Carnet de campagne épisode 4 : alea jacta est

Dans 48 heures environ, nous connaîtrons la composition du Conseil national pour les quatre prochaines années. La campagne électorale s’achève – en tout cas pour ce qui est du premier tour – ce weekend, et au moment de franchir le Rubicon il est temps d’en tirer un bilan.

Le principal constat – subjectif comme tous les autres d’ailleurs – que je fais est celui du caractère relativement paisible de cette campagne, qui en tout cas en terres vaudoises a été marquée par l’absence d’agressivité entre partis ou candidat-e-s. Il y a certes eu quelques tentatives, notamment de la part de l’UDC, de faire de l’ “écolo bashing” en brandissant le spectre de taxes et autres limitations des libertés individuelles qui pendraient au nez de notre pays en cas de concrétisation de la “Vague verte”, mais cela n’a pas vraiment pris dans le débat public ou médiatique. On est bien loin du caractère tendu et des attaques personnelles qui ont marqué les dernières campagnes, et c’est tant mieux. D’aucuns semblent avoir compris que les prises de bec et accusations ad personam ne font pas partie de la culture politique suisse, et sont plus contre-productives qu’autre chose…

Ce constat est cependant à tempérer pour ce qui est des réseaux sociaux, où je suis toujours abasourdi par la virulence de certains propos. Beaucoup de personnes semblent oublier que ce qui s’écrit sur facebook est public, et que comme on ne traite pas de tous les noms quelqu’un – même s’il nous insupporte fortement – dans la rue, on devrait éviter de le faire par commentaires informatiques.

Cette paisibilité cache également une certaine absence de grands débats. Bien sûr, on a parlé – beaucoup – de climat, – un peu – d’assurances maladie ou d’égalité hommes-femmes, mais les débats ont eu de la peine à décoller, et on a rarement dépassé les slogans pour entrer dans un débat de fond sur les grands changements de société qui doivent être amorcés ces quatre prochaines années.

Plus généralement, une campagne électorale est l’occasion de sillonner son canton, de faire des rencontres, de discuter et essayer de comprendre des personnes d’horizons divers et souvent éloignés des nôtres. Une campagne électorale demande du temps, de l’énergie, un certain sang froid par moments et surtout un estomac solide, capable de carburer au chasselas et aux ramequins pendant deux mois. C’est une jolie expérience humaine, que je suis ravi d’avoir vécu aux côtés des 378 autres candidates et candidats qui briguent l’un des 19 sièges vaudois, et ce, quel que soit le verdict des urnes dimanche sur le coup de midi.

La protection de la biodiversité, autre grand enjeu environnemental des élections fédérales

Quand on parle d’environnement dernièrement, c’est tout naturellement le réchauffement climatique qui vient à l’esprit. Il ne passe un jour sans que l’on n’évoque dans les médias un record de température battu, un rapport alarmant du GIEC ou le coming-out climatique d’un parti ou d’un-e candidat-e aux élections fédérales. C’est là une excellente chose, tant l’accroissement de la quantité de CO2 dans notre atmosphère menace à moyen terme notre qualité de vie. Il ne faudrait par contre pas que cet engouement légitime et plus ou moins sincère pour le climat éclipse une autre grande urgence environnementale, celle liée à la biodiversité.

Ce n’est pas qu’en Amazonie ou dans la jungle de Bornéo que les espèces animales et végétales disparaissent à une vitesse affolante. Chez nous aussi, la biodiversité se porte mal, et  on estime qu’un tiers des espèces présentes en Suisse et la moitié de leurs habitats sont en danger dans notre pays. La vitesse de cette perte de diversité donne le tournis, et des espèces encore courantes il y a une vingtaine d’années ont vu leurs effectifs fondre comme neige au soleil. Même des animaux que l’on pourrait croire tout à fait communs, et que l’on avait l’habitude de croiser dans les jardins, sont menacés. Ainsi, la population de hérissons a chuté dans de nombreuses régions, et s’il n’existe pas encore de chiffres précis quant à l’évolution de leur population sur l’ensemble du territoire suisse, ceux anglais ou français font froid dans le dos : deux tiers des hérissons auraient disparu de l’Hexagone ces 30 dernières années, un tiers de l’autre côté de la Manche en 20 ans…

Les responsables de cette hécatombe qui touche un nombre toujours plus important d’espèces sont bien connus et identifiés : l’étalement urbain qui fragmente les territoires et complexifie les déplacements, la destruction de milieux naturels, l’utilisation de certains produits phytosanitaires ou encore l’arrivée de certaines espèces invasives.

