La reprise de PME, une opportunité réaliste pour les jeunes cadres qui rêvent d’entreprendre?

Qui n’a pas entendu dans son jeune entourage “j’en ai marre de mon boulot, je rêve de monter ma boite”? Ou bien “moi, après l’uni, je crée ma startup”?

Les jeunes générations s’enthousiasment pour l’entrepreneuriat et voient souvent la création de startup comme un débouché tentant après leurs études ou quelques années de vie professionnelle.

D’un autre côté, près de 30% des PME suisses actuelles et leurs emplois vont disparaître après le départ à la retraite du dirigeant, faute de repreneur. Et on cite souvent un profil-type de repreneur à la quarantaine bien entamée, ex-cadre dirigeant de grande entreprise.

Mais pourquoi n’y a-t-il pas plus de jeunes professionnels qui considèrent la reprise?

C’est une option particulièrement séduisante pour des profils de salariés avec 8 à 15 ans d’expérience professionnelle et qui ne voient pas forcément de perspectives d’évolution dans leurs entreprises, mais toujours de l’énergie et une vraie envie de mettre la main à la pâte.

Henri de Wulf, entrepreneur dans le recyclage des fers et métaux avec sa société Big Bennes depuis plus de trente ans, explique très bien l’attrait de cette option : “La trentaine paraît le bon âge pour reprendre une société car on combine l’expérience et la velléité de prendre des risques, on est pas encore habitué à un niveau de vie trop élevé et on tombe aujourd’hui sur la génération du baby boom qui part en retraite – Il y a donc des opportunités de reprise de PME, avec des cédants prêts à les aider pour la transmission, notamment par le biais d’une phase d’accompagnement ou un crédit vendeur”.

Alors pourquoi pencher pour la reprise, plutôt que la création d’entreprise, ou rester salarié? Voici quelques pistes de réflexion…

 

Reprise versus Création – avantages et choses à savoir:

 

  • C’est moins risqué  – La reprise est considérée comme moins risquée que la création – Après 5 ans seulement 50% des startups existent encore, contrairement à 95% des PME reprises(1).
  • On ne part pas de zéro – On reprend une entreprise avec une base de clients existante et un savoir-faire solide. En effet, la plupart des dirigeants qui se rapprochent de la retraite ont développé leur activité sur certains axes, mais il peut y avoir d’autres opportunités de développement ou de modernisation en matière de gestion. Tandis qu’il faut quelques années à une startup pour tester sa viabilité.

Mais…

  • Cela a un coût non négligeable en amont – Le financement du prix de l’acquisition de l’entreprise repose sur plusieurs piliers, dont des fonds propres (à hauteur de 30-50% du prix d’acquisition). Alors qu’on peut lancer sa boîte et attendre d’avoir un produit viable avant de lever des fonds.
  • Cela prend du temps – Il faut aussi s’armer de patience, car le processus complet de la recherche de cibles à la conclusion du contrat de vente peut durer de 9 à 18 mois, voire plus, et la réussite ne dépend pas que de vous ( le vendeur peut se rétracter à la dernière minute)! Alors que vous avez la liberté de commencer votre startup dès que vous le voulez.

 

Reprise versus Salariat: avantages et choses à savoir:

 

  • On peut développer une activité en ligne avec ses valeurs: Autonomie de décision, liberté d’organisation, créer de la valeur pour soi selon ses propres principes… les avantages sont nombreux. Véronique Basch, ancienne cadre dirigeante de grand groupe, qui a racheté la société de stérilisation d’instruments médicaux ​Steriswiss​ fin 2015, apprécie sa liberté de décision et d’organisation de son temps: ​“Je travaille beaucoup, mais avec énormément de flexibilité aussi, et finalement c’est moi qui donne le rythme au développement de mon entreprise. Cela inclut des succès, qui sont très gratifiants, et demande également une grande capacité de résilience, mais en fin de compte, j’y ai largement gagné en qualité de vie”​. Avec son équipe, ils développent l’activité et augmentent ainsi la valeur de l’entreprise, qui était auparavant une filiale non stratégique d’un groupe dentaire. Elle a d’ailleurs été lauréate du ​Réseau entreprendre Suisse Romande​ en 2016, et participe désormais activement au développement des activités de soutien aux repreneurs au sein du réseau.

Mais…

  • Il faut se préparer à être au four et au moulin – Mais pour réussir, il est important d’avoir conscience que l’on met les mains dans le cambouis et que c’est mieux d’être intéressé par plein de choses, car le dirigeant repreneur s’occupe de multiples tâches qui sont souvent déléguées dans les grands groupes. Les tâches RH, administratives, de facturation sont souvent gérées par le dirigeant dans des micro-entreprises, au même titre que le développement commercial et le suivi de projet. Autant dire que les journées sont bien remplies!
  • Le soutien de l’entourage est clé surtout dans les premiers mois de la reprise, non seulement d’un point de vue émotionnel, mais aussi financier, car le salaire du chef d’entreprise reste souvent la variable d’ajustement pour les débuts.

 

Chers lecteurs, si vous avez des arguments en faveur ou défaveur de la reprise d’entreprise vs. le salariat ou la création, n’hésitez pas à les partager en commentaires!

 

Liens utiles:

Vous souhaitez en savoir plus sur la perspective de reprendre une PME? Voici quelques noms d’associations et d’entreprises utiles:

Sources:

(1) Office fédéral de la statistique suisse

Caroline Menard

Caroline Menard

Caroline Menard a commencé sa carrière chez P&G à Genève après un master de management à St Gall. En 2016, elle a pris un tournant plus opérationnel en rejoignant Uber pour développer l'activité suisse et monter un centre de service client au Portugal. Depuis quelques mois, elle cherche activement une petite société à reprendre et vous livre son expérience riche de dizaines de rencontres et conférences.

3 réponses à “La reprise de PME, une opportunité réaliste pour les jeunes cadres qui rêvent d’entreprendre?

  1. Très bon argumentaire, mais attention à ne pas se laisser duper par:

    – des dirigeants ayant bataillé toute leur vie à leur bébé, donc avec une idée de capital de reprise exagéré;
    – des dirigeants en bout de course, ne se rendant pas compte que leur business est obsolète et même s’ils ont pu cartonner il y a vingt ans;
    – des dirigeants qui ne cherchent qu’à financer leur retraite, car leur baudet est mort et eux fatigués.

    1. Vous avez bien raison, j’en ai rencontré quelques uns dans le cadre de ma recherche. Il est malheureusement souvent impossible de discuter avec eux d’une valeur qui se rapproche d’un prix juste!

      1. Oui et qu’est-ce le prix juste?
        Les clients vont-ils suivre?
        Il y a de fortes chances que non, alors, autant partir à zéro.

        Vous savez, une boîte qui marche, sera reprise par des concurrents, des associés avant qu’elle ne soit mise en vente.
        Alors prudence, Caroline
        😉

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