rappelle rarement de mes rêves néanmoins dans celui-là il était question de racailles…de racaillons plus exactement, genre de bouffons qui s’imaginent que les trois bâtiments dans lesquels ils zonent sont une cité comparable à Sarcelles ou aux Minguettes.

Bon c’est vague, mais je me souviens de brides de conversation à base de “tema le shlag” “ziva cousin”, de coups de pied et du plus futé des trois qui s’est mis en tête de me pisser dessus. C’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il s’agissait pas d’un rêve…

La panique aidant je me suis levé d’un bond, c’est là que j’ai remarqué que les branleurs que j’avais en face faisaient bien deux têtes de moins que moi. Le petit blondinet qui s’est retrouvé devant moi a aussi remarqué la différence de taille, d’ailleurs il me semble qu’il a tenté de dire un truc, peut-être des excuses…ou pas… L’autre truc que j’ai entendu c’est le bruit qu’a fait mon front lorsque qu’il a percuté le sien, ensuite les cris de fillette de ses deux potes lorsque dans la pénombre, ils m’ont vu marteler la gueule de blondin à grands coups de chauffe-eau…

Je me souviens pas de combien de fois j’ai cogné, je ne pense pas être quelqu’un de violent mais même Bouddha aurait aussi pété un câble en pareilles circonstances. J’ai vite pris mon sac, mes chaussures, poussé les deux apprentis youvois et couru un moment avant de reprendre mon calme et ma route direction la gare. En chemin j’ai croisé des flics, leur voiture à l’arrêt était à côté d’une poubelle plastique qui terminait de se consumer, je m’attendais à me faire contrôler mais non ce n’était pas moi qu’ils cherchaient ..ils m’ont demandé si je n’avais pas vu un groupe de gamins courir, je les ai balancé sans aucun remord!

– Oui y a quelques minutes ils étaient vers le Collège de la Plaine.

Les schmids sont remontés dans leur voiture et ont tracé dans la direction indiquée. Je me suis assis quelques minutes, trop énervé pour me rendormir, j’ai fais demi-tour, je voulais savoir ce que les trois morveux devenaient. En chemin j’ai croisé les keufs, deux voitures cette fois et mes courageux agresseurs étaient dans la deuxième.

Devant les toilettes j’ai retrouvé ma bouilloire, en morceaux et poisseuse de sang.

Résultat des courses: je ne peux plus me faire de café ou de thé, mes fringues sont trempés, et, complètement crevé j’ai passé la journée à dormir debout.

Je sais pas si on peut trouver une morale à cette histoire…

Lili

Petit préambule:
J’anticipe certaines réactions: “C’est quoi cette merde? Où sont les bastons entre ivrognes? Où sont les alus cramé dans les chiottes publics et les litres de bières gerbés sur des docs usés?”
C’est les chroniques de Charclo ou Martine à la ferme?
Ok c’est un peu fleur bleue mais bon c’est comme ça.
A la base la première fois que je l’ai écrit, ça a fini à la poubelle avant que je la récupère pour la mettre dans ma pile de papelard. Puis suite à un coup de téléphone, j’ai récupéré le brouillon, bossé dessus plusieurs heures, je l’ai affiné, affûté, raccourci puis mis au clair.
Quand à Lili, vu qu’elle est plus télégramme que FB, je lui envoyé le texte par mail. Ça lui a beaucoup plu et elle m’a laissé le publier.
C’est pas du Charclo, ça c’est sûr…voyez juste ça comme un exercice de style, pas évident à faire mais je trouve que m’en suis bien tiré .
En tout cas j’attends vos critiques positives comme négatives.
A plus.

Chroniques de Charclo:

Lili

Cet épisode se passe en France, plus précisément à la campagne, chez ma mère, il y a environ deux ans…

Lorsque j’ai franchi la porte de la poste où tu taffais, un vieux faisait son boulot de vieux en prenant un max de temps à te faire perdre le tien. Dans la file y avait un autre vieux, impatient à l’idée de se plaindre de la baisse du livret A ou du prix des timbres. Moi, je venais juste porter un courrier de ma mère.

À peine entré tu m’as salué d’un “- Bonjour vous devez être le fils A.? Vous allez bien?” Faute professionnelle N°1: ensuite tu passas du vouvoiement au tu. “-Toutes mes condoléances pour ton papa, il était très gentil”, “- Heu merci” (merci aussi de rouvrir une plaie encore vive et ça fait déjà 2 fautes professionnelles) tandis que le dernier client était à ton guichet, tu m’as lancé l’air de rien “-Et sinon tu as bien reçu les colis que ta maman a envoyé quant t’étais en prison?” (Et de 3!).
Ce fut mon tour d’être face à toi, si mon sourire était forcé le tien irradiait de chaleur, tes yeux verts brillaient comme de l’opale. J’étais le dernier client, tu savais déjà mon nom et me dis le tien d’une voix si douce qu’on aurait cru que le vent me le soufflait: Amélie.  Deux, trois banalités plus tard, tu me racontais que toi non plus tu n’étais pas du coin mais de Lyon.  J’ai sorti un compliment foireux, genre “-Je me disais aussi que t’étais trop belle pour une bressane”. Pas l’habitude d’aborder une fille, je devais avoir l’air gêné mais pas autant que toi qui as rougi et glousssé comme une gamine.
Je t’ai filé le papier de ma mère, t’ai dit que j’allais boire une bière dans le parc en face et t’ai proposé de venir me rejoindre. Sans hésitation tu m’as répondu que tu finissais dans 5 minutes. Je savais pas quoi te prendre alors j’ai pris un Oasis et deux Kro.
On a parlé de tout et de rien…du village, des plantes, des hirondelles, de l’air affectueux des vaches…une heure plus tard on se tenait la main.
Quand on s’est revu dans la soirée, on a fait des ricochets sur la Griotte et cueilli des mûres. Arrivé devant chez toi, je t’ai pris par la taille et embrassé.

