Faut-il se réjouir lorsque le pire a été évité?

L’initiative UDC a été refusée. C’est un soulagement, mais pas un enchantement. Car il y a 42% de oui à une proposition insidieuse qui visait à ébranler les institutions sous prétexte de se défendre contre le crime. Si l’initiative était passée, cela aurait signifié que le souverain populaire contredisait à la fois le gouvernement, le parlement et l’ordre judiciaire. En répétant de tels assauts contre l’Etat fédéral, l’UDC peut arriver à répandre l’opinion qu’il n’est plus légitime. Encore heureux que nous ne soyons pas en état de crise économique ou qu’il n’y ait pas eu un attentat terroriste sur le territoire. Cela aurait suffi pour renverser la majorité. La démocratie directe helvétique se trouve en état d’équilibre instable.

L’initiative PDC a été refusée de justesse par le vote massif des grandes villes. C’est une bonne leçon. Il faut aller devant le peuple avec une question simple. Si l’idée de justice fiscale et de l’égalité des pensions est acceptable pour tous ou à peu près, le concept de couple traditionnel est dépassé. La fraction la plus instruite de la population ne peut admettre qu’une tendance naturelle, l’attrait pour le même sexe, soit considérée comme contre nature. La notion même de Nature, impérative et bienfaisante, en prend un sérieux coup. A partir d’une intuition juste, la fraction conservatrice du PDC a gaspillé une victoire possible pour ce parti qui en a grand besoin. Comme son futur président, Gerhard Pfister appartient à cette mouvance, l’échec de l’initiative augure mal de l’avenir pour ce parti.

L’initiative des jeunes socialistes concernant la prétendue spéculation sur les denrées alimentaires a fait long feu. Elle présentait toutes les tares d’une idéologie crispée sur le refus du marché et sur la nostalgie d’une économie planifiée. On ne peut guère se réjouir qu’il y ait encore à notre époque des électeurs ignorants à ce point de l’histoire : l’économie soviétique et nord-coréenne ont créé de véritables famines tout à fait artificielles. Et donc l’initiative visait à se donner bonne conscience à bon compte, car elle ne proposait rien de concret pour nourrir les affamés de la planète. Ce n’était pas l’objectif des jeunes socialistes à la fois bien nourris et culpabilisés de l’être. Il continueront à être bien nourris et se sentiront moins coupables en s’imaginant avoir fait quelque chose de positif.

Le seul résultat qui permet de se réjouir est la construction d’un second tube routier sous le Gothard, car il a le double mérite de maintenir le cordon ombilical reliant un canton négligé et de souligner le manque d’envergure de l’administration fédérale. Il aurait fallu construire simultanément les deux tubes, à la fois pour des raisons de sécurité mais aussi parce que tout ouvrage d’art doit être entretenu et devient indisponible. La ladrerie bernoise commence par des économies illusoires et finit par générer du gaspillage.

Jacques Neirynck

Jacques Neirynck est ingénieur, ancien conseiller national PDC et député au Grand Conseil vaudois, professeur honoraire de l'École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), d'origine belge, de nationalité française et naturalisé suisse. Il exerce la profession d'écrivain.