Série II – Les Rookies | Episode 1: Renaud Favre, Sélection Excelsus à Chamoson

Renaud, pas à pas vers le bio 

 

Difficile de rendre visite à nos vignerons pendant ce confinement, donc toutes mes excuses pour cette absence. Mais je me rattraperai ces prochaines semaines. J’ai déjà pu rendre visite à deux jeunes vigneronnes de la Côte, Laura Paccot (Féchy) pour découvrir ses nouveautés et Catherine Cruchon (Echichens) qui a également quelques surprises pour ses clients en 2020.

Si vous voulez déguster le millésime 2019, le meilleur moyen de le faire est en vous rendant les lundis matins aux Glorieuses. Il n’en reste plus que trois. Une occasion unique de déguster le fleuron des domaines valaisans sélectionnés avec soin depuis de nombreuses années par Nicolas Reuse.

 

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Première visite chez Renaud Favre à Chamoson. Vous connaissez probablement son père, Jean-Claude, visage de la Sélection Excelsus depuis sa création en 1980. Il laisse la main à la nouvelle génération depuis maintenant trois ans. Son fils a tout repris de la viticulture à la commercialisation en passant par l’élaboration des vins, toujours épaulé par le patriarche, mémoire du domaine depuis qu’il a entrepris de créer un domaine avec les raisins du grand-père de Renaud, Maurice.

 

Chamoson se définit par son slogan affiché dès l’entrée du village : « Chamoson, Soif de tradition ». Renaud l’applique à sa façon puisqu’il souhaite assurer la pérennité du domaine de sept hectares et voir la Sélection Excelsus perdurer et non pas « les vins de Renaud Favre lorsqu’il a repris le domaine ». Comme le disait Saint-Exupéry, “Nous n’héritons pas de la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants”. La troisième génération Favre semble adopter cette philosophie avec brio. Toutefois, Renaud souhaiter apporter sa touche dans le cadre d’actions durables permettant d’améliorer et augmenter la qualité de son capital-vigne.

 

Souvent, on attend d’un producteur qu’il se convertisse immédiatement en culture biologique. Mais ce n’est pas si facile ! Chaque commune a un micro-climat différent et donc les vignerons se retrouvent avec des problèmes uniques à chaque parcelle, ou presque. Pourtant, la Sélection Excelsus se tournera vers le Bourgeon Bio Suisse pour procéder à sa reconversion dès 2021 après de longues années d’adaptation de son travail à la vigne.

 

Nous discuterons donc aujourd’hui de :  quels sont les challenges particuliers que nous rencontrons en Valais ? Et, comment les Favre ont-ils procédé pour s’orienter vers le bio ?

 

Pour terminer, nous passerons en revue les 2019 de ce rookie trentenaire et sa toute nouvelle cuvée fraîchement mise en bouteille et sur le marché.

 

 

Pas à pas vers le bio : Comment progressivement Jean-Claude et Renaud se sont tournés vers un viticulture durable ?

 

Le domaine se mettra donc officiellement en conversion en culture biologique l’an prochain. Toutefois, ils ont progressé pas à pas afin de ne pas se laisser surprendre par les nouveaux défis à relever.

Passer en bio, c’est changer sa façon de penser. Il ne suffit pas de traiter avec d’autres produits mais avoir une réflexion davantage axée sur la prévention. C’est pourquoi, comme tout changement de régime drastique impacterait l’homme, les Favre ont souhaité implémenter progressivement les différents changements qu’ils imposent à la vigne afin qu’elle puisse s’adapter doucement mais sûrement.

 

 