La nuit suivante on échangea plus que de la salive. Tu étais belle (tu l’es toujours rassure toi!) une odeur de vanille, un corps fin, une peau laiteuse, des cheveux roux presque écarlates, j’aurais passé la nuit à compter tes tâches de rousseur.
Belle et gentille…Le premier hic: c’est que tu me semblais tellement…heu comment dire sans être méchant, disons “pas très futée”.
L’autre problème venait de moi: question relations humaines je suis complètement à côté de la plaque. Une psy m’avait donné son diagnostic en ces mots: “- Concernant vos relations avec les autres vous êtes à la limite de l’autisme” en clair ça veut dire que je comprends pas trop ce que me veulent mes semblables, il faut qu’une femme se déshabille devant moi pour que je me dise “tiens, je dois lui plaire”. Et encore la dernière fois j’ai téléphoné à la Fac de médecine pour savoir si j’avais pas passé un doctorat sans m’en rendre compte et si je pouvais avoir des relations sexuelles avec ma patiente. Réponse : négative…dans les deux cas!
J’avais à peine raccroché que je l’ai entendu claquer ma porte et courir dans l’escalier. Note pour plus tard: il n’y a qu’au cinéma que la jolie fille craque pour le malade mental.
Cette fois ça s’est passé naturellement, facilement…tellement facile, qu’à un moment je me suis demandé si un ami perdu de vu avait engagé une escort girl pour me remonter le moral et éviter potentiel suicide… Ben non t’étais juste une belle fille à qui je plaisais et réciproquement.

Et encore une fois j’ai tout foiré…Je commençais à comprendre les différences entre aimer passer du temps avec toi et être amoureux, j’ai fini par piger que toi tu m’aimais. Tu m’aimais d’un amour aussi pur, qu’inconditionnel, alors que moi de mon côté j’aimais nos étreintes, j’aimais passer du temps avec toi…mais seulement un peu. En fait au bout de 12 heures ça me devenait difficile de supporter nos différences.
La beauté et l’intelligence, on peut pas tout avoir…Moi par exemple quand j’étais bébé une fée s’est penchée sur mon berceau, elle était foncdé, elle a vomi dedans, résultat je suis pas spécialement beau, n’ai aucune qualité mais une putain de résistance aux drogues.
Je m’égare…mais bref je m’étais promis 4 choses: Ne pas lui faire de peine, ne pas profiter d’elle, ne pas lui mentir et lui être fidèle.

Si j’ai foiré la quatrième, au moins j’aurais tenu la troisième.
Un jour tu m’as appelé depuis la France, ta voix étais dure, c’était la première fois que je te sentais énervée. T’avais trouvé mon compte Facebook et voulais savoir pourquoi je t’avais dis que je n’en n’avais pas.
Ce jours là j’ai craqué. Je ne voulais justement pas te mentir alors je t’ai dit la vérité: que je voulais pas te parler sur messenger.
Elle:  ” -Pourquoi?”
Là j’ai du te crier, te hurler même: à savoir que tu étais la fille la plus stupide, la plus malléable, la plus conne, la plus influençable que j’avais connu…
Elle entre deux sanglots: “-C’est vraiment ce que tu penses de moi?”
Moi: “- Heu oui c’est ce que je pense mais je voulais pas te le dire. Par contre je veux aussi te dire…”
Merde elle a raccroché.
Je voulais aussi te dire que j’aimais ta douceur, que je respectais ta foi et les principes qui allaient avec, que tu ne m’avais jamais jugé ni critiqué…
Alors que je tournais en rond mon portable à la main, je prends soudain conscience qu’au final j’étais trop orgueilleux pour l’avouer et qu’en fait je l’aimais. Si c’est pas le cas alors pourquoi ce pincement au coeur? Merde un infarctus! Non c’est juste mon coeur qui se brise…

La semaine suivante j’ai pris le TGV, pas de ticket, pas de papier Schengen pour ma métha, arrivé à Dole, autostop jusqu’à Louans, vélo volé jusqu’à Mervans. Je suis devant sa poste, je rampe sous la fenêtre, un coup d’oeil, oui c’est elle et non sa collègue. L’office ferme dans 30 minutes, un gamin gare sa 125 et entre, il a une gueule à se nommer Kevin, à écouter du Jul et être fan de tuning. Non! Dites-moi pas qu’elle m’a remplacé par ce truc! Ok je suis pas un mec bien, mes péchés s’accumulent mais là, la punition est trop sévère…ouf je le vois sortir un paquet à la main avant de remonter sur sa monture en me regardant d’un sale oeil, à vrai dire c’est le regard que me jettent tout les fachos de ce bled à la con. Elle sort…cloué sur place, je peux plus bouger, c’est comme une apparition, elle s’avance, ne m’a pas encore vu, sort un paquet de clope et s’en allume une. Tiens! Ça c’est nouveau et je dois y être pour quelque chose.
Elle me voit, s’avance puis s’arrête à un mètre de moi…
” – Lili (c’est la première fois que je l’appelle ainsi)…je suis désolé…je suis qu’un connard et je t’ai traité comme une merde…je voulais juste que tu saches que tu es importante pour moi…”
Elle me coupe: – T’es passé chez ta mère avant de venir?
– Non je suis passé par Louans
– Tu veux passer chez elle avant?
– Non, je suis venu pour te voir

Machinalement on s’est dirigé vers l’étang, en silence, tu as pris ma main.
Chez toi j’ai fait une omelette au fromage avec des champis, perso j’aime pas mais comme toi t’adores…
3 heures du matin, on a fais l’amour 2 fois. La deuxième elle a jouit coup sur coup, me serrant à m’en casser les vertèbres, plantant ses ongles dans mon dos. Là elle est à plat ventre, elle ronfle et bave sur son oreiller mais elle est si belle…je retire lentement sa couverture, lui caresse le dos de mes deux doigts, elle frissonne, je caresse ses fesses, elle se tourne, m’embrasse, je passe ma main sur son sein, descends, elle écarte ses jambes, elle gémit, mouille, je me remets sur elle, la pénètre lentement…une union brève mais intense, on jouit en même temps, sa petite main serrant la mienne.

