Comparis ou la malhonnêteté intellectuelle

Le site internet Comparis.ch s’immisce une nouvelle fois dans une campagne de votation, en l’occurrence celle concernant Prévoyance 2020, sur laquelle nous voterons le mois prochain. Et comme de coutume, il le fait de manière parfaitement malhonnête.

Depuis jeudi matin 17 août, le site comparis.ch propose à ses visiteurs de leur calculer l’effet de la réforme Prévoyance 2020 sur leur situation personnelle, en leur demandant simplement leur âge, sexe, revenu annuel brut et forme de prévoyance LPP. Avec ces informations, le site calcule ensuite ce que la personne va payer en plus d’ici son entrée en retraite, ainsi que ce qu’elle va toucher en plus une fois la retraite atteinte. Ce différentiel est calculé par rapport à la situation actuelle. Il est évidemment négatif pour l’essentiel des personnes.

Passons rapidement sur le fait que si le montant restant à cotiser est connu, l’espérance de vie à la retraite, elle, n’est évidemment pas fixe pour chacune et chacun d’entre nous – ce qui fait que la comparaison entre les prestations actuelles et futures est théorique, voire illusoire: le montant des prestations effectivement touchées dépendra de la date du décès de chacune et chacun d’entre nous.

Plus grave, le fait que Comparis sous-estime nettement l’espérance de vie des femmes à 65 ans, qu’il postule à 20 ans – à deux mois près un chiffre correct pour les hommes. Or, cette dernière est d’ores et déjà estimée à 22,6 ans par l’OFS: ainsi, dans son comparatif, Comparis sous-estime artificiellement les rentes des femmes d’environ 13%, ce qui constitue une première malhonnêteté – la seconde étant qu’en toute logique, on devrait appliquer aux gens l’espérance de vie qui sera la leur au moment où ils atteindront l’âge de 65 ans, une espérance de vie qui aura alors selon toute vraisemblance encore progressé, renforçant le gain effectif que les gens peuvent attendre de la réforme, et en premier lieu les femmes.

Mais la malhonnêteté majeure de la démarche réside ailleurs. En comparant les effets de la réforme Prévoyance 2020 avec la situation actuelle, Comparis fait croire à ses utilisateurs qu’il suffirait d’un non en septembre pour que les conditions actuelles de cotisation et de perception d’une rente AVS se maintiennent indéfiniment. Or, s’il y a un point sur lequel opposants et partisans de la réforme se rejoignent, c’est sur le fait que la situation actuelle est intenable: si on ne fait rien, tout le monde, à l’exception peut-être de la fraction la plus démagogique de l’extrême-gauche, s’accorde à dire que la démographie poussera l’AVS dans des déficits structurels majeurs, dépassant le milliard annuel d’ici cinq ans au maximum. Il est malhonnête, dès lors, de comparer les effets d’une réforme censée pérenniser l’AVS jusque vers 2030, à une situation actuelle qui n’est tout simplement pas tenable jusque là.

De ce point de vue-là, Comparis aurait évidemment été mieux inspiré, et en tous les cas beaucoup plus honnête, de comparer les différentes propositions de réforme entre elles: comparer, par exemple, les effets de la réforme Prévoyance 2020 avec le plan préconisé par le PLR et l’UDC, à savoir la retraite à 67 ans pour tous, la suppression de la hausse de la rente de 70.-, etc…

Mais cette comparaison-là, évidemment, Comparis ne la fait pas. Allez savoir pourquoi.

Prévoyance vieillesse 2020: dix ans de gagnés

Pour la première fois de ma vie de militant, mon parti me demande de participer à un vote général, en l’occurrence sur la prévoyance vieillesse 2020. Malgré tous les défauts inhérents à un projet de compromis, durement acquis et à un coût important pour les gens que je prétends défendre, pour moi, ce sera oui, tout de même. Pourquoi?

Pour l’essentiel, parce que ce projet nous permet de gagner dix ans, dix ans pendant lesquels, s’il est approuvé cet automne, l’âge de la retraite ne passera pas à 67 ans.

Alors certes, dix ans, ce n’est pas suffisant pour pérenniser l’AVS, tout le monde le sait – c’est d’ailleurs l’une des critiques que la droite fait au projet, elle qui aurait voulu dès maintenant un projet qui permette d’absorber l’entier des futurs rentiers du baby-boom, à un prix exorbitant pour ces derniers. C’est vrai, dans dix ans il nous faudra remettre l’ouvrage sur le métier, réformer l’AVS une fois de plus.

