Serial repreneur romand – Portrait d’Alexandre Bonvin

Vous entendrez bientôt parler de lui régulièrement dans l’écosystème entrepreneurial romand, si ce n’est pas déjà fait. Alexandre Bonvin, seulement 26 ans, fait le pari de l’entrepreneuriat par acquisition, a acheté déjà trois PME en Suisse Romande et compte continuer ce rythme à raison d’une acquisition par an. En plus, il a co-fondé deux sociétés et ouvert un nouvel espace de coworking à Morges qui n’a rien à envier aux WeWork. Interview sans filtre.

NB: Pour ceux qui découvrent ce blog, il est né il y a quelques mois, après le constat que la reprise de PME est un sujet relativement méconnu auprès des jeunes professionnels. Après avoir développé sur le phénomène pour mieux le faire connaitre dans ce blog, je détaille le processus de reprise étape par étape en tirant les leçons de mes diverses interviews et conférences ainsi que de mon expérience actuelle de repreneur. Enfin, j’avais à cœur d’inspirer aux gens l’envie de se lancer, grâce à des parcours de gens qui ont sauté le pas. En voici un.

 

Alexandre, tu as commencé ton parcours entrepreneurial très tôt, à 21 ans, avec la création de The Green Van, concept de food-trucks et restaurants. Comment t’es venue l’idée de devenir aussi ‘entrepreneur par acquisition’ ?

Je vois une triple opportunité : Les patrons de PME baby-boomers partent à la retraite et on parle peu des conséquences pour l’économie. Ils ont bien entrepris, bien gagné leur vie, et veulent bien vendre leur société. A l’époque, on se connaissait, on reprenait et on repayait la société sur plusieurs années. Or, aujourd’hui les enfants veulent moins reprendre, ce n’est pas très sexy par rapport à la création d’entreprises.

Ensuite, les cédants souhaitent vendre cher, et peu de personnes ont les moyens financiers. De plus, ces PME entre 10 et 50 employés intéressent moins les fonds d’investissement en raison de leur petite taille.

Enfin, il y a une vraie opportunité de consolidation et d’économies d’échelle dans divers secteurs, notamment l’e-commerce sur lequel je me concentre.

S’il y’a pas de repreneurs les entreprises se liquident, or il y a des clients, un vrai modèle économique pérenne. C’est dommage.

 

Tu as acquis des parts dans les sociétés KissKiss.ch (Valais) et Stickerkids (Vaud), comment les as-tu trouvées ?

Il faut travailler son réseau, les meilleures affaires n’arrivent pas toutes seules, il faut aller les chercher. Pour une des sociétés, un banquier de mon réseau est venu me la proposer. Pour l’autre, les vendeurs ont monté un bon dossier et je connaissais l’équipe. Ce qui est sûr, c’est qu’on doit être patient, cela prend du temps.

 

Quels sont tes critères de sélection ?

J’avoue préférer des cédants plus jeunes, vers 35-45 ans. Pour moi, le fit humain cédant-repreneur est très important, et dans le cas des sociétés que j’ai reprises, je partage la vision des cédants, et la transition se passe de manière très collaborative.

Il faut aussi que l’industrie m’intéresse car j’aime être dans l’opérationnel, et être proche des équipes. Dans mes sociétés actuelles, je vois les équipes toutes les semaines. J’essaie de créer des synergies logistiques et marketing car je me concentre sur des sociétés actives dans l’e-commerce.

Ensuite, il y a la partie financière – j’ai des critères stricts, à mon avis, il ne faut jamais surpayer une société. L’avantage d’avoir des dossiers de vente qui passent par une banque car elle sait à combien la société peut se vendre. Malheureusement, trop de cédants ont des attentes de prix démesurées, et cela engage mal les choses !

 

Peux-tu nous raconter les grandes lignes du processus, et les difficultés auxquelles tu as fait face, et les leçons que tu en as tirées ?

Lorsqu’une opportunité se présente, il faut être clair sur ce qu’on veut et bien comprendre ce qu’on peut apporter à la société pour créer de la valeur.

La due diligence est un moment intense, il faut faire ses recherches sur les parties marché, commerciale et opérationnelle afin d’arriver confiant avec ses capacités de reprendre et tenir le service de la dette. Pour la partie comptable, fiscale et sociale, il faut s’entourer d’une bonne fiduciaire et ne pas hésiter à poser des questions.

Une des étapes importantes de la due diligence est la validation de l’EBITDA, dans le cas où le prix de vente est fixé selon la méthode des multiples. Souvent les cédants retraitent beaucoup de frais, et il faut bien distinguer s’ils sont structurels ou exceptionnels. Personnellement, je regarde plutôt le cash-flow que l’EBITDA afin de déterminer la capacité d’endettement et la possibilité de me rémunérer. J’ai appris notamment que c’était important de se garder une réserve car les choses ne se passent jamais comme prévues.

 

Et post-acquisition ?

On peut aller droit dans le mur dans la reprise si ça se passe mal. Il y’a une vraie phase d’apprentissage pendant la transition où tu ajoutes peu de valeur, et tu dois rester humble pour maximiser le temps avec le cédant et le transfert de connaissance.

Le contact avec les employés est très important dans cette période de transmission. Je souhaite garder une certaine continuité, et les employés. C’est critique sinon l’acheteur n’aura pas bien les rênes une fois les cédants partis.

 

Tu as récemment co-créé une startup, développé un co-working puis repris des sociétés en moins de 5 ans – comment compares-tu tes expériences de création et reprise d’entreprise ? 

Ce sont des expériences complètement différentes.

Certains ont besoin de ressentir l’excitation de la création. Cela demande des sacrifices, et on a besoin généralement de cinq ans pour que ça commence à marcher. Quand je prends l’exemple de Skwoll, c’est ce qui me prend le plus de temps, le travail est dur car on ne se paie pas, on ne gagne pas d’argent, on travaille nuit et jour avec Johanna et son équipe…Mais c’est clairement la boite qui a le plus de potentiel !

Certes un peu moins tendance, le gros avantage de racheter une PME avec un cash-flow positif est que la boule au ventre est moindre surtout si on planifie bien la reprise. Il faut trouver le bon équilibre pour faire passer des changements tout en ne perturbant pas l’organisation.

J’aime les deux – L’entrepreneuriat, que ce soit sous forme de création ou reprise, c’est de l’endurance et de la résilience. Il faut être très fort mentalement pour tenir.

 

Vous connaissez un repreneur avec un parcours inspirant ? Partagez son nom avec moi en MP afin d’organiser une rencontre !

 

Caroline Menard

Caroline Menard

Caroline Menard a commencé sa carrière chez P&G à Genève après un master de management à St Gall. En 2016, elle a pris un tournant plus opérationnel en rejoignant Uber pour développer l'activité suisse et monter un centre de service client au Portugal. Depuis quelques mois, elle cherche activement une petite société à reprendre et vous livre son expérience riche de dizaines de rencontres et conférences.

2 réponses à “Serial repreneur romand – Portrait d’Alexandre Bonvin

  1. Je trouve ça très intéressant. Ce jeune Bonvin est très dynamique et plein d’idées. Mais, ayant moi-même repris deux fois des entreprises pme de ce genre de leur fondateur, j’ai constaté que les difficultés de la reprise d’une seule société sont déjà énormes et le succès pas garanti. Alors quand on en reprend plusieurs à la fois, dans des secteurs différents en plus, il y a des très gros risques. Je conseille donc la prudence à Alexandre Bonvin. Qui trop embrasse mal étreint.

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