« La magie de la rencontre » ou comment Mulhouse prévient l’extrémisme

L’échec des programmes de déradicalisation menés en France concernant l’extrémisme islamiste a été fracassant en 2017. Des subventions à hauteur de 100 millions d’euros ont été dépensé à travers différentes associations sans la moindre évaluation méthodique et avec des résultats plus que mitigés[1], à une exception près, celle de Mulhouse, jugée « réussie ».[2] Le vendredi 1 mars 2019 j’ai eu l’occasion de la visiter sur invitation du département du travail social de la HES de Zurich.

Mise en place par les autorités judiciaires locales, le programme alsacien suit une approche de proximité. Sur le plan de la procédure judiciaire, il s’agit d’une prise en charge décidée dans le cadre du jugement et donc obligatoire pour le condamné. Cependant, le juge des enfants peut enclencher le même suivi sans jugement au préalable. Le programme s’applique au même titre pour les cas de moindre gravité jugé localement comme pour les cas lourds jugé par le pôle anti-terroriste du tribunal de grande instance de Paris pour les personnes originaires de la région. En Suisse, une disposition homologue pourrait être pensée à travers les mesures de substitutions selon l’art. 237 CPP.

Sur le plan méthodologique ensuite, le programme prévoit l’attribution d’un référant de l’association APPUIS pour réaliser trois à quatre rencontres par semaine sur une durée d’au moins six mois ; la durée moyenne est de 12 mois de suivi. Pendant ce temps, un accompagnement sur mesure et en impliquant toute une série de partenaires en fonction des besoins est réalisé. Les concernés sont ainsi amenés à suivre une sensibilisation pour la déconstruction des théories du complot, un stage avec une patrouille de police pour restaurer un lien avec l’autorité[3], l’élaboration d’un projet de vie, y inclut professionnel ou encore la vérification de certaines convictions auprès d’un imam d’une mosquée locale. Ce dernier point est également important pour éviter de laisser un vide spirituel après la rupture avec l’idéologie. Dans certains cas, le programme inclut une dimension de justice restaurative, par procuration en quelque sorte, puisque les concernés ont l’occasion de rencontrer des familles de victimes de l’attentat du Bataclan. C’est « la magie de la rencontre » pour reprendre les termes des promoteurs du projet qui en est pour beaucoup dans le succès du programme. Ils ne jugent pas ce qui est pensé, mais ils veulent assurer un comportement non-violent. L’essentiel pour eux est de ne pas les laisser seul et renfermé, mais d’élaborer individuellement un projet pour chacune des personnes.

Après plus de 100 cas suivis, les résultats restent très prometteurs. Le financement est assuré moitié-moitié par le Ministère de la Justice et par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation.

[1] https://francais.rt.com/france/40855-rapport-senatorial-denonce-business-deradicalisation

[2] http://www.senat.fr/rap/r16-633/r16-633_mono.html

[3] L’effet de sensibilisation irait dans les deux sens apprend-t-on…

Pascal Gemperli

Pascal Gemperli

D’origine alémanique, Pascal Gemperli vit dans le Canton de Vaud depuis l’an 2000. Il est marié et père de 4 filles. De 2012 à 2018 il était Président, aujourd’hui Secrétaire général de l’UVAM. Il est porte-parole de la FOIS et membre de la Commission consultative du CSIS. Pascal est médiateur assermenté et membre du Conseil communal de Morges. Pour ae-Centre, il gère des projets de coopération au Maghreb.

9 réponses à “« La magie de la rencontre » ou comment Mulhouse prévient l’extrémisme

  1. Merci pour votre rapport détaillé qui apporte enfin une information concrète et actuelle sur des pratiques nouvelles prometteuses et enrichissantes pour la connaissance. Les conflits entre croyance et idéologie existent depuis la nuit des temps et sont encore bien présents et pas forcément réglés par l’application du droit des sociétés démocratiques. Nouvelles perspectives.

