Ce qui bloque le développement du solaire

La nécessité d’une transition énergétique rapide n’est plus à prouver, et tout le monde ou presque s’accorde quant au fait qu’il faut développer massivement et au plus vite les énergies renouvelables.

Pourtant, le passage de la parole aux actes s’avère laborieux, et notre pays reste à la traine en la matière.

Les énergies renouvelables hors hydraulique représentent en effet à peine plus de 5% de notre production d’électricité, et peinent à augmenter à la vitesse qui serait pourtant requise pour palier à nos besoins tout en préservant l’environnement.

Si l’énergie éolienne est fortement contestée par une partie de la population, et voit les différents projets y relatifs bloqués par des oppositions et procédures judiciaires à rallonge, le solaire jouit quant à lui d’un fort capital sympathie.

Il faut dire que ses atouts sont nombreux : facile à installer, accessible à tou-te-s ou presque et ne créant pratiquement pas de nuisances pour le voisinage. Son potentiel est par ailleurs énorme, et rien qu’en exploitant les toits de l’ensemble des bâtiments de notre pays, on pourrait couvrir 110% de nos besoins en électricité.

Pourtant, le solaire ne représente aujourd’hui qu’un petit peu plus de 4,5% de notre production d’électricité, bien loin de son potentiel.

Les raisons de ce développement par trop timide sont nombreuses, mais deux semblent à la fois particulièrement problématiques et faciles à résoudre avec un peu de bonne volonté politique :

  • Le prix de rachat : les fournisseurs d’énergie rachètent le courant photovoltaïque aux productrices et producteurs à un prix particulièrement bas : généralement environ 8cts le Kwh. Ce prix est très peu intéressant, et n’incite guère les personnes qui installent des panneaux solaires à dépasser l’optimum en matière d’autoconsommation. Résultat des courses, les toits des villas et des immeubles se couvrent certes de plus en plus de panneaux, mais pile ce dont ils ont besoin pour leur consommation, laissant beaucoup de place inexploitée. Si le prix d’achat était un peu plus élevé, les investissements seraient plus vite rentabilisés, et les surfaces installées plus conséquentes. Il semble donc essentiel que les pouvoirs publics ( qui sont bien souvent actionnaires majoritaires des entreprises de distribution d’énergie) interviennent pour garantir à qui produit de l’énergie solaire un rachat à un prix économiquement intéressant.
  • L’impossibilité de faire profiter d’autres bâtiments de l’énergie produite : le cadre légal est ainsi fait qu’il est extrêmement difficile pour un producteur privé de faire profiter d’autres bâtiments de l’énergie qu’il produit sur son toit, même s’il en est lui même propriétaire. Ainsi un paysan qui couvrirait le toit de son hangar de panneaux solaires aura toutes les peines du monde à faire profiter de l’électricité ainsi produite les villas qu’il aura construit de l’autre côté de la route. Là encore, on n’incite guère à produire davantage que ce sont on a strictement besoin, et on bride le développement de grandes installations sur les toits de bâtiments faibles consommateurs. Le cadre légal – dans ce cas au niveau fédéral – mérite d’être revu au plus vite.

Le solaire semble promis à un brillant avenir en nos contrées, mais il faut pour cela que les autorités communales, cantonales et fédérales brises les chaines qui le retiennent encore trop souvent. Dans le canton de Vaud, il s’agira d’une des tâches à saisir en priorité pour le Grand Conseil et le Conseil d’Etat qui sortiront des urnes ces prochaines semaines.

Les asperges de la colère

Février : ses journées qui se rallongent paisiblement, ses vacances de ski et ses… étals de supermarchés remplis de fraises et d’asperges !

Il est en effet depuis des années usuel de trouver des ces fruits et légumes printaniers en vente dès le milieu de l’hiver, au mépris de toute saisonnalité. On pourrait de prime abord se réjouir de trouver ces primeurs en vente à une période de l’année où le froid et la grisaille donnent des envies de vitamines et de couleurs aux consommatrices et consommateurs. Les raisons d’éviter à tout prix la vente et l’achat de ces denrées sont pourtant fort nombreuses…