Un peu plus tard elle sort des toilettes, nue, belle et c’est d’une démarche gracieuse qu’elle vient se coucher, sa tête sur mon épaule, son bras m’enlaçant… Un instant de bonheur que j’aimerais mettre dans une boîte que j’ouvrirais à chaque baisse de moral. En fait cette boîte c’est ma mémoire, et ça me suffit.

Il y a 10 jours:
Ma situation administrative se règle. Après des semaines de dénuement et d’angoisse, je vois enfin le bout du tunnel et j’ai enfin reçu mon RI (la moitié, désormais c’est toutes les quinzaine). Mais voilà quitte à looser autant le faire à fond, du coup j’ai paumé ma Postcart le jour ou j’avais touché mon fric…ma carte me revient mais à la mauvaise adresse, un formulaire de perte et un changement d’adresse plus tard… j’attends! Cette nuit j’ai pioncé chez Giovani, bien dormis d’ailleurs, 22h-12h sans intermittence. On sort, je l’accompagne à la banque, il exulte, il a reçu ses tunes. Moi aussi mais c’était y a 2 semaines et peux pas y toucher, énervant? Non plus que ça. J’ai pas trouvé de mot assez dur dans le dico pour exprimer ma frustration. Giovani me donne un billet, avec le reste de monnaie d’hier j’ai dans les 30.-

Premier achat : une fiasque de cognac, premier vol: des sachets de café. Petit-dej’ à coup de gniole, de Stilnox et de méthadone. Je remarque que j’ai rien pris la veille et que je me sens pas en manque, c’est marrant depuis que je suis à la rue je consomme beaucoup moins.
De deux : nourrir mon phone. 10 balles, tiens avale ça raclure! Bon déjà j’appelle ma mère, histoire de lui dire que je vais bien et qu’elle ne s’inquiète pas (dans la bible on parle de “pieux mensonge”). Ensuite, la Poste: prise de tête, incompréhension et dialogue de sourds… bref mon correspondant me jure que je recevrais un nouveau NIP dans les 48h et une nouvelle carte dans les 2 a 4 jours bref encore une bonne semaine sans un rond.
De trois: après une courte hésitation je joins Amélie.
– Salut ma jolie, ça va? (reste du dialogue privé) je lui raconte mes péripéties et lui demande si elle peut m’envoyer 50 euros en courrier A.

Deux jours plus tard je n’ai reçu ni mon NIP, ni ma carte mais une enveloppe venue du 71, à l’intérieur, le “monde libertaire”, l’hebdo de la fédération anarchiste, planqué entre les pages 150€.
Un jour tu m’avais dit de croire aux anges gardiens, je m’étais foutu de ta gueule, ben j’avais tord une fois de plus.
Ma belle renarde, mon ange, ma belette, ma Lili…

Ma meilleure amie.

 

Chroniques de Charclo:

Ma meilleure amie

Jeudi 7 janvier. Mon cul et moi sommes assis au resto de la Migros, les jours se suivent et se ressemblent, enfin pas tout à fait : je n’ai plus de tablette, je n’ai plus le moral non plus et c’est d’ailleurs lié.

La veille vers midi j’ai corrigé et publié ma dernière chronique. Après je me suis endormi, assis, la tête dans mes bras croisés, j’ai du dormir 45 minute, voir une heure.

Ensuite je suis allé faire des trucs et des machins… Le genre de trucs que font les zonards et les SDF. Je pourrais être plus précis mais j’ai pas envie de parler boulot.

Je me suis rendu compte qu’il me manquait quelque chose, je retourne au resto en courant.
Je l’ai cherchée, ma fidèle amie. J’ai demandé aux serveuses si elles l’avaient vu… ben non.

Ma jolie Sony Xperia…elle est plus là.

Soit on me l’a volé quand j’étais dans les limbes, soit je l’ai oublié en partant. Mais ça j’arrive pas à y croire, elle était ce que j’avais de plus précieux…Oui tablette je parle de toi! Je tenais à toi plus que tout! Comment aurais-je pu te laisser seule? On n’oublie pas sa femme au McDrive, alors non je te jure que ne t’ai pas abandonnée.

J’ai passé par les différentes phases du deuil: le choc, la colère, le déni puis la tristesse. Après y en a d’autres, la reconstruction étant la dernière phase mais je crois que je vais me contenter de rester triste, ça je le fais bien…

Ma tablette c’était ma musique, mes films, mes séries, mes jeux Android mes Ebooks, bref tout ce qui me permettait d’occuper ces putains de journées interminables.

Ce qui me chagrine le plus, c’est tout je que j’avais écrit. Et j’en ai écrit des trucs…des histoires plutôt courtes et relativement mal écrites genre : délires u-chroniques, post-apo à la Fallout et autres tentatives de SF foireuses. Souvent je me disais qu’il faudra un jour les peaufiner, en faire quelque chose de bien, de beau, bref de lisible…bon ben tant pis.

J’avais écrit pas mal de textes politiques aussi. Entre les slogans anars et les brûlots nihilistes improbables, y’avais quand même quelques trucs qui tenaient la route, sur l’économie, sur la dialectique, la religion, l’anarchisme bref ça aussi pour que dalle…

Et y avais aussi des poèmes. Que j’avais pas l’attention de publier parce que c’était personnel; des rimes sur mon ex, sur mon défunt père, sur moi-même…tout ça c’est perdu, foutu, écrit pour rien…

Peut-être que ce soir pendant que je greloterais dans le parking de la Coop, le bâtard qui m’a volé ma fidèle compagne, les lira tranquille sur son canapé en attendant le repas que lui prépare sa femme.

