Des tonnes d’habits: l’explosion de la mode jetable

Shopping effréné en expansion

Des nouveaux habits tout beaux! Est-ce un besoin ou une envie? Combien avons-nous de tenues aujourd’hui, combien en achetons-nous par année?

Au cours des dernières décennies, les ventes de confection ont explosé, poussées par une demande croissante, et par plusieurs nouvelles collections par année. Une tenue est  portée de moins en moins avant d’être jetée (Ellen MacArthur Foundation, via Reuters). Nous sommes entrés dans une véritable frénésie de consommation et de gaspillage, il faut, de plus en plus vite, acheter, jeter, acheter, jeter. Actuellement, un français jette plus de dix kilos d’habits par année, un américain plus de trente kilos. Les bas prix et la mauvaise qualité ont généré une culture du jetable, et du shopping perpétuel. Malheureusement, les pires habitudes se répandent vite et pourraient toucher l’Europe. Le Black Friday, annoncé à grands renforts de publicité cette année, est un sombre présage d’une course à la consommation, où la qualité n’a plus d’importance, car nous avons trop et nous nous lassons trop vite.

Le commerce de textiles se développe pour plusieurs raisons: Tout d’abord, la Planète abrite une classe moyenne de plus en plus importante, qui mange à sa faim, peut s’offrir du superflu, des habits neufs et des cadeaux pour Noël. Un immense marché de consommateurs de produits bon marché apparaît.

D’autre part, une nouvelle mode de shopping se répand, d’achat pour le plaisir, de virées shopping. J’ai l’impression qu’il y a vingt-cinq ans, nous faisions une liste pour la saison. La mienne incluait deux nouveaux pantalons, des pulls, des chaussettes et des chaussures assorties. L’habitude d’acheter des nouveaux habits chaque année était déjà discutable, mais aujourd’hui, la liste a disparu, et on achète à l’infini.

Autrefois, la production textile se faisait en Europe, et elle a été délocalisée en Asie il y a un quart de siècle environ, où elle est réalisée pour des salaires dérisoires et dans des conditions de travail inhumaines. Les prix ont alors baissé, les chaînes d’habits à bas prix ont proliféré les unes après les autres.

 Quand le coût et la qualité étaient plus élevés, chaque nouvel achat faisait l’objet d’une sérieuse réflexion.

L’envie d’acheter à bas prix a provoqué la production en masse de pièces de mauvaise qualité.

Au final, certains considèrent les vêtements comme quasiment jetables, et ne s’étonnent plus de leur mauvaise qualité, ni de devoir les remplacer après un mois. Ils  préfèrent déjà un autre motif. A l’heure actuelle, c’est de l’inconscience.

Les textiles causent des émissions de CO2 et une pollution dangereuse

Les vêtements sont une importante source de pollution. Les cultures de coton utilisent des espaces agricoles et de l’eau, la production des tissus, la confection d’habits, le transport, les centres commerciaux et nos déplacements pour les achats polluent énormément.

Les textiles émettent actuellement 1,2 milliards de tonnes de CO2 par année. Cela constitue une pollution plus importante que plus que tous les vols internationaux et le transport maritime combiné, et moins d’un pourcent d’habits sont actuellement recyclés (Reuters).

Ces émissions de CO2 représentent un très grave danger pour notre société, elle provoquent des inondations, des tempêtes, des famines, et en conséquence, elles mettent notre vie en danger.

Les textiles libèrent aussi au lavage une demi-million de tonnes de microfibres plastiques qui contribuent à une pollution plastique croissante.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous le permettre. Les experts ont donc demandé à l’Angleterre de légiférer sur les habits polluants.

Les textiles contribuent notablement au réchauffement climatique et à la pollution plastique. Nous savons que cela crée un danger pour la santé des populations, et les Britanniques font bien de legiférer à ce sujet, avant que ce phénomène ne s’étende encore et ne devienne incontrôlable. Dans le domaine textile, comme dans des nombreux autres, une consommation incontrôlée atteint des proportions inouïes et nuit  à la vie sur Terre.

Il est indispensable d’instituer un contrôle quelconque, au niveau de la qualité, de la quantité ou du coût CO2.

Les pires produits devraient simplement être interdits, ou ramenés au producteur. On pourrait instituer une garantie ou indiquer un prix par nombre d’utilisations qui montrerait l’avantage des produits durables.

Nous pouvons aussi acheter deuxième main, recycler, teindre, acheter du détachant pour sauce tomate, retrouver dans l’immense placard les habits que nous possédons déjà, nous lancer dans des trocs ou des gratiferias, privilégier les matières durables, instituer des uniformes durables et réutilisables à des nombreux endroits, privilégier le coton bio, le lin et le chanvre.

Les catastrophes climatiques pourraient bien mener à un effondrement économique ces prochaines années, et nous avons terriblement tort d’acheter un dixième haut en dentelle alors que, demain, nous pourrions bien fuir les inondations et manquer de l’essentiel. Nous avons tout intérêt à adopter un mode de vie modéré et conscient aussitôt que possible.

Infographie Oxfam: d-ou-viennent-nos-vetements

http://news.trust.org/item/20181030210120-kuhzh/?fbclid=IwAR1asjIwCV52w0fgw4Czn–t5rBAEfntWZXTMbzYj1Jb8qU4ler17VSeagw

Dorota Retelska

Dorota Retelska, docteure en Sciences de l'UNIL, décrypte les nouvelles du climat. Docteure ès Sciences de l’UNIL, auteure d’Antarctique-Ouest dans le Vide, elle a rejoint plusieurs organisations de défense du climat , fait partie du Comité de l’Association Climat Genève, du Collectif Climat 2020 et des Verts du Chablais. Depuis des nombreuses années, elle alerte sur le danger du climat.

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