Non, Madame la conseillère nationale, l’avortement n’a pas été remis en cause au Parlement

Ce mercredi, la conseillère nationale Delphine Klopfenstein Broggini se faisait auteur d’un tweet aussi cinglant qu’inexact, prétendant qu’une motion votée au Conseil national visait à remettre en cause l’avortement en Suisse. Il n’en est rien.

Les politiciens font souvent l’objet de critiques acerbes de la part de certains commentateurs. On entend dire qu’ils font passer leurs intérêts avant ceux de la population, qu’ils simplifient les problématiques débattues à outrance ou encore qu’ils cherchent par tous les moyens à attirer l’attention, quitte à jouer avec la réalité des faits. A l’évidence, les derniers propos de l’élue verte de Genève leur donneront du grain à moudre.

C’est ainsi que Mme Klopfenstein Broginni a affirmé qu’il n’y a « pas qu’aux USA où l’avortement est remis en cause. En Suisse aussi », avant de se référer à une motion débattue mercredi et de s’offusquer qu’il faille « discuter de ce sujet au Conseil national en 2022 ». Evidemment, ces propos choc ont atteint l’objectif convoité : la publication a été « aimée » plus de 3’900 fois. Mission accomplie !

Le problème, c’est qu’en réalité, la motion déposée par l’élue Yvette Estermann ne remettait aucunement en cause le droit à l’avortement, mais visait à réduire le nombre d’IVG tardives par une meilleure information des femmes amenées à envisager cette option après la douzième semaine de grossesse.

Pas de remise en cause du droit à l’avortement

Loin de s’attaquer au droit de pratiquer une interruption de grossesse, l’élue se référait à un rapport de la Commission nationale d’éthique et aux lacunes de la pratique actuelle, ciblant les cas de malformation légère où de maladie de l’enfant à naître pouvant être traitées avant ou après la naissance ainsi que les cas de trisomie 21 et rappelant qu’une majorité des grossesses interrompues après la 12è semaine étaient initialement des grossesses désirées.

L’objet de la motion n’était pas de restreindre le droit reconnu aux femmes de mettre un terme à la grossesse pour les causes précitées, mais de mettre en place des améliorations des mesures d’accompagnement, telles que l’entretien avec un pédiatre ou un chirurgien pédiatrique, afin que toutes les informations sur les possibilités de traitement et sur la viabilité et la qualité de vie de l’enfant à naître ainsi que sur la possibilité de diagnostique incorrect soient transmises clairement.

La deuxième revendication de la motion étant d’établir une statistique du nombre de diagnostiques confirmés ou infirmés afin de pouvoir affiner, à l’avenir, la communication faite aux femmes concernées.

Il est politiquement plus vendeur de faire croire à la perte d’un droit

Ces mesures, on peut légitimement les soutenir ou les combattre. Madame Klopfenstein Broginni aurait pu exprimer son désaccord avec ces revendications. Elle aurait pu aussi argumenter, si tel est son avis, que la situation actuelle prévoit suffisamment de soutien, que l’accompagnement s’est déjà amélioré ou, comme Alain Berset, que la formulation de la motion ne correspond pas tant à son développement, étant donné que les mesures développées visent, in fine, à réduire le nombre d’IVG.

Cependant, pour la conseillère nationale genevoise, il n’était pas envisageable de parler du véritable objet débattu. Une grossière simplification doublée d’un renvoi au débat émotionnel (et incomparable) qui traverse les Etats-Unis assuraient un buzz bienvenu à l’approche des élections cantonales – la reconnaissance est plus grande lorsque l’on se bat – avec succès – contre la remise en cause du droit à l’avortement que contre des mesures visant à informer sur les autres options, en particulier dans les cas de grossesse désirée.

Qu’un militant lambda agisse de la sorte eut été regrettable. Qu’un journaliste engagé le fasse eut été navrant. Mais qu’une représentante du peuple cède à cet appel aussi petit que malhonnête est tout à faire déplorable.