Europe: attention danger!

D’un professeur en « Études européennes », on aurait pu s’attendre à un autre discours. Notamment en Suisse, où les eurosceptiques salivent de plaisir à savoir l’Union européenne traverser l’une des plus graves crises de son histoire. On les imagine déjà, leur visage dégoulinant de joie, mais aussi de mauvaise foi; on devine déjà leur sourire, l’air triomphant fêtant l’enterrement de l’UE, célébré, faute de combattants, dans le cercle le plus restreint d’une famille en pleine décomposition.

Attention, danger : l’Europe peut disparaître. Non pour avoir été trop présente, mais au contraire trop absente, lorsqu’il aurait fallu qu’elle soit là. Le signal d’alarme lancé le 28 mars 2020 par l’ancien président de la Commission européenne Jacques Delors n’est pas à prendre à la légère. N’ayant jamais été véritablement remplacé à son poste par une personnalité digne de son niveau, de son héritage, de sa clairvoyance et de sa vision, il demeure la référence de ce que l’Europe a été, aurait dû être et n’a jamais plus été depuis son départ de Bruxelles le 31 décembre 1994.

L’Union européenne est en situation de danger mortel parce qu’elle n’a pas su imposer l’autorité politique qui lui revient. Elle a toujours cherché les compromis a minima, mais n’a jamais essayé de sortir par le haut des crises qu’elle a subies. Après celle du système bancaire de 2008, elle s’est engouffrée dans un verbiage purement monétaire, à l’image de son piètre président de la Commission de l’époque, José Manuel Barroso, qui désormais se prélasse dans les couloirs calfeutrés de la trop célèbre Banque Goldman Sachs. Quant à la crise de la monnaie unique, elle ne fut résolue in extremis qu’un matin de juillet 2015, lorsque François Hollande a signé sa seule et donc plus belle victoire européenne. Évitant de justesse que la Grèce soit éjectée comme une malpropre de la zone euro, il a tué dans l’œuf cet inarrêtable processus qui aurait fait de la devise européenne le symbole même de la division entre les pays riches et les pays pauvres de l’Europe.

Désormais, c’est bis repetita ! Ou du moins, cela pourrait l’être. Avec à leur tête les Pays-Bas et l’Allemagne, les pays du Nord refusent toujours de témoigner la moindre solidarité envers ceux du Sud. Prisonniers de leur carcan idéologique, ils récusent non seulement les eurobonds pour éponger les dettes gigantesques que la crise sanitaire ne manquera pas de provoquer, mais aussi préfèrent risquer la survie de l’Union européenne pour le bien de leurs intérêts financiers et nationalistes. Dotés d’un égoïsme sans limites, ils se permettent de sonner le tocsin chez eux, pour mieux s’affranchir de leur responsabilité envers les autres. À la limite du cynisme politique, Angela Merkel compare la situation actuelle à celle de 1945, oubliant qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne ne se serait jamais relevée de ses cendres sans le soutien massif des pays qui l’avaient heureusement vaincue. Aujourd’hui, plus Mutti que jamais, elle rassure ses concitoyens comme une mère poule sait le faire avec ses enfants. Sauf que l’Union européenne n’a pas besoin d’une recette à l’ancienne, mais d’une nouvelle intelligence qui redonne un projet politique à l’Europe.

Il faut le dire tout net : si Amsterdam, Berlin ou Helsinki imposent leur diktat à l’Union européenne, celle-ci ne s’en relèvera pas. Elle sera condamnée pour ne pas avoir appliqué à elle-même le principe de solidarité dont elle est issue. Aujourd’hui, sa chance réside non dans ce qu’elle a été ces dernières années, mais dans ce qu’elle pourrait être à l’avenir. Elle doit avoir le courage de sauter par-dessus son ombre, de se libérer de l’étreinte financière et économique qui l’a trop longtemps muselée, de rédiger au plus vite un nouveau traité et de donner envie à tous ces citoyens déçus qui, pour nombre d’entre eux, ne se reconnaissent plus dans l’Europe dont ils ont tant rêvé.

Ce courage européen sera aussi celui de celles et ceux qui veulent la faire avancer. Par exemple, en pénalisant très sévèrement des pays comme la Hongrie qui aujourd’hui démontrent que, fidèles à leur tradition historique, ils préfèrent le totalitarisme à la démocratie. En contradiction parfaite avec les valeurs européennes, ils n’ont plus rien à faire au sein de l’UE. Parce que les textes en vigueur ne permettent malheureusement pas de les exclure, celle-ci doit prendre, sans plus attendre, des sanctions drastiques sous la forme d’arrêts immédiats des versements de subventions et d’aides structurelles, sachant que Budapest et Varsovie comptent parmi les principaux bénéficiaires nets du budget européen. Là aussi, quelques États, qualifiés désormais de « frugaux », risquent de faire la fine bouche. Mais l’heure n’est plus à la compassion, la récré d’un élargissement tous azimuts étant désormais terminée. Alors que depuis plus de deux ans, Emmanuel Macron et d’autres se heurtent au nein d’Angela Merkel, à leur tour aujourd’hui de lