Révision de la loi sur la chasse : tout sauf bonne pour l’environnement

Parmi les sujets soumis au vote dimanche 27 septembre, il y en a un qui fait particulièrement débat : la révision de la loi sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages. Les partisans de cette révision ont adopté une stratégie de campagne pour le moins étonnante, essayant de faire passer ce texte pour quelque chose de favorable à l’environnement. Affiches vertes parlant d’une loi “bonne pour les animaux, les paysages et les humains”, mise en avant des prétendues avancées pour certaines espèces animales, on croirait presque une campagne d’une ONG environnementale.

Les faits sont cependant têtus, et une brève analyse de cette révision législative montre qu’elle est tout sauf bonne pour l’environnement et la biodiversité.

Commençons par les prétendues avancées dont parlent ses partisans :

  • Le nombre d’espèces protégées de canards va augmenter, pour atteindre le nombre de 12 sur 15 actuellement chassables. Cela parait très bien, mais quand on s’y penche de plus près, on s’aperçoit que les colverts, les morillons et les sarcelles d’hiver, les trois espèces pouvant continuer à être canardées, représentent 98% des palmipèdes tirés. Certaines espèces désormais protégées n’ont été aperçues qu’une poignée de fois ces dernières décennies en Suisse. On est donc loin d’une grande avancée.
  • La période de la chasse à la bécasse est réduite de trois à deux mois par année, ce qui peut paraître là encore une avancée dans la protection de cette espèce menacée. Sauf que 96% des effectifs abattus en Suisse chaque année le sont en octobre et novembre, les deux mois qui resteraient ouverts à cette chasse…

La révision a par ailleurs loupé l’occasion de réellement protéger des espèces animales en danger d’extinction dans notre pays, comme le lièvre brun, le tétras-lyre ou le lagopède alpin. Ces animaux pourront continuer à être chassés, ce alors même que leur nombre diminue d’année en année, et qu’ils ont tout sauf besoin de tirs régulateurs.

Si on ajoute à cela le fait que des animaux protégés pourront être tirés bien plus facilement qu’aujourd’hui, et sans même avoir commis de dégâts, sous simple supposition qu’ils pourraient en commettre, et que le Conseil Fédéral pourra placer seul n’importe quelle espèce protégée sur la liste de celles pouvant être tirées, on est vraiment loin d’un texte bon pour la biodiversité.

On est plutôt face à une révision législative qui ratte clairement sa cible, en réduisant la protection des espèces animales ce alors même que la biodiversité est au plus mal. Il est regrettable que le Parlement ait succombé au lobbyisme de quelques élus valaisans ou grisonnais, soucieux de défendre quelques intérêts particuliers via des solutions simplistes, plutôt que de rechercher de réels remèdes durables à la cohabitation entre grands prédateurs et activités agricoles en montagne.

Il est donc urgent de renvoyer la copie aux Chambres, afin qu’elles préparent un texte répondant aux réels enjeux de la protection des mammifères et des oiseaux sauvages.

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi

Alberto Mocchi est président des Verts vaudois et conseiller Municipal (exécutif) de la commune de Daillens, dans le Gros de Vaud. À travers son blog, il souhaite participer au débat sur les inévitables évolutions de notre société à l'heure de l'urgence écologique.

9 réponses à “Révision de la loi sur la chasse : tout sauf bonne pour l’environnement

    1. Hello !
      Je ne connais pas en détail les tenants et aboutissants d’un tel accueil, mais intuitivement je dirais clairement pour. C’est une jolie fête populaire, il y a des retombées intéressantes pour les petits commerces locaux (notamment cafés/restaurants et hôtels) et ça promeut le vélo. J’avoue ne pas trop comprendre la réticence de certains maires écologistes français à cet égard…

  1. “Cela parait très bien, mais quand on s’y penche de plus près, on s’aperçoit que les colverts, les morillons et les sarcelles d’hiver, les trois espèces pouvant continuer à être canardées, représentent 98% des palmipèdes tirés.”

    Affirmation sans aucune valeur dans la mesure où, sans les chiffres absolus, le pourcentage ne signifie rien, même s’il est juste. Pour donner un exemple simple : s’il y a 100 palmipèdes tirés en chiffre absolu en Suisse chaque année et que 98 sont des canards, alors je ne vois pas le problème si la population de canards se chiffre en centaines de milliers ou en millions. A l’inverse, ce sera hautement problématique si les 2 autres palmipèdes constituent le dernier couple reproductif de leur espèce en Suisse.