Tisanes et traitement par drone

En plus d’utiliser l’hélicoptère avec des produits autorisés dans l’agriculture biologique, Renaud traite désormais également une partie du domaine à l’aide d’un drone. Ses confrères de Chamoson utilisent l’hélicoptère également avec des traitements biologiques. Le Valais étant extrêmement fragmenté, il est difficile de laisser chaque producteur gérer tous les traitements seuls. Chaque commune appartient à un groupement et ce dernier gère le type de traitement effectué et la manière. Renaud voulait tester le drone qui lui permet d’être selon lui, plus précis et gagner en efficacité grâce à la proximité de la machine avec la plante. Il peut également rajouter les tisanes qu’ils diffusent dans les vignes via le drone. Il mentionne toutefois que ce n’est pas très pratique car les drones actuellement présents sur le marché ont une capacité d’environ 15 litres donc leur prestataire doit recharger fréquemment l’appareil tant en termes de produits que de batteries. Cela coûte également deux fois plus chers que le traditionnel hélicoptère. Il faut compter environ 80 centimes par hectare au drone versus 45 pour l’hélicoptère. C’est donc un surcoût non négligeable mais Renaud est confiant dans le développement rapide de cette technologie et donc à terme, la baisse des coûts. Plus cher mais plus écologique, pour Renaud, le drone sera la seule technique pour traiter les parchets à forte déclivité à l’avenir. Les tisanes sont une autre manière de se rapprocher de la nature. Il traite ses vignes depuis une quinzaine d’année contre les maladies fongiques à l’aide d’une variété de plantes comme l’ortie, la reine des prés, le pissenlit, la bardane et les fleurs de l’achillée millefeuille.

 

Gestion de l’herbe

Depuis plus de huit ans, les Favre expérimentent différentes techniques pour gérer l’herbe, la vraie menace en Valais lorsqu’on cherche à faire du bio. L’herbe se retrouve en concurrence avec la vigne et lui prend le peu d’eau disponible. Dans tous les cas, il faudra donc se débarrasser de cet excès de plantes ou alors installer un système coûteux d’irrigation comme le goutte-à-goutte permettant de monitorer la quantité d’eau ajoutée cep par cep. Pour supprimer ces herbes indésirables et éviter d’utiliser des herbicides, il faut avoir recours à un désherbage mécanique. Des plans d’aides ont été instauré par Vitival Plus visant à fournir des subventions pour acheter des machines. Faucher entre les rangs de vigne est relativement facile en utilisant une débroussailleuse mais requiert du temps et plusieurs passage. Labourer les sols est une autre alternative mais seulement pour un ou deux passages dans la saison. Le problème principal étant souvent sous le rang (proximité avec les racines de la vigne), Renaud a trouvé la machine idéale pour enlever l’herbe sans abîmer le pied. Cette sorte de débroussailleuse multiple permet d’être plus rapide et plus efficace tout en respectant la nature et chaque pied de vigne.

 

 

Bombonera, autant de saveurs que dans une bonbonnière ?

Vous connaissez probablement le stade de football argentin. Un lieu atypique remplie d’énergies positives au cœur de la Boca, quartier populaire de Buenos Aires. Les matchs sont animés par des « tourbillons de couleur » où selon Renaud, « s’entremêlent passion, fougue et ferveur ». Il souhaitait transmettre toutes ces émotions qu’il retrouve également au quotidien dans son travail. C’est pourquoi, il a nommé son nouveau vin « Bombonera ». La dôle se vendait beaucoup moins ces dernières années et ne parvenant pas à lui redonner ses lettres de noblesse, Renaud décida d’abandonner ce concept désuet pour créer un vin plus au goût du jour alliant le Pinot Noir, pour le croquant et juteux, à l’Ancellotta donnant de la structure et une trame tannique ferme mais avec une extraction modérée. Au final, le résultat donne un assemblage simple et rafraîchissant, un tutti frutti de baies rouges et noires mûres mais pas confiturées. Il est donc le compagnon idéal pour les longues soirées d’été où on apprécie un rouge autant pour accompagner des grillades que pour le déguster juste par soi-même. Ce qui est bluffant c’est surtout le rapport qualité-prix puisque c’est un vin qui se vend à CHF 16.50-. Dans un esprit novateur, le design de certains magnums en édition limitée se veut jeune, coloré, vibrant, à l’image de la nouvelle génération qui élabore les vins et ceux qui en profitent.

 

Dégustation des 2019


Quasiment aucun des vins ne voit du bois pendant son élevage. Ici, c’est la cuve qui domine que ce soit pour les vinifications et les maturations. Presque tous les blancs subissent toutefois des élevages sur lies statiques (c’est-à-dire, sans bâtonnage, pas de remise en suspension de ces lies). Le but de ce contact prolongé avec les levures post-fermentation : bénéficier des antioxydants naturels qu’elles libèrent mais surtout, obtenir une texture plus crémeuse, plus onctueuse, davantage de corps et de structure ainsi que plus de gras ce qui augmente la perception de volume en bouche.