Un an de gagné, voire deux, pour une génération: pas si mal pour un projet de compromis

Mais tout de même. Dix ans, ce n’est pas rien: c’est par exemple ce que l’excellente démographie de la dernière décennie nous a fait gagner sur les plans de l’époque de Pascal Couchepin – rappelons-le: retraite à 66 ans dès cette année (concernant donc les personnes nées depuis 1951), puis à 67 ans dès 2024 (concernant toutes celles et tous ceux nés depuis 1957 ); en comparaison, le projet actuel garantit jusqu’autour de 2030 une retraite à 65 ans – soit pour toutes celles et tous ceux nés avant 1966. En d’autres termes et malgré l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, toutes les personnes nées dans les années cinquante ont gagné une, voire deux années de retraite.

Et c’est probablement vrai aussi pour la majorité des natifs des années 1960: si d’aventure il fallait passer par une hausse de l’âge de la retraite dans dix ans, on l’échelonnerait probablement entre 2030 et 2035. Quand on y pense, une génération entière qui gagne un an de retraite, ce n’est pas si mal pour un projet de compromis – c’est en tous cas à comparer avec ce que la droite voulait – et veut toujours, et obtiendra en cas d’échec dans les urnes cet automne: une retraite à 67 ans, dans les plus brefs délais, soit dès 2020 ou à peu près.

Le milieu du gué pour les baby-boomers

Dix ans, c’est enfin la moitié du temps qui nous sépare de 2038, à savoir l’année où la dernière cohorte du baby-boom, celle de 1973, atteindra 65 ans. C’est dire que si prévoyance vieillesse 2020 ne règle pas tout, elle nous fait tout de même parcourir la moitié du chemin que nous devons parcourir afin d’absorber la vague du baby-boom, tout en nous laissant le temps de concevoir une manière équilibrée de franchir la seconde moitié du gué. Parce que dès 2038, la pression sur le système se relâchera nettement, car la taille des cohortes postérieures au choc pétrolier de 1973 sont très nettement inférieures à celles qui précédaient. En clair: dès 2038, il y aura beaucoup moins de personnes parvenant à l’âge de la retraite que dans les années qui précèderont.

Pour cette raison, le système de prévoyance vieillesse que nous aurons en 2038 sera très probablement durable. Tout l’enjeu, c’est de le faire parvenir en bonne forme jusque là. A ce titre, la votation de septembre nous confronte à deux modèles: un modèle imparfait et non durable, mais qui nous fait parcourir un bon bout de chemin vers la pérennisation de notre système de retraites sans trop de dégâts du point de vue social et en nous laissant le temps d’inventer la suite: ça c’est en cas de oui. Ou une réforme ultra-libérale extrêmement violente qui ne réjouira que les amoureux de l’équilibre financier et produira une génération de laissés-pour-compte qui verront l’âge de la retraite passer très vite à 67 ans: ça c’est en cas de non.

Parce que ne nous leurrons pas: passé septembre, il n’y aura pas de troisième voie.

L’Hebdo meurt, et avec lui, une partie de moi-même

L'Hebdo meurt. Il a toujours fait partie de mon paysage médiatique, moi qui ai été abonné, via mes parents, puis en personne dès que j'ai pu, du premier au dernier numéro. L'Hebdo qui fut le lien avec mon pays durant les quatre années que j'ai passé au Texas, au tournant du siècle.

Une voix qui se voulait moderne, ouverte sur le monde, rétive à tous les conservatismes, quels qu'ils soient – et Dieu sait si ce pays en est perclus. Elle le fit parfois avec un côté naïvement boy-scout, et n'échappait pas toujours à la critique qui en faisait le héraut d'une élite bien-pensante. Elle en a d'ailleurs énormément souffert – moquée, vilipendée, détestée, haïe, même, pour cela. Reste que je considère un honneur d'avoir pu écrire quelques billets dans ce pilier de la presse romande qui disparaît aujourd'hui.

Je formule le souhait que le Temps, dont il se dit qu'il hérite de certains moyens dévolus à l'Hebdo, mais qui subit lui aussi une restructuration drastique de ses effectifs, puisse reprendre tout ou partie du flambeau que ce dernier aura porté entre 1981 et 2017 – à savoir, une certaine idée de la Suisse romande, cet indispensable moteur, guide et ouvreur de la Suisse tout court. Ne nous y trompons pas: avec l'Hebdo, c'est bien un pan de l'histoire des idées de ce bout de pays qui meurt.

Il aura fallu que dans la débâcle actuelle de la presse romande, ce soit précisément cette voix: celle de l'ouverture et de la modernité, celle du post-nationalisme et de l'idée européenne, qui se taise au moment précis où Donald Trump accède au pouvoir et établit la notion de "fait alternatif" (lisez: mensonge éhontément assumé et propagé comme vérité) et où le Brexit menace les fondements de la construction européenne. La portée symbolique en est forte.

Le soleil se couche sur les idées de progrès, quelles qu'elles soient. Nous vivons des temps dangereux.

