Obama piégé par un micro encore ouvert

C'est le genre de situation qu'on préfère éviter quand on est président et qu'on cherche à se faire réélire pour quatre ans. C'est Obama Medvedpourtant ce qui est arrivé à Barack Obama en marge du sommet sur la sécurité nucléaire de Séoul. S'entretenant avec le président russe sortant Dmitri Medvedev (photo Ekaterina Shtukina / RIA NOVOSTI/AFP), il a demandé au maître du Kremlin de transmettre à son successeur, Vladimir Poutine, un souhait: celui d'avoir plus de temps pour résoudre les différents problèmes liés à la relation russo-américaine. En pleine année électorale, a-t-il déclaré, il est trop difficile de négocier, en particulier dans le dossier du bouclier antimissile qui reste une pomme de discorde entre Washington et Moscou. Barack Obama a ajouté qu'il aurait "plus de flexibilité" après l'élection de novembre 2012.

Ces révélations, qui sur le fond n'en sont pas vraiment, ont provoqué des réactions virulentes des candidats républicains à la Maison-Blanche, qui ne cessent de fustiger la politique de rapprochement d'Obama (reset button) initiée notamment à Genève en mars 2009. Mitt Romney, le favori à l'investiture républicaine, a tiré la sonnette d'alarme sur CNN: "La Russie n'est pas un ami (des Etats-Unis) sur la scène internationale, et c'est très troublant, très inquiétant de voir ce président chercher davantage de flexibilité, et qu'il n'ait pas à rendre de comptes aux Américains pour ses relations avec la Russie."

CNN a a ajouté quelques couches pour s'insurger contre l'attitude du président Obama alors que la Russie a mené une campagne "très anti-américaine" pour la présidentielle de mars et qu'elle ne coopère pas avec Washington dans la crise syrienne. CNN a l'art de traiter du détail et d'oublier le contexte général. Comment omettre de souligner que Barack Obama entend réduire beaucoup plus drastiquement les arsenaux nucléaires avec la Russie dans un avenir proche, notamment les armes nucléaires dites tactiques basées en Europe? Comment oublier l'aide qu'a apportée Moscou dans le transit de matériels américains par le territoire russe à destination de l'Afghanistan? Comment, enfin, omettre la coopération de Moscou dans les sanctions adoptées contre l'Iran, qui est pourtant un allié de circonstance?

Entre Moscou et Washington, le climat s'est plus tendu que d'habitude en raison de la crise syrienne. Même les chefs de la diplomatie américaine et russe Hillary Clinton et Sergueï Lavrov, qui s'entendent plutôt bien, doivent admettre parfois de profondes divergences de vues. Mais faut-il pour autant remettre en question toute la politique de rapprochement nécessaire aux deux pays dans un monde multipolaire. Réactiver le vieux réflexe de la Guerre froide et des néoconservateurs américains est absurde. La Russie a besoin de l'Occident.

 

 

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