 

Les Blancs de la Sélection Excelsus

  1. Fendant de Chamoson – 2019

 

Le Fendant de Chamoson, entrée de gamme de la maison est réalisé avec les jeunes vignes qui ont 4 à 8 ans. Un fendant frais, avec peu de complexité mais de jolies notes citronnées, une finale modeste mais avec un agréable toucher de bouche crayeux. Le vin idéal pour l’apéritif avec seulement 12.3% d’alcool et un corps relativement léger, il est très digeste et se boit tout seul.

 

  1. Fendant Sélection Excelsus – 2019

 

Une des différences majeures entre ces deux Fendants hormis l’âge des vignes, c’est le rendement, légèrement plus bas sur l’Excelsus mais surtout la maturité. Le premier est vendangé autour des 80-83 degré Oechsle alors que le second à une maturité autour des 86° Oe lors des sondages.

De facto, on obtient donc un fendant un peu plus concentré, un corps moyen, avec davantage de gras et un toucher de bouche plus souple se terminant par une finale moyenne avec une légère amertume apportant de la fraîcheur, donc plutôt agréable. Le nez est également un peu plus parfumé avec des jolies notes florales rappelant la glycine.

 

  1. Johannisberg – 2019

 

Le millésime 2019 a eu des températures plus basses que 2018, c’est pourquoi, Renaud a choisi de faire complètement la deuxième fermentation dite malolactique. Au nez, il a un côté citron confit, relativement mûr. Il est assez linéaire au départ, lorsqu’on le prend en bouche et gagne en gras par la suite. La texture est légèrement crémeuse. La finale est assez longue avec l’amertume caractéristique du cépage qui apporte un peu plus de structure.

 

  1. Pinot Gris – 2019

 

Un vin extrêmement aromatique présentant des notes de rose et de loukoums. À l’aveugle, on pourrait penser à un Muscat ou un Gewürztraminer tant le vin est parfumé. Ici, pas de malolactique pour préserver la précision de l’aromatique florale. Étonnamment, c’est assez droit pour un Pinot Gris. Il a une belle trame acide qui contrebalance l’alcool et lui donne du dynamisme évitant ainsi de donner une impression de lourdeur.

 

  1. Petite Arvine – 2019

 

Une très jolie Petite Arvine avec un nez délicat, très subtil, des notes de fleurs blanches, une pointe de rhubarbe. Elle n’est pas très exubérante mais tout en finesse. En bouche, l’acidité ciselée lui donne une énergie vibrante et elle a une texture presque granuleuse qui donne de la structure et du caractère. La finale est longue et saline. Un délice !

 

  1. Sélection Excelsus 1955 Blanc – 2018

 

Un audacieux assemblage de Viognier et Pinot Gris, 50% de chaque. La fermentation se déroule en fût de chêne français. La malolactique n’est pas bloquée, donc elle se déroule probablement. L’élevage dure 18 mois au total dans des fûts neufs ainsi que de deuxième et troisième passage.

Un nez complexe avec plusieurs couches d’arômes jonglant entre l’acacia, un côté cire d’abeille, abricot mûr et ensuite, le toasté et vanillé de la barrique. C’est un vin robuste avec beaucoup de corps, peu d’acidité ce qui l’alourdit un peu. La texture veloutée tapisse le palais. C’est un vrai beau vin de gastronomie mais c’est beaucoup trop jeune pour être dégusté aujourd’hui. Il faut donc le mettre à la cave et le ressortir dans quelques années pour le manger avec un risotto à la truffe blanche.

 

 

Les Rouges 2019 de la Sélection Excelsus

 

  1. Gamay

 

Un gamay qui se suffit à lui-même. Une petite bombe de fraîcheur et de fruits rouges, tel un coulis de baies des bois avec une note de grué de cacao. Ce n’est pas un vin très complexe mais c’est juteux et croquant. Un vrai plaisir à déguster. Renaud pense que le secret est de décuver à la caissette et de ne jamais maltraiter les raisins même après la fermentation. Les baies sont donc déplacées méticuleusement et manuellement avec les cagettes à vendanges avant d’arriver dans le pressoir. Il touche donc moins les pépins et pense que cela contribue à avoir des tanins plus fins et qui s’intègrent mieux.

 

  1. Syrah

 

Un nez très pur et précis de poivre blanc avec un petit côté primeurs qui se dissipe avec l’aération. Des notes éclatantes de prunes rouges et noires. Des tanins bien définis et bien intégrés qui n’accrochent pas. Une belle structure avec de l’élégance et un superbe équilibre entre l’alcool qui apporte une touche de rondeur et une texture plus crémeuse et l’acidité qui discipline et donne un côté plus strict au vin. Une jolie Syrah qui bénéficierait d’un peu de temps en cave avant de pouvoir démontrer tout son potentiel.

