Job sharing, cassons les idées reçues !

Le 29 avril a eu lieu à Lausanne un évènement autour du job sharing organisé par l’association PTO (Part-Time Optimisation). Les ateliers de discussion ont permis aux participant(e)s de partager leurs avis et expériences. Les témoignages, dont celui de Clément Demaurex, qui accompagne aujourd’hui les organisations dans leur transformation avec l’équipe d’ Axiome-change, ont démonté un à un mes apriori sur le job sharing. Dans son cas le partage d’emploi a été la clé du succès au plus fort de la crise.

 

Pourquoi le job sharing est-il si peu connu ?  

Le job sharing est le partage des responsabilités d’un seul poste entre deux personnes qui travaillent à temps partiel. Vous ne connaissez aucun job sharer autour de vous ? Avant de faire cet article moi non plus !

Faussement qualifiée de nouvelle méthode de travail, le job sharing est né aux USA il y a 40 ans. Télétravail et job sharing sont souvent associés car ils favorisent tous les deux la flexibilité. Dans les faits le partage d’emploi reste l’exception alors que le télétravail lui explose : 3,7 % des salarié-e-s respectivement 9,8 % des salarié-e-s à temps partiel travaillaient en job sharing en 2016 (OFS), contre 39 % des travailleurs de bureau qui sont un jour par semaine à la maison ou à l’extérieur (étude Deloitte de 2018).

Ce retard s’explique par un manque d’information ainsi que par des préjugés sur le job sharing.

Avant de rencontrer les job sharers, je faisais partie des sceptiques. Leurs récits m’ont prouvé que j’avais tort !

 

 

 

Les 5 idées reçues sur le job sharing !

 

1Le job sharing est compliqué à mettre en oeuvre 

Contrairement aux idées reçues ce n’est pas un cas juridique à part. Les job sharers auront chacun un contrat de travail classique en parallèle. Selon la juriste de l’association PTO, il y a peu de blocages, néanmoins elle répond aux questions en la matière.

De plus, les outils modernes facilitent la collaboration et la communication à distance. Les boîtes d’emails peuvent être partagées et les séances faites en vidéo conférence. Cela permet au duo d’échanger en étant performants mais aussi de faciliter la vie des autres collègues.

 

Clément Demaurex raconte « Si au début nos partenaires externes ne comprenaient pas toujours notre fonctionnement, avec le temps, ils ont compris que s’adresser à l’un ou l’autre avait la même valeur et que l’information était partagée. A la fin de notre partenariat, nos interlocuteurs dialoguaient autant avec ma collègue qu’avec moi-même sachant que nous avions les mêmes informations, le même pouvoir de décision et que notre position était commune. »

 

Enfin, n’oublions pas que l’association PTO est là pour vous aider ! Elle est constituée de professionnel(les) qui accompagnent des projets de job sharing partout en Suisse. Ils et elles forment des chercheurs d’emploi comme des entreprises. Je vous recommande leur guide pratique disponible en ligne : http://www.go-for-jobsharing.ch/fr/medias/guide-pratique.html

 

2 Les difficultés proviennent des quiproquos entre les job sharers

Les questions de communication entre les partenaires jouent évidemment un rôle important, mais gérer les critiques des autres est l’ingrédient clé pour réussir !

“Au début les personnes qui gravitent autour de nous sont parfois sceptiques et remettent en cause l’efficacité de notre duo. Il arrive aussi que certains collègues testent notre uniformité avant de nous faire confiance”, témoigne la co-fondatrice de l’Association PTO, Irenka Krone.

Le Harvard Business review conseille de combattre le parti pris “To battle the bias” en anglais et d’exceller dans son travail pour changer les mentalités.

3 Le job sharing correspond aux besoins des femmes ayant des enfants

Oui, il répond à un besoin des femmes mais pas uniquement.

A la soirée de l’Association PTO j’ai rencontré hommes et femmes, entrepreneurs ou seniors, slasheurs* de longue date ou simples curieux. Le job sharing peut répondre aux besoins d’un(e) indépendant(e) commençant une nouvelle activité, d’un(e) artiste lançant un projet, ou bien encore d’un(e) entrepreneur qui crée sa start-up.

Néanmoins la mise en place du job sharing fait partie des solutions pour l’égalité hommes femmes au travail.

Selon le Rapport de l’OCDE de 2018, même si le temps partiel facilite l’accord entre vie privée et vie professionnelle, il peut devenir une situation définitive. Toujours tiré de ce rapport, ce sont presque toujours les femmes qui n’ont pas une carrière linéaire et qui mettent entre parenthèse leur carrière pour une durée déterminée. Le rapport note aussi que suite à ces changements, s’ensuit une plus grande fragilité financière, que ce soit après une séparation du couple ou bien à cause de l’impossibilité de revenir à un emploi à taux plein.