Si ce sont les activités humaines qui sont les principales responsables de cette situation préoccupante, c’est aussi par l’action humaine que nous pouvons y remédier et protéger – voire même développer – la biodiversité dans notre pays.

Pour cela, il faut une fois encore passer de la parole aux actes (vous ne trouverez à priori pas un-e élu-e se disant “contraire à la biodiversité”, mais lorsqu’il s’agit de voter des crédits ou des lois qui lui sont vraiment favorables, il y a soudainement moins de monde) en appliquant par exemple rapidement et de manière ambitieuse la “Stratégie biodiversité” que le Conseil Fédéral a adopté en 2017 suite à une proposition de l’élue écologiste Adèle Thorens.

Il s’agit aussi et surtout de revoir notre aménagement du territoire pour mieux y intégrer ces questions, de soutenir notre monde agricole dans la transition vers une utilisation toujours plus faible de produits chimiques et d’allouer de prendre en compte les intérêts de la Nature au sens large dans toutes les politiques publiques.

La protection de la biodiversité doit être un dossier prioritaire de la prochaine législature aux Chambres Fédérales,  car là aussi, il y a urgence !

Bon pour l’environnement, vraiment ?

Il y a quelques jours, lors d’une séance dans une administration, on m’a proposé un café. Comme il était tôt et que j’avais bien besoin d’un peu de caféine, j’ai accepté avec plaisir. On m’a donc amené le breuvage noirâtre dans un gobelet en carton, et la personne qui me l’a tendu a jugé bon de me dire  “ça va te faire plaisir, c’est une tasse écolo”.

Intrigué par ces propos, j’ai regardé de plus près le récipient, sur lequel était en effet inscrit en lettres capitales ” LOVE NATURE” avec deux feuilles en guise de “V”. Un petit texte nous apprenait quant à lui sobrement que “je participe à la protection de l’environnement en ménageant les ressources”. Cet épisode peut paraître à prime abord sans grande importance, et des dizaines de milliers de cafés plus ou moins tièdes ou sucrés sont bus chaque jour dans de tels petits gobelets. Il est pourtant révélateur d’une tendance lourde de nos sociétés, celle du “green washing” plus ou moins conscient et délibéré, et des “gestes pour l’environnement” qui n’en sont en fait pas du tout…

Il y a encore dix ans en arrière, on buvait son café presque exclusivement dans des tasses en porcelaine que l’on lavait ensuite, afin de pouvoir les réutiliser le lendemain. Les bars, kiosques, boulangeries et autres vendeurs de petits noirs de proposaient pas de cafés à l’emporter, et on ne s’en portait pas plus mal… Les milliers de cafés qui sont bus quotidiennement dans ces gobelets en carton ou en plastique symboles d’un “progrès” tout relatif génèrent des quantités importantes de déchets. On parle ainsi par exemple de 250 tasses jetables par an et par habitant du Québec, soit dix kilos de déchets.

Avec ce gobelet “écolo” et prétendument fabriqué avec un faible impact sur l’environnement, on se fiche donc de nous, en faisant passer un acte très franchement non indispensable et polluant pour quelque chose de bon pour l’environnement. Si on veut réduire son impact sur ce dernier, on n’utilise pas des gobelets jetables et on boit son café dans une tasse réutilisable, qu’on lave ( si possible en évitant de gaspiller trop d’eau chaude) et qu’on remplit à nouveau quand le manque de caféine se fait sentir.

Cet exemple certes anecdotique peut être transposé à bien d’autres réalités, et nous met en garde contre une propension bien réelle à faire de la prétendue écologie un argument de vente.

Le nécessaire changement de paradigme pour une société plus respectueuse de l’environnement passera entre autres par la modification de certaines de nos habitudes et le retour à des pratiques d’antan, plutôt que par le dessin de coeurs verts sur des aberrations environnementales…

Initiative “Pour des soins infirmiers forts” : une lueur d’espoir

Souvenez-vous : le 7 novembre 2017, après seulement 10 mois de récolte de signatures, l’Association suisse des infirmier-e-s (ASI) déposait à la Chancellerie fédérale l’initiative populaire “Pour des soins infirmiers forts”.