    “La période de la chasse à la bécasse est réduite de trois à deux mois par année, ce qui peut paraître là encore une avancée dans la protection de cette espèce menacée. Sauf que 96% des effectifs abattus en Suisse chaque année le sont en octobre et novembre, les deux mois qui resteraient ouverts à cette chasse…”

    Là on pourrait penser que ça va mieux d’un point de vue statistique. J’ai le sentiment que c’est le cas, mais mon esprit critique ne peut s’empêcher d’envisager que ce soit durant le mois qui ne serait plus ouvert à la chasse les palmipèdes les plus rares sont chassés.

    Je suis très carré sur l’usage des statistiques (surtout par des politiciens et autres personnes qui souhaitent présider à la destinée du plus grand nombre) car c’est face à elles qu’il est selon moi le plus difficile de conserver son esprit critique. On prémâche le travail du destinataire du message en lui fournissant un chiffre à la consonance puissante, qui impressionne, qui a un effet scoop (rendez-vous compte ! 98% ! comme les 95% des daltoniens qui voient les bananes en bleu…). Il faut vraiment faire l’effort d’aller plus loin et bien souvent, comme c’est le cas ici, nous ne disposons pas des chiffres absolus qui ont servi à calculer les statistiques. Et donc il est impossible d’accorder de la crédibilité à l’article en fin de compte et faire confiance à son auteur.

    1. “mais mon esprit critique ne peut s’empêcher d’envisager que ce soit durant le mois qui ne serait plus ouvert à la chasse les palmipèdes les plus rares sont chassés.”

      Vous commencez avec une grande thèse sur l’esprit de la statistique, puis finissez avec une intuition gratuite! Ne serait-ce pas vous qui manquez de sérieux?

      Pour info, la bécasse des bois n’est pas un palmipède!

      1. En quoi est-ce que mes mots que vous citez consistent en une intuition ? Toute pensée n’est pas une intuition à ce que je sache.

        J’entrevois une explication rationnelle qui permettrait de justifier la fermeture de la chasse durant un mois (sur trois) d’une autre façon que ne le présente l’auteur du billet.
        – Pour lui, et c’est là mon interprétation de son texte, il est fallacieux de prétendre que le projet législatif soit une réelle avancée puisque durant le mois de fermeture de la chasse qu’on vante, seule une toute petite partie des bêtes sont tuées. Il se fonde sur des statistiques pour soutenir son point de vue.
        – Pour moi, il se pourrait très bien (et je ne peux formuler qu’hypothèse vu que nous n’avons pas les chiffres utiles pour trancher) que la fermeture durant ce mois-là, quand bien même elle ne permettrait d’éviter qu’un tout petit nombre de proies soient chassées, soit apte à atteindre le but visé. Tel serait le cas si les espèces les plus vulnérables étaient en particulier tuées durant ce mois-là.

        Et venant de votre part, votre réflexion sur le manque de sérieux ne manque pas de m’amuser.

        1. Vous pourrez peut-être tirer des loups avec des avions de chasse.
          Pour le reste, vous savez ce que je pense des commentaires ad personam sous pseudo!!!!

          P.S. Si vous connaissez la chasse, les deux premières semaines sont toujours plus prolifixes que les deux dernières :))))

  2. Le tetra-lyre est en voie de disparition, mais il y en a encore qui survivent dans des petites zones du Jura et de Vaud. En Valais aussi, mais localement cela n’empêchera pas d’aller les canarder lors d’une chasse d’agrément après le 27 septembre.

    1. Vous confondez probablement le Tétras lyre et le Grand Tétras.
      Le Grand Tétras est “vulnérable” et donc protégé (ne peut pas être chassé). Il subsiste dans le Jura notamment vaudois mais a disparu des Alpes vaudoises et valaisannes.
      Le Tétras lyre et le Lagopède sont “potentiellement menacés” et restent malheureusement dans la liste des espèces pouvant être chassées selon le projet de loi. Ils se trouvent dans les Alpes mais pas dans le Jura.

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