En à peine quatre ans, Barack Obama aura dû nommer trois personnes à la tête de la Central Intelligence Agency: Leon Panetta,
David Petraeus et bientôt une troisième personne. Washington évoque trois noms pour remplacer un patron de la CIA happé par une affaire de sexe avec sa biographe Paula Broadwell: John Brennan, 57 ans, le favori, actuel conseiller de la Maison-Blanche en matière de lutte contre le terrorisme, Michael J. Morell, 54 ans, qui assure l'intérim depuis le départ soudain de David Petraeus et enfin Michael G. Vickers, 59 ans, un ancien membre des forces spéciales de l'armée, analyste de la CIA et sous-secrétaire à la Défense pour le renseignement.
Du choix que fera le président américain dépendra sans doute l'évolution de la stratégie de la CIA qui a, au cours des dernières années, de plus en plus empiété sur le terrain du Pentagone. L'agence de renseignement a mené des opérations spéciales et une vaste campagne de lutte contre le terrorisme à l'aide de drones (photo Reuters) notamment dans les zones tribales du Pakistan.
Avec la nomination du nouveau directeur de la CIA, celle-ci pourrait limiter l'usage des drones qui est de plus en plus controversé et retourner à la mission traditionnelle de l'agence, la collecte de renseignements. C'est ce qui ressort de la crise autour de la tragédie de Benghazi où quatre Américains dont l'ambassadeur Christopher Stevens furent tués par des militants salafistes. Selon les critiques, la CIA n'aurait pas vu venir le coup. Certains membres du Congrès estiment que l'agence s'est trop éloignée de ce qui faisait sa crédibilité: le renseignement.
John Brennan avait largement approuvé et même promu l'extension de la flotte de drones pour la CIA. Mais aujourd'hui, il est beaucoup plus réservé. Michael J. Morell ne devrait, selon les experts, pas provoquer de grands changements de vision. Quant au troisième possible candidat à la tête de l'agence de Langley, Michael G. Vickers, il a joué un rôle important dans la convergence entre la CIA et le Pentagone. Il serait sans doute favorable à la poursuite de l'usage intensif de drones contre des extrémistes qui pourraient menacer les Etats-Unis. Dans les années 1980, c'est lui notamment qui a oeuvré à armer les moudjahidin en Afghanistan (dont Ben Laden) pour combattre l'ennemi soviétique…
La question des drones, qui ont tué près de 2500 personnes depuis que le président démocrate est à la Maison-Blanche, est extrêmement sensible. L'administration Obama a développé, avant l'élection présidentielle du 6 novembre, des règles régissant les éliminations ciblées de terroristes à l'aide de drones. Elle craignait que si le républicain Mitt Romney était élu, celui-ci en ferait un usage tous azimuts.