Les dimanches, Dieu et le tigre de Tazmanie… Part 2

Chroniques de Charclo 36

[…] Je me réveille, reprends mes esprits puis sors en training et pieds nus. Un couple de retraité me regardent, je sais pas si ils étaient déjà là quand je dormais et que les deux zigs m’ont réveillé…c’est toujours sous leur regard que je remballe mon sac de couchage, m’habille et mets mes pompes. Dedans une pièce de 5.- et un peu de graille donnés par dieu sait qui, je fais mes comptes, en tout j’ai 20 balles alors que d’après mes calculs d’hier j’avais plus grand chose…ça pourrait être pire pour un dimanche.
Je demande aux deux potes de surveiller mon sac pendant je vais me brosser les dents et remplir mon chauffe eau aux chiottes. Dehors ça neige, il neige…ben comme il est censé neiger un hiver en Suisse…tout bêtement.
Brossage de dents et eau glacée sur le blaire histoire de me réveiller, je vais prendre le journal, m’arrête à la Pronto pour acheter un croissant, retour dans la salle d’attente. J’avais demandé aux 2 soulards de veiller sur mon sac durant au moins 10 minutes…règles de la rue N°27: Ne faire confiance à personne.

Derrière un siège, une prise de courant, je mets ma tablette à charger et sors fumer une clope en buvant mon kawa.
Aaah! Cigarette et café je vous envie, vous êtes le couple que rien ni personne n’a jamais séparé.
Je retourne dans le hall de la gare, les deux retraités sont toujours là, ça fait plus d’une heure qu’ils y sont, j’en déduis qu’ils n’attendent pas le train. Non c’est dimanche et comme tout le monde, le dimanche, ils se font chier…dans les près, les vaches regardent passer les trains et dans les gare les vieux regardent les gens qui attendent leur train.
Putain de dimanche même Dieu tout puissant, a baissé les bras face au dimanche…
La genèse est claire: en 6 jours, Dieu créa la terre, les mers, les végétaux, les animaux, l’homme et pour le reste, pour le septième jour, il avait tout un tas de bonnes idées…mais le dimanche fut le plus fort et le seigneur resta affalé sur son canapé. Voilà pourquoi il n’existe pas de licorne, de dragon ou de fée mais à  la place on a eu droit à Michel Drucker et ces putains de repas en famille.

Je lis le Matin Dimanche, des kilos de papier pour 3-4 grammes d’articles intéressants et le pire c’est que des gens le paie plus de 4.- , c’est…comment dire…ben c’est du vol tout simplement.

Tout à coup, je tique sur la photo en noir et blanc d’une bête sortie des enfers, c’est un tigre de Tasmanie… l’animal à l’air féroce, méchant même! Aussi long qu’un alligator, la carrure d’un lion, une gueule démesurée et un regard sombre, noir, haineux! Dans ses yeux on  peut lire “Tuez moi! Tuez  moi! Ou je viendrais boire le sang de vos enfants!”
Sur la page ils précisent que certains spécimens ont été filmés…Je veux voir ça! Pas de WiFi à la gare, j’ai de la graille dans les poche: direction McDo.
Je m’habille. Dehors la neige tombe et les badauds passent, le contraire serait plus drôle… en prenant mes affaires, la petite vieille me demande si je suis à la rue et me donne un billet de 10.- puis le mari me file 6,7.- de petite monnaie avant de me souhaiter bonne chance.
Dans les couloirs de la gare je fais les comptes environ 50. c’est pas mal, d’autant plus que j’ai encore rien demandé, je trace direction le McDo, il neige de plus belle et je sens que mes grolles sont trouées, la flotte s’infiltre, d’ici ce soir elles seront trempées, fait chier…Allant au McDo je croise une petite racaille qui sort du kiosque avec des bières, il cherche de la beuh, il est en Lacoste de la tête au pied et traîne un accent de banlieue appris sur un tuto YouTube.
Bref ce gars une racaille…du modèle qui peut éventuellement effrayer sa petite sœur…et moi j’aimerai aller aux Mcdo pour voir la vidéo du tigre de Tasmanie mais d’un autre côté si je peux arnaquer MC kev’du1022… Je lui taxe une bière et l’amène sur la place du marché, il veut 50.-, j’appelle Nasser, c’est bon.

