Climat: les jeunes se mobilisent pour notre avenir à tous

Depuis quelques semaines la jeunesse de nos pays se bouge pour un droit élémentaire, celui de pouvoir connaître demain une Planète viable et vivable. Les menaces sont graves et sérieuses : déstabilisation de bases de la vie comme le climat et la biodiversité, relance de la course aux armements, augmentation des inégalités – avec des chefs d’Etat dans des pays comme le Brésil ou les Etats-Unis qui appuient sur l’accélérateur dans le mauvais sens…

Devant ces risques majeurs, le déni, le refoulement, l’ignorance ne sont plus possibles. Pour de plus en plus de jeunes, les yeux se dessillent, le consumérisme béat n’est plus acceptable, l’angoisse devient palpable, les apprentissages scolaires sont questionnés sous l’angle de leur utilité, la mobilisation devient une évidence.

Un mouvement est né, souhaitons-lui longue vie. Car si le »monde adulte» a affirmé voici un bon moment déjà les Droits des générations futures, selon la célèbre phrase attribuée à Antoine de Saint-Exupéry: «Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, mais l’empruntons à nos enfants» préfigurant l’idée de la durabilité, il appartient aux jeunes de les revendiquer comme une évidence, élémentaire, biologique, base de tous les autres droits (et devoirs !).

Mais tout mouvement social pour peser sur les événements et ne pas être un feu de paille doit se donner 1) une structure et des porte-parole et 2) une capacité de formuler des revendications concrètes. Ainsi, voici 50 ans, le mouvement des droits civiques mené par Martin Luther King aux Etats-Unis était-il focalisé sur l’égalité de droits de tous les citoyen.n.es americain.e.s, indépendamment de la couleur de leur peau. A l’inverse, des mouvements comme Occupy Wall Street ou Nuit debout se sont épuisés en vaines palabres.

Pour rassembler et durer : des objectifs concrets et significatifs
A cet égard, il me semble que les objectifs en matière climatique et de durabilité doivent être à la fois concrets, immédiatement réalisables et significatifs, c’est-à-dire à la fois emblématiques, mobilisateurs et capables de réduire la pression sur le milieu de vie.

La toile de fond est bien évidemment la contribution de la Suisse aux émissions de gaz à effet de serre (GES), mesurée en équivalents carbone, puisque le CO2 n’est pas seul en cause. Or, si les émissions de GES comme la consommation d’énergie sur le territoire suisse ont pu être à peu près plafonnées depuis 25 ans, malgré une augmentation de 25% de la population et de 45% des activités économiques (telles que mesurées par le PIB), il n’en a pas été de même des GES émis hors de Suisse en fonction de notre importation de biens et services (énergie dite grise). Ainsi l’Office fédéral de la statistique a-t-il indiqué dans une étude publiée voici une année que «les gaz émis à l’étranger (…) représentent près des deux tiers de l’empreinte totale de la Suisse». Ce même Office publie sur son site internet que : «le déséquilibre entre empreinte écologique par personne de la Suisse et la biocapacité mondiale existe depuis plusieurs décennies. Ce mode de vie est uniquement possible grâce à l’importation de ressources naturelles ainsi qu’en exploitant des biens communs globaux (comme l’atmosphère). Toutefois, ce mode de vie n’est pas durable car la consommation suisse par personne est 2,9 fois plus grande que les prestations et ressources environnementales globales disponibles par personne (…). Nous vivons donc aux dépens des générations futures et d’autres régions du globe«

C’est pourquoi l’on parle du facteur 3 : il nous faut réduire de 3 fois notre utilisation globale de ressources. Dans ce sens, quelques orientations sont aujourd’hui consensuelles parmi les experts en durabilité: contingenter l’aviation ; chauffer moins (chaque °C nécessite 7% d’énergie en plus et 50% de nos bâtiments sont encore chauffés au mazout) ; isoler mieux et généraliser les maisons positives (soit qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment) ; réduire fortement le trafic routier au profit du rail (5 fois plus efficace énergétiquement) ; relocaliser l’économie pour minimiser l’énergie grise et celle due aux déplacements ; favoriser la réparabilité, la réparation et l’entretien ; passer à l’agro-écologie et réduire la part de la viande ; prendre soin de la végétation et des forêts, grands consommateurs de gaz carbonique…

Dix engagements à la fois individuels et collectifs
Mais pour avancer, on ne peut se contenter d’orientations, il faut des actions qui les concrétisent. J’en vois dix qui peuvent à la fois être inscrites immédiatement dans nos pratiques quotidiennes et être revendiquées comme exigences pour tous.

