Le modèle de rôle comme menace ou inspiration? Le cas des femmes leaders

 

 

Pour nous sentir bien, nous nous comparons souvent à des gens qui se trouvent dans des situations moins confortables que nous. Mais que se passe-t-il lorsque nous nous comparons à une personne dans une position où nous aimerions être ? Est-ce que prendre exemple sur Sheryl Sandberg ou Angela Merkel sera plutôt menaçant et donc décourageant pour une femme qui aspire à une position de leader ? Ou au contraire, est-ce que le modèle de rôle de la femme leader puissante est encourageant et inspirant pour suivre son exemple ?

 

Apprentissage par modèle de rôle – mais pas n’importe quel modèle

L’apprentissage en prenant exemple sur les autres commence très tôt dans notre développement : enfants, nous regardons nos parents et à travers ces observations, nous apprenons comment se préparer un café, comment changer une ampoule ou encore comment se comporter au restaurant. En tant qu’adultes, nous continuons à nous laisser inspirer par des modèles de rôle. Nous prenons note d’un certain style de leadership qui nous plaît chez un supérieur et nous l’imitons une fois que nous grimpons les échelons et exerçons du pouvoir.

Comme femme, est-ce que prendre exemple sur une autre femme leader déjà aboutie peut aider à l’avancement vers une position à responsabilité ? La recherche montre que les femmes confrontées à des tâches de leadership (p. ex. parler en public pour convaincre) réussissent mieux ces tâches en présence d’un modèle de rôle féminin d’une leader accomplie comme, par exemple, Angela Merkel. Et ce n’est pas n’importe quel modèle de rôle qui fait l’affaire ; il faut que ce soit une femme leader connue. Le mécanisme ? Prendre exemple sur ces leaders femmes et les imiter !

 

Le mythe des femmes leaders qui freinent l’avancement d’autres femmes

On entend souvent que les femmes, une fois une position de pouvoir atteinte, empêchent d’autres femmes à grimper les échelons et donc avoir une femme comme supérieure est plutôt une menace à l’avancement de la carrière de femmes plus juniors. Ce phénomène a même un nom : la reine des abeilles (qui empêche toutes les autres abeilles de devenir reine).

Nous connaissons tous et toutes des histoires d’une femme leader qui est spécialement méchante avec une autre femme. Et si ces histoires n’étaient qu’une manifestation de compétition qui existe aussi entre femmes, mais qui est un tabou à cause des stéréotypes qui suggèrent qu’être femme et être compétitive ne rime pas ? Plutôt que de se fier à des anecdotes, regardons ce que la recherche nous montre.

Si le phénomène de la reine des abeilles est correct, on devrait trouver moins de femmes qui grimpent les échelons lorsqu’une femme occupe le poste de leader que lorsqu’un homme occupe ce poste. Une étude qui a investigué l’avancement de carrière de femmes après qu’une femme ou un homme eut gagné les élections comme maire montra non seulement que les femmes leaders qui freinent l’avancement d’autres femmes ne sont qu’un mythe, mais aussi un résultat opposé. Quand une femme atteint une position de leadership de pointe, plus de femmes obtiennent aussi des positions de leader et grimpent donc dans la hiérarchie.

 

Conclusion

Le modèle de rôle de la femme leader puissante est encourageant pour d’autres femmes qui aspirent à des positions de leader et ce n’est pas simplement un leurre ; ces femmes leaders accomplies aident effectivement à l’avancement d’autres femmes dans la hiérarchie.

 

Marianne Schmid Mast

Marianne Schmid Mast est professeure de comportement organisationnel à la HEC de l’Université de Lausanne. Ses recherches s’intéressent aux façons dont les individus interagissent au travail. Elle utilise la technologie de la réalité virtuelle immersive pour investiguer le comportement interpersonnel. Elle est ex-membre du conseil du Fond National Suisse de la Recherche Scientifique.

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