-Je monte seul, j’en ai pour 20-30 minutes, tu me laisses les tunes et je te laisse mes affaires en garantie!
– Heu…wesh tu veux pas laisser ton phone plutôt…wallah c’est plus sur!

Il me file son billet et moi mon phone en otage. L’écran est brisé, je l’ai acheté y’a 6 ans 40 balles a la Mig’ mais bon c’est lui la racaille, il sait ce qu’il fait…
Arrivé chez Nasser, je tente de lui soutirer un ķépa à crédit…en vain…coutait rien de demander. Du coup je prends 40.- de weed et me mets une tête de côté.
Retour sur la place, MC kev’deVuflen fait les cents, pas sa bière à la main…Crétin! Tu crois que j’allais fuir au Mexique avec ton bifton de 50.-?!
J’ai bien aplati le pacson, on dirait presque que c’est bien servi. La preuve il est tout content, me file une autre bière et roule un pet’. Déjà qu’à la base c’est un abruti fini, l’alcool et la weed aggravent la chose…là il me raconte qu’il plante et vend de la beuh à coup de centaines de grammes (mais dans le même temps il en achète à des inconnus dans la rue) et sinon il fait aussi dans la coke, il me montre sur son portable la tof d’un caillou de coke qu’il a chez lui. Je lui fais remarquer que là c’est la photo d’un fromage de chèvre,
-Non couz! c’est 500g de caillou pur de Colombie,
J’insiste… -Non mec on dirait juste une putain tomme chèvre!
-Non sur la vie de ma mère c’est un caillou de coke de 1kg je peux te faire pour 1000.-!!
Je soupire intérieurement, son fromage de coke fait 500g de plus…décidément le “Skarface” de De Palma aura bousillé toute une génération! “Les affranchis” “Casino” “Les parrains” “Il était une fois dans le Bronx”… ils connaissent pas, y’en a que pour Tony Montana et son accent improbable. Alors que c’est l’histoire d’un réfugié cubain (juste un social-traitre dont le paradis socialiste de Cuba se débarrasse chez ces salauds de yankees) il est con comme une huître, a des manières de pèquenot, il est amoureux de sa soeur(oui?!). 30 minutes plus tard il devient le baron de la drogue à Miami et à la fin des Ninjas attaquent sa maison, il défouraille avec un fusil d’assaut qui tire des munitions explosives ou un truc du genre, peu importe…et puis, et puis… terminé, coupez! Générique, fin…Ah oui! sinon y’a aussi Michelle Pfeiffer dans le rôle  de la fille et pis c’est tout!! Ce film est un navet, une daube! et le pire c’est que des gosses prennent son pseudo-héros comme modèle! Je commence a en avoir plein le cul de ses délires, je lui réclame ma dépanne, il me la file et je fous le camp au Mcdo.

Un café trop cher plus tard, je suis enfin sur YouTube à mater un cerbère à rayure…il fait claquer sa gueule tout en tournant en rond, espérant arracher le bras d’un employé.
J’adore…pourquoi cette créature n’est plus de ce monde? Merde pourquoi Dieu l’a t-il créé pour laisser ces merdes d’humains lui faire la peau…après 30 minutes à le voir et le revoir ça me déprime, c’est aussi triste que la chute de l’URSS. A l’étage du bas, un asiatique mange son menu, je le vois siroter du Coca en bouffant une salade (Oui des gens achète des salades au Mcdo, c’est pas une légende urbaine). Vu sa descente il tardera pas aller pisser, moi j’attends.. j’épie, mes yeux rivés sur le reste de son menu: des Chikens, un Big Mac et des frites…il sort de table et prend l’escalier qui mène aux WC, je le croise en descendant, la porte des toilettes se ferme, moi j’ai déjà prévu et ouvert un sac…Sans hésitation j’embarque ce qu’il a eu le malheur de laisser sur sa table, je lui laisse ses frites déjà trop molles, sa salade et son Coca…non, au final je le prends aussi, je commence à avoir soif!

