Orbán et ses acolytes: coupables et non victimes

La droite extrême sait y faire ! Elle réussit toujours à endosser le rôle de la victime. On l’a récemment vu à Chemnitz. On vient de s’en apercevoir à nouveau avec Viktor Orbán. À son peuple, mais aussi au-delà de ses propres frontières, il est parvenu à se faire passer pour un chevalier blanc. Qu’on le sache : il a injustement subi les assauts de députés malfaisants, étrangers de surcroît, ayant pour seul souci de s’en prendre à de braves Hongrois, obligés de se défendre contre une horde de migrants dont le nombre, s’élevait, selon le très sérieux site euractiv.fr, en août de cette année, au chiffre exorbitant…de 16 personnes !

Bien que composé par une majorité de droite, le parlement européen ne s’est pas laissé prendre au jeu. Il s’est prononcé en faveur d’une activation de l’article 7 du traité de Lisbonne pour se prémunir du « risque clair de violation grave de l’Etat de droit » en Hongrie. Avec pour sanction ultime de retirer à Budapest son droit de vote au sein du Conseil européen, cette procédure a toutefois peu de chances d’aboutir. Elle se heurtera à une coalition des « mauvais élèves de l’Europe » qui, par crainte de se retrouver au piquet, s’élèvera contre des représailles dont ils pourraient également eux-mêmes faire l’objet. Orbán n’a donc pas trop de choses à craindre, sauvé par une coterie de gouvernements dont la seule raison d’être est de quémander l’aumône financière de l’Union européenne, à la condition sine qua non de ne rien lui donner en retour.

A l’image de la Hongrie, certains États s’évertuent à ne pas comprendre l’UE et à ne pas reconnaître sa raison d’être. Refusant de voir en elle une société d’entraide à l’échelle continentale, ils la perçoivent comme une pompe à subsides ou un fonds de solidarité à sens unique. Adversaires résolus des quotas pour la répartition des migrants sur le sol communautaire, ils n’ont pour seule règle de conduite un comportement égoïste, où leurs intérêts nationaux se confondent de plus en plus avec leur nationalisme exacerbé. Se réfugiant derrière une légitimité populaire née de la haine de l’autre, ils dévoilent de fait leur véritable identité extrémiste, car extrêmement antieuropéenne.

Survenu le 12 septembre dernier dans l’hémicycle de Strasbourg, le vote contre la Hongrie a néanmoins une portée historique. Il est l’expression du refus de la soumission aux idées qui, au 20e siècle, ont fait de l’Europe un champ de ruines de sinistre mémoire. C’est pourquoi Orbán est un homme dangereux. Se retrouvant désormais avec raison sur le banc des accusés, il porte non seulement gravement atteinte aux règles démocratiques d’un État de droit, mais met aussi ostensiblement en danger une Union européenne qui, conformément à son article 1 bis, « est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi que de respect des droits de l’homme, y compris des droits des personnes appartenant à des minorités ». Contrevenant à la loi, la Hongrie et ses dirigeants ne peuvent donc prétendre à aucune clémence de la part de tous les démocrates européens.

Par conséquent, l’enjeu est bel et bien celui du respect de la démocratie européenne. Ce n’est pas en ménageant ses fossoyeurs, qu’elle sortira vainqueur du combat qui l’oppose à ses détracteurs. La Hongrie, comme la Pologne, voire d’autres pays membres, ne méritent plus ni le moindre respect, ni la moindre considération. Entraînés sur le chemin du fascisme, leur dérive totalitaire risque de les mener à un totalitarisme très comparable à celui qu’ils avaient naguère subi. Ce n’est pas faute de les avoir prévenus à temps ; il faudra qu’ils payent au plus vite le prix de leurs errements et soient obligés par la commission européenne de passer à la caisse pour avoir volontairement refusé d’accueillir des migrants sur leur territoire.

Parce que la tolérance ne s’applique jamais à l’encontre des intolérants, il faut éviter toute forme de compassion à leur égard. De mauvais conseil, celle-ci ne ferait que pardonner ce qui devient de plus en plus impardonnable. Ce n’est pas en démissionnant que la démocratie se grandit. En revanche, c’est en restant fidèle à elle-même qu’elle s’affermit. Elle n’a donc d’autre choix que de déclarer Orbán et ses acolytes comme coupables, eux qui aiment tant à se faire passer pour des victimes !

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus est professeur ordinaire en Études européennes auprès de la Faculté des Lettres de l’Université de Fribourg. Politologue, diplômé de l’IEP de Lyon et docteur du Geschwister- Scholl-Institut de l’Université de Munich, il est spécialiste des processus historiques et politiques en Europe.

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