Récolter 120’000 signatures valables en moins d’une année relevait de l’exploit pour une association professionnelle à sa première expérience de ce type, et ce succès était le reflet d’une très forte mobilisation au sein de la profession, avec des milliers d’infirmières et infirmiers qui dans toute la Suisse avaient pris feuilles et stylos pour demander d’être mieux considérés.

En très résumé le texte de l’initiative demande à ce que la Confédération et les cantons reconnaissent à sa juste valeur l’importance des soins infirmiers, qu’ils veillent à former suffisamment d’infirmier-e-s, et à ce que les conditions de travail dans la branche soient convenables.

Alors qu’il y a un déficit annuel de plusieurs milliers de nouveaux diplômé-e-s en soins infirmiers dans notre pays par rapport aux besoins des milieux de la santé, et que près d’un-e personne sur deux détenant un diplôme en soins infirmiers ne pratique plus cette profession, ces revendications semblent tout à fait légitimes, et il paraît étonnant que les pouvoirs publics ne se soient pas saisis plus vite et de manière plus décidée de cette question.

Malgré cela, le Conseil fédéral avait annoncé en mars 2018 et en novembre de la même année qu’il rejetait cette initiative, arguant que les mesures nécessaires à améliorer les choses dans les soins infirmiers avaient déjà été prises, et  que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ce positionnement scandaleux et détaché des réalités avait bien entendu suscité une indignation légitime dans les milieux concernés.

Fort heureusement, le Parlement n’a pas fait preuve de ce même aveuglément, et la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique (CSS) du Conseil National a décidé de suivre une autre voie, celle du contre-projet indirect.

Celui-ci propose :

  • Au niveau de la formation :  de donner la compétence aux cantons de prescrire aux prestataires de soins (hôpitaux, EMS, soins à domicile etc.) le nombre de places de formation que ceux-ci doivent mettre à la disposition des étudiant-e-s en soins infirmiers. En contrepartie, la Confédération et les cantons devraient participer aux coûts non couverts des formations proposées par ces fournisseurs de prestations et améliorer les salaires versés aux étudiant-e-s pendant leurs stages.
  • Au niveau du rôle autonome infirmier : de donner la compétence aux infirmier-e-s de se passer de prescription médicale pour fournir des soins de base à la charge de l’assurance maladie obligatoire. Les titres professionnels seraient également mieux protégés.
  • Au niveau des conditions de travail dans les soins : pas grand chose, voire rien du tout. Les propositions allant dans ce sens au sein de la commission n’ont en effet pas trouvé de majorités, et c’est là tout le problème. Selon l’ASI, il ne sert en effet pas à grand chose de former davantage d’infirmières et d’infirmiers si ceux-ci quittent la profession après quelques années, épuisé-e-s par le manque de dotation, les horaires contraignants, le stress et les situations toujours plus complexes.

En résumé, ce contre-projet est un pas bienvenu dans le sens d’une meilleure prise en considération des soins infirmiers et de leur rôle indispensable dans notre système de soins. En ne proposant pas de mesures concrètes pour améliorer les conditions de travail dans les soins, il rate par contre une partie importante de la cible. C’est en effet avant tout la que le bat blesse, et les demandes légitimes du personnel infirmier, qui est passionné par sa profession mais souhaite pouvoir l’exercer dans des conditions convenables, doit être mieux entendu ! Il en va de la qualité des soins, et par là de notre sécurité à toutes et tous.

C’est le nouveau Parlement fédéral, qui sortira des urnes le 20 octobre prochain, qui sera chargé d’étudier ce contre-projet et de le modifier, valider ou au contraire refuser. Espérons qu’il se montre plus à l’écoute du monde infirmier !

Inscrire la protection du climat dans la Constitution cantonale vaudoise

Je publie ici un texte initialement prévu pour la rubrique “réflexions” d’un quotidien romand. Le ton y est donc un peu différent de ce que j’écris normalement. J’espère que les lectrices et lecteurs “habitué-e-s” ne s’en offusqueront point 😉 

 

Le climat, on en parle beaucoup, trop selon d’aucuns. C’est que l’urgence est là, et les phénomènes climatiques aussi extrêmes qu’inédits qui se succèdent accélèrent une prise de conscience bienvenue. Le débat politique s’est fort heureusement déplacé des querelles pour savoir si la planète se réchauffe ou non à celles sur les mesures à prendre pour enrayer ce phénomène. On cause, on cause, mais on agit peu, et il est malheureusement possible – voire probable – que nombre de consciences environnementales révélées en campagne électorale disparaissent une fois que les citoyens auront glissé leur bulletin dans l’urne.