J’essaye de ne pas y penser, ça me donne envie de pleurer et de vomir en même temps…

Un peu seul…

 

Chroniques de Charclo 17:

Un peu seul…

Un après midi banal de février, assis sur un banc de la place du marché, malgré le froid il y a plus de monde qu’à l’accoutumée, j’ai entendu que le RI a été versé ce matin, ceci explique donc cela.
Quelqu’un vient de proposer d’aller boire un verre au bistrot, soudain les rangs semblent se clairsemer, une poignée de secondes plutôt on était une douzaine, là on est plus qu’un.

Comme un air de déjà vu… à nouveau sur ce banc, seul avec moi-même. “L’avenir est un long passé” rappait Manau, je sais pas…mais mon présent ressemble tristement à hier et à demain.

Deux heures plutôt j’étais déjà seul avant que d’autres me rejoignent, au final ce n’est qu’un juste retour des choses, même si je ne vois rien de juste là-dedans, je me sens mal, mes nerfs se tendent, mes mains tremblent, je serre les dents, ravale mes larmes, sors de mon sac un stylo et un papier froissé que je griffonne nerveusement.

En vérité sur le moment je n’ai rien à écrire, j’essaye juste d’occuper mon esprit, parfois penser c’est flancher.

Durant un instant j’ai cru que l’un d’eux allait se retourner et me dire “Viens avec nous pas grave si t’as pas de tunes on t’invite” en fait cette phrase a bien été dite mais c’était pas pour moi, après tout pourquoi s’encombreraient-ils de l’autre dépressif ? Il risquerait de passer un bon moment voir même d’y prendre goût…Peut-être s’imaginent-ils que ma mélancolie est un choix de carrière voire carrément une maladie contagieuse, peut-être que ma solitude et mon mal-être aident les gens à se sentir mieux, si c’est le cas ; ma non-présence a des vertus médicinales, les labos pharmaceutiques devraient plancher sur le sujet, on économiserait sur les antidépresseurs.

Panne d’inspiration…mon stylo dessine des vagues et des spirales, ma gorge se serre, penser c’est flancher, là je flanche…

Mardi 15 décembre, Renens, 22 heures et des poussières.

Chronique de Charclo 01:

Mardi 15 décembre, Renens, 22 heures et des poussières.

Je suis adossé au mur de la Coop, emmitouflé dans une couverture, ma tablette sur les genoux je regarde les nouvelles fraiches d’un monde pourri. Un sac à dos, une brique de thé froid, des chips, feuilles et tabac à rouler sont posés négligemment à mes pieds. Une homme d’une trentaine d’années marche dans ma direction, brun et basané, une tête de rebeu, il s’arrête devant moi et me salue.

– Excusez-moi vous n’avez pas de maison, d’appartement?

– Ben non…

– Qu’est ce qui vous est arrivé, pour vous retrouver comme ça?

– Bah rien d’extraordinaire, en général c’est soit la faute d’un proprio soit celle d’une femme, cette fois c’est une femme.

– Vous avez besoin de quelque chose?

Étant habitué à l’indifférence et à l’égoïsme des passants sur le moment la question avait un coté surréaliste.

– Heu non, merci c’est sympa mais j’ai ce qu’il me faut, lui répondis-je en désignant mon thé froid et mes chips. Il me dit au revoir puis fait demi-tour.

Dix minutes plus tard j’aperçois le même homme accompagné d’une jeune fille, elle doit avoir 12-13 ans et tient une assiette cellophanée, lui un sac plastique, les deux viennent dans ma direction.
Le père (oui ils sont père et fille) m’explique que ça fait depuis la veille que sa gamine me voit au même endroit et lui demande s’il s’agit d’un SDF et ce qu’on peut faire pour lui. Ils sont donc venus m’apporter un émincé de poulet avec une sauce aux champignons, des choux-fleurs, du riz et dans le sac plastique il y avait des bonbons (Haribo-Coca) et deux cannettes de jus de fruit. Ensuite il m’a donné son adresse ainsi que son nom de famille afin que je puisse mettre l’assiette et les couverts dans la boîte à lettre. J’ai mangé, c’était chaud, c’était bon et lorsque j’ai été mettre les couverts dans la boîte à lait il avait une carte signé “Hamed et Yasmina” avec une billet de 10.- .

En parlant des anars Brel chantait “Y’en a pas un sur cent et pourtant ils existent” apparemment c’est pareil pour les gens bien, il y en pas des masses mais on est bien content de tomber sur eux.

 

Traduction de l’image: Sadaqa en arabe qui veut dire aumône.

Les dimanches, Dieu et le tigre de Tazmanie… Part 2

Chroniques de Charclo 36

[…] Je me réveille, reprends mes esprits puis sors en training et pieds nus. Un couple de retraité me regardent, je sais pas si ils étaient déjà là quand je dormais et que les deux zigs m’ont réveillé…c’est toujours sous leur regard que je remballe mon sac de couchage, m’habille et mets mes pompes. Dedans une pièce de 5.- et un peu de graille donnés par dieu sait qui, je fais mes comptes, en tout j’ai 20 balles alors que d’après mes calculs d’hier j’avais plus grand chose…ça pourrait être pire pour un dimanche.
Je demande aux deux potes de surveiller mon sac pendant je vais me brosser les dents et remplir mon chauffe eau aux chiottes. Dehors ça neige, il neige…ben comme il est censé neiger un hiver en Suisse…tout bêtement.
Brossage de dents et eau glacée sur le blaire histoire de me réveiller, je vais prendre le journal, m’arrête à la Pronto pour acheter un croissant, retour dans la salle d’attente. J’avais demandé aux 2 soulards de veiller sur mon sac durant au moins 10 minutes…règles de la rue N°27: Ne faire confiance à personne.