UDC Vaud: faites ce que je dis, pas ce que je fais

Convaincue d'avoir enregistré en douce ses collègues lors d'une séance interne, Fabienne Despot a sauvé sa tête à la présidence de l'UDC Vaud ainsi que sur les listes pour les fédérales de cet automne, suite à un congrès extraordinaire de sa formation . Ce faisant, elle a rendu un immense service à toutes celles et tous ceux qui se battent pour une justice humaine.

Depuis quelques semaines, l'UDC Vaud nous gratifie d'un des plus beaux feuilletons de l'été qu'on ait eu à vivre ces dernières années dans ce coin de pays: sur fond de querelles d'égo et de guerres intestines, la présidente du parti Fabienne Despot a été accusée, puis a reconnu avoir enregistré ses collègues lors d'une séance interne sans les en avertir, acte pénalement répréhensible. D'abord tentée de minimiser l'affaire, l'UDC Vaud a finalement dû se résoudre, poussée notamment par ses parlementaires fédéraux, à organiser un congrès de tous les dangers pour, en somme, faire le procès de Fabienne Despot.

Or, en l'espèce, le congrès a traité la question de manière exemplaire. Il a entendu les parties, donné le droit à l'accusée du jour de se défendre et de demander la clémence et la compréhension de l'auditoire, permis à ce dernier de juger, en son âme et conscience, le pour et le contre, en considérant les tenants et aboutissants de l'affaire et des circonstances particuières l'entourant. Au final, une majorité du congrès a absous Fabienne Despot, acquittée politiquement de ses fautes, maintenue à la tête de l'UDC Vaud et sur les listes électorales de son parti pour les fédérales de cet automne. Un bien bel exercice de justice humaine, où l'énoncé du droit cohabite avec l'appréciation souveraine de la situation et de ses subtilités – et c'est très bien comme ça: c'est ainsi que toute justice respectueuse des droits fondamentaux des personnes, en premier lieu desquelles les accusées et accusés, se doit de fonctionner.

Le contraste est évidemment saisissant avec le discours de l'UDC en matière de justice: dans le domaine du droit, l'UDC ne cesse de prôner la tolérance zéro: le renvoi automatique des requérants d'asile déboutés ou l'expulsion automatique des criminels étrangers, pour ne prendre que deux exemples où elle est particulièrement vocale. L'UDC veut imposer une justice aveugle, où les procédures s'appliquent automatiquement et qui interdit aux juges et aux cours de prendre en compte les circonstances dans lesquelles un crime ou un délit a été commis. Mais qu'il s'agisse de l'un des siens ou de l'une des siennes, et comme par miracle, le discours – comme la pratique! – vient à changer du tout au tout. Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'UDC ne juge pas approprié de s'appliquer ses propres préceptes – comme disait mon père en citant le pasteur Bonzon de Payerne: faites ce que je dis, pas ce que je fais.

En définitive, l'UDC a évidemment perdu toute crédibilité lorsqu'elle réclame la tolérance zéro en matière d'actes délictueux.

En soi, c'est une excellente nouvelle.

 

L’Europe court à sa perte, la fleur au fusil

Les jours qui viennent s’annoncent cruciaux pour une Europe désormais parvenue à la croisée des chemins, au point de non-retour, et qui se retrouve là suite à l’ineptie mutuelle des acteurs de cette nouvelle crise de juillet. La Grèce et l’Union Européenne se sont désormais acculées l’une l’autre dans une situation impossible dont le continent sortira à coup sûr perdant, pour notre plus grand malheur à tous.

Dans la tragédie qui se met en place en ce début d’été, j’en veux à beaucoup de monde.

J’en veux à la Grèce, tout d’abord, parce que personne ne peut contester le fait que là où elle se trouve, elle s’y est mis toute seule. Depuis 35 ans que la Grèce est membre de l’UE, à aucun moment elle n’a voulu en profiter pour moderniser ses structures étatiques, développer un état de droit, lutter contre la corruption et le clientélisme, sortir de ses archaïsmes – aujourd’hui encore, le clientélisme de tous bords ronge la société, personne ou presque ne paie ses impôts, les couches aisées de la société encore moins que les autres, sans parler du clergé ou des armateurs. Non, la Grèce préfère profiter de son statut de membre pour dénier depuis 25 ans à un voisin cent fois plus faible qu’elle le droit à son nom et à une reconnaissance internationale complète – de ce point de vue-là, Syriza ne vaut pas mieux que les autres. Il faut se rappeler qu’en 2000 c’est bien la Grèce qui a fait le forcing pour entrer dans l’Euro contre l’avis de beaucoup. Avec le recul on ne peut s’empêcher de penser qu’elle l’a fait dans le seul but de pouvoir emprunter à bas taux des sommes qu’elle n’a jamais eu l’intention de rembourser. La Grèce aujourd’hui donne l’impression d’avoir uniquement voulu profiter du système, de manière complètement égoïste, et sans avoir jamais assumé ses responsabilités les plus élémentaires. Et maintenant, Alexis Tsipras vient la bouche en coeur se poser en victime. N'importe quoi. La Grèce n’est certes pas solidaire de l’Europe.