Le temps n’est pourtant plus aux palabres ou aux vœux pieux, mais à l’action. Nous pouvons bien entendu modifier certains de nos comportements et les rendre plus respectueux de l’environnement, mais si cela est nécessaire, ce n’est pas suffisant, et c’est aussi aux pouvoirs publics d’agir.

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Loi sur la chasse : un référendum nécessaire

La première semaine de session des Chambres fédérales a permis aux parlementaires de débattre de nombreux sujets, dont certains ont été abondamment médiatisés, et d’autres un peu moins. Parmi cette deuxième catégorie, il y a la révision de la Loi sur la chasse, qui est l’objet depuis plus d’une année d’un ping-pong entre Conseil National et Conseil des Etats, sur fond de divergences sur divers points. Le National a pratiquement terminé jeudi 12 septembre son travail de révision, ne laissant qu’une petite divergence à traiter par la commission de conciliation des deux Chambres.

À l’heure où l’on parle de baisse alarmante de la biodiversité dans notre pays, avec un tiers des espèces menacées et un appauvrissement généralisé de la diversité génétique, cette révision sonne comme un camouflet pour l’environnement !

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Et pourquoi pas un Conseil Fédéral à 9 ?

La composition du Conseil Fédéral, établie par l’article 175 alinéa 1 de notre Constitution, n’a pas évolué depuis la création de la Confédération moderne, en 1848. Il était constitué de sept membres au milieu du XIXème siècle, et ce sont toujours en 2019 sept ministres qui siègent à l’exécutif de notre pays.

Le monde a cependant passablement changé en 171 ans, il s’est complexifié, et les évolutions sociétales ont amené de nouvelles tâches à la Confédération, qui en a par ailleurs hérité un certain nombre dévolues jadis aux cantons.

Je ne crois pas mentir en disant qu’être Conseiller-e Fédéral-e aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec l’exercice de la fonction il y a 150, 100 ou même 60 ans.

Ce n’est donc pas pour rien si la  proposition de passer le nombre de nos ministres à neuf fait périodiquement parler d’elle. Dernière tentative en date, celle de la Commission des institutions politiques du Conseil National, dont la proposition avait été refusée à une courte majorité en 2016. à l’époque, les arguments mis en avant étaient avant tout ceux de la charge de travail et de la représentation des régions linguistiques. La Suisse italophone n’était en effet plus représentée au gouvernement depuis le départ de Flavio Cotti en 1998.

Pour ce qui est de “l’italianità”, les choses sont temporairement réglées depuis le 1er novembre 2017, avec l’élection du tessinois Ignazio Cassis. Reste la question centrale de la charge de travail, et de la possibilité de mener des politiques cohérentes et ambitieuses lorsqu’on est simultanément en charge par exemple du sport et de la défense, ou de la santé, de la sécurité sociale et de la culture.

À cela s’ajoute un autre argument qui a été moins mis en avant jusqu’à aujourd’hui, celui de la représentation équitable des forces politiques présentes au Parlement.

L’histoire de la composition politique du Conseil Fédéral est celle d’une lente ouverture. Composé de sept radicaux en 1848, il s’est ouvert pour la première fois à un élu catholique conservateur en 1892, rejoint par un second membre de cette formation politique en 1920. En 1930 c’est un agrarien qui fait son entrée au gouvernement, suivi en 1944 par un premier socialiste. Le PS verra sa représentation au Conseil Fédéral doublée en 1960, date de début de la fameuse “formule magique” (2 PLR, 2 PDC, 2 Socialistes et 1 UDC), que l’élection de Christophe Blocher au détriment de Ruth Metzler en 2003 viendra chambouler.

Cette ouverture progressive correspond à des réformes et événements politiques majeurs ( démission d’un Conseiller Fédéral radical en 1891 après un échec devant le peuple de la nationalisation des lignes de chemin de fer, introduction du système d’élection proportionnel en 1919 etc.) mais aussi à l’évolution du panorama politique suisse.

Si les radicaux étaient majoritaires aux Chambres au lendemain de la guerre du Sonderbund, leur force électorale s’est peu à peu érodée. Ainsi, l’élection d’un socialiste en 1944 correspond par exemple au résultat spectaculaire du PS aux élections fédérales de 1943, qui devient le premier parti du pays avec près de 30% des voix.