Derrière un siège, une prise de courant, je mets ma tablette à charger et sors fumer une clope en buvant mon kawa.
Aaah! Cigarette et café je vous envie, vous êtes le couple que rien ni personne n’a jamais séparé.
Je retourne dans le hall de la gare, les deux retraités sont toujours là, ça fait plus d’une heure qu’ils y sont, j’en déduis qu’ils n’attendent pas le train. Non c’est dimanche et comme tout le monde, le dimanche, ils se font chier…dans les près, les vaches regardent passer les trains et dans les gare les vieux regardent les gens qui attendent leur train.
Putain de dimanche même Dieu tout puissant, a baissé les bras face au dimanche…
La genèse est claire: en 6 jours, Dieu créa la terre, les mers, les végétaux, les animaux, l’homme et pour le reste, pour le septième jour, il avait tout un tas de bonnes idées…mais le dimanche fut le plus fort et le seigneur resta affalé sur son canapé. Voilà pourquoi il n’existe pas de licorne, de dragon ou de fée mais à  la place on a eu droit à Michel Drucker et ces putains de repas en famille.

Je lis le Matin Dimanche, des kilos de papier pour 3-4 grammes d’articles intéressants et le pire c’est que des gens le paie plus de 4.- , c’est…comment dire…ben c’est du vol tout simplement.

Tout à coup, je tique sur la photo en noir et blanc d’une bête sortie des enfers, c’est un tigre de Tasmanie… l’animal à l’air féroce, méchant même! Aussi long qu’un alligator, la carrure d’un lion, une gueule démesurée et un regard sombre, noir, haineux! Dans ses yeux on  peut lire “Tuez moi! Tuez  moi! Ou je viendrais boire le sang de vos enfants!”
Sur la page ils précisent que certains spécimens ont été filmés…Je veux voir ça! Pas de WiFi à la gare, j’ai de la graille dans les poche: direction McDo.
Je m’habille. Dehors la neige tombe et les badauds passent, le contraire serait plus drôle… en prenant mes affaires, la petite vieille me demande si je suis à la rue et me donne un billet de 10.- puis le mari me file 6,7.- de petite monnaie avant de me souhaiter bonne chance.
Dans les couloirs de la gare je fais les comptes environ 50. c’est pas mal, d’autant plus que j’ai encore rien demandé, je trace direction le McDo, il neige de plus belle et je sens que mes grolles sont trouées, la flotte s’infiltre, d’ici ce soir elles seront trempées, fait chier…Allant au McDo je croise une petite racaille qui sort du kiosque avec des bières, il cherche de la beuh, il est en Lacoste de la tête au pied et traîne un accent de banlieue appris sur un tuto YouTube.
Bref ce gars une racaille…du modèle qui peut éventuellement effrayer sa petite sœur…et moi j’aimerai aller aux Mcdo pour voir la vidéo du tigre de Tasmanie mais d’un autre côté si je peux arnaquer MC kev’du1022… Je lui taxe une bière et l’amène sur la place du marché, il veut 50.-, j’appelle Nasser, c’est bon.

-Je monte seul, j’en ai pour 20-30 minutes, tu me laisses les tunes et je te laisse mes affaires en garantie!
– Heu…wesh tu veux pas laisser ton phone plutôt…wallah c’est plus sur!

Il me file son billet et moi mon phone en otage. L’écran est brisé, je l’ai acheté y’a 6 ans 40 balles a la Mig’ mais bon c’est lui la racaille, il sait ce qu’il fait…
Arrivé chez Nasser, je tente de lui soutirer un ķépa à crédit…en vain…coutait rien de demander. Du coup je prends 40.- de weed et me mets une tête de côté.
Retour sur la place, MC kev’deVuflen fait les cents, pas sa bière à la main…Crétin! Tu crois que j’allais fuir au Mexique avec ton bifton de 50.-?!
J’ai bien aplati le pacson, on dirait presque que c’est bien servi. La preuve il est tout content, me file une autre bière et roule un pet’. Déjà qu’à la base c’est un abruti fini, l’alcool et la weed aggravent la chose…là il me raconte qu’il plante et vend de la beuh à coup de centaines de grammes (mais dans le même temps il en achète à des inconnus dans la rue) et sinon il fait aussi dans la coke, il me montre sur son portable la tof d’un caillou de coke qu’il a chez lui. Je lui fais remarquer que là c’est la photo d’un fromage de chèvre,
-Non couz! c’est 500g de caillou pur de Colombie,
J’insiste… -Non mec on dirait juste une putain tomme chèvre!
-Non sur la vie de ma mère c’est un caillou de coke de 1kg je peux te faire pour 1000.-!!
Je soupire intérieurement, son fromage de coke fait 500g de plus…décidément le “Skarface” de De Palma aura bousillé toute une génération! “Les affranchis” “Casino” “Les parrains” “Il était une fois dans le Bronx”… ils connaissent pas, y’en a que pour Tony Montana et son accent improbable. Alors que c’est l’histoire d’un réfugié cubain (juste un social-traitre dont le paradis socialiste de Cuba se débarrasse chez ces salauds de yankees) il est con comme une huître, a des manières de pèquenot, il est amoureux de sa soeur(oui?!). 30 minutes plus tard il devient le baron de la drogue à Miami et à la fin des Ninjas attaquent sa maison, il défouraille avec un fusil d’assaut qui tire des munitions explosives ou un truc du genre, peu importe…et puis, et puis… terminé, coupez! Générique, fin…Ah oui! sinon y’a aussi Michelle Pfeiffer dans le rôle  de la fille et pis c’est tout!! Ce film est un navet, une daube! et le pire c’est que des gosses prennent son pseudo-héros comme modèle! Je commence a en avoir plein le cul de ses délires, je lui réclame ma dépanne, il me la file et je fous le camp au Mcdo.