1) Je lutte contre l’obsolescence organisée, répare ou amène à une réutilisation les objets de mon quotidien ; je n’achète que ce qui est vraiment nécessaire -> je revendique une législation qui fasse de l’économie circulaire la règle : tout déchet est une ressource au mauvais endroit !
2) Je boycotte le plastique tant que le recyclage à 100% de cette matière très peu durable dans mes mains mais persistante durant des siècles dans l’environnement n’est pas assuré –> je demande que ce principe soit inscrit dans la loi.
3) Je réduis ma consommation de viande et de produits carnés de 50% -> je demande au secteur agro-alimentaire d’aller dans le même sens.
4) Je refuse tout produit comportant de l’huile de palme ou ayant nécessité d’importer du soja, tant que ces matières proviennent de la destruction de la forêt tropicale -> je demande que la législation impose ce critère.
5) Je soutiens le développement des énergies renouvelables pour sortir de l’ère du fossile et du fissile qui assurent aujourd’hui 78% de notre consommation d’énergie et me réjouis de chaque éolienne, de chaque capteur solaire, de chaque installation valorisant la géothermie ou la chaleur de l’environnement réalisées dans les règles de l’art -> je demande la mise en œuvre de la stratégie énergétique votée par le peuple le 21 mai 2017.
6) Je privilégie les produits bio et du commerce équitable -> je demande que leur promotion soit inscrite dans les lois, les programmes de soutien et les politiques d’achat des collectivités publiques.
7) Je ne prends plus l’avion pour des distances de moins de 1000 km et refuse les véhicules surmotorisés (4×4) partout où ils ne sont pas techniquement indispensables -> je demande une législation dans ce sens.
8) Je demande que les flux financiers aillent dans le sens d’un développement durable du monde tel que défini par les Objectifs de développement durable des Nations Unies -> je veux que ces objectifs s’imposent pour tous les investisseurs privés et publics.
9) Je favorise la biodiversité locale chaque fois que je peux et m’oppose aux abattages d’arbres, de haies ou à d’autres atteintes dans mon environnement -> je demande une politique de promotion de la biodiversité à tous les niveaux
10) Je m’informe, je m’applique une éthique de l’information et combats les préjugés, les fake news, vérifie ce que j’entends avant de le répercuter -> je propage cette éthique autour de moi car la citoyenneté repose sur une pensée et une parole justes.

Voilà quelques propositions à débattre pour notre avenir commun et le vivre ensemble sur cette Terre, notre bien le plus précieux !

René Longet

René Longet

Licencié en lettres à l’Université de Genève, René Longet a mené en parallèle d’importants engagements, dans le domaine des ONG et du monde institutionnel, pour le vivre-ensemble ainsi qu'un développement durable. Passionné d’histoire et de géographie, il s’interroge sur l’étrange trajectoire de cette Humanité qui, capable du meilleur comme du pire, n’arrive pas encore bien à imaginer son destin commun.

12 réponses à “Climat: les jeunes se mobilisent pour notre avenir à tous

  1. Utile de passer de la manifestation : nous étions plus de 10’000 à Lausanne samedi. Une partie d’entre nous avait 17 ans mais pas tous loin s’en faut . De jeunes parents, de moins jeunes parents et des grands-parents.
    … à la revendication/action
    Je rajouterais une ou deux actions:
    – le désinvestissement de nos banques vers les énergies fossiles, à commencer par le charbon.
    – la mise en cause de Vale, dont le siège est à Saint-Prex dont la négligence vient de tuer plusieurs centaines de personnes au Brésil après un “incident” qui avait fait 39 morts en 2015.!

  2. Merci aux jeunes d’avoir rendu visibles leurs inquiétudes (qui est la notre également) pour l’avenir de notre planète et merci à René Longet d’avoir listé 10 mesures concrètes et applicables par chacun.
    Pour donner de la crédibilité et du poids à toute démarche, il faut être cohérent entre le discours et sa mise en pratique par l’exemple et fédérer tous les mouvements qui émergent.
    A bientôt pour les prochains actions !

  3. Bonjour René,
    Bonjour à toutes et tous,
    Quel plaisir, quel immense plaisir de lire ces recommandations, de lire ces commentaires … je n’y croyais plus! Merci à toutes et tous de vous engager pour cette planète qui ne demande qu’à vivre…
    Bien à vous