Le bilan carbone tout d’abord : d’après une étude mandatée par le WWF, le bilan carbone d’un kilo d’asperges importé du Pérou en avion au mois de février est quinze fois supérieur à celui d’un kilo des mêmes légumes cultivés en pleine terre en Suisse au mois de mai. Même topo pour les fraises, avec celles cultivées dans les champs suisses dès la fin du printemps qui ont un bilan écologique bien meilleur que celles importées d’Espagne ou d’autres pays d’Europe en camion. Si on s’en tient aux seules émissions de CO2, les fraises importées des pays méditerranéens au début du printemps on un meilleur bilan que celles produites sous serre en Suisse. Morale de l’histoire :  un peu de patience fait du bien au climat…

Les conditions de travail et l’épuisement des ressources ensuite : on a toutes et tous déjà vu ces images hallucinantes de serres couvrant des dizaines de kilomètres carrés dans la région espagnole d’Almeria, donnant l’impression presque poétique d’un paysage enneigé. La réalité est bien moins bucolique, avec des fruits et légumes produits dans des conditions de travail proches de l’esclavage par des clandestin-e-s corvéables à merci. “C’est à ce prix là que vous mangez des fraises en février” aurait pu écrire Voltaire dans “Candide” s’il l’avait écrit au XXIème siècle.
Si on ajoute à cela l’épuisement hydrique et la pollution des sols de régions aux ressources en eau limitées, on obtient un cocktail explosif et fort peu ragoûtant.

La concurrence déloyale vis à vis des producteurs et productrices suisses enfin : En Suisse, la saison des fraises ou des asperges commence au mois de mai, et se prolonge pour ce qui est des petits fruits rouges jusqu’à la fin de l’été. Inonder les étals de supermarchés de ces mêmes denrées cultivées à l’autre bout du monde plusieurs mois avant, c’est faire perdre toute notion de saisonnalité aux consommatrices et consommateurs, et créer une concurrence pour le moins déloyale vis à vis de nos producteurs.
Au moment où les produits suisses arrivent dans les supermarchés, de nombreuses personnes se sont déjà lassées de ce qu’elles ont pu consommer les mois précédents, et tournent déjà leur regard vers les melons, abricots et autres fruits tout aussi importés…

Les grands groupes de distribution jouent de plus en plus – en tout cas dans leur markéting – de la durabilité. Ils proclament leur volonté de soutenir l’agriculture suisse et de réduire l’impact de leurs activités sur le climat. Si leurs propos sont sincères, il est grand temps qu’ils arrêtent d’inonder le marché de ces produits nuisibles pour le climat, l’environnement et les paysan-ne-s d’ici comme d’ailleurs. Nous avons certes toutes et tous une responsabilité en la matière, car nous pouvons boycotter ces produits et privilégier les alternatives locales et de saison. Mais Coop, Migros et les autres supermarchés pourraient s’abstenir de faire des actions sur les myrtilles, les asperges ou les fraises en plein hiver…

Un peu de patience en somme : encore une dizaine de semaines à tenir, et nous pourrons à nouveau nous régaler de bonnes fraises suisses, au bilan environnemental et social réjouissant.

 

La protection de l’environnement dans les Constitutions

Si l’actualité de ce mois de février est pour l’heure avant tout marquée par les Jeux olympiques, la crise ukrainienne ou encore les récentes décisions du Conseil Fédéral en matière de lutte contre la pandémie, deux nouvelles au sujet de modifications constitutionnelles méritent également notre attention.

Les révisions constitutionnelles ne sont à prime abord pas le sujet le plus sexy du monde… et pourtant, c’est grâce à elles que de très nombreuses avancées en matière sociale ou environnementale ont vu le jour au cours des décennies.

C’est tout particulièrement vrai dans un pays comme la Suisse, qui donne la possibilité à ses citoyennes et citoyens de modifier la Constitution fédérale ou celles cantonales via des initiatives, mais aussi dans des systèmes politiques plus rigides à cet égard.

Le 8 février dernier, le Parlement italien a ainsi inscrit dans la Constitution de ce pays divers principes en lien avec la défense de l’environnement. La protection de la biodiversité, des écosystèmes et des animaux fait désormais partie des tâches régaliennes listées à l’article 9 de la Charte fondamentale transalpine. Le texte va même plus loin, puisque l’article 41, dédié à la “liberté d’initiative économique”, stipule désormais que “les activités économiques ne peuvent se dérouler de manière à porter préjudice à la santé, à l’environnement, à la sécurité, à la liberté et à la dignité humaine.” 