Pour autant, j’en veux encore plus à l’Union Européenne d’être aussi rigide et idéologique dans les choix ultralibéraux qu’elle prend depuis maintenant une vingtaine d’années, concernant la manière dont les états doivent être gérés, celle dont les services publics doivent être démantelés, privatisés, ouverts à la concurrence selon une logique aveugle, et ce sans que cela soit sanctionné par une quelconque volonté populaire : comme si cela allait de soi, au même titre que la démocratie et la liberté d’expression. Dans l’affaire grecque, en se conformant aveuglément à ces principes ineptes, la troïka – déjà, ce nom, seigneur… – impose une cure d’austérité sans précédent à la Grèce et à sa population, pour un résultat à peu près nul et qui contredit largement les prévisions de cette même troïka – comme quoi les modèles économiques ultralibéraux ne valent pas mieux que les autres. Elle a également choisi de rembourser en priorité les banques, pourtant au moins aussi largement responsables de la crise que la Grèce. On rappellera ici que pour tout emprunteur il y a quelqu'un qui prête, et qu’on ne voit pas au nom de quoi ce dernier se verrait éxonéré de ses responsabilités de prêteur – si, si, il y en a ! – en cas de défaut : or c’est exactement ce qui se passe aujourd’hui dans le cas grec. Quelles que soient ses fautes, la Grèce doit porter l’entière responsabilité de ce qui se passe, les banques, aucune. Incroyable. L’Europe n’est certes pas solidaire de la Grèce.

Mais au-delà de ça, j’en veux surtout à l’Union Européenne et à la troïka d’avoir en agissant de la sorte dévoyé le projet européen à un point tel qu’il est devenu pratiquement impossible à défendre. Je lui reproche d’être devenue l’instrument d’une idéologie néolibérale qui ne bénéficie d’aucun consensus évident dans les populations, et d’avoir ainsi fait un mal immense aux idéaux pro-européens de défense de la paix et de promotion de la prospérité – message désormais devenu complètement inaudible, malgré le succès retentissant de cette œuvre de paix que l’Europe n’aurait jamais dû cesser d’être.

Au lieu de quoi, l’Europe est désormais devenue le réceptacle de toutes les frustrations et de toutes les haines. Via la crise grecque, l’extrême-gauche est désormais rejointe par de larges pans de la gauche modérée qui n’en peut plus de soutenir les politiques néolibérales au nom de l’idéal européen – et qui désormais commencent à se dire que pas d’Europe pourrait in fine être préférable à cette Europe-là.  Pour le plus grand bonheur, évidemment, des souverainistes de tout poil – alliés à Syriza en Grèce, vous vous souvenez ? – et de l’extrême-droite, grands gagnants de l’été qui s’annonce, dont la destruction de l’Union Européenne a toujours été le projet, et qui désormais, par la faute de l’ineptie réciproque des parties en cause, est sur le point d’y parvenir.

La droite vomit la Grèce. La gauche vomit l’Europe. L’extrême-droite jubile: tout le monde saute à la gorge de tout le monde, et plus personne ne propose de compromis. Ressurgissent alors les fantômes du passé : tout ça, c’est de la faute de l’Allemagne. Comme en 1870. Comme en 1914. Comme en 1939. L’Europe court au désastre, la fleur au fusil, sans que personne, ni à gauche, ni à droite, ni au milieu, ne s’alarme des conséquences forcément catastrophiques à terme qu’aurait sur nos existences la fin du projet européen. Cela fait froid dans le dos.

Le passé n’est jamais mort. Il n’est même pas passé (William Faulkner)

Nous sommes deux millions

Fin 2013, la Suisse romande a passé en catimini le cap des deux millions d'habitants. Petit retour sur un bout de pays en pleine croissance.

Dans la frénésie de chiffres qui illustrent, depuis 2005, la croissance démographique suisse, il en est un qui est passé complètement inaperçu: celui de la population habitant la Suisse romande. Or, il apparaît, au vu de l'examen des données de la population permanente à fin 2013, publiés par l'OFS en septembre 2014, que la Suisse romande a passé la barre des deux millions d'habitants.

A l'examen des chiffres arrêtés au 31 décembre 2013, on apprend que la Suisse romande, définie comme étant les régions du pays où l'usage du français domine, comptait une population résidante permanente s'élevant à 1'995'956 personnes, auxquelles il faut encore ajouter la population romande de Bienne, estimée sur la période 2010-2012 à 15'326 personnes, soit un total romand au 31 décembre 2013 s'élevant à 2'011'282 personnes.

La comparaison avec les données de fin 2012 montre que la Suisse romande a gagné 35'155 habitants durant l'année 2013, ce qui signifie qu'en englobant les romands de Bienne, dont la population romande évolue peu, le cap des 2 millions d'habitants a probablement été franchi durant le mois de septembre 2013. Dans son acception territoriale stricte, donc sans la ville de Bienne, la Suisse Romande a passé la barre des deux millions d'habitants très tôt en 2014, durant le mois de février.