Mc Donald “Venez comme vous êtes” dit le slogan, moi je suis venu avec mon anti-américanisme, la dalle et un sens moral fluctuant.
Et puis merde! pourquoi je me justifie?
Tasmanian tiger style!

Les dimanches, Dieu et le Tigre de Tazmanie…part 1

Chronique de Charclo 35:

Les dimanches, Dieu et le tigre de Tasmanie… (Part 1)

 

C’est dimanche et le vent qui souffle transforme le froid en morsure. J’avance sans trop savoir où aller… fini la neige, ne reste plus qu’une boue sale qui me trempe mes pieds.

Un train de marchandise va traverser le quai à 200 à l’heure, je pense à elle… encore… elle me manque…vertige des solitudes, la chute me tente…trop tard le train est déjà passé…
Une soirée de plus à  taper la manche sur Lausanne.
J’essaie d’être souriant, poli, de bien m’exprimer, faut aussi un bon prétexte, j’ai mon gros sac à dos et mon sac de couchage sous le bras et demande un peu de monnaie pour dormir au chaud.
Une heure avant l’ouverture la Soupe Populaire…si je pouvais pécho 20 ou 30 balles ça m’arrangerai.
Des pièces de 2.-, de 1.- et pas mal de petite monnaie. Une  fille s’était excusé de pas en avoir, elle m’a filé du tabac et des feuilles.
Juste après un noir en costard avec une croix en argent autour du cou m’a parlé de Dieu un petit moment, un évangéliste sûrement…toujours un peu pareil avec eux, faut les écouter faire du prosélytisme 10 minutes avant de vous filer une pièce.
Je venais juste de la mettre dans ma poche que l’étudiante d’avant me court après: elle vient de recevoir sa paie et tenait à m’en donner une partie, un billet de 20 balles. Cool !
Au final aujourd c’était plutôt facile, je fais les comptes: plus de 40 franc

M2-Riponne: 1 kepa 15.- frs + 1 Dormis 10.-
M2-Bessière: Soupe Populaire, un sandwich, une assiette de pâtes trop cuites et un dessert.
Re M2-Riponne: 100 mètres plus loin, 10 balles de beuh.
Re M2-Riponne-Gare, direction Renens.

Je trace vers la Coop, les portes sont fermées, mais ça fait un moment que j’ai pigé comment les ouvrir.
Je me pose un moment, charge mon phone, perds une petite heure sur le net puis direction les chiottes pour m’envoyer mon mélange d’héroine et de dormi dans le pif. J’avais prévu d’écrire un peu mais j’ai les yeux qui se ferment…pas la peine d’insister…trop fonçdé’ pour trouver un bon spot pour pioncer, je descends au parking, j’étale des journaux et me glisse dans mon sac de couchage…Morphée m’attend, me tend ses bras, c’est bien la seule qui veux toujours de moi…

D’un coup Morphée  s’enfuit remplacée par une lampe de poche à 10cm de ma gueule…merde le Sécu…et pas le meilleur…un jeune con, borné, têtu et sur de son bon droit, le genre de porc qui dans les année 40 aurait porté l’uniforme de la Waffen SS avec fierté.

Je l’insulte, le menace de mort, lui crache dessus, à un moment il croise les bras en bombant le torse, je lui ai fais remarquer, mains dans les poches, que pendant qu’il  joue au dur j’aurai le temps de sortir l’opinel que j’ai dans ma main droite pour lui poinçonner le bide une dizaine de fois…là il a reculé de 2 mètres avant de sortir sa gazette. Avoir vu cette lueur de panique dans ses yeux m’a remis d’aplomb. Des fois il en faut peu…

3 heures du mat, c’est plus du froid, c’est de la Sibérie qui me défonce à coup de bouteilles de vodka vides.
J’ai plus trop où aller pioncer mais je vais traverser la gare. Tiens ! La salle d’attente est ouverte y’a déjà un gros mec qui y dort…bon, je vais pas faire le difficile et me pose à l’autre bout, m’emmitoufle et m’endors.
Dormir…du moins essayer. Pas facile entre les trains à grande vitesse et les annonces au haut-parleur.
La lumière s’est allumée, la porte s’ouvre et se ferme au rythme des premiers passagers.

