Les médias en parlent quotidiennement, les candidats à l'investiture républicaine n'oublient jamais de s'y référer. Même dans les cafés, dont celui que je fréquente le matin, Zabar's, on en discute. L'Iran mobilise l'Amérique. Dans l'East Side de Manhattan, le Council on Foreign Relations (CFR) organisait jeudi soir un débat contradictoire: est-il temps d'attaquer l'Iran? A proximité du think tank, des dizaines de personnes scandent "les Etats-Unis ne doivent pas bombarder l'Iran". Dans une étrange proximité, la NYPD, la police de New York, veille au grain. Le président Barack Obama est dans les environs pour une soirée de collecte de fonds pour sa campagne électorale au cours de laquelle il exprime le "soutien sacro-saint" des Etats-Unis à Israël.
Au CFR, devant une salle de plusieurs centaines de personnes, le débat oppose un faucon prêt à en découdre avec l'Iran, Matthew Kroenig, chercheur pour la Stanton Nuclear Security au CFR, et Colin Kahl, professeur à l'Université Georgetown.
De façon caricaturale, Matthew Kroenig (photo CFR, à gauche) décrit un Iran nucléaire (doté de la bombe) comme la "plus grande menace" actuelle pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Pourvu de l'arme atomique, Téhéran serait beaucoup plus agressif sur le plan diplomatique, utiliserait ses alliés régionaux (Hezbollah, Hamas, Djihad islamique) de façon beaucoup plus déterminée. "La moindre crise au Moyen-Orient pourrait devenir une crise nucléaire", relève-t-il. Et dans cinq ans, la République islamique pourrait avoir les moyens de lancer une attaque nucléaire "contre la côte Est des Etats-Unis". Ecoutez ses arguments: téléchargement Matthew Kroenig
En face, Colin Kahl (photo Reuters, à droite) juge la rhétorique belliqueuse de son contradicteur semblable à celle des néoconservateurs qui ont tout fait pour lancer une guerre contre l'Irak. A ses yeux, le guide suprême iranien Ali Khamenei n'a pas encore décidé s'il souhaite doter son pays de l'arme nucléaire. Le professeur de Georgetown ne croit pas au fait que des frappes chirurgicales ne provoqueraient qu'une faible réaction de Téhéran. "Pour les responsables iraniens, de telles frappes seraient une attaque contre le régime." Sa plus vive inquiétude par rapport à une intervention contre les installations nucléaires iraniennes relève du Printemps arabe. "C'est une raison claire justifiant de ne pas attaquer maintenant. Ce serait une manière de retourner le Printemps arabe et de le transformer en un mouvement anti-américain." Quant à une attaque autonome d'Israël contre les centres nucléaires iraniens, "ce serait la pire option", souligne-t-il, estimant que Tel-Aviv n'a pas les moyens de ses ambitions.Ecoutez ses explications: téléchargement Colin Kahl
Le modérateur du débat, Jonathan Tepperman, l'avoue: le Council on Foreign Relations ne prend pas position, mais juge important de débattre. Pour clore le match Kroenig-Kahl, il demande à la salle si elle est favorable à une attaque contre l'Iran maintenant. La réponse est plutôt surprenante: seules quelques mains approuvent le scénario. 98% de la salle désapprouvent. En ce jeudi soir, au CFR, les néoconservateurs ont perdu une bataille. Mais peut-être pas la guerre.