  2. Cher Monsieur,
    Ayant reçu la formation musulmane durant plusieurs décennies en Algérie, je prends toujours comme référence le Coran que j’ai mémorisé dans sa totalité. Pour le question de la radicalisation, comment mettre en cohérence ces versets (dont je connais l’exégèse : Tabari, Qurtubi, Ibn Kathir etc…) avec votre article ?
    Coran Sourate 4, Verset 95-96 : « Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux (sans combattre) et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier d’Allah. Allah donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense ; et Allah a mis les combattants au-dessus des non-combattants en leur accordant une rétribution immense ; des grades de supériorité de Sa part ainsi qu’un pardon et une miséricorde. »

    Coran Sourate 49, Verset 15 : « Les vrais croyants sont seulement ceux qui croient en Allah et en Son messager, qui par la suite ne doutent point et qui luttent avec leurs biens et leurs personnes dans le chemin d’Allah. Ceux-là sont les véridiques. »

    Un grand merci pour votre réponse.

    1. Bonjour,
      mon texte ne parle pas de l’exégèse ni cherche-t-il une quelconque cohérence avec des versets et de ce fait je ne vois pas très bien le lien entre votre question et mon article, veuillez reformuler votre question, merci.

      1. Cher Monsieur,
        Vous dites dans votre article : “la vérification de certaines convictions auprès d’un imam d’une mosquée locale.” Mes propos concernaient ces convictions et leur vérification par l’imam. Il m’apparaît très difficile de remettre en cause les convictions qui se basent sur des versets du Coran, exprimés comme le dit Allah, d’une manière explicite, dans une langue arabe claire. Vous trouverez sur ce document plus de détails pour la compréhension de mes propos : https://1drv.ms/b/s!Am5XygoBtRIiiEk7udqwh2yVuKcC . Il me parait difficile pour un imam qui intervient auprès d’une personne radicalisée, de changer la signification de beaucoup de versets, en particulier le verset 111 de la sourate 9 : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs âmes et leurs biens, en contrepartie Il leurs donne le Paradis. Ils doivent combattre dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran. Et qui est plus fidèle qu’Allah à son Pacte (Engagement) ? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez fait : Et c’est là une réussite suprême (un très grand succès) pour vous. » Ce verset constitue la clef de voûte du Djihad dans le Coran. Allah établit un Pacte éternel entre Lui et les croyants, et Il s’engage dans une promesse solennelle de leur garantir le Paradis. Ensuite le Coran précise les ennemis contre lesquels le fidèle doit combattre : les mécréants, les ennemis d’Allah, les musulmans hypocrites, les chrétiens et les juifs ( Sourate9 ,versets 29-30).
        En conséquence, il me parait très difficile de lutter contre la radicalisation, sans remettre en cause d’une manière claire un grand nombre de versets du Coran et de Hadiths authentiques qui figurent dans la Sunna de Mahomet. On ne peut pas se contenter de dire que les personnes radicalisées ont mal compris les textes sacrés de l’islam.
        J”aimerai beaucoup connaitre votre avis sur ces questions fondamentales.

        1. Bonjour,

          désolé pour ma réponse tardive. Vous donnez vous même la réponse à votre question. Il n’y a rien à voir entre ce que les extrémistes font sur le terrain et les versets que vous citez. Voilà donc le travail de l’imam ou autre personne compétente: démontrer les erreurs et les autre manières de voir la chose, déconstuire pour reconstuire différement.
          Mais surtout, cela est juste une petite partie du boulot. Ce ne sont pas ces versets qui radicalisent quelqu’un mais l’état émotionnel et l’absence relationnelle. La personne a besoin d’avoir des perspetives, de se sentir reconnue puis la réintérprétation des sources c’est un tout petit bout du chemin.