Un café trop cher plus tard, je suis enfin sur YouTube à mater un cerbère à rayure…il fait claquer sa gueule tout en tournant en rond, espérant arracher le bras d’un employé.
J’adore…pourquoi cette créature n’est plus de ce monde? Merde pourquoi Dieu l’a t-il créé pour laisser ces merdes d’humains lui faire la peau…après 30 minutes à le voir et le revoir ça me déprime, c’est aussi triste que la chute de l’URSS. A l’étage du bas, un asiatique mange son menu, je le vois siroter du Coca en bouffant une salade (Oui des gens achète des salades au Mcdo, c’est pas une légende urbaine). Vu sa descente il tardera pas aller pisser, moi j’attends.. j’épie, mes yeux rivés sur le reste de son menu: des Chikens, un Big Mac et des frites…il sort de table et prend l’escalier qui mène aux WC, je le croise en descendant, la porte des toilettes se ferme, moi j’ai déjà prévu et ouvert un sac…Sans hésitation j’embarque ce qu’il a eu le malheur de laisser sur sa table, je lui laisse ses frites déjà trop molles, sa salade et son Coca…non, au final je le prends aussi, je commence à avoir soif!

Mc Donald “Venez comme vous êtes” dit le slogan, moi je suis venu avec mon anti-américanisme, la dalle et un sens moral fluctuant.
Et puis merde! pourquoi je me justifie?
Tasmanian tiger style!

Les dimanches, Dieu et le Tigre de Tazmanie…part 1

Chronique de Charclo 35:

Les dimanches, Dieu et le tigre de Tasmanie… (Part 1)

 

C’est dimanche et le vent qui souffle transforme le froid en morsure. J’avance sans trop savoir où aller… fini la neige, ne reste plus qu’une boue sale qui me trempe mes pieds.

Un train de marchandise va traverser le quai à 200 à l’heure, je pense à elle… encore… elle me manque…vertige des solitudes, la chute me tente…trop tard le train est déjà passé…
Une soirée de plus à  taper la manche sur Lausanne.
J’essaie d’être souriant, poli, de bien m’exprimer, faut aussi un bon prétexte, j’ai mon gros sac à dos et mon sac de couchage sous le bras et demande un peu de monnaie pour dormir au chaud.
Une heure avant l’ouverture la Soupe Populaire…si je pouvais pécho 20 ou 30 balles ça m’arrangerai.
Des pièces de 2.-, de 1.- et pas mal de petite monnaie. Une  fille s’était excusé de pas en avoir, elle m’a filé du tabac et des feuilles.
Juste après un noir en costard avec une croix en argent autour du cou m’a parlé de Dieu un petit moment, un évangéliste sûrement…toujours un peu pareil avec eux, faut les écouter faire du prosélytisme 10 minutes avant de vous filer une pièce.
Je venais juste de la mettre dans ma poche que l’étudiante d’avant me court après: elle vient de recevoir sa paie et tenait à m’en donner une partie, un billet de 20 balles. Cool !
Au final aujourd c’était plutôt facile, je fais les comptes: plus de 40 franc

M2-Riponne: 1 kepa 15.- frs + 1 Dormis 10.-
M2-Bessière: Soupe Populaire, un sandwich, une assiette de pâtes trop cuites et un dessert.
Re M2-Riponne: 100 mètres plus loin, 10 balles de beuh.
Re M2-Riponne-Gare, direction Renens.

Je trace vers la Coop, les portes sont fermées, mais ça fait un moment que j’ai pigé comment les ouvrir.
Je me pose un moment, charge mon phone, perds une petite heure sur le net puis direction les chiottes pour m’envoyer mon mélange d’héroine et de dormi dans le pif. J’avais prévu d’écrire un peu mais j’ai les yeux qui se ferment…pas la peine d’insister…trop fonçdé’ pour trouver un bon spot pour pioncer, je descends au parking, j’étale des journaux et me glisse dans mon sac de couchage…Morphée m’attend, me tend ses bras, c’est bien la seule qui veux toujours de moi…

D’un coup Morphée  s’enfuit remplacée par une lampe de poche à 10cm de ma gueule…merde le Sécu…et pas le meilleur…un jeune con, borné, têtu et sur de son bon droit, le genre de porc qui dans les année 40 aurait porté l’uniforme de la Waffen SS avec fierté.

Je l’insulte, le menace de mort, lui crache dessus, à un moment il croise les bras en bombant le torse, je lui ai fais remarquer, mains dans les poches, que pendant qu’il  joue au dur j’aurai le temps de sortir l’opinel que j’ai dans ma main droite pour lui poinçonner le bide une dizaine de fois…là il a reculé de 2 mètres avant de sortir sa gazette. Avoir vu cette lueur de panique dans ses yeux m’a remis d’aplomb. Des fois il en faut peu…

3 heures du mat, c’est plus du froid, c’est de la Sibérie qui me défonce à coup de bouteilles de vodka vides.
J’ai plus trop où aller pioncer mais je vais traverser la gare. Tiens ! La salle d’attente est ouverte y’a déjà un gros mec qui y dort…bon, je vais pas faire le difficile et me pose à l’autre bout, m’emmitoufle et m’endors.
Dormir…du moins essayer. Pas facile entre les trains à grande vitesse et les annonces au haut-parleur.
La lumière s’est allumée, la porte s’ouvre et se ferme au rythme des premiers passagers.

7 heures, le bruit d’une cannette qui s’ouvre me réveille. Je sors la tête de mon sac de couchage, y’a deux mecs que je connais qui sont là et déjà à la bière. Albi, un collègue, je pense que c’était lui qui dormais avant, et un mec de chez Manchinie qui trouve rien d’autre à me dire que ” Ah c’est toi ?”
Sérieux…c’est juste la question la plus conne du monde, on peut la poser à n’importe qui, à n’importe quelle heures, n’importe où, il vous filera la même réponse :
“Oui, c’est moi”.

