2019: quel bilan pour les relations Suisse-UE?

Voilà l’année 2019 qui touche à sa fin: quel bilan tirer de ces douze derniers mois en matière de politique européenne?

Six mois de perdus

En décembre 2018, le Conseil fédéral – indécis quant au soutien à apporter ou non à l’accord institutionnel négocié avec l’Union européenne (UE) – décidait de lancer une phase de consultation pour «sonder le terrain»

Après six mois de silence de sa part et la récolte d’un grand nombre de réactions, il reconnaît en juin les qualités du texte sur la table tout en souhaitant en clarifier trois points. Le dialogue avec les partenaires sociaux – rompu après le malheureux couac de communication du conseiller fédéral Cassis en été 2018 – peine cependant à reprendre. Résultat: l’été se termine et aucune proposition concrète n’est faite à Bruxelles pour sortir de l’impasse.

Silence durant les élections fédérales

La campagne des élections fédérales ne fait que renforcer la paralysie – le sujet des relations Suisse-UE étant absent des débats, malgré son importance fondamentale. Depuis, un nouveau Parlement est entré en fonction: plus vert, plus jeune, plus progressiste et plus féminin. Difficile toutefois de savoir si cette configuration influencera positivement le dossier européen

Au niveau du gouvernement, statu quo: ce n’est donc probablement pas demain, ni en 2020, que nous retrouverons un Conseil fédéral assumant pleinement ses responsabilités et faisant preuve de leadership dans le dossier européen. Raison donc de plus de bien garder les yeux rivés sur les parlementaires et le positionnement des partis politiques.

Rien ne bouge à Bruxelles

Du côté européen? Le Parlement de Strasbourg tout comme la Commission européenne ont été renouvelés. La position des partenaires européen∙nes sur l’accord institutionnel n’a toutefois pas changé (l’interlocuteur de M. Cassis non plus). Elles et ils patientent – toujours et encore!

De nouveaux visages pour un nouvel élan?

Sur le fond, rien n’a donc changé depuis une année – nous sommes là où nous étions il y a douze mois. Le texte négocié est toujours là, inchangé. Les points contestés sont connus – ce sont les mêmes qu’en décembre 2018.

2019 a toutefois apporté un léger renouveau au niveau du personnel politique, surtout au sein des parlements. Dès lors, qu’attendre de 2020? L’accord institutionnel restera relégué au second plan encore pour quelques mois, le temps de la campagne sur l’initiative de résiliation de l’UDC. Le 17 mai prochain, jour de votation, le camp du non devra s’assurer d’un résultat clair en faveur de la libre circulation des personnes et de l’intégration européenne pour permettre, dès le lendemain, de relancer la discussion sur l’accord institutionnel et en garantir une conclusion rapide.

Souhaitons aux nouvelles et nouveaux élu∙es d’apporter l’énergie et les idées nécessaires pour un réveil européen.  Si nous ne voulons pas courir le risque d’un isolement croissant, nous devons approfondir – maintenant! – l’intégration européenne de notre pays.

Nous, Européen∙nes, avons du pain (d’épices, en ces jours de Noël) sur la planche!

Raphaël Bez

Raphaël Bez

Diplômé en science politique et en études européennes, Raphaël Bez a notamment travaillé pour Pro Infirmis Vaud, le Conseil suisse des activités de jeunesse (CSAJ) et le Département fédéral des affaires étrangères. Il a longtemps aussi été engagé au sein du mouvement scout et de diverses associations de jeunes. Raphaël Bez a rejoint le secrétariat du Nouveau mouvement européen Suisse (Nomes) en novembre 2017 et y occupe la fonction de secrétaire général depuis septembre 2018. Il est également coprésident du CSAJ.

7 réponses à “2019: quel bilan pour les relations Suisse-UE?

  1. L’erreur d’origine est d’avoir refusé d’adhérer à l’EEE en 1992, ce qui nous aurait permis d’obtenir d’un seul coup les mêmes avantages qui ont péniblement été acquis avec les bilatérales après des négociations sans fin, et qui sont sans arrêt susceptibles d’être remis en question. Bel autogoal de l’UDC contre les intérêts de notre pays!

    1. Votre erreur est de mépriser les soucis réels (et fantasmés) de vos concitoyens. Vous croyez savoir mieux; le peuple a mal voté,changeons le peuple? Mentons au peuple?