          1. On apprend à tous les musulmans que le Coran est la Parole incréée, éternelle, inaltérable et explicite d’Allah. On apprend également que le Coran est clair dans son sens, et ne comporte ni ambiguïté, ni contradiction : les versets sont explicites et ne peuvent pas posséder plusieurs sens :
            (Coran Sourate 4, Verset 82) : « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre qu’Allah, ils y trouveraient certes maintes divergences de compréhension et sources de désaccord (dans la signification des versets et dans leur interprétation) ! »
            (Sourate 39, Verset 27) : « Nous avons, dans ce Coran, cité pour les gens des exemples de toutes sortes afin qu’ils se souviennent. Un Coran [en langue] arabe, dénué de tortuosité (ou d’incohérence), afin qu’ils soient pieux ! »
            On apprend au musulman, qu’Allah a révélé le Coran pour l’éternité, et qu’il n’y aura jamais un changement dans le sens des versets : il ne peut y avoir deux interprétations contradictoires du Coran ;
            (S17, V77) : « Telle fut la règle appliquée par Nous à Nos messagers que nous avons envoyés avant toi. Et tu ne trouveras pas de changement en Notre règle. »
            (Sourate 48,verset 28) : «. Et tu ne trouveras jamais de changement à la règle d’Allah. »

            En conséquence, Allah ordonne d’une manière explicite de s’engager dans le Djihad, de combattre dans son chemin pour que la parole d’Allah soit la plus haute. Dans ce combat, Allah ordonne de tuer et de se faire tuer pour Lui.
            Si on veut rester cohérent et assurer vraiment la déradicalisation de ceux qui veulent s’engager dans le Djihad, pour les dissuader de combattre, de tuer et de se faire tuer conformément au prescriptions du Coran, il faudrait abroger ces versets. Il faut que les musulmans déclarent clairement et sans la moindre hésitation, que ces versets sont abrogés.
            Si on continue à enseigner ces versets en tant que Parole éternelle d’Allah, alors on leurs enseigne l’incohérence la plus totale. On leur dut une chose (il ne faut pas rejoindre les Djihadiste) et son contraire (ceux qui combattent avec les Djihadiste, occuperont les rangs les plus hauts au paradis et tous les péchés qu’il ont commis leurs seront pardonnés).
            J’aimerai beaucoup savoir la manière dont les imams gèrent ces contradictions et ces incohérences.

          2. à mon avis votre point de vue est très, très, très minoritaire et, à mon avis, faux et peu utile, je vous encourage à le reconsidérer.
            dans mes 15 ans comme musulman je n’ai jamais rencontré un/e musulman/e qui partage votre lecture de la chose.

  3. Cher Monsieur, je vous remercie pour votre réponse. Je préciserai que nous sommes de très nombreux citoyens originaires d’Algérie ou d’autres pays musulmans, qui demandons l’abrogation de toute forme de haine, de violence ou de racisme dans le Coran et la Sunna de Mahomet. Nous parlons en connaissance de cause, après avoir appris la totalité du Coran et suivi les études musulmanes.
    Je citerai ces quelques versets qui nous inadaptés à être enseignés ou récités dans les prières.
    Parce qu’ils sont associateurs, les chrétiens et les Juifs sont considérés comme les pires créatures, parce que le fait d’associer d’autres divinités au seul Allah, est considéré comme pire que le meurtre :
    (S98, V6) : « Les infidèles parmi les chrétiens et les Juifs qui ont reçu les Écritures (Torah, Psaumes et Évangile), ainsi que ceux qui parmi eux associent à Allah d’autres divinités (comme Jésus, le Fils de Dieu et le Saint Esprit) iront au feu de l’Enfer, pour y demeurer éternellement. De toute la création, ce sont eux les pires des créatures. »
    Le Coran justifie l’anéantissement des chrétiens parce qu’ils affirment que Jésus est le Fils de Dieu :
    (S9, V30) : « Les chrétiens disent : “Le Christ est fils de Dieu”. Telle est leur parole provenant de leurs bouches. Ils imitent le dire des mécréants avant eux. Qu’Allah les anéantisse ! Comment osent-ils s’écarter (de la vérité) ? »
    Les chrétiens comme les autres mécréants ne sont qu’impuretés :
    (S9, V28) : « Ô vous (musulmans) qui croyez ! (Sachez que) les associateurs (les mécréants, les juifs ou les chrétiens qui associent le Père, le Fils et le Saint-Esprit) ne sont qu’impureté ou souillures. »
    Cette définition des infidèles comme impuretés ou souillures, est soulignée par la révélation coranique qui « ajoute une souillure à leur souillure, et ils meurent dans la mécréance. » (S9, V125)
    Ces versets sont pris dans leur sens littéral. Il ne sont pas mis dans leur contexte historique, ce qui limiterait leur application dans le temps et l’espace. En Arabie saoudite, les panneaux de circulation signale l’interdiction faites aux non musulmans d’approcher les villes saintes comme La Mecque ou Médine.
    Nous menons une action pacifique pour rapprocher les communautés religieuses, encourager l’amour du prochain et demander à toutes les religions de se distancier des préceptes qui séparent les êtres humains et risque d’engendrer des problèmes dans le vivre ensemble.