 

  1. Cornalin

 

Un concentré de fruits noirs avec un côté mûres, myrtilles et cerises. Un bouquet ultra épicé avec de la cannelle, cardamome et une touche de muscade. Un vin avec beaucoup de corps et une finale longue et crayeuse.

Johanna Dayer

Johanna Dayer est une des quatre associés du Clos de Tsampéhro, domaine viticole valaisan en reconversion biologique. En parallèle, elle consulte pour des domaines en France et enseigne les fameuses formations du WSET. Cette passionnée de vin essaie de terminer "Master of Wine", le titre plus difficile et reconnu dans le monde du vin obtenu par seulement 390 personnes dans le monde.

5 réponses à “Série II – Les Rookies | Episode 1: Renaud Favre, Sélection Excelsus à Chamoson

  1. Votre blog me rajeunit et je vous en remercie.
    Oui, mon amie Evelyne, décèdée hélàs, fût la pionnière de l’introduction des vins bio en Suisse.

    Au début, il y avait peu de choix et pas toujours ronds.
    Je me rappelle de son premier vin à la Foire de Paris qui était une vraie piquette, à tel point que je lui avait dit “mais tu veux sérieusement commercialiser ça?”.

    Heureusement elle était tenace et n’a pas tardé à trouver des vins enchanteurs, même s’il fallait s’habituer aux arômes du bio, tellement ils étaient différents, à tel point qu’après, on ne pouvait presque plus boire les vins traditionnels 🙂

    Alors bravo et bonne viticopérégrination

    1. Cher Monsieur Wilhem,

      Un grand merci pour votre commentaire. Je n’ai pas eu la chance de connaître votre amie Evelyne. Nous avons eu de la chance d’avoir des pionnières telles qu’elle ou Marion Granges du Domaine de Beudon ou encore Marie-Thérèse Chappaz. C’est grâce à ces personnalités fortes et heureuses de partager leur savoir qu’aujourd’hui nous pouvons compter de plus en plus de domaine en reconversion vers la culture biologique et respectueuse de notre environnement.

      Je vous souhaite également tout le meilleur dans votre viticopérégrination et j’espère que vous aurez du plaisir à lire les autres articles où je mettrai en avant les acteurs, hommes et femmes, qui nous rendent fiers des beaux vins de notre pays.

      Merci encore et à bientôt!

  2. Merci pour cet article.

    Voilà longtemps que je n’ai plus dégusté les vins de la famille Favre et ce changement de mains est un excellent prétexte pour redécouvrir le domaine.

    Suite à votre article sur les Besson-Strasser, j’ai commandé un panel de leurs vins rouges et je dois dire que ce fut une vrai découverte ! Surtout leurs pinots (Chlosterberg et Albi) qui sont particulièrement intéressant. Mais j’avoue avoir aussi craqué sur le Malbec, une sorte d’ovni dans le vignoble helvétique. Quelle idée de faire pousser ce cépage par ici et quelle maitrise pour qu’il soit aussi élégant et fin. Du coup, j’ai commandé leurs vins blancs pour les découvrir.

    Merci pour cette magnifique adresse !

    1. Cher Renan,

      Oui, je vous invite à aller déguster chez Renaud. Il fait de très beaux vins et c’est un vrai passionné 🙂
      Ravie de lire que vous avez également eu du plaisir avec les crus des Besson-Strasser. C’est une famille en or et en effet, leurs Pinots sont sublimes! J’ai aussi craqué pour le Malbec, un peu par hasard car lors de ma visite Cédric avait eu la gentillesse de m’en offrir une puisque je n’avais commandé que ses Raüschlings et Pinots. J’ai eu la même excellente surprise que vous! J’ai été surprise par la fraîcheur de ce Malbec, beaucoup de délicatesse pour un vin pourtant riche. L’acidité m’a vraiment étonnée et équilibrait parfaitement tous les puissants tanins de ce cru.
      Profitez bien de vos flacons et n’oubliez pas d’en laisser vieillir quelqu’uns 🙂 ça en vaut la peine!
      Merci encore pour votre agréable commentaire et à très bientôt!

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