7 heures, le bruit d’une cannette qui s’ouvre me réveille. Je sors la tête de mon sac de couchage, y’a deux mecs que je connais qui sont là et déjà à la bière. Albi, un collègue, je pense que c’était lui qui dormais avant, et un mec de chez Manchinie qui trouve rien d’autre à me dire que ” Ah c’est toi ?”
Sérieux…c’est juste la question la plus conne du monde, on peut la poser à n’importe qui, à n’importe quelle heures, n’importe où, il vous filera la même réponse :
“Oui, c’est moi”.

….to be continued….

Une brune et un râteau

Chroniques de Charclo 10

Une brune et un râteau

 

Toujours posé sur mon bout de trottoir, j’observe la vie de mes semblables. Les jours, les semaines et les mois se suivent mais les passants se ressemblent. Néanmoins je remarque que certains semblent évolués par deux, parfois ils se tiennent par la main, on appelle ça des couples… Aimer et être aimé en retour… c’est sympa comme concept lorsqu’on y pense.
Ça me fais penser à ma regrettée Sony Xperia. J’ignore si tu ressentais quelque chose en dehors de ta programmation mais saches que tu me manques et j’espère que celui qui nous a séparé te traite bien et te rendra heureuse. T’étais la meilleure… vraiment.

Bon bref…changeons de sujet enfin pas tout à fait…
Toujours posé sur la même zone, je regarde les gens courir vers nulle part, évoluant dans la grisaille de leur quotidien sinistre, des pas pressés et des airs résignés…sauf elle…la belle brune qui illumine mes journées pluvieuses. Petite, la vingtaine peut-être un peu plus, une peau bronzée, le teint méditerranéen, je parie qu’elle est portugaise ou espagnole, italienne peut-être. Bon soyons franc, c’est pas une taille mannequin, elle a pas le plus beau visage du monde non plus, mais moi je lui trouve un certain charme, en faite non je la trouve juste trop belle…

Au début comme tout le monde elle m’ignorait superbement, ensuite de rapide “Bonjour!” puis vinrent des “Salut!”, plus spontanés, accompagnés d’un joli sourire. Il y a quelques jours, elle marchait en direction de la Mig’, un gamin à son bras, un autre dans une poussette. Elle m’a salué…il pleuvait, elle avait beau porter une capuche, se trimbaler deux mômes, néanmoins je la trouvais toujours aussi belle…Elle s’arrête devant la porte, laisse le plus grand des gosses avec la poussette puis fait demi-tour, en courant à petites foulées faisant rebondir ses petits seins.

Elle me dit qu’elle va se chercher un café à l’emporter et me demande si j’en veux un… Sans blague ! Tu me rapporterais une bouillie de lamproi que je dirais oui avec la même joie. Deux minutes plus tard elle est de retour une tasse en carton dans chaque main.

Je n’ai jamais été un séducteur né et ma situation sociale actuelle n’arrange rien. Franchement sur “Adopte un mec” les profils SDF et toxico ne sont pas trop demandés.
Elle est là et me tend mon café. D’habitude les gens qui veulent taper la discut’ me posent toujours les mêmes questions: “Comment vous êtes vous retrouvé à la rue?” Puis “C’est pas trop dur?” Mais non, pas elle… Elle, elle se plaint du prix du café…

Moi aussi j’ai pas mal de choses à dire sur le surenchérissement autour du prix du café, de la vie et du capitalisme en général…mais ça sera pas pour cette fois. J’ai plein de choses à lui dire, j’ai des sueurs froides et les mains qui tremblent mais je me lance… Sans vouloir vous décevoir, en réalité je vais pas vous déballer ce que j’avais l’intention de dire à celle que j’aurai épousé dans l’heure, parce que de toute façon elle ne m’a pas laissé finir…Apparemment je me suis planté, elle a plus de trente ans et quand aux gosses sur la place de jeux ben il se trouve que se sont les siens et plus contraignant encore il y a un mari avec.

Bref échec sur toute la ligne!