Aujourd’hui, le panorama politique suisse est plus fragmenté que par le passé. On retrouve une droite conservatrice, une droite libérale, un centre chrétien conservateur, un centre libéral-écologiste, une gauche social-démocrate et une gauche écologiste, plus des petites formations régionales ou “thématiques” représentées par un ou deux élu-e-s sous la coupole.

Les sondages électoraux prédisent une évolution supplémentaire de cette situation, avec un probable renforcement des deux formations écologistes le 20 octobre prochain.

On se retrouvera donc vraisemblablement avec 5 partis politiques représentant au moins 10% de l’électorat. Dans ces conditions, une représentation de la sensibilité écologiste d’une partie de l’électorat ( 16% des intentions de votes entre Verts et Vert’Libéraux) semble légitime. Elle est pourtant peu probable au vu des équilibres et forces en présence.

Une meilleure représentativité des sensibilités politiques est donc un argument supplémentaire – non déterminant mais qui amène un poids supplémentaire dans la balance – pour entamer lors de la prochaine législature une nouvelle réflexion sur nos institutions et sur une composition du Conseil Fédéral en phase avec les enjeux du XXIème siècle.

écolos et paysans, une alliance de raison ?

Les défenseurs de l’environnement, ou “écolos” comme on les appelle souvent, n’ont pas forcément la cote au sein du monde agricole. Souvent considérés comme des casse-pieds, on les accuse de ne pas vraiment connaître la nature qu’ils veulent défendre, eux qui seraient tous des citadins. Cela vaut aussi dans le domaine politique, où ce sont plutôt les partis conservateurs qui sont vus comme défendant au mieux les intérêts de la paysannerie. Le slogan “La nature est une chose bien trop importante pour la confier à des écolos“, inscrit sur un visuel partagé sur les réseaux sociaux par un agriculteur et candidat UDC au Conseil National est à ce propos symptomatique d’un discours diffus et entretenu par force clichés.

Pourtant, à y regarder de plus près, écolos et paysans ont des intérêts en bonne partie convergents, et les partis écologistes défendent des positions tout à fait favorables au monde agricole.

La volonté de privilégier en matière alimentaire le local et la qualité plutôt que la quantité sont ainsi au centre des préoccupations des Verts, qui se battent depuis toujours pour la consommation la plus écologique qui soit, celle d’aliments produits dans la région dans des conditions optimales pour les producteurs comme pour les consommateurs. Ils s’opposent par ailleurs à la concurrence déloyale que représentent des denrées importées et produites selon des standards moins regardants que ceux en vigueur en Suisse. L’initiative “Pour des aliments équitables” sur laquelle la population suisse a voté en 2018 en est un exemple parlant, et il est intéressant de relever qu’elle avait été soutenue par Prometerre, l’association défendant les intérêts des métiers de la terre dans le canton de Vaud. Même topo quant au principe du “Cassis de Dijon“, contre lequel les Verts furent plutôt seuls à se battre en 2009. Au niveau local, les élu-e-s des Verts sont par ailleurs à l’origine de nombreuses initiatives pour privilégier l’utilisation de produits locaux dans les cantines gérées par les pouvoirs publics.

L’opposition à certains accords de libre échange et leurs répercussions potentiellement désastreuses pour l’agriculture suisse sont aussi au cœur de l’action des Verts. Importer de l’huile de palme d’Indonésie ou du soja du Brésil est un non-sens écologique complet, qui risque de  sacrifier notre production agricole sur l’autel d’intérêts économiques plus puissants.

Plus généralement, c’est le rôle social, économique et environnemental majeur d’une agriculture familiale et paysanne qui tient à cœur aux Verts. L’industrialisation vécue par ce secteur dans d’autres pays, avec des domaines toujours plus grands, mécanisés et déshumanisés s’est trop souvent faite au détriment de la qualité de vie des exploitants, de la nature et du tissu social des zones rurales, sans pour autant réussir à maintenir la compétitivité face aux produits importés de l’autre bout du monde. Un prix équitable pour les matières premières agricoles, lait, betteraves sucrières ou céréales, est ainsi indispensable si on veut freiner l’hémorragie qui voit le nombre d’exploitations agricoles fondre année après année en Suisse.

Bien sûr, il y a aussi des points de désaccord entre monde agricole et protecteurs de l’environnement, mais on se focalise bien trop souvent sur ceux-ci, éludant un panorama bien plus large de convergences avérées ou possibles.

