L’importance du comportement non verbal

Avez-vous déjà suivi une formation sur la communication et est-ce que lors de cette formation vous avez appris que 93% de notre communication interpersonnelle est non verbale et seulement 7% est verbal ? Ce nombre « magique » des 93% se base sur une étude dont les résultats ont été mal interprétés et généralisés de manière inacceptable. Ainsi, les personnes qui le propagent ne font que renforcer un mythe bien trop installé dans l’imaginaire collectif. Mais si c’est un mythe, quelle est véritablement l’importance du comportement non verbal dans la communication interpersonnelle ? Etant passionnée par et experte en communication non verbale, il est important pour moi de rétablir la vérité sur l’importance du comportement non verbal dans les interactions sociales.

Qu’est-ce que le comportement non verbal ?

Le comportement non verbal englobe tout comportement qui transmet de l’information sans utiliser de mots. Il peut s’agir de comportements non verbaux liés au discours (p.ex. ton de la voix, volume de la voix, hésitations dans le discours), ou non liés au discours, tels que les expressions du visage (p.ex. les émotions, le regard, le sourire, le haussement des sourcils) ou le langage du corps (p.ex. la posture, la gestuelle, les déplacements, la distance interpersonnelle). A contrario du comportement verbal dans lequel les mots sont associés à des significations prédéfinies, il n’existe pas de dictionnaire du comportement non verbal. En effet, un même comportement non verbal peut signifier différentes choses selon les circonstances. Un sourire peut indiquer qu’une personne est contente, qu’elle veut plaire à son interlocuteur, qu’elle est gênée ou encore qu’elle exprime du mépris.

Tout dépend du contexte !

Le nombre « magique » de 93% est un mythe car il n’y a pas de règle universelle indiquant l’importance du comportement non verbal dans la communication interpersonnelle. Tout dépend de la situation. Imaginez-vous un père avec son fils de 18 mois qui n’arrête pas de pleurer. Pour trouver ce qui lui arrive et comprendre comment le consoler, le père a seulement le comportement non verbal de son fils à disposition. Dans cette situation, la communication passe entièrement par le comportement non verbal et ce dernier a une importance maximale! Maintenant, pensez au mariage. Les conjoints sont obligés de se dire « oui » ; cela ne suffit pas de simplement se regarder et de sourire pour conclure le pacte. Ici, l’importance du comportement non verbal est minime. Bien entendu, dans la plupart des interactions sociales, les personnes utilisent le comportement verbal ET non verbal pour se comprendre.

S’interroger sur lequel du comportement verbal ou non verbal est le plus important dans les interactions sociales est donc absurde car tout dépend du contexte. La question que nous devrions nous poser n’est donc pas quel est l’importance du comportement non verbal par rapport au comportement verbal mais plutôt quel est l’importance du comportement non verbal en soi.

Pourquoi le comportement non verbal est-il important ?

Le comportement non verbal étant moins sous contrôle conscient que le comportement verbal, il est considéré comme une bonne source pour apprendre quelque chose sur autrui. Nous utilisons d’ailleurs le comportement non verbal pour nous former une impression sur nos interlocuteurs. Certaines caractéristiques de nos interlocuteurs comme leurs personnalités peuvent ainsi se deviner via leur comportement non verbal : une personne extravertie aura par exemple tendance à parler plus lors d’une discussion, une personne dominante interrompra plus ses interlocuteurs, tandis qu’une personne aimable leur sourira plus. Le comportement non verbal devient ainsi une source d’information sur notre vis-à-vis. D’ailleurs la recherche montre que, en moyenne, nous sommes assez doués pour nous former des impressions correctes sur autrui en se basant seulement sur le comportement non verbal qu’ils expriment.

Cependant, le comportement non verbal n’est pas important seulement lorsque l’on essaye de comprendre autrui. Il est également utile pour accompagner nos mots lorsque l’on s’exprime, améliorant ainsi nos compétences de locuteur. En effet, lorsque nous montrons un comportement non verbal en lien avec ce que nous disons verbalement, nous devenons plus persuasifs. Si lors d’une présentation en public vous dites que vous êtes ravis d’être là et vous souriez en même temps, le public sera plus convaincu de votre sincérité.

Conclusion

La question n’est donc pas de savoir si le comportement non verbal est plus important que le comportement verbal. La question est de savoir ce que le comportement non verbal peut nous apporter en plus du comportement verbal. Le comportement non verbal est important car il sert de base d’information pour comprendre nos interlocuteurs et il permet de soutenir notre comportement verbal lorsque nous nous exprimons.

Marianne Schmid Mast

Marianne Schmid Mast

Marianne Schmid Mast est professeure de comportement organisationnel à la HEC de l’Université de Lausanne. Ses recherches s’intéressent aux façons dont les individus interagissent au travail. Elle utilise la technologie de la réalité virtuelle immersive pour investiguer le comportement interpersonnel. Elle est ex-membre du conseil du Fond National Suisse de la Recherche Scientifique.

8 réponses à “L’importance du comportement non verbal

  1. Mama mia, comme je n’aimerais pas être un jeune aujourd’hui!
    Il faudra bientôt un assistant virtuel à l’oreille (un peu comme les prompteurs) pour signaler tout mouvement des mains, des pieds, jusqu’aux cils.

