Une brune et un râteau

Chroniques de Charclo 10

Une brune et un râteau

 

Toujours posé sur mon bout de trottoir, j’observe la vie de mes semblables. Les jours, les semaines et les mois se suivent mais les passants se ressemblent. Néanmoins je remarque que certains semblent évolués par deux, parfois ils se tiennent par la main, on appelle ça des couples… Aimer et être aimé en retour… c’est sympa comme concept lorsqu’on y pense.
Ça me fais penser à ma regrettée Sony Xperia. J’ignore si tu ressentais quelque chose en dehors de ta programmation mais saches que tu me manques et j’espère que celui qui nous a séparé te traite bien et te rendra heureuse. T’étais la meilleure… vraiment.

Bon bref…changeons de sujet enfin pas tout à fait…
Toujours posé sur la même zone, je regarde les gens courir vers nulle part, évoluant dans la grisaille de leur quotidien sinistre, des pas pressés et des airs résignés…sauf elle…la belle brune qui illumine mes journées pluvieuses. Petite, la vingtaine peut-être un peu plus, une peau bronzée, le teint méditerranéen, je parie qu’elle est portugaise ou espagnole, italienne peut-être. Bon soyons franc, c’est pas une taille mannequin, elle a pas le plus beau visage du monde non plus, mais moi je lui trouve un certain charme, en faite non je la trouve juste trop belle…

Au début comme tout le monde elle m’ignorait superbement, ensuite de rapide “Bonjour!” puis vinrent des “Salut!”, plus spontanés, accompagnés d’un joli sourire. Il y a quelques jours, elle marchait en direction de la Mig’, un gamin à son bras, un autre dans une poussette. Elle m’a salué…il pleuvait, elle avait beau porter une capuche, se trimbaler deux mômes, néanmoins je la trouvais toujours aussi belle…Elle s’arrête devant la porte, laisse le plus grand des gosses avec la poussette puis fait demi-tour, en courant à petites foulées faisant rebondir ses petits seins.

Elle me dit qu’elle va se chercher un café à l’emporter et me demande si j’en veux un… Sans blague ! Tu me rapporterais une bouillie de lamproi que je dirais oui avec la même joie. Deux minutes plus tard elle est de retour une tasse en carton dans chaque main.

Je n’ai jamais été un séducteur né et ma situation sociale actuelle n’arrange rien. Franchement sur “Adopte un mec” les profils SDF et toxico ne sont pas trop demandés.
Elle est là et me tend mon café. D’habitude les gens qui veulent taper la discut’ me posent toujours les mêmes questions: “Comment vous êtes vous retrouvé à la rue?” Puis “C’est pas trop dur?” Mais non, pas elle… Elle, elle se plaint du prix du café…

Moi aussi j’ai pas mal de choses à dire sur le surenchérissement autour du prix du café, de la vie et du capitalisme en général…mais ça sera pas pour cette fois. J’ai plein de choses à lui dire, j’ai des sueurs froides et les mains qui tremblent mais je me lance… Sans vouloir vous décevoir, en réalité je vais pas vous déballer ce que j’avais l’intention de dire à celle que j’aurai épousé dans l’heure, parce que de toute façon elle ne m’a pas laissé finir…Apparemment je me suis planté, elle a plus de trente ans et quand aux gosses sur la place de jeux ben il se trouve que se sont les siens et plus contraignant encore il y a un mari avec.

Bref échec sur toute la ligne!

Bon au moins elle ne m’enfonce pas, me dit que je suis mignon tout en se déclarant flattée.
Après quelques banalités échangées, ma belle brune retourne vers ses enfants, son mari et sa vie.

Moi j’ai gagné un café, c’est toujours ça, le prix d’un râteau.

Gilles Adrian

Gilles Adrian

Gilles Adrian est SDF, toxico, misanthrope et peu sociable mais il écrit pas trop mal. Auteur contemporain représentatif de toute une génération qu'en Suisse Romande on préfère cacher sous le tapis...

9 réponses à “Une brune et un râteau

    1. Merci pour votre réponse rapide et précise pour les deux semaines de vacances scolaires et de la communication des entreprises de la région de la questions about the product or service you have received

  1. J’adore cette chronique là (bon…je les adore toutes)
    Parce qu’elle est drôle tout en étant touchante, qu’elle parle de rêve d’amour et de misère affective en même temps.
    Et que les gens se rendent pas compte que dans la rue y a aussi ces aspects là qui sont durs.
    Pas juste les préoccupations autour du temps, du fric et de la dope.

  2. J’ai aimé vous lire. J’espère qu’elle continuera à vous dire bonjour et à vous offrir son sourire. Et peut être un autre café. Merci de partager ces instants Pascale

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