Ces principes figurent depuis fort longtemps dans la Constitution suisse, qui consacre son article 74 à la protection de l’environnement, mais sont un pas en avant bienvenu en Italie, pays un peu à la traine en la matière.

Le 10 février, le Gouvernement vaudois annonçait quant à lui soutenir l’initiative déposée fin 2019 par les Vert-e-s vaudois-es, et demandant l’inscription dans la Constitution cantonale, parmi les tâches de l’Etat, la lutte contre le réchauffement climatique et la protection de la biodiversité. Le dernier mot reviendra bien entendu au peuple, mais c’est là aussi un pas important vers davantage de durabilité.

Les Constitutions fixent les grands principes généraux qui régissent un Etat, ses objectifs et ses valeurs. Y voir figurer en bonne position la question de la protection de l’environnement et de la biodiversité, tout comme la lutte contre le réchauffement climatique, est donc quelque chose de réjouissant.

Cela bien entendu pour autant que l’on passe de la parole aux actes ! L’exemple du congé maternité, inscrit dans la Constitution fédérale en 1945 mais réellement appliqué seulement 60 ans plus tard, après des discussions sans fin et toutes sortes de tentatives d’obstruction, nous montre malheureusement qu’entre les mots – soient-ils gravés dans un texte juridique – et les réalisations concrètes, il y a parfois un écart conséquent…

Qui sont vraiment les bisounours en politique?

Les campagnes électorales sont l’occasion de nombreux échanges. Certains passionnants, d’autres courtois et un peu convenus, et d’autres encore parfois un peu plus houleux.

Lors d’une récente récolte de signatures devant un supermarché d’une bourgade du Gros-de-Vaud, j’ai été pris à partie avec mes collègues par un Monsieur qui, tout en poussant son caddie, nous a traités de tous les noms. Au delà de certains propos peu sympathiques – qui comme disait le grand Georges “rigoureusement ma mère m’a interdit de nommer ici” – l’argumentation de cette brève diatribe a tourné autour du prétendu idéalisme des “bisounours” que seraient les Vert.e.s.

C’est un sujet qui revient régulièrement dans le débat politique : les écologistes qui seraient au fond de doux rêveurs déconnectés des réalités, face à celles et ceux qui, conscient-e-s de la réalité des choses, agiraient avec davantage de pragmatisme et avec ce fameux “bon sens” dont tout le monde aime à se targuer.

Ce drapeau utilisé par l’UDC Vaud dans la campagne illustre – au delà d’un amour certain pour les tubercules – à merveille ces propos. “Ancrée dans la réalité” vient ici sous-entendre que ce n’est pas forcément le cas des autres formations politiques, qui restent dans le monde des idéaux et des belles utopies impossibles à réaliser.

Si on y regarde de plus près, les utopistes ne sont cependant pas forcément ceux que l’on croit.

D’un côté on a des personnes qui ont pris conscience du réchauffement climatique et des cris d’alarme que des milliers de scientifiques poussent depuis bien des années maintenant, nous mettant en garde quant à la catastrophe qui nous attend si on agit pas de manière rapide et déterminée. De l’autre des personnes qui malgré ces avertissements et les signaux météorologiques toujours plus préoccupants ( sécheresses, inondations, tornades etc.) continent à fermer les yeux et à penser que tout ira bien.

D’un côté celles et ceux qui voient qu’une croissance infinie de l’utilisation des ressources dans un monde fini n’est pas possible, et qui veulent agir face à l’épuisement des matières premières, l’acidification des sols ou le pillage des océans. De l’autre des personnes qui telles les cigales de la fable de La Fontaine préfèrent danser tout l’été, ne se souciant guère de l’hiver s’approchant.

Bref, peu de comportements me semblent plus pragmatiques et ancrés dans la réalité que ceux qui tendent à préserver notre qualité de vie et celle des générations futures en prêtant attention à la réalité tangible des faits.

Mais surtout, “don’t look up” comme disait l’autre !

Les médias, indépendants vis-à-vis de qui ?