Bon au moins elle ne m’enfonce pas, me dit que je suis mignon tout en se déclarant flattée.
Après quelques banalités échangées, ma belle brune retourne vers ses enfants, son mari et sa vie.

Moi j’ai gagné un café, c’est toujours ça, le prix d’un râteau.

La manche

Chroniques de Charclo 18

La manche…

“Bonjour Monsieur excusez-moi vous n’auriez pas un franc ou deux pour manger?”

Ça c’est un exemple. En général comme les tueurs en série je vise plutôt le sexe opposé; pourquoi? Ben parce que statistiquement ça marche mieux.  Ce qui donne quelque chose comme : “Bonjour Mademoiselle excusez-moi, etc, etc… Bon ça craint un peu comme taf, même beaucoup pour être franc.

Je me suis tapé pas mal de boulots à la con ces dernières années: horticulteur, paysagiste, usine, maçonnerie, nettoyage, déménagement, aide-soignant dans un EMS, vendeur…j’en passe et des meilleures; mais pire y’a pas, devoir compter sur la générosité de parfaits inconnus pour boucler sa journée c’est particulièrement humiliant. Mais bon comme on dit “Tout est bon quand on a faim” c’est pareil pour les tunes, quand on en a besoin tout les moyens sont bons. Hors la manche est un boulot alimentaire comme un autre…Je sais que beaucoup diront que ce n’est pas un vrai travail, y’a quelques mois j’aurais dis pareil, d’ailleurs la première fois que je m’y suis mis j’ai passé l’après-midi à la gare de Lausanne pour rentrer avec 2.- . Pourquoi? Ben comme tout travail ça s’apprend… or moi j’étais nul, trop timide, trop confus, pas crédible, pas l’air assez pauvre pour inspirer la pitié, bref c’était zéro.

J’ai commencé à observer d’autres mendiants, enfin pardon des collègues voulais-je dire! Là j’ai compris que pour taper la manche il valait mieux être vif, enjoué voir même souriant, c’est paradoxal mais c’est comme ça. Les Roms ont déjà le monopole de la pitié, ce peuple n’a pas grand chose alors autant la leur laisser.

Donc premièrement picoler…ben oui l’alcool ça aide contre la timidité, perso pas moyen d’aller aborder des passants si je n’ai pas bu 2 litres de bière avant. Ensuite comme dit plus haut être souriant, la vérité c’est qu’en général j’ai envie de m’entailler la carotide, d’asperger les badauds en hurlant “Buvez mon sang bande de salopes, il est contaminé!” mais je laisse les idées du genre bouclées à triple tour dans un coin de ma tête et tente d’avoir l’air d’un gars sympa.
Troisièmement: les prétextes, ça c’est primordial et ça varie selon les heures, la matinée, qui plus est quand il fait froid, la réplique type c’est “Excusez-moi, vous n’auriez pas un franc ou deux pour boire un truc au chaud…?” Un peu plus tard ça donne “Excusez-moi, etc, etc pour manger quelque chose ? Ou encore “Bla-bla-bla pour pouvoir prendre une douche” et à partir de 17-18 heures la meilleure excuse est de demander un peu de monnaie pour pouvoir dormir au Sleep-in ou à la Marmotte.

Il faut aussi repérer les bonnes personnes, celles qui paraissent réceptives et/ou généreuses, éviter ceux qui au mieux vous ignorent et au pire vous insultent, dans ces cas là je les ignore en les gratifiant d’un “Merci, au revoir et bonne soirée!” en général ils ferment leurs gueules car il n’y a rien à répondre à ça…

Bref je sais que c’est chiant de se faire baratiner par un inconnu qui veut vous soutirer des tunes sous des prétextes plus ou moins crédibles. Tout le monde déteste ça, moi y compris.
Mais dites-vous qu’être à la place de celui qui compte sur votre bon vouloir pour grappiller un peu de monnaie…c’est juste mille fois pire.