      Cela doit vous faire mal de voir les Irlandais, les Français, les Anglais, les Islandais, les Norvégiens … enfin tout ceux à qui on donne la possibilité de s’exprimer de se tromper alors que vous savez tellement mieux ce qui est meilleur pour eux…

  2. Il y a un défaut séquentiel dans l’exposition des faits, puisque le blocage est à Bruxelles et non pas à Berne, puisque le Cf a demandé des clarifications. Le Cf de prendra position après le vote sur l’initiative de l’UDC et après les réponses de Bruxelles. Très bon article qui confirme la nécessité de tenir bon sur l’indépendance de notre pays, le vôtre, la Suisse !

  3. Plutôt que d’avancer la tête haute, vous devriez baisser les yeux vers les citoyens qui courbent l’échine et dont vous semblez ignorer les problèmes et les craintes:
    https://www.lefigaro.fr/vox/monde/le-best-seller-de-david-goodart-l-indispensable-lecture-pour-comprendre-l-election-de-boris-johnson-20191220

    Mr Rochebin l’avait très bien dit à Fillon: il y a une élite qui sait et des hommes/femmes d’Etat qui se préoccupent de savoir si les manifestants d’un G8 auront effectivement accès à des toilettes… car l’avis et les préoccupations de tous doivent être pris en considération.

    Vouloir un job à Bruxelles ne devrait pas vous empêcher de voir ceux qui vous entourent et souffrent. Et, surtout, débattre plutôt que censurer ou procéder à des affirmations clivantes et non documentées…

  4. Je suis une Suissesse qui habite en Angleterre depuis 1991. Il est intéressant que dans votre article vous ne parlez pas du tout du côté négatif d’être membre de l’Union Européenne qui s’est comportée de manière extrêmement mauvaise vis-à-vis de la Grande-Bretagne et qui est en train de vivre de très mauvais moments, surtout après le départ des belles îles…. Les Anglais ont repris du poil de la bête et sont maintenant très positifs d’être sorti, enfin.

    Il semble que les jeunes politiciens ne voient pas très loin, ils ne désirent plus la liberté pour leur culture chrétienne et florissante. Ils veulent juste faire partie de ce grand mouvement globalisé qui semble pour nous, les plus âgés, semble réduire tous les pays à n’avoir plus aucune responsabilité en la donnant aux autres.

    Il semble que les politiciens qui conseillent d’attendre on bien raison, surtout après le Brexit. Il faudrait observer comment Bruxelles va se comporter et survivre, avant de vouloir rejoindre un bateau qui ne flotte pas très bien.

    Bon Courage pour vos bonnes idées néanmoins. J’aimerais ajouter que les journalistes qui parlent de la Grande-Bretagne ne voyagent pas beaucoup et restent à Londres, parlent avec d’autres journalistes de la cité et ne vont jamais questionner les vrais anglais du nord, les paysans, les ouvriers et les pêcheurs, par exemple. Londres est très à gauche et internationale, le reste du pays est magnifique et les gens aiment leur traditions et leur culture. Parfois j’ai un petit peu le souci que mon pays d’origine devient également comme Londres et oublie la culture ancienne et magnifique de la Suisse. Il serait bien dommage que la Suisse ne devienne comme “tout le monde”, juste pour des raisons économiques. Parfois il est bon de se rebeller contre cette nouvelle idée que nous sommes tous égaux et semblables. Nous ne le pouvons pas. Par example, je suis relativement âgée, d’autres sont jeunes, il faut simplement accepter les faits et ne pas voir l’Europe comme une famille, mais simplement comme un collègue de travail, peut-être? Meilleures voeux et joyeux Noël.

    1. L’Europe avance, on ne peut pas en douter. La question est effectivement celle de la direction qu’elle prend. Un monstre? Je ne pense pas: regardons les valeurs qui la sous-tendent, ses institutions, ses mécanismes et jetons de temps à autre aussi un oeil à ce qui se passe ailleurs dans le monde. A mon avis, l’Europe n’est pas un monstre et ne se trouve pas sur le chemin pour en devenir un. Mais rien n’est jamais acquis. C’est bien pour cela qu’il nous faut nous engager pour contribuer à définir l’avenir que nous souhaitons.

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