La campagne sur le vote du 13 février prochain concernant le “train de mesures en faveur des médias” tourne beaucoup autour d’un concept, celui d’indépendance des médias.
Selon les détracteurs de ces aides financières, l’adage selon lequel “qui paie commande” ferait courir un risque à l’impartialité médiatique, mettant ainsi à mal le fameux rôle de “quatrième pouvoir”. Un journal soutenu par les pouvoirs publics oserait-il encore critiquer ces derniers, et enquêter sur leur action ou… inaction ? Avec un brin de provocation, on pourrait se demander en suivant ce raisonnement si L’Aurore aurait publié le “J’accuse” d’Emile Zola si sa distribution postale avait été subventionnée par l’Élysée…

Je crois qu’on peut sans grande peine répondre par l’affirmative à cette question, et encore bien plus dans notre société actuelle, disposant de tant de gardes fous et d’outils pour garantir une certaine transparence. On peut  imaginer qu’une quelconque pression de pouvoirs publics sur un média finirait bien vite par être publicisée, créant un scandale bien plus important que celui qui aurait voulu être évité… Et puis soyons un peu sérieux : il s’agit d’argent dont la distribution est inscrite dans des textes légaux. Il n’est pas distribué au bon vouloir de politicien-ne-s ou de hauts fonctionnaires, mais selon des critères stricts et vérifiables.

Ces aides servent surtout à soutenir la presse et les autres médias régionaux et locaux. Le “Journal de Cossonay” ou “la Gruyère” n’ont à priori pas pour vocation de révéler de nouveaux scandales du Watergate ou d’adopter un ton agressif et polémique vis-à-vis des autorités fédérales.

Ces subventions pourraient même amener à une plus grande indépendance journalistique, les médias souhaitant montrer que malgré les subventions, ils continuent à effectuer leur travail avec sérieux et impartialité. Prenons un exemple très concret, celui de l’hebdomadaire « Lausanne Cités », distribué chaque semaine en tous-ménages dans les boîtes aux lettres de la région lausannoise. Soutenu financièrement par la ville de Lausanne via la publication toutes les deux semaines d’un « journal communal » officiel dans ses pages, il n’en garde pas moins une ligne éditoriale plutôt critique vis-à-vis de la Municipalité et plus généralement des partis de gauche aux commandes dans la capitale vaudoise. J’ai à titre personnel même l’impression que dite ligne s’est renforcée et durcie depuis que ces soutiens ont été mis en place.

Enfin, on ne peut que rappeler que les revenus publicitaires provenant d’annonceurs privés sont un risque bien plus important pour la liberté et l’impartialité de la presse. Une marque automobile continuera-t-elle à acheter des encarts publicitaires  si un journal traite abondamment d’un scandale en lien avec la sécurité de ses véhicules ? Un grand distributeur pourra-t-il menacer de retirer ses publicités sur les actions de la semaine si des articles parlent avec insistance de la manière dont il négocie les prix avec les agriculteurs ?

Le risque pour l’impartialité me semble bien plus grand dans ce cas de figure que dans une subvention aux envois de journaux par la poste.

Au vu de ce qui précède, je pense que train de mesures en faveur des médias n’est pas un risque pour leur indépendance, mais au contraire un atout, dont nous aurions tort de les priver.

 

Votation sur le soutien aux médias : le prix d’une information de qualité

Parmi les sujets soumis au vote populaire le 13 février prochain, il y en a un qui semble particulièrement important en ces temps de fake news et de remise en question perpétuelle des informations dont nous sommes bombardés via un nombre sans cesse croissant de canaux : le train de mesures de soutien à la presse, voté par le Parlement mais attaqué par un référendum.

La numérisation croissante de notre société a eu des effets importants sur beaucoup de secteurs, et les médias en font assurément partie. Les sites internet ont pris le pas sur une partie de la presse papier, sans pour autant que les journaux trouvent un modèle de financement leur permettant de remédier à la baisse des abonnements, des ventes papier, et surtout de la publicité. Les chiffres sont à cet égard extrêmement parlants :  au cours des vingt dernières années, les recettes publicitaires dans les médias papier ont diminué d’environ deux tiers, et cette dégringolade s’est accélérée récemment, puisqu’entre 2019 et 2020 ces rentrées ont été réduites de 200 millions de francs, pour un total de 730 millions environ. Parallèlement à cela, la publicité en ligne a explosé,en profitant cependant surtout aux géants du web que sont Google ou Facebook, et seulement très marginalement aux éditeurs exerçant également une activité en ligne.

Cela a eu un effet sur l’offre de médias, et c’est une septantaine de titres qui a mis la clef sous le paillasson dans notre pays ces 20 dernières années, ce qui est considérable. Ce sont avant tout les titres de la presse locale et régionale qui souffrent, et qui ont de la peine à se réinventer dans la frénésie de modernité et de perpétuels changements qui mène nos sociétés au pas de charge.

