L’UE est responsable. Vraiment ?

Ces derniers mois, chaque vote qui passe donne de nouveaux défis au camp de l’ouverture et aux proeuropéens. Du Brexit à l’échec du référendum de Matteo Renzi, en passant le non des Hollandais à l’accord avec l’Ukraine, tout semble plaider pour une dislocation prochaine de l’Union européenne (UE). Cette UE décriée, dénigrée, discréditée. Cette UE sur laquelle tous les torts sont rejetés, coupable de facto de tous les échecs électoraux dans les Etats-membres.

Certes, la responsabilité de l’UE n’est pas nulle et nous ne pouvons pas nier la nécessité de mettre en place des réformes. Mais les Etats-membres et leurs dirigeants en portent également une large part. En effet, c’est David Cameron lui-même qui a décidé de lancer le référendum pour la sortie de l’UE et c’est son euroscepticisme qui a mené le peuple britannique à accepter sa proposition. En Italie, c’est Matteo Renzi qui, lors des derniers jours de la campagne pour son référendum, a volontairement ôté les drapeaux européens lors de ses allocutions, choisissant ainsi de mettre l’UE en lien direct avec le vote et de la diaboliser.

Ces deux exemples illustrent parfaitement le peu de soutien que les chefs des Etats-membres accordent à l’UE, soutien qui lui manque cruellement. Comment demander aux Britanniques de refuser un référendum que leur Premier Ministre a lui-même lancé? Comment les Italiens pourraient-ils croire en l’Union, alors que leur représentant auprès de celle-ci ne la défend pas? Si les dirigeants mettaient à profit le temps qu’ils passent à élaborer des critiques contre l'UE pour la promouvoir, ils pourraient faire changer le climat europhobe dans leur pays, inverser cette tendance dans les médias et prôner les réformes que de nombreux Européens demandent.

Ils pourraient par exemple souligner l’importance d’une Europe forte dans un monde globalisé pour pouvoir mener à bien les défis relatifs à l’environnement, à la paix, à la sécurité et aux droits humains notamment. Rappeler le soutien financier, la prospérité et les libertés que l’UE garantit. Mais bien sûr, il est toujours préférable de désigner l’Union comme responsable de tous les maux européens que de devoir se remettre en question.

Seule lueur d’espoir dans le sombre paysage de l’euroscepticisme actuel: la victoire dimanche 4 décembre en Autriche d’Alexander van der Bellen, écologiste engagé et Européen convaincu. Loin de cacher ses convictions, il a ouvertement déclaré qu’il profiterait «de chaque occasion pour souligner que la paix, la liberté, la prospérité et la sécurité pour les États-membres de l'Union européenne sont bien mieux assurées en commun que ce qui serait le cas si chaque nation le tentait de manière individuelle». Il n’a pas sacrifié ses valeurs sur l’autel de potentiels votes populistes et nationalistes. Il est resté lui-même et c’est ce qui a payé. Car les Européens ne sont pas europhobes, ils en ont simplement assez des belles promesses jamais tenues et des revirements pour plaire à l’électorat. Ce qu’ils souhaitent, c’est une Europe unie, démocratique et forte. Et pour cela, il serait urgent de faire preuve de réaction et d’engagement et non de lâcheté et de faiblesse. 

 

Caroline Iberg

Caroline Iberg

Caroline Iberg est co-secrétaire générale du Nouveau mouvement européen Suisse (Nomes), où elle travaille depuis 2013. Elle est titulaire d’un master en Sciences des médias et de la communication et Etudes européennes.

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