  4. Cher Monsieur GEMPERLI. Quand j’ai proposé de ne plus enseigner et de considérer comme obsolescents et abrogés les versets qui appellent explicitement à la haine et à la violence, vous m’avez répondu : « à mon avis votre point de vue est très, très, très minoritaire et, à mon avis, faux et peu utile, je vous encourage à le reconsidérer. »
    Dois-je en déduire que vous considérez comme normal d’enseigner et de réciter dans les prières ces versets. Je pense que les enfants, au même titre que moi-même quand j’ai appris, mémorisé et récité ces versets, seront marqués à jamais par ces versets qu’ils considèrent comme la Parole éternelle d’Allah.
    Pour souligner l’importance et la gravité de ce sujet, je citerai quelques versets qui font du précepte « l’alliance et le désaveu » un des fondements de la foi dans l’islam.
    Les infidèles dans leur ensemble sont qualifiés de pires animaux :
    (Coran Sourate 8, Verset 55) : « Les pires bêtes, auprès d’Allah, sont ceux qui ont été mécréants et qui restent mécréants. »
    Le Coran enseigne la haine et l’inimité entre les musulmans et l’ensemble des mécréants :
    (Coran Sourate 60, Verset 4) : Certes, vous avez eu un bel exemple [à suivre] en Abraham et en ceux qui étaient avec lui, quand ils dirent à leur peuple: «Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d’Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l’inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu’à ce que vous croyiez en Allah, seul. »
    En conséquence, le Coran ordonne aux musulmans de ne pas se lier aux chrétiens et aux juifs, par l’amour ou l’amitié sincère :
    (Coran Sourate 5, Verset 51) : « Ô croyants (musulmans) ! Ne prenez pas pour amis sincères (proches par l’amour) les Juifs et les chrétiens ; ils sont amis les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes. »
    Le Coran demande au musulman d’agir avec Taqiyat :
    (Coran Sourate 3, Verset 28) : « Que les croyants ne prennent pas pour alliés ou amis des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux par la Taqiyat (mensonge légal). Allah vous met en garde à l’égard de Lui-même. »
    Au sujet de ses ennemis qui refusent l’islam comme religion, Allah prescrit :
    (Coran Sourate 60, Verset 1) : « Ô vous (musulmans) qui avez cru ! Ne prenez pas pour proches (ou amis) mon ennemi et le vôtre, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité. »
    Ces exemples montre qu’il y a dans le Coran des passages qui posent problèmes. Il est légitime d’aborder la question de ces passages en particulier quand ils sont enseignés à des enfants et des adolescents. Peut-on nier l’effet très négatif que ces passages auront sur la manière de concevoir le vivre ensemble entre les différentes communautés religieuses.
    Je vous serais reconnaissant de présenter votre avis sur ces questions fondamentales.

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