Or ces titres ont une importance capitale, notamment dans le façonnement de la vie associative et politique des régions rurales de notre pays. Ils effectuent un travail remarquable d’information, de suivi des projets menés par les autorités communales, des manifestations organisées par les sociétés locales, et sont en cela de véritables créateurs de lien social. Un-e habitant-e d’un village de 2000 habitant-e-s pourrait-il avoir accès de manière simple, vulgarisée et commentée aux décisions qui sont prises au Conseil communal, ou par l’exécutif de sa commune ? Les organisateurs d’événements de portée régionale, voire micro-locale ( soirées de sociétés locales, concerts, foires et marchés etc.) arriveraient-ils à les faire connaître au plus grand nombre ? Il est fort probable que non, ce qui est regrettable.

Il semble ainsi normal, voire souhaitable que l’Etat vienne en aide à ce secteur d’activité, comme il le fait pour de très nombreux autres. La main invisible du marché est sans doute très performante lorsqu’il s’agit de faire supplanter des activités non rentables par d’autres qui le sont davantage, en un darwinisme économique redoutablement efficace, elle l’est moins lorsqu’il s’agit de réfléchir aux conséquences sociales de tout cela.

Les 150 millions prévus dans ce paquet d’aides vont concernent profiter surtout  aux petits journaux régionaux. On est donc loin des millions tombés dans les poches des magnats zurichois de la presse, dépeints en un élan de schizophrénie par les opposant-e-s. Cet argent servira surtout à augmenter les aides pour la distribution postale des journaux, celle matinale des journaux en abonnement, ainsi qu’à des aides ciblées aux radios et télévisions locales. Pas vraiment le core business de la NZZ, vous en conviendrez.

Pour garantir une information riche, variée et s’intéressant aux petits quant aux grands faits qui sont ceux de notre société, il est indispensable de donner un coup de main financier à ce secteur si particulier et important. Si en plus cela peut se faire avec le budget courant de la Confédération, sans toucher à d’autres dépenses ni au taux d’imposition, on aurait franchement tort de s’en priver…

 

Berlusconi : le retour de la momie ?

S’il est un sujet qui occupe depuis quelques semaines les médias italiens presque autant qu’Omicron et les diverses mesures sanitaires, c’est l’élection à la Présidence de la République, qui va se jouer le 24 janvier prochain.

Le rôle de Président de la République (j’utilise le masculin dans cet article car pour l’heure cette charge n’a été exercée que par des Messieurs) est avant tout honorifique, de “garant de la Constitution”, mais son élection est source d’enjeux et de luttes de pouvoirs dignes d’un bon épisode de House of Cards.

Ce sont les articles 83 et suivants de la Constitution italienne qui en définissent le rôle, les prérogatives ainsi que le mode de scrutin. Très concrètement, pour pouvoir prétendre à ce titre il faut sans grande surprise être de nationalité italienne, et avoir plus de 50 ans.

Comme pour le Conseil Fédéral, ce sont les deux Chambres du Parlement qui constituent le corps électoral, à qui viennent s’ajouter des délégué-e-s des 20 régions italiennes, pour un total d’un petit peu plus de 1000 voix.

Au delà des aspects protocolaires  et de représentation, le Président de la République donne mandat après les élections au chef du parti les ayant remportées de créer un nouveau gouvernement, et il supervise les éventuelles négociations entre forces politiques pour créer un exécutif de coalition. Il peut aussi et surtout “dissoudre les Chambres” si une majorité n’est plus en mesure de gouverner le pays, et convoquer de nouvelles élections.

Ce rôle a été occupé depuis 1948 (date du passage de la monarchie à un système républicain) par douze personnes, ayant des profils somme toute assez similaires : haute stature morale et politique, loin des affaires de “politique politicienne” depuis quelques années et surtout au dessus des clivages partisans.

Pas tellement le profil de l’ancien Premier Ministre Silvio Berlusconi me direz-vous… Et pourtant, ce dernier est le candidat officiel des forces dites de “centre-droite” : Ligue du Nord, les néo-fascistes de  Fratelli d’Italia et son propre parti, Forza Italia. Il mène depuis des semaines une campagne très agressive, faisant du pied à des parlementaires de tous bords, allant jusqu’à les appeler un par un au téléphone.

