Dans l'inconscient collectif américain, il y a des nations qui sont beaucoup plus cotées que d'autres. En dépit de ses graves difficultés économiques qui pourraient la rapprocher de "l'Europe socialiste", l'Irlande a une place de choix dans le coeur des Américains. Samedi 17 mars, les rues de Manhattan s'étaient toutes drapées de vert. A Washington, même la fontaine devant la Maison-Blanche crachait de l'eau verte. Sur la Cinquième Avenue de Manhattan, des milliers d'Américains revendiquant des origines irlandaises ont défilé lors de la 251e parade organisée dans la ville. La manifestation a attiré deux millions de personnes et aurait rapporté à la ville de New York plus de 250 millions de dollars.
Cette frénésie verte m'est apparue étrange. Mais à y regarder de plus près, les liens entre les deux pays sont symboliquement très étroits. Le président JFK, et tout le clan Kennedy, a des origines irlandaises. L'actuel vice-président Joe Biden aussi et il n'a pas manqué de faire de l'ironie à ce propos lors de la visite cette semaine du premier ministre britannique David Cameron. Et puis il y a Barack Obama. En 2011, il se rendait à Moneygall en Irlande pour rencontrer des petits-cousins. Samedi, le président américain s'est rendu au pub irlandais The Dubliner à Washington pour y boire une Guinness avec son cousin Henry Healy (photo BRENDAN SMIALOWSKI / AFP). Mardi prochain, Barack Obama recevra le premier ministre Enda Kenny. Comme le dit la Maison-Blanche, "les Etats-Unis et l'Irlande partagent des relations bilatérales solides, des liens culturels très forts et l'engagement pour un changement positif du monde".
De leur côté, les Irlandais rendent bien cette amitié à leurs cousins américains. La présente vidéo en est une illustration:
Dans une opinion publiée dans le "New York Times", un Américain d'origine irlandaise met toutefois un bémol à la fête de la Saint-Patrick. Pour beaucoup, dit-il, c'est l'occasion de fêter, de beaucoup boire et de se vêtir des couleurs de l'Irlande. Mais ce jour devrait évoquer davantage l'immigration que la seule origine irlandaise. Car il ne faut pas oublier les souffrances, les luttes que les Irlandais ont dû endurer quand ils quittèrent leur pays natal en raison de la grande famine ou de la précarité pour se rendre en Amérique. L'éditorialiste Peter Behrens tire un coup de gueule contre ces "Américains prospères du XXIe siècle aux noms irlandais" qui décrivent aujourd'hui les immigrants mexicains ou d'Amérique centrale comme des gens "sales, violents et ignorants". Des qualificatifs qui étaient à l'époque attribués aux Irlandais venus s'installer outre-Atlantique.