Avec ses deux millions d'habitants, la Suisse romande englobe désormais pratiquement le quart de la population totale de la Suisse (24,7%) – un chiffre en nette hausse. Et pour cause: en 2013, ce quart de pays a absorbé plus du tiers de la croissance démographique de l'ensemble: la Suisse romande abrite 35,0% des 100'571 habitants que la Suisse a gagné en 2013. De plus, cette croissance est avant tout due à un dynamisme économique hors-normes: en 2012, la Suisse romande a accueilli 37,6% de la croissance totale des emplois en Suisse. Le canton de Vaud à lui seul a gagné plus d'emplois cette année-là que le canton de Zurich, presque deux fois plus peuplé.

En année d'élections fédérales, il n'est certainement pas inutile de rappeler, particulièrement à nos compatriotes d'outre-Sarine, le poids croissant du "Welschland", la part de plus en plus importante qu'il prend dans le dynamisme du pays, l'expérience, notamment politique, qu'il porte. Qu'il est loin, le temps du misérabilisme romand des années 1980 et 1990! Nous avons de quoi être fiers de nous, de notre parcours, de notre expérience.

Car non, nous ne sommes plus ce petit bout de Suisse qui compte "un million et quelque" habitants. Nous sommes deux millions. Qu'on se le dise!

PS: On peut accéder ici à une version plus technique et plus cartographique de ce billet.

En réponse à Cesla Amarelle, le graphique de l’immigration en Suisse depuis 1860

La semaine passée, Cesla Amarelle, conseillère nationale socialiste vaudoise et spécialiste des questions d'immigration au parlement, trouvait superbe un graphique illustrant l'immigration américaine de 1829 à nos jours, et demandait si un tel travail avait été réalisé en Suisse. Certes!

La semaine passée, la Conseillère nationale Cesla Amarelle publiait le graphique suivant sur son compte twitter (@CeslaAmarelle):

Ce graphique montre les composantes de l'immigration américaine de 1829 à nos jours, illustrant le flux et le reflux du phénomène migratoire aux Etats-Unis et la grande variété de ses provenances à travers le temps – une composante largement irlandaise, puis allemande, avant une vague italienne, centre-européenne et russe (les deux dernières probablement juives) avant la fin de l'immigration libre dans les années 1920, et le retour du phénomène depuis les années 1960 sur des origines entièrement différentes: latino-américaines et asiatiques.

Dans son tweet, Cesla Amarelle demande si un tel document existe pour la Suisse. La réponse est oui, le voici: 

Il ressort de ce graphique que l'allure générale de l'immigration suisse ressemble remarquablement à celle des Etats-Unis: elle va et vient. Une première vague d'immigration se manifeste avant la première guerre mondiale, suivie par le refermement sur les espaces nationaux durant l'entre-deux guerres – en 1941, la population étrangère ne représente plus que 4% de la population totale, contre 14% en 1910. Un premier pic est atteint durant les trente glorieuses, puis l'immigration marque le pas, entre 1970 et 1990. Elle repart à la hausse durant les années 1990, au gré des crises balkaniques, et après une nouvelle pause au début des années 2000, elle atteint son niveau actuel. L'évolution est remarquable: actuellement, la Suisse est un pays d'immigration, bien plus que ne le sont cette terre d'immigrés par excellence, les Etats-Unis: depuis 1990, la population étrangère a presque doublé dans notre pays.

Il est également intéressant d'observer l'évolution de la composition nationale de la population étrangère en Suisse. Comme aux Etats-Unis, elle a profondément changé au cours du temps:

A l'origine, l'immigration étrangère en Suisse est avant tout celle des voisins: jusqu'en 1970, les pays limitrophes fournissent 90% de l'immigration. La première immigration est germanique: de 1860 à 1930, allemands, autrichiens et liechtensteinois représentent la moitié de la population immigrée; la part des français, initialement importante, n'a eu de cesse de décroître, au profit des italiens, qui deviennent les plus nombreux dans la population immigrée dès la fin de la seconde guerre mondiale, et dominent l'immigration jusqu'en 1970.

1970 marque le début de la diversification de l'immigration en Suisse: de 10% en 1970, les immigrés en provenance de "plus loin" passent à pratiquement 60% du total en 2000: espagnols d'abord, puis turcs et surtout ex-yougoslaves, et plus récemment encore les portugais viennent enrichir le paysage de l'immigration en Suisse, alors que les communautés plus anciennes s'assimilent par la naturalisation – processus visible chez les italiens dès 1970, les espagnols dès 1990, les turcs et les ex-yougoslaves depuis 2000.

