Aide aux médias : on ne sauve pas les commerces locaux en subventionnant Amazon

Alors que le peuple s’apprête à voter sur divers sujet, le suspens est à son comble concernant le paquet d’aide aux médias supposé venir au secours des titres helvétiques, mis à mal par la diminution des recettes publicitaires et du lectorat. Qu’est-ce qui se cache vraiment derrière ce titre aguicheur ? S’agit-il réellement d’une aide à tous les médias ? Pas si sûr.

Les partisans de la loi prétendent que l’aide ciblera les médias régionaux et l’information de proximité. Une telle affirmation ne correspond pas à la réalité. Environ 70% des subventions sont destinées aux grands groupes de presse, alors que ces derniers ont réalisé plus de 300 millions de francs de bénéfices en 2020.

C’est d’ailleurs bien à eux qu’est dédié ce paquet de subventions en premier lieu : alors que l’aide à la distribution concerne actuellement uniquement les petits et moyens tirages – La Liberté ou Le Temps par exemple – l’un de piliers de la réforme est d’abolir cette limite afin de soutenir les géants médiatiques. Pour 20 millions.

De même, les aides atteindront désormais largement la presse dominicale, qui appartient entièrement aux plus grands groupes, ainsi que les titre qui sont distribués tôt le matin (40 millions). C’est sans parler des 30 millions qui seront alloués aux médias en ligne, alors que le problème ici provient précisément de l’abondance des subventions de la SSR. Il est donc faux de prétendre que cette loi vise en premier à défendre la presse régionale et indépendante, chère au lectorat suisse.

Les problèmes sont ailleurs et ils sont structurels

Prenons l’exemple des petits commerces : un paquet d’aide subventionnant gracieusement Amazon et les grandes chaînes mais ne donnant que quelques miettes aux commerçants de quartier serait-il une bonne solution, au nom des quelques miettes concédées à ces derniers ? Non, évidemment. Il en va de même du paquet d’aide aux médias.

Piocher dans le porte-monnaie du contribuable pour satisfaire les actionnaires des maisons d’édition nous fera passer à côté des problèmes structurels qui grèvent la branche médiatique.

Tout d’abord, la distorsion de concurrence induite par SERAFE. Le marché de l’information sur le net est fondamentalement faussé par le milliard de subventions annuelles dont bénéficie le média public. Tant et aussi longtemps qu’il pourra publier des contenus fleuve sur le net alors que ses concurrents indépendants devront faire payer des abonnements pour accéder à un contenu similaire, il ne pourra y avoir de concurrence saine et de diversité à ce niveau.

Ensuite, la question fondamentale de la perte de lectorat, en réalité due au manque cruel de diversité de la presse. Palier le désintérêt progressif de la population pour les médias par une ouverture tout aussi progressive de la bourse publique – donc du revenu des travailleurs et du chiffre d’affaire des entrepreneurs – constitue une erreur politique inacceptable qui devrait à elle seule invalider le projet. Cela même si elle ne devait pas finir dans la poche d’actionnaires alémaniques.

Finalement, la création d’une dépendance toujours plus directe des médias envers l’Etat institue de facto une incapacité de ces derniers à pouvoir jouer réellement leur rôle de quatrième pouvoir.

On ne soigne pas une fracture avec des antidouleurs. Refusons d’entrer dans un cercle vicieux de subventions qui ne saura qu’empirer avec le temps sans résoudre les réels problèmes du paysage médiatique helvétique. Croyons en nos médias et en leur capacité d’adaptation. Osons nommer les vraies causes des maux actuels de la presse.

Tout comme le personnel des petits journaux régionaux, je glisserai un NON dans les urnes le 13 février prochain.