Les dimanches, Dieu et le Tigre de Tazmanie…part 1

Chronique de Charclo 35:

Les dimanches, Dieu et le tigre de Tasmanie… (Part 1)

 

C’est dimanche et le vent qui souffle transforme le froid en morsure. J’avance sans trop savoir où aller… fini la neige, ne reste plus qu’une boue sale qui me trempe mes pieds.

Un train de marchandise va traverser le quai à 200 à l’heure, je pense à elle… encore… elle me manque…vertige des solitudes, la chute me tente…trop tard le train est déjà passé…
Une soirée de plus à  taper la manche sur Lausanne.
J’essaie d’être souriant, poli, de bien m’exprimer, faut aussi un bon prétexte, j’ai mon gros sac à dos et mon sac de couchage sous le bras et demande un peu de monnaie pour dormir au chaud.
Une heure avant l’ouverture la Soupe Populaire…si je pouvais pécho 20 ou 30 balles ça m’arrangerai.
Des pièces de 2.-, de 1.- et pas mal de petite monnaie. Une  fille s’était excusé de pas en avoir, elle m’a filé du tabac et des feuilles.
Juste après un noir en costard avec une croix en argent autour du cou m’a parlé de Dieu un petit moment, un évangéliste sûrement…toujours un peu pareil avec eux, faut les écouter faire du prosélytisme 10 minutes avant de vous filer une pièce.
Je venais juste de la mettre dans ma poche que l’étudiante d’avant me court après: elle vient de recevoir sa paie et tenait à m’en donner une partie, un billet de 20 balles. Cool !
Au final aujourd c’était plutôt facile, je fais les comptes: plus de 40 franc

M2-Riponne: 1 kepa 15.- frs + 1 Dormis 10.-
M2-Bessière: Soupe Populaire, un sandwich, une assiette de pâtes trop cuites et un dessert.
Re M2-Riponne: 100 mètres plus loin, 10 balles de beuh.
Re M2-Riponne-Gare, direction Renens.

Je trace vers la Coop, les portes sont fermées, mais ça fait un moment que j’ai pigé comment les ouvrir.
Je me pose un moment, charge mon phone, perds une petite heure sur le net puis direction les chiottes pour m’envoyer mon mélange d’héroine et de dormi dans le pif. J’avais prévu d’écrire un peu mais j’ai les yeux qui se ferment…pas la peine d’insister…trop fonçdé’ pour trouver un bon spot pour pioncer, je descends au parking, j’étale des journaux et me glisse dans mon sac de couchage…Morphée m’attend, me tend ses bras, c’est bien la seule qui veux toujours de moi…

D’un coup Morphée  s’enfuit remplacée par une lampe de poche à 10cm de ma gueule…merde le Sécu…et pas le meilleur…un jeune con, borné, têtu et sur de son bon droit, le genre de porc qui dans les année 40 aurait porté l’uniforme de la Waffen SS avec fierté.

Je l’insulte, le menace de mort, lui crache dessus, à un moment il croise les bras en bombant le torse, je lui ai fais remarquer, mains dans les poches, que pendant qu’il  joue au dur j’aurai le temps de sortir l’opinel que j’ai dans ma main droite pour lui poinçonner le bide une dizaine de fois…là il a reculé de 2 mètres avant de sortir sa gazette. Avoir vu cette lueur de panique dans ses yeux m’a remis d’aplomb. Des fois il en faut peu…

3 heures du mat, c’est plus du froid, c’est de la Sibérie qui me défonce à coup de bouteilles de vodka vides.
J’ai plus trop où aller pioncer mais je vais traverser la gare. Tiens ! La salle d’attente est ouverte y’a déjà un gros mec qui y dort…bon, je vais pas faire le difficile et me pose à l’autre bout, m’emmitoufle et m’endors.
Dormir…du moins essayer. Pas facile entre les trains à grande vitesse et les annonces au haut-parleur.
La lumière s’est allumée, la porte s’ouvre et se ferme au rythme des premiers passagers.

7 heures, le bruit d’une cannette qui s’ouvre me réveille. Je sors la tête de mon sac de couchage, y’a deux mecs que je connais qui sont là et déjà à la bière. Albi, un collègue, je pense que c’était lui qui dormais avant, et un mec de chez Manchinie qui trouve rien d’autre à me dire que ” Ah c’est toi ?”
Sérieux…c’est juste la question la plus conne du monde, on peut la poser à n’importe qui, à n’importe quelle heures, n’importe où, il vous filera la même réponse :
“Oui, c’est moi”.

….to be continued….

Gilles Adrian

Gilles Adrian

Gilles Adrian est SDF, toxico, misanthrope et peu sociable mais il écrit pas trop mal. Auteur contemporain représentatif de toute une génération qu'en Suisse Romande on préfère cacher sous le tapis...

4 réponses à “Les dimanches, Dieu et le Tigre de Tazmanie…part 1

  1. Vous avez besoin de tout le monde dans cette société que vous détestez, mais avez tout de même avancé le bout du pied pour écrire des articles rémunérés dans ce journal. N’en faites pas plus, vous risqueriez de perdre votre indépendance dans votre grand berceau en plein air.

    1. Bonjour Dominic
      (C’est toujours la conseillère en image qui vius parle)
      Comme vous avez à plusieurs reprises ajouté le terme “rémunéré ” lorsque vous relevez que M.Adrian écrit pour le Temps, j’ai pensé pertinent de clarifier cet aspect: les blogueurs du Temps ne sont pas rémunérés. Ils recoivent des compensations en ayant gratuitement accès au journal.

      J’espère que vous avez apprécié cette première partie autant que moi!
      La suite est savoureuse….

      A la smaine prochaine! 🙂

  2. Votre écriture remplie d’emotion, de sensibilité et tellement pleine de réalité me réjouit chaque semaine.
    C’est un réel plaisir de découvrir vos textes chaque mardi!
    La vie ne tient qu’à un fil….vous aujourd’hui…moi demain….les choses peuvent basculer si vite pour chacun d’entre nous et vous décrivez si bien cette réalité.
    Continuez à écrire…continuez à nous séduire!

  3. Votre écriture remplie d’emotion, de sensibilité et tellement pleine de réalité me réjouit chaque semaine.
    C’est un réel plaisir de découvrir vos textes chaque mardi!
    La vie ne tient qu’à un fil….vous aujourd’hui…moi demain….les choses peuvent basculer si vite pour chacun d’entre nous et vous décrivez si bien cette réalité.
    Continuez à écrire…continuez à nous séduire!

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