2005 marque un tournant: l'entrée en vigueur des bilatérales est marquée par le retour en force des "limitrophes": la part des allemands a depuis doublé, celle des français augmente, en même temps que celle des anglo-saxons, et de plus en plus, des "autres", ces communautés très diverses de 10'000 à 20'000 personnes, et qui se multiplient: belges et néerlandais, polonais et russes, somalis et érythréens, maghrébins et brésiliens, chinois et sri-lankais – la palette des communautés qui s'implantent en Suisse ne cesse de se diversifier. Ensemble, ils représentent désormais 20% du total des immigrés, soit environ 425'000 personnes, quatre fois leur part de 1970, bien plus que toute communauté nationale.

En réponse à Cesla Amarelle, le graphique de l’immigration en Suisse depuis 1860

La semaine passée, Cesla Amarelle, conseillère nationale socialiste vaudoise et spécialiste des questions d'immigration au parlement, trouvait superbe un graphique illustrant l'immigration américaine de 1829 à nos jours, et demandait si un tel travail avait été réalisé en Suisse. Certes!

La semaine passée, la Conseillère nationale Cesla Amarelle publiait le graphique suivant sur son compte twitter (@CeslaAmarelle):

Ce graphique montre les composantes de l'immigration américaine de 1829 à nos jours, illustrant le flux et le reflux du phénomène migratoire aux Etats-Unis et la grande variété de ses provenances à travers le temps – une composante largement irlandaise, puis allemande, avant une vague italienne, centre-européenne et russe (les deux dernières probablement juives) avant la fin de l'immigration libre dans les années 1920, et le retour du phénomène depuis les années 1960 sur des origines entièrement différentes: latino-américaines et asiatiques.

Dans son tweet, Cesla Amarelle demande si un tel document existe pour la Suisse. La réponse est oui, le voici: 

Il ressort de ce graphique que l'allure générale de l'immigration suisse ressemble remarquablement à celle des Etats-Unis: elle va et vient. Une première vague d'immigration se manifeste avant la première guerre mondiale, suivie par le refermement sur les espaces nationaux durant l'entre-deux guerres – en 1941, la population étrangère ne représente plus que 4% de la population totale, contre 14% en 1910. Un premier pic est atteint durant les trente glorieuses, puis l'immigration marque le pas, entre 1970 et 1990. Elle repart à la hausse durant les années 1990, au gré des crises balkaniques, et après une nouvelle pause au début des années 2000, elle atteint son niveau actuel. L'évolution est remarquable: actuellement, la Suisse est un pays d'immigration, bien plus que ne le sont cette terre d'immigrés par excellence, les Etats-Unis: depuis 1990, la population étrangère a presque doublé dans notre pays.

Il est également intéressant d'observer l'évolution de la composition nationale de la population étrangère en Suisse. Comme aux Etats-Unis, elle a profondément changé au cours du temps:

A l'origine, l'immigration étrangère en Suisse est avant tout celle des voisins: jusqu'en 1970, les pays limitrophes fournissent 90% de l'immigration. La première immigration est germanique: de 1860 à 1930, allemands, autrichiens et liechtensteinois représentent la moitié de la population immigrée; la part des français, initialement importante, n'a eu de cesse de décroître, au profit des italiens, qui deviennent les plus nombreux dans la population immigrée dès la fin de la seconde guerre mondiale, et dominent l'immigration jusqu'en 1970.

1970 marque le début de la diversification de l'immigration en Suisse: de 10% en 1970, les immigrés en provenance de "plus loin" passent à pratiquement 60% du total en 2000: espagnols d'abord, puis turcs et surtout ex-yougoslaves, et plus récemment encore les portugais viennent enrichir le paysage de l'immigration en Suisse, alors que les communautés plus anciennes s'assimilent par la naturalisation – processus visible chez les italiens dès 1970, les espagnols dès 1990, les turcs et les ex-yougoslaves depuis 2000.

2005 marque un tournant: l'entrée en vigueur des bilatérales est marquée par le retour en force des "limitrophes": la part des allemands a depuis doublé, celle des français augmente, en même temps que celle des anglo-saxons, et de plus en plus, des "autres", ces communautés très diverses de 10'000 à 20'000 personnes, et qui se multiplient: belges et néerlandais, polonais et russes, somalis et érythréens, maghrébins et brésiliens, chinois et sri-lankais – la palette des communautés qui s'implantent en Suisse ne cesse de se diversifier. Ensemble, ils représentent désormais 20% du total des immigrés, soit environ 425'000 personnes, quatre fois leur part de 1970, bien plus que toute communauté nationale.

En réponse à Cesla Amarelle, le graphique de l’immigration en Suisse depuis 1860

La semaine passée, Cesla Amarelle, conseillère nationale socialiste vaudoise et spécialiste des questions d'immigration au parlement, trouvait superbe un graphique illustrant l'immigration américaine de 1829 à nos jours, et demandait si un tel travail avait été réalisé en Suisse. Certes!