 

 

Quelques grammes de bonheur pour dix kilos de regret

Chroniques de Charclo 36

Des bruits de pas, des portes qui s’ouvrent et se claquent et des mamas qui gueulent en rital.
Mon natel est à plat mais à vue d’oreilles je dirais qu’on approche des 10-11 heures. Ça fait plusieurs jours que je squatte ce local technique dans un bâtiment, environ 2m sur 2 où j’ai pu poser un matelas, j’ai récupéré un coussin et un training dans une buanderie, y’a une prise électrique, un robinet, une ampoule et je peux fermer depuis l’intérieur. Bref c’est pas Byzance mais pas la Pologne non plus. Les mamas gueulent de plus belle, fait chier! Pas envie de sortir de mon sac de couchage. Bon grès, mal grès, je me lève, m’étire, allume la lumière et mets de l’eau à chauffer, il me reste un sachet de café, 3 de sucres, une crème et un fond de cognac. Le temps que l’eau soit chaude je fais un brin de ménage: les alus cramés, les mégots, les canettes vides… je fous tout le bordel dans un sac Coop que je jetterai plus tard, aussi une bouteille de 1 litre de pisse, je la ferme et la balancerai en même temps.

Je pose le matelas sur le côté, pars secouer le tapis dans l’entrée et me prépare mon caf. Café, cognac, clope…comme dirait Booba ou Balou “Il en faut peu pour être heureux” mais en fait non c’est de la connerie!

Il me reste des tunes, je pourrais acheter de la coke, de la dreu, bouffer au resto ou acquérir une nouvelle veste mais c’est pas ça qui me rendra heureux, le bonheur n’a pas de valeur marchande….Quand elle m’a dit que j’étais l’homme de sa vie, j’ai rien répondu à ça…ch’avais pas quoi dire… c’était juste la plus belle chose qu’on ne m’avait jamais dite. En faite c’était ça le bonheur, ça… l’embrasser et la serrer dans mes bras. J’aurais pu faire mieux…j’aurais dû…des regrets encore et toujours…

Mon café-cognac est terminé. Je vide les poubelles, me brosse les ratiches à la buanderie et emprunte un balais pour nettoyer ma place. Avant de partir je range mon sac; les sous-vêtements en-dessous, les autres fringues au milieu, le sac de couchage en dessus, les bouquins et les médocs dans la poche de gauche, dans la droite la bouffe,  chauffe-eau, café, etc… et le reste dans la poche du haut. Avant de partir je me fais un rail de Stilnox: sale habitude prise en taule mais ça réveille plus que le café. Il est midi et ça caille!
Le vent traverse les fringues et mord les chaires, le soleil est là à briller comme un con, à réchauffer que dalle au milieux d’un ciel bleu, bleu comme ses yeux…souvenirs…réminiscences et regrets à nouveau.

Je me rappelle de l’histoire d’une mère qui avait perdu son gosse, elle en avait marre de souffrir, elle avait essayé les thérapies, les cachetons, le bio, la médecine chinoise…au final elle a trouvé un vieux manuel de médecine et s’est lobotomisée devant sa glace avec une scie circulaire et un cutter. Maintenant c’est un légume mais au moins elle ne pleure plus, ou alors elle sait plus pourquoi… enfin la méthode était certes discutable mais je la comprends et j’admire sa détermination.

C’est lundi, faut que je trouve un truc a faire, j’ai un peu de graille dans mes poches, je vais de ce pas pécho 20 balles de beuh, ensuite je passe par Denner où j’achète des bières, en profite pour chourrer des gendarmes, une teille de cognac et une tarte de linz, je me pose dehors face au vent, mais dos à mes semblables, pas envie de les voir et encore moins de leur parler, à quoi bon d’ailleurs?

Soit c’est eux qui vont m’emmerder avec leur vie à la con, soit c’est moi qui vais leur casser les couilles avec la mienne, dans les deux cas ça n’aidera personne…à chacun sa souffrance et à chacun sa croix… je me roule un spliff et me balance un Dormicum dans le zen…ça fait à peine une heure que je suis debout et suis déjà schlass. La soupe populaire a lieu dans quelques heures, du cognac et des bières a teaser, de la méthadone et un peu de weed, bref de quoi tenir, de quoi tenir…et tuer le temps…le seul meurtre légal, légal et encouragé.

Hiver ou printemps 2016…ou 2017