Holacracy à Lausanne

La méthode américaine Holacracy a fait l’objet de nombreux articles dans la presse. Ce mythe de l’entreprise sans chef me paraissait intangible. J’ai cherché à rencontrer les personnes qui ont sauté le pas à côté de chez nous et à connaître leur quotidien. L’expert Holacracy chez Liip, Laurent Prodon, a bien voulu m’expliquer comment vit la branche lausannoise de cette entreprise suisse. Son bilan est positif !

Pour ceux qui auraient oublié ce qu’est Holacracy, le concept a été créé il y a 17 ans par l’entrepreneur américain Brian J. Robertson. Oubliez ce bon vieux organigramme en pyramide, bonjour les cercles connectés. Une fois ce schéma posé l’auteur déroule dans son livre “la Révolution Holacracy” tout, ou presque, du fonctionnement de l’entreprise sans tête. Au sein des groupes autogérés, il décrit comment prendre des décisions stratégiques ou bien opérationnelles et comment séparer les rôles des personnes. Il impose un choix dans le vocabulaire, par exemple on ne dit plus le terme “problème”, on parle de tensions. Il exige la signature d’une constitution pour décrire les règles du jeu et signer le début de la nouvelle ère. Tout un programme !

Liip, agence Web de 174 employés, dont une partie de l’effectif est basée en suisse romande, a opté pour Holacracy en 2016 à l’initiative des co-fondateurs. La société a dû investir financièrement pour cette mise en place: Laurent Prodon m’a confirmé qu’ils avaient dédié des personnes en interne et mis à disposition des moyens de formation conséquents. Et pour orchestrer leurs données ils utilisent un logiciel spécialisé payant.

Une employée de Liip qui a écrit dans le magazine Bilan (http://www.bilan.ch/isaline-mulhauser/holacracy-bonheur-de-lapprentissage-empirique) raconte sa nouvelle vie au travail.  Elle compare Holacracy au changement de régime alimentaire. A priori cela ne doit pas être tous les jours facile.

Holacracy a l’avantage de vouloir réduire certains travers des entreprises classiques : la lenteur et les pertes de temps. Primo, la lenteur. À l’heure où l’on nous dit que notre job n’a plus de valeur ajoutée (merci les robots), Holacracy propose de faire évoluer son poste régulièrement en favorisant la mobilité interne. Laurent Prodon en est le premier exemple, il partage aujourd’hui son temps entre la gestion des projets de sites Web de la société et le développement de service autour de l’organisation d’entreprise Holacracy en accompagnant d’autres entreprises à rejoindre le club des “sans hiérarchie”. Secondo arrêter de perdre son temps. Le système impose des règles strictes dans la gestion des séances (durée, contenu, participants) et dans la gestion des projets. Des arguments qui devraient parler aux ceux qui ont la phobie de l’ennui dans les séances qui s’éternisent, sur des sujets qui ne les concernent pas.

 

 

Outre les coûts de la transition vers Holacracy, il y a deux thèmes importants pourtant peu développés par Brian J. Robertson dans son manuel Holacracy: Les entretiens d’évaluation et les salaires.

Cette question est à l’étude chez Liip, ce thème est développé dans cet article du Blog :  https://www.Liip.ch/fr/blog/how-we-want-to-change-feedback-culture-at-Liip Les équipes sondent leurs collègues et testent plusieurs méthodes pour développer les feedbacks.

Sans hiérarchie, il faut aussi réinventer la gestion des salaires. Qui a accès aux informations et qui décide des augmentations dans une entreprise Holacracy? Laurent Prodon m’a confirmé que les revues salariales ont une personne en interne qui a repris ce “rôle”. Mais la traditionnelle confidentialité des salaires n’existe plus, c’est la suite logique de la philosophie du gourou américain. Cette nouveauté qui a fait du bruit au début est aujourd’hui intégrée.  

Holacracy ne fait pas forcément l’unanimité, mais du côté de Liip la greffe a pris. L’entreprise continue à se voir attribuer des prix et elle recrute. Quand je demande à Laurent Prodon “Pensez-vous faire marche arrière ?” Sa réponse est: “Non et on ne reviendrait jamais à notre point initial, on évoluerait vers quelque chose de différent.”

L’histoire de Liip est passionnante, j’ai hâte d’en connaître la suite. Pour cela je vous conseille d’aller lire les récits des Liipers sur leur Blog. Les équipes parlent des avancées et des difficultés dans leur quotidien dans la plus grande liberté de parole. Vous verrez comment l’entreprise grandit et comment chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Je remercie Laurent Prodon pour son temps ainsi que les lecteurs bienveillants qui m’ont encouragée pour ce premier article.