La semaine passée, la Conseillère nationale Cesla Amarelle publiait le graphique suivant sur son compte twitter (@CeslaAmarelle):

Ce graphique montre les composantes de l'immigration américaine de 1829 à nos jours, illustrant le flux et le reflux du phénomène migratoire aux Etats-Unis et la grande variété de ses provenances à travers le temps – une composante largement irlandaise, puis allemande, avant une vague italienne, centre-européenne et russe (les deux dernières probablement juives) avant la fin de l'immigration libre dans les années 1920, et le retour du phénomène depuis les années 1960 sur des origines entièrement différentes: latino-américaines et asiatiques.

Dans son tweet, Cesla Amarelle demande si un tel document existe pour la Suisse. La réponse est oui, le voici: 

Il ressort de ce graphique que l'allure générale de l'immigration suisse ressemble remarquablement à celle des Etats-Unis: elle va et vient. Une première vague d'immigration se manifeste avant la première guerre mondiale, suivie par le refermement sur les espaces nationaux durant l'entre-deux guerres – en 1941, la population étrangère ne représente plus que 4% de la population totale, contre 14% en 1910. Un premier pic est atteint durant les trente glorieuses, puis l'immigration marque le pas, entre 1970 et 1990. Elle repart à la hausse durant les années 1990, au gré des crises balkaniques, et après une nouvelle pause au début des années 2000, elle atteint son niveau actuel. L'évolution est remarquable: actuellement, la Suisse est un pays d'immigration, bien plus que ne le sont cette terre d'immigrés par excellence, les Etats-Unis: depuis 1990, la population étrangère a presque doublé dans notre pays.

Il est également intéressant d'observer l'évolution de la composition nationale de la population étrangère en Suisse. Comme aux Etats-Unis, elle a profondément changé au cours du temps:

A l'origine, l'immigration étrangère en Suisse est avant tout celle des voisins: jusqu'en 1970, les pays limitrophes fournissent 90% de l'immigration. La première immigration est germanique: de 1860 à 1930, allemands, autrichiens et liechtensteinois représentent la moitié de la population immigrée; la part des français, initialement importante, n'a eu de cesse de décroître, au profit des italiens, qui deviennent les plus nombreux dans la population immigrée dès la fin de la seconde guerre mondiale, et dominent l'immigration jusqu'en 1970.

1970 marque le début de la diversification de l'immigration en Suisse: de 10% en 1970, les immigrés en provenance de "plus loin" passent à pratiquement 60% du total en 2000: espagnols d'abord, puis turcs et surtout ex-yougoslaves, et plus récemment encore les portugais viennent enrichir le paysage de l'immigration en Suisse, alors que les communautés plus anciennes s'assimilent par la naturalisation – processus visible chez les italiens dès 1970, les espagnols dès 1990, les turcs et les ex-yougoslaves depuis 2000.

2005 marque un tournant: l'entrée en vigueur des bilatérales est marquée par le retour en force des "limitrophes": la part des allemands a depuis doublé, celle des français augmente, en même temps que celle des anglo-saxons, et de plus en plus, des "autres", ces communautés très diverses de 10'000 à 20'000 personnes, et qui se multiplient: belges et néerlandais, polonais et russes, somalis et érythréens, maghrébins et brésiliens, chinois et sri-lankais – la palette des communautés qui s'implantent en Suisse ne cesse de se diversifier. Ensemble, ils représentent désormais 20% du total des immigrés, soit environ 425'000 personnes, quatre fois leur part de 1970, bien plus que toute communauté nationale.

De Charlie Hebdo à Via Sicura: notre tolérance très élastique au risque

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Ces trois derniers jours, dix-sept personnes ont été assassinées en France à la suite d'une série d'attaques terroristes coordonnées menées notamment contre Charlie Hebdo. L'émotion est immense: des personnalités sont mortes d'avoir dessiné et publié ce que bon leur semblait. A travers elles, c'est la liberté d'expression, valeur fondamentale de nos sociétés, qui était visée. Tout devrait donc nous porter à défendre mordicus cette liberté d'expression – et à travers elle la liberté tout court. Or, c'est le contraire qui risque de se produire: nos libertés sont en danger. Essai de réflexion.

A peine la fumée des tirs retombée, on entend à travers nos sociétés maints appels soulignant le caractère absolument inacceptable de ce qui vient de se passer, et qui visent à assurer que de tels actes ne puissent plus se reproduire dans le futur. Dans le tombereau de mesures préconisées, et pour ne s'en tenir qu'à celles qui émanent de notre pays, quelques vieilles lunes – le rétablissement de la peine de mort, comme le demande Charles Poncet, la stigmatisation d'une catégorie entière de la population, comme le fait le conseiller national UDC soleurois Walter Wobmann en demandant le refoulement à priori de tout demandeur d'asile musulman provenant de Syrie ou d'Irak, ou encore le renforcement du contrôle étatique à travers les services secrets, comme semble l'espérer Judith Mayencourt dans un édito du quotidien 24 heures de ce samedi.