Il n’existe probablement pas de figure plus clivante et controversée dans la politique italienne des 30 dernières années. Gaffeur à répétition ( parmi ses nombreuses sorties sexistes, racistes ou politiquement incorrectes, on peut citer celle où il avait dit à Martin Schultz, chef de file des sociaux-démocrates au Parlement européen, qu’il allait le “proposer à un metteur en scène pour le rôle de chef d’un camp de concentration“) , prévenu dans de très nombreuses affaires criminelles, allant de la connivence avec la mafia jusqu’à la prostitution de jeunes-filles mineures, on pensait qu’à 85 ans passés son étoile politique avait fini par pâlir.

Pourtant, il est toujours là, et plus déterminé que jamais !

Heureusement, d’autres noms et scénarios sont évoqués, et son élection est à ce jour tout sauf certaine. D’aucuns essaient de convaincre l’actuel Président, Sergio Mattarella, à se lancer dans un second septennat, alors que le nom de Mario Draghi, l’actuel Premier Ministre, a la cotte parmi les parlementaires de centre-gauche. Il se murmure même que le chef de la Ligue, Matteo Salvini, pourrait se laisser tenter de trahir son allié historique Berlusconi pour se forger le statut de “faiseur de Présidents” en soutenant également Draghi.

À relever également la candidature de la rockeuse Gianna Nannini, qui a notamment le mérite de mettre en exergue l’absence regrettable de femmes parmi les policien-ne-s désigné-e-s comme “papables”.

Quelle que soit l’issue de ce scrutin, il risque de créer un petit séisme politique en Italie, qui pourrait mener à la chute du gouvernement actuel, issu d’une très large coalition de partis politiques aux programmes et positionnements fort différents et parfois antinomiques.

D’ici le 24 janvier beaucoup de choses peuvent encore arriver, mais une chose est sûre : rarement une élection à la Présidence de la République italienne aura été autant commentée et disputée…

 

Centres de soins pour la faune sauvage : un travail de l’ombre inestimable

Il nous est à toutes et tous arrivé au moins une fois de voir un hérisson mal-en-point se balader l’air perdu dans un jardin en pleine journée, ou un oisillon tombé du nid piailler épeuré au pied d’un arbre. Il n’est pas toujours aisé de savoir comment réagir dans ces cas de figure… Si pour un animal domestique le réflexe serait clair et immédiat : filer chez le vétérinaire, pour la faune sauvage la question est à prime abord plus complexe.

Ces animaux ont leurs particularités, et tous les vétérinaires n’ont par ailleurs pas toujours les compétences requises pour les soigner au mieux. S’ajoute à cela qu’on a parfois tendance à penser qu’au fond “c’est la nature”, et à être moins empathiques vis à vis d’un blaireau ou d’un merle que d’un chinchilla ou d’un beagle.

Fort heureusement, notre territoire est parsemé de centre de soins pour la faune sauvage, gérés par des bénévoles, et qui font un travail incroyable en faveur des animaux blessés. Parmi les plus connus, on peut citer la Vaux-Lierre à Etoy, Le station de soins “Rita Roux”  de Fribourg, ou encore  Erminea à Chavornay, qui a fait parler de lui dans les médias cet automne, à cause des graves problèmes financiers auxquels il était confronté.

La plupart de ces centres ne peuvent en effet compter financièrement que sur la générosité de donatrices et donateurs privés, les pouvoirs publics n’intervenant – en tout cas dans le canton de Vaud – que de manière anecdotique, pour ne pas dire scandaleuse. Ce sont ainsi 20’000 francs sur un budget d’un peu plus de 10 milliards de francs qui sont alloués par l’Etat de Vaud au soutien des centres de soins pour la faune sauvage, une somme qui doit être répartie entre les quatre principales institutions. Quand on sait qu’elles ont besoin chacune de plusieurs centaines de milliers de francs par année pour pouvoir prodiguer des soins aux milliers d’animaux qui leur sont amenés, on ne peut que regretter le manque de générosité des pouvoirs publics.

Un soutien renforcé semble d’autant plus logique que le travail de ces bénévoles est complémentaire à celui effectué par l’État en matière de renaturations et de création de biotopes favorables à l’épanouissement de certaines espèces. À quoi bon par exemple soutenir des mesures visant à développer l’habitat de petits mustélidés tels que les hermines et les belettes si on ne fait ensuite rien pour venir en aide à ces trop nombreux petits mammifères victimes de toutes sortes d’accidents ?