Plutôt que se regarder en chiens de faïence, au prisme de  stéréotypes trompeurs, paysans et écolos feraient bien de se parler et s’écouter davantage, car ce qui les unit semble bien plus fort que ce qui les divise.

 

Amazonie : l’action plutôt que la prière !

L’un des poumons de la planète brûle, et on nous demande de prier.

L’hashtag « #prayforAmazonia » est devenu viral sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, symbolisant le sentiment de désespoir et d’impuissance de nombreuses personnes face à une catastrophe environnementale face à laquelle on a vite fait de se sentir démunis.

Lorsqu’on a recours à la prière, c’est en effet généralement que les moyens d’action concrets sont épuisés ou inexistants, et que seule une puissance supérieure nous semble pouvoir changer le cours des événements.

Sommes-nous vraiment si démunis face à cet énorme brasier qui menace la survie à long terme de la plus grande forêt pluviale du monde ?

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Carnet de campagne épisode 3 : omniscience

Une campagne électorale ce sont des apéros, des distributions de tracts à des pendulaires pressés, des sourires à la vague connaissance qu’on évite généralement sur le quai de la gare et des… questionnaires.

De très nombreux groupes d’intérêt profitent en effet de la période précédant les élections pour demander aux candidat-e-s quelle est leur position sur des sujets de société aussi divers que variés, afin de choisir celles et ceux qui les représenteront au mieux sous la coupole fédérale.

Depuis juillet, j’ai ainsi répondu à une grosse dizaine de questionnaires en ligne, allant de la bientraitance animale à la politique de la santé, en passant par le soutien aux musicien-ne-s, les OGM ou la liberté sur internet.

Il s’agit d’un exercice d’introspection intéressant, qui pousse chaque candidat-e à s’interroger sur sa position quant à tel ou tel sujet dont il n’est pas spécialiste. Il confronte surtout celui ou celle qui se présente aux élections à la complexité du travail de parlementaire, qui a plus souvent trait à des questions de virgules dans un texte de loi traitant de l’épandage des boues d’épuration qu’ à la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.

Car oui, dans un Monde toujours plus complexe et réglementé, on légifère abondamment, et il suffit de jeter un oeil à un ordre du jour d’une session des Chambres Fédérales pour se rendre compte que des questions telles que la ” souveraineté sur les données à caractère personnel dans les solutions d’administration en ligne” ou du “financement moniste des prestations de soins” sont le pain quotidien des parlementaires.

Il est donc tout à fait légitime que chaque groupe d’intérêt questionne les potentiel-le-s futur-e-s élu-e-s sur des sujets très spécifiques. L’exercice a cependant ses limites :

Il part tout d’abord de l’idée que chaque élu-e sera confronté-e à chaque sujet. Or c’est dans les commissions parlementaires que se façonnent la plupart des fois les compromis, solutions et positionnements. L’avis de quelqu’un siégeant dans la commission des transports quant aux importations parallèles de médicaments n’est ainsi bien entendu pas inintéressant, mais il ne vaut pas d’un point de vue strictement utilitariste celui d’un de ses collègues siégeant à la commission de la sécurité sociale et de la santé publique.

De plus, il ne faut pas oublier que la liberté des parlementaires est parfois relative lorsqu’il est question de votes. Si la figure du “whip” anglo-saxon, popularisée par Franck Underwood dans “House of Cards” n’existe fort heureusement pas de ce côté de l’Atlantique, il n’en reste pas moins qu’une certaine discipline de parti est de mise dans bien des groupes politiques. Surtout, les avis évoluent au fil des discussions et préparations de séance. Ce n’est pas parce qu’on a coché la case indiquant que l’on soutient l’introduction de cours de yoga en romanche pour les fonctionnaires fédéraux que l’on fera de ce sujet le combat d’une vie, allant à l’encontre de notre parti et des nombreux arguments auxquels on n’avait pas pensé au moment de remplir le questionnaire.

Au delà de ces limites, ces questionnaires permettent de différencier les candidat-e-s, mais aussi et surtout de pointer du doigt certaines grandes tendances. Ils montrent aussi qu’entre les discours et les décisions concrètes, il y a parfois des écarts certains. Les récentes conversions à l’écologie de certains partis ne se manifestent ainsi par exemple pas encore dans les positionnements de leurs candidat-e-s…

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ces questionnaires, mais je vous laisse, car j’en ai encore 4 à compléter…