    Enfin, une géniale start up va sans doute inventer la pilule “mainstream/politically correct” pour avoir une chance dans la vie
    🙂

    P.S. Je ne suis pas politically correct, mais j’assume et ça m’a coûté cher, mais droit dans ses bottes, ça n’a pas de prix

    1. Bonjour,
      Merci pour votre commentaire. Il me tient à souligner que les formations concernant le comportement non verbal -s’il s’agit de bonnes formations – visent à souligner l’authenticité de chaque personne et non de dire aux personnes combien de fois il faut sourire. Et c’est exactement pour cette raison que l’intelligence artificielle n’est pas (encore?) prête. La puce à l’oreille n’est pas vraiment efficace aussi longtemps qu’elle ne peut pas donner des conseils individualisés. L’expert.e reste essentiel pour l’entraînement du comportement non verbal.

      1. Merci de votre réponse.
        L’odieuse expression “pour le coup” qui devient sûrement une des palabres les plus utilisées partout, sur tous les plateaux, toutes les rues et tous les médias, et par tous les milieux (rien de moqueur là-dedans) doit sûrement avoir qqch de non-verbal?

  2. Merci pour votre article. Albert Merhabian doit effectivement se retourner dans son rocking chair de retraité quand on voit combien sont mis à toutes les sauces les résultats de ses travaux. Néanmoins, l’idée des 93 % reste un bon moyen de prendre conscience de l’importance de la forme sur le fond. Et, comme vous l’écrivez, de se rendre compte combien nous n’avons pas la… main sur notre non verbal. Je remarque que vous ne faites référence à aucune “école” concernant votre formation comme experte en communication non verbale. Est-ce parce qu’en Suisse, comme en France, hormis les travaux d’universitaires tels que ceux de Guy Barrier le reste n’est que littérature ?

    1. Bonjour,
      Merci pour avoir partagé vos réflexions. En effet, comme scientifique je n’adhère pas à une “école”, je me fie aux articles scientifiques et dans les livres sur le sujet, il faut bien faire attention de tomber sur une source qui s’inspire de la recherche scientifique car il n’y a pas de recette simple, le non verbal dépend énormément de la situation.

  3. « La question que nous devrions nous poser n’est pas quelle est l’importance du comportement non verbal par rapport au comportement verbal mais plutôt quelle est l’importance du comportement non verbal en soi ».

    Verbal et non verbal constituent un message, mais je pense que l’un et l’autre ne devraient pas toujours êtres considérés dans la figure de leurs significations propres qui se complètent en s’additionnant. Un peu comme en chimie : « Deux éléments mis ensemble constituent un mélange quand ils ne réagissent pas chimiquement entre eux, ils conservent leurs propriétés respectives. Si la réaction chimique a lieu, le résultat sera un élément ayant des propriétés différentes des deux premiers… » Je donne une illustration du verbal et non verbal dans cette « chimie ». Un jour je voulais passer une commande importante au fournisseur. Le client dans ce cas est traité un peu comme un roi, la secrétaire comprend rapidement ce qu’il veut, n’oublie pas que « le temps c’est de l’argent », et assure déjà que le chargement sera expédié au plus vite ! Mais moi qui n’avais jamais voulu être un commercial mais créateur contemplatif, rêveur hors du temps, je ne voulais jamais être pressé sauf nécessité. Et confronté à une secrétaire dynamique je disais souvent : « Nous avons tout le temps… » Ma grosse commande était certes importante, mais je ne souhaitais pas me rendre important en proportion, et souhaitais que la secrétaire qui m’écoutait au téléphone se sente à l’aise. Je lui avais donc dit : « Ce n’est pas du tout urgent, vous pouvez prendre tout votre temps… » Puis un silence… Et ensuite : « Euh, vous dites ça parce que j’ai été trop lente les autres fois ?.. » Je lui ai répondu : « Non, pas du tout, nous avons le temps ». Et elle, encore : « Est-ce que c’est ironique ?.. » Et moi : « Je vous assure que je suis sincère. Si c’était de l’ironie, alors je serais quelqu’un de vraiment mauvais ! Est-ce que vous pouvez me croire ?.. » Et comme elle ne me répondait pas, j’avais ajouté : « Vous êtes, je pense, habituée à des clients qui offrent l’image conforme du dynamisme, moi pas, la prochaine fois j’essayerai d’être plus normal ! » Après cette communication éprouvante, j’ai évidemment allumé une cigarette pour prendre le temps de réfléchir : « Cette histoire n’aurait jamais eu lieu si nous nous étions rencontrés en vrai, pas au téléphone ! Elle ne pouvait pas me voir ! Une voix sympathique pouvait être ironique… Mais moi je la voyais pourtant comme elle est, une secrétaire vive et sincère qui voulait me servir comme un roi ! ».

    1. Bonjour,
      Merci de votre contribution. En effet, avoir plus d’information non verbale à disposition (p.ex. dans un échange face à face) évite souvent les malentendus. Votre exemple montre aussi que ce n’est pas une question de ce qui est plus important le verbal ou le non verbal, mais que le non verbal peut aider à clarifier le verbal.

      1. Et parfois en sens inverse le verbal peut ruiner le non verbal. Un jour j’ai entendu deux adolescentes parler d’un garçon qui faisait signe de loin : “Salut les filles !” La première : “Oh tu le connais ?.. il est si beau si mignon !..” La seconde : “Oui mais quand il commence à parler il est idiot…”

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