Ce n’est un secret pour personne : les activités humaines ont un impact fort négatif sur la faune sauvage, et c’est un nombre incalculable d’animaux qui paie chaque année un lourd tribut écrasé au bord de nos routes, noyé dans nos piscines, empoisonné par nos produits phytosanitaires ou encore scalpé par nos tondeuses à gazon automatiques. Il est donc juste que l’on consacre des moyens à essayer de réparer les dégâts que nous causons, même s’il serait encore plus judicieux de remédier en amont au problème, en évitant certains comportements nocifs.

Que des personnes passionnées  mettent toute leur énergie et leur temps à disposition pour soigner au mieux les animaux sauvages, c’est quelque chose de merveilleux, mais que ces mêmes personnes doivent sans cesse se battre pour trouver de quoi subvenir aux besoins de leurs centres n’est en aucun cas acceptable au vu de la mission en faveur du bien commun qu’elles exercent !

Espérons donc que les autorités cantonales sauront se montrer plus généreuses à l’avenir avec les centres de soins pour les animaux sauvages, et que ces derniers pourront continuer à venir en aide encore longtemps à une nature qui en a grandement besoin !

D’ici là, ils devront continuer à compter sur notre générosité, alors… à vot’ bon coeur M’sieurs Dames !

“Don’t look up”, satire mordante de notre dissonance cognitive climatique

Et si une météorite de plusieurs kilomètres de diamètre menaçait d’entrer en collision avec la Terre, détruisant toutes forme de vie sur notre planète ? Quelles seraient les réactions des gouvernements, des scientifiques, des grands groupes industriels et financiers ou encore de l’opinion publique ? C’est la question que se pose – avec beaucoup d’ironie – “Don’t look up“, film tout récemment sorti dans les salles obscures et sur la plateforme Netflix.

(suite…)

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“À découper suivant les pointillés” : série chef d’oeuvre d’humanité

Si l’Italie a notamment brillé dans les années 1960 et 1970 pour ses “western spaghetti”, ses réalisations cinématographiques et télévisuelles se sont faire un peu plus discrètes ces dernières années, à l’exception notable de quelques pépites comme “La vie est belle” ou “La grande bellezza”. Je vous mets d’ailleurs au défi de citer une série télévisée italienne récente, à part bien sûr la célèbre “Gomorra”, qui a fait connaître au monde entier via Netflix la pègre napolitaine et ses agissements.

Mais ça, c’était avant… avant que Netflix ne mette en ligne un petit chef d’oeuvre d’humour, de tendresse et de profondeur existentielle : “À découper suivant les pointillés” , dessin animé réalisé par Zerocalcare, nom d’artiste de  Michele Rech, romain de 37 ans qui s’est au fil des années forgé la réputation de meilleur dessinateur italien de BD.

Dans cette brève série de 6 épisodes d’une vingtaine de minutes chacun, on suit les aventures de l’avatar du dessinateur et de ses amis dans un voyage qui les mène de Rome jusqu’au Nord de l’Italie pour quelque chose dont ils se seraient volontiers passés ( difficile d’en dire davantage sans en dire trop).

Le voyage est entrecoupé de “capsules” racontant des événements à priori anodins, mais qui amènent à chaque fois une profonde réflexion philosophique sur le sens de nos existences, et finissent par s’assembler comme autant de pièces d’un puzzle créant un tableau assez époustouflant.

Impact de nos actions et comportements sur autrui, existence ou non d’un destin immuable, manières d’appréhender les événements prévus ou imprévus qui se présentent à nous… Difficile de ne pas sortir un brin bouleversés de ce tourbillon de réflexions toujours émaillées d’un humour mordant et de dizaines de références plus ou moins savantes ou “geek” qui vous feront sourire à tous les coups.

Avec ses personnages, c’est aussi le portrait d’une génération, celle des (plus si…) jeunes nés dans les années 1980, que brosse Zerocalcare. Une génération avec ses espoirs, ses désillusions et son mode de fonctionnement si particulier, qui la rend à la fois attachante et insupportable ( je le dis d’autant plus volontiers que j’en fais partie).

Bref, si vous avez envie de passer une ou deux soirées à rire, vous émouvoir et réfléchir au sens profond de la vie, c’est sur Netflix avec “À découper suivant les pointillés” que ça se passe !