  4. C’est affligeant de constater qu’une pareille masse de jeunes gens sont capables de se laisser manipuler comme des imbéciles heureux par des spin doctors professionels travaillant avec des techniques d’agitation post modernes: réseaux sociaux, big data etc. Ce sont les mêmes techniques, aisément reconnaissables, qui ont été utilisées au service du pouvoir mondialiste pour organiser des révolutions colorées dans divers pays du monde. La technique est au point maintenant. On voit le résultat. Et tout cela à base d’un mensonge: celui du réchauffement climatique dont on nous fait croire qu’il est causé par l’homme. C’est clairement une action visant à créer un sentiment d’urgence, une panique et une sorte de fanatisme niais, pour lancer un mouvement de masse et contrebalancer la montée des “populismes” qui terrorise les grands manipulateurs qui veulent à tout prix parachever leur plan inhumain de gouvernement mondial. Le tour de piste ridicule de cette petite trisomique suédoise adoubée par les maîtres du monde à Davos, – ce qui est une preuve de l’arnaque – fait partie du même mise en scène. Il faut reconnaître la réussite de l’opération, sur le moment. Mais dans la durée ça risque d’échouer car les vrais problèmes vont ressurgir. Ca rappelle trop le mouvement “En Marche” de Macron. Avec les mêmes techniques on avait été capable de créer de toutes pièces un mouvement apparemment spontané, puis de faire élire un “président” bidon, tiré d’un chapeau, qui est simplement une marionnette et un un employé du système financier de domination. Il avait fallu accessoirement instrumentaliser la justice pour tuer politiquement le candidat le plus dangereux pour le pouvoir profond: François Fillon. La diabolisation du lepenisme (40 ans de propagande intense) a fait le reste. Le coup d’état a réussi. Macron a été élu. Mais après deux ans on s’aperçoit que ça a fait flop. Il y avait vice du consentement dans l’élection de Macron, et aujourd’hui il est haï comme aucun président avant lui. La “transition énergétique”, ruse suprême du diable, argument central de la mise en place d’un pouvoir mondial coercitif, s’est retourné contre le pouvoir, car la taxe carbone a causé un soulèvement populaire massif. La Suisse, plus riche, plus conformiste, acceptera de se laisser berner plus facilement, pendant un temps. Mais tout cet émoi est superficiel. Les mêmes gamins qui manifestent, voyagent tous les week end avec easy jet. Pour le moment je fais un pronostic. Le résultat de cette action d’envergure, qui a du coûter beaucoup d’argent et de travail en amont, pour former les équipes et préparer le déclenchement, aboutira à une poussée des verts aux élections fédérales et un tassement de l’UDC. D’autant que le viol de la constitution (art 121a) et le refus d’appliquer la volonté populaire de réguler l’immigration, a démotivé les électeurs. A quoi bon voter puis qu'”ils” n’appliquent pas les décisions du peuple? Mais il n’en reste pas moins que l’imposture supranationale se heurte en Suisse à des obstacles majeurs, surtout depuis que la base populaire a compris que le seul but de l'”accord cadre” que Bruxelles tente de nous imposer par chantage, est de supprimer la protection des salaires des Suissesses et des Suisses. Donc cet accord cadre est mort-né, grâce à Dieu. Mais il faut rester attentifs. Le plus important c’est de constater que désormais la Suisse est une cible pour les manipulations du pouvoir impérial profond et un banc d’essai pour ses méthodes. Ca c’est très inquiétant.

    1. Juste pour dire que je travaille tous les jours avec des étudiant.e.s qui ne prennent pas l’avion, ne passent pas leur temps sur leur natel et/ou sur des blogs; ils travaillent à côté de leurs études dans lesquelles ils sont par ailleurs très investis. Ils se considèrent comme faisant partie d’un biotope, n’étant ni en-dessous, ni à côté, ni au-dessus, ni au centre; mais simplement dans ce biotope. Ils accueillent la tristesse relative aux pertes qu’ils voient concrètement (un glacier perdu, est un glacier perdu) et parce qu’ils ressentent ses émotions là; ils ressentent de l’empathie pour la terre et les êtres qui la constituent. Et parce qu’ils peuvent ressentir tout cela ils ont envie que la terre survive à la présence de l’homme sur celle-ci.

    2. “La méconnaissance et le mépris ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité…” René Cassin. Vos propos et votre arrogance me désole ! Clotilde Jenny

    3. Navrée, mais personne ne nous oblige à aller manifester dans la rue. Le réchauffement climatique n’est pas un mensonge, il suffit de s’informer ne serait-ce qu’un peu. Je veux bien croire que les théories du complot soient alléchantes, puisqu’elles nous déresponsabilisent. Mais, grâce à Dieu, la jeunesse se prend en main et réfléchit.

    4. Vous me faites légèrement peur, et semblez bien loin de ma réalité… mais tant que vous êtes clair avec la votre, je vois souhaite le bonheur!
      J’ai pas compris: êtes-vous pro-productivisme? Et du coup embrouiller les pistes donne envie de baisser les bras, et le système actuel peut continuer de s’enrichir…
      Je ne regrette qu’une chose: perdre encore du temps derrière mon écran à trente-six ans…

  5. La démarche est excellente, peut-être faudrait-il créer une charte des “amis de la terre”?
    Que l’on signe sans engagement?

    Bon on sait la constance de l’humain et la valeur du papier signé, sans parler des neurasthéniques pseudo-libéraux pour qui la terre, autant que l’humain sont des marchandises, comme le “négre” de jadis et tant d’autres aujourd’hui, jusqu’à son voisin ou sa famille …!

    En tous cas, bravo a la grande Ema trois pommes autiste de lever enfin un peu le degré du débat, toujours plein de mauvaises certitudes, comme seuls les autistes le savent
    🙂

  6. Super article! C’est en faisant tous qqch qu’on laissera un monde meilleur aux futures générations… Concernant l’alimentation, je pense qu’il est cependant préférable de privilégier le local quand c’est possible ainsi que de soutenir les petits producteurs/petites entreprises qui limitent les intermédiaires inutiles plutôt que de se fier au labels (bio, fair trade, etc) car la réalité est souvent bien différente de ce qu’on aimerait nous faire croire #greenwashing ! Pour ceux que ça intéresse: https://www.youtube.com/watch?v=MlQTkfH-VCc un exemple parmi tant d’autres…!

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