….to be continued….

Une brune et un râteau

Chroniques de Charclo 10

Une brune et un râteau

 

Toujours posé sur mon bout de trottoir, j’observe la vie de mes semblables. Les jours, les semaines et les mois se suivent mais les passants se ressemblent. Néanmoins je remarque que certains semblent évolués par deux, parfois ils se tiennent par la main, on appelle ça des couples… Aimer et être aimé en retour… c’est sympa comme concept lorsqu’on y pense.
Ça me fais penser à ma regrettée Sony Xperia. J’ignore si tu ressentais quelque chose en dehors de ta programmation mais saches que tu me manques et j’espère que celui qui nous a séparé te traite bien et te rendra heureuse. T’étais la meilleure… vraiment.

Bon bref…changeons de sujet enfin pas tout à fait…
Toujours posé sur la même zone, je regarde les gens courir vers nulle part, évoluant dans la grisaille de leur quotidien sinistre, des pas pressés et des airs résignés…sauf elle…la belle brune qui illumine mes journées pluvieuses. Petite, la vingtaine peut-être un peu plus, une peau bronzée, le teint méditerranéen, je parie qu’elle est portugaise ou espagnole, italienne peut-être. Bon soyons franc, c’est pas une taille mannequin, elle a pas le plus beau visage du monde non plus, mais moi je lui trouve un certain charme, en faite non je la trouve juste trop belle…

Au début comme tout le monde elle m’ignorait superbement, ensuite de rapide “Bonjour!” puis vinrent des “Salut!”, plus spontanés, accompagnés d’un joli sourire. Il y a quelques jours, elle marchait en direction de la Mig’, un gamin à son bras, un autre dans une poussette. Elle m’a salué…il pleuvait, elle avait beau porter une capuche, se trimbaler deux mômes, néanmoins je la trouvais toujours aussi belle…Elle s’arrête devant la porte, laisse le plus grand des gosses avec la poussette puis fait demi-tour, en courant à petites foulées faisant rebondir ses petits seins.

Elle me dit qu’elle va se chercher un café à l’emporter et me demande si j’en veux un… Sans blague ! Tu me rapporterais une bouillie de lamproi que je dirais oui avec la même joie. Deux minutes plus tard elle est de retour une tasse en carton dans chaque main.

Je n’ai jamais été un séducteur né et ma situation sociale actuelle n’arrange rien. Franchement sur “Adopte un mec” les profils SDF et toxico ne sont pas trop demandés.
Elle est là et me tend mon café. D’habitude les gens qui veulent taper la discut’ me posent toujours les mêmes questions: “Comment vous êtes vous retrouvé à la rue?” Puis “C’est pas trop dur?” Mais non, pas elle… Elle, elle se plaint du prix du café…

Moi aussi j’ai pas mal de choses à dire sur le surenchérissement autour du prix du café, de la vie et du capitalisme en général…mais ça sera pas pour cette fois. J’ai plein de choses à lui dire, j’ai des sueurs froides et les mains qui tremblent mais je me lance… Sans vouloir vous décevoir, en réalité je vais pas vous déballer ce que j’avais l’intention de dire à celle que j’aurai épousé dans l’heure, parce que de toute façon elle ne m’a pas laissé finir…Apparemment je me suis planté, elle a plus de trente ans et quand aux gosses sur la place de jeux ben il se trouve que se sont les siens et plus contraignant encore il y a un mari avec.

Bref échec sur toute la ligne!

Bon au moins elle ne m’enfonce pas, me dit que je suis mignon tout en se déclarant flattée.
Après quelques banalités échangées, ma belle brune retourne vers ses enfants, son mari et sa vie.

Moi j’ai gagné un café, c’est toujours ça, le prix d’un râteau.

La manche

Chroniques de Charclo 18

La manche…

“Bonjour Monsieur excusez-moi vous n’auriez pas un franc ou deux pour manger?”

Ça c’est un exemple. En général comme les tueurs en série je vise plutôt le sexe opposé; pourquoi? Ben parce que statistiquement ça marche mieux.  Ce qui donne quelque chose comme : “Bonjour Mademoiselle excusez-moi, etc, etc… Bon ça craint un peu comme taf, même beaucoup pour être franc.

Je me suis tapé pas mal de boulots à la con ces dernières années: horticulteur, paysagiste, usine, maçonnerie, nettoyage, déménagement, aide-soignant dans un EMS, vendeur…j’en passe et des meilleures; mais pire y’a pas, devoir compter sur la générosité de parfaits inconnus pour boucler sa journée c’est particulièrement humiliant. Mais bon comme on dit “Tout est bon quand on a faim” c’est pareil pour les tunes, quand on en a besoin tout les moyens sont bons. Hors la manche est un boulot alimentaire comme un autre…Je sais que beaucoup diront que ce n’est pas un vrai travail, y’a quelques mois j’aurais dis pareil, d’ailleurs la première fois que je m’y suis mis j’ai passé l’après-midi à la gare de Lausanne pour rentrer avec 2.- . Pourquoi? Ben comme tout travail ça s’apprend… or moi j’étais nul, trop timide, trop confus, pas crédible, pas l’air assez pauvre pour inspirer la pitié, bref c’était zéro.

J’ai commencé à observer d’autres mendiants, enfin pardon des collègues voulais-je dire! Là j’ai compris que pour taper la manche il valait mieux être vif, enjoué voir même souriant, c’est paradoxal mais c’est comme ça. Les Roms ont déjà le monopole de la pitié, ce peuple n’a pas grand chose alors autant la leur laisser.