 

4 Le job sharing apporte lourdeur et incertitude au poste

Au contraire, il ressort des témoignages de la soirée que les job sharers dynamisent et stabilisent leur poste.

Premièrement, car les partenaires innovent sur la manière d’exécuter leurs travaux et sont deux fois plus force de proposition.

Ensuite, le partage de responsabilités apporte de la stabilité. Lorsque la quantité de travail augmente, les deux collaborateurs prennent chacun une partie de la charge. Cela a moins d’impact que sur une personne seule.

Une participante de la soirée raconte : “Lorsque ma partenaire a eu des problèmes de santé, au début j’ai compensé en travaillant plus. Puis lorsque cela a perduré j’ai informé le reste de l’équipe. La transition s’est faite en douceur.”

Enfin job sharing rime aussi avec performance et durabilité durant les tempêtes.

Pour Clément Demaurex, qui a été soumis à la tourmente médiatique dans son poste de Permanent à l’Usine de Genève l’affirme : 

“l’hyper communication entre nous a été un atout, comme nous étions tellement connectés nous étions devenus une entité propre pour les tiers. Le fait de rompre la solitude et de porter la pression à deux, a permis une grande robustesse face à la pression. De plus, à long terme nous avons développé une meilleure capacité à récolter des informations dans l’organisation et à innover”.

 

 

5 Le job sharing rend la vie facile des job sharers

Oui et non. Désignés comme une exception dans l’organisation, les job sharers n’ont pas le droit à l’erreur.

Selon Clément Demaurex l’intensité de la relation demande au binôme un niveau très élevé de confiance et un lâcher prise important : “Si l’une des deux personnes sent le besoin et cherche à contrôler son binôme, c’est foutu.”

Cependant, responsabilité commune, discussion, délibération et accord, ainsi que la confiance, sont en réalité des éléments nécessaires à tout travail collectif de bonne qualité et performant au sein d’une équipe et plus largement d’une entreprise entière.

Monsieur Demaurex pense qu’intégrer le job sharing dans une organisation est un levier de performance global important : “Cela peut avoir un effet positif sur l’ensemble de la structure par propagation.”

 

Quand peut-on mettre en place le job sharing?

  • Pour répondre à un souhait de travail à temps partiel par exemple dans un poste à responsabilité (concept du top sharing).
  • Lorsqu’une personne perd pied à cause d’une augmentation significative et durable de sa charge de travail.
  • Quand un(e) collaborateur(trice) parle de changements conséquents dans sa vie privée. Par exemple dès l’annonce de la grossesse ou bien pour pallier le lancement d’une activité en parallèle (le slash career).
  • Pour anticiper un départ à la retraite et ainsi empêcher la perte des connaissances.

 

Un mouvement est en marche!  

“A nos débuts nous devions nous battre pour amener le sujet du job sharing dans les organisations Suisses. Aujourd’hui ce sont elles qui viennent nous voir pour nous consulter !” rappelle Irenka Krone de l’Association PTO.

En 2019 le concept se fait connaître, on en parle toujours plus dans la presse et il est testé dans plusieurs structures lausannoises telles que la PMU.

Espérons que ces essais fonctionnent car le job sharing peut avoir un impact bénéfique sur les organisations et plus largement sur l’ensemble de la société. Pour ma part j’en suis convaincue, la révolution culturelle aura lieu.

Merci à Corinne Emonet et Irenka Krone de l’Association PTO ainsi qu’à Clément Demaurex d’Axiome-change pour leur aide.

 

Liens utiles et références

https://axiome-change.ch

https://www.linkedin.com/in/clement-demaurex/

http://www.go-for-jobsharing.ch/js/kcfinder/upload/files/Rapport%20juridique%20Job-sharing%20SECO.pdf

http://www.go-for-jobsharing.ch/fr/publications/ouvrage-collectif-jobsharing.html

OCDE (2019), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2018, Éditions OCDE, Paris,https://doi.org/10.1787/g2g9ed68-fr.

https://definitions.uslegal.com/j/job-sharing/

https://www.letemps.ch/economie/job-sharing-permet-aux-femmes-dacceder-hautes-fonctions

https://www.letemps.ch/economie/jobsharing-pratique-27-employeurs

https://hbr.org/2013/09/how-to-make-a-job-sharing-situation-work

https://hbr.org/2015/07/how-to-co-lead-a-team?referral=03759&cm_vc=rr_item_page.bottom

https://www2.deloitte.com/ch/en/pages/innovation/articles/workplace-of-future.html#

 

Cécile Laffont

Cécile Laffont

Cécile Laffont est diplômée en Gestion des Ressources Humaines depuis 2008. Elle a depuis exercé différentes fonctions dans ce domaine, en entreprise, ou bien en tant que Consultante.