Il semblerait qu'au nom de la lutte contre les dangers du terrorisme, nous soyons prêts à renoncer à certaines des garanties fondamentales que nos sociétés ont acquis de haute lutte ces derniers siècles: le droit de ne pas être exécuté par l'état, le droit de ne pas être catégorisé à priori en fonction de ses origines, le droit à la présomption d'innocence – des droits humains fondamentaux. Nos libertés ne semblent pas peser bien lourd face à la menace terroriste et à la tentation sécuritaire.

A ce titre, un parallèle me semble intéressant à faire. En Suisse, la route tue infiniment plus que le terrorisme: en comptant les 36 morts de Louxor, le terrorisme a peut-être tué une cinquantaine de Suisses ces vingt dernières années. Dans le même laps de temps, la route en a occis neuf mille, la drogue quatre mille, pour ne compter que deux "pathologies sociales" dont les morts pourraient théoriquement être évitées. En 2013 encore, 269 personnes sont mortes sur les routes suisses, soit cinq par semaine[1]. Encore faut-il préciser que ce chiffre est le résultat d'une politique déterminée de réduction des risques: imposition de la ceinture de sécurité, limitations de vitesse, lutte contre l'alcool au volant, amélioration de la qualité du réseau et de la sécurité passive des véhicules, qui a permis de diminuer de 85% le nombre de tués depuis quarante ans: en 1971 en effet, on releva 1'772 morts sur nos routes – cinq par jour! 

Face à ce bilan stellaire, la Confédération souhaite poursuivre la réduction de ces morts évitables à travers le programme Via Sicura et son objectif zéro morts. Or, la résistance à Via Sicura est vive: des pans entiers de notre société estiment qu'il va trop loin. Qu'on ne saurait restreindre encore la liberté des conducteurs de boire un petit verre avant de prendre le volant, ou les envoyer devant le juge tels des criminels à la première grosse incartade au volant, même en l'absence de conséquence grave. Soyons clairs, ce débat est absolument légitime. Nous avons le droit, en tant que société, de procéder à un arbitrage entre ce qui est souhaitable du point de vue de la sécurité de tous d'une part, et de la liberté de chacune et chacun d'autre part. Mais ce qui compte dans le cadre de ce billet, c'est que ce débat entre responsabilité collective et liberté individuelle a lieu à un niveau de risque jugé tolérable qui se situe à plusieurs morts par semaine. Dans ce domaine, nous acceptons que notre comportement collectif, ou que la somme de nos comportements individuels, aient pour conséquence un certain nombre de décès en théorie évitables. 

Nous devrions en prendre de la graine en ce qui concerne notre réaction face au terrorisme. Nos sociétés sont ouvertes et libres, et pour cette raison elles peuvent à l'occasion prêter le flanc aux attaques terroristes. Mais premièrement, aussi atroces qu'aient été les attaques de cette semaine, le risque terroriste doit être remis en perspective: nous avons infiniment plus de chances de mourir sur la route que de la main d'un terroriste. En outre, il n'est de loin pas avéré que la restriction de nos libertés permette de réduire le risque terroriste – au contraire: l'écrasante majorité des victimes du terrorisme de notre temps le sont dans des pays où les libertés ne sont pas garanties et où l'état de droit ne fonctionne pas. Une part disproportionnée de ces morts est d'ailleurs musulmane – comme quoi, en vérité, les musulmans sont bien, à tous égards, les premières victimes du terrorisme dit islamique.

Enfin et surtout, Charlie Hebdo a été attaqué cette semaine parce qu'il profitait à plein de son droit à l'expression, la France a été attaquée cette semaine parce qu'elle est la dépositaire historique des droits de l'homme et de la liberté. Il nous faut donc considérer nos libertés comme notre bien le plus cher, notre plus belle conquête, et les défendre mordicus. Nous sommes ce que nous sommes parce que nos fenêtres sont ouvertes. Face à ceux qui veulent nous les faire fermer, il nous faut nous battre pour les garder ouvertes, quitte à accepter un risque supplémentaire – parce que de fermer ces fenêtres aurait des conséquences autrement plus graves sur nos sociétés et nos libertés – l'histoire européenne nous le montre à l'envi. C'est en défendant nos libertés, face aux terroristes, mais aussi face à ceux qui veulent ici les restreindre, qu'on rendra le plus bel hommage à Cabu, Wolinski et les autres, morts d'avoir été libres.


[1] C'est la même chose en France: durant les trois jours qui ont séparé l'attaque de Charlie Hebdo de l'assaut simultané donné vendredi soir contre les trois terroristes, on estime qu'une vingtaine de personnes au moins seront décédées sur les routes françaises, contre dix-sept aux mains des terroristes.