Donc premièrement picoler…ben oui l’alcool ça aide contre la timidité, perso pas moyen d’aller aborder des passants si je n’ai pas bu 2 litres de bière avant. Ensuite comme dit plus haut être souriant, la vérité c’est qu’en général j’ai envie de m’entailler la carotide, d’asperger les badauds en hurlant “Buvez mon sang bande de salopes, il est contaminé!” mais je laisse les idées du genre bouclées à triple tour dans un coin de ma tête et tente d’avoir l’air d’un gars sympa.
Troisièmement: les prétextes, ça c’est primordial et ça varie selon les heures, la matinée, qui plus est quand il fait froid, la réplique type c’est “Excusez-moi, vous n’auriez pas un franc ou deux pour boire un truc au chaud…?” Un peu plus tard ça donne “Excusez-moi, etc, etc pour manger quelque chose ? Ou encore “Bla-bla-bla pour pouvoir prendre une douche” et à partir de 17-18 heures la meilleure excuse est de demander un peu de monnaie pour pouvoir dormir au Sleep-in ou à la Marmotte.

Il faut aussi repérer les bonnes personnes, celles qui paraissent réceptives et/ou généreuses, éviter ceux qui au mieux vous ignorent et au pire vous insultent, dans ces cas là je les ignore en les gratifiant d’un “Merci, au revoir et bonne soirée!” en général ils ferment leurs gueules car il n’y a rien à répondre à ça…

Bref je sais que c’est chiant de se faire baratiner par un inconnu qui veut vous soutirer des tunes sous des prétextes plus ou moins crédibles. Tout le monde déteste ça, moi y compris.
Mais dites-vous qu’être à la place de celui qui compte sur votre bon vouloir pour grappiller un peu de monnaie…c’est juste mille fois pire.

 

 

Quelques grammes de bonheur pour dix kilos de regret

Chroniques de Charclo 36

Des bruits de pas, des portes qui s’ouvrent et se claquent et des mamas qui gueulent en rital.
Mon natel est à plat mais à vue d’oreilles je dirais qu’on approche des 10-11 heures. Ça fait plusieurs jours que je squatte ce local technique dans un bâtiment, environ 2m sur 2 où j’ai pu poser un matelas, j’ai récupéré un coussin et un training dans une buanderie, y’a une prise électrique, un robinet, une ampoule et je peux fermer depuis l’intérieur. Bref c’est pas Byzance mais pas la Pologne non plus. Les mamas gueulent de plus belle, fait chier! Pas envie de sortir de mon sac de couchage. Bon grès, mal grès, je me lève, m’étire, allume la lumière et mets de l’eau à chauffer, il me reste un sachet de café, 3 de sucres, une crème et un fond de cognac. Le temps que l’eau soit chaude je fais un brin de ménage: les alus cramés, les mégots, les canettes vides… je fous tout le bordel dans un sac Coop que je jetterai plus tard, aussi une bouteille de 1 litre de pisse, je la ferme et la balancerai en même temps.

Je pose le matelas sur le côté, pars secouer le tapis dans l’entrée et me prépare mon caf. Café, cognac, clope…comme dirait Booba ou Balou “Il en faut peu pour être heureux” mais en fait non c’est de la connerie!

Il me reste des tunes, je pourrais acheter de la coke, de la dreu, bouffer au resto ou acquérir une nouvelle veste mais c’est pas ça qui me rendra heureux, le bonheur n’a pas de valeur marchande….Quand elle m’a dit que j’étais l’homme de sa vie, j’ai rien répondu à ça…ch’avais pas quoi dire… c’était juste la plus belle chose qu’on ne m’avait jamais dite. En faite c’était ça le bonheur, ça… l’embrasser et la serrer dans mes bras. J’aurais pu faire mieux…j’aurais dû…des regrets encore et toujours…

Mon café-cognac est terminé. Je vide les poubelles, me brosse les ratiches à la buanderie et emprunte un balais pour nettoyer ma place. Avant de partir je range mon sac; les sous-vêtements en-dessous, les autres fringues au milieu, le sac de couchage en dessus, les bouquins et les médocs dans la poche de gauche, dans la droite la bouffe,  chauffe-eau, café, etc… et le reste dans la poche du haut. Avant de partir je me fais un rail de Stilnox: sale habitude prise en taule mais ça réveille plus que le café. Il est midi et ça caille!
Le vent traverse les fringues et mord les chaires, le soleil est là à briller comme un con, à réchauffer que dalle au milieux d’un ciel bleu, bleu comme ses yeux…souvenirs…réminiscences et regrets à nouveau.

Je me rappelle de l’histoire d’une mère qui avait perdu son gosse, elle en avait marre de souffrir, elle avait essayé les thérapies, les cachetons, le bio, la médecine chinoise…au final elle a trouvé un vieux manuel de médecine et s’est lobotomisée devant sa glace avec une scie circulaire et un cutter. Maintenant c’est un légume mais au moins elle ne pleure plus, ou alors elle sait plus pourquoi… enfin la méthode était certes discutable mais je la comprends et j’admire sa détermination.

C’est lundi, faut que je trouve un truc a faire, j’ai un peu de graille dans mes poches, je vais de ce pas pécho 20 balles de beuh, ensuite je passe par Denner où j’achète des bières, en profite pour chourrer des gendarmes, une teille de cognac et une tarte de linz, je me pose dehors face au vent, mais dos à mes semblables, pas envie de les voir et encore moins de leur parler, à quoi bon d’ailleurs?

Soit c’est eux qui vont m’emmerder avec leur vie à la con, soit c’est moi qui vais leur casser les couilles avec la mienne, dans les deux cas ça n’aidera personne…à chacun sa souffrance et à chacun sa croix… je me roule un spliff et me balance un Dormicum dans le zen…ça fait à peine une heure que je suis debout et suis déjà schlass. La soupe populaire a lieu dans quelques heures, du cognac et des bières a teaser, de la méthadone et un peu de weed, bref de quoi tenir, de quoi tenir…et tuer le temps…le seul meurtre légal, légal et encouragé.

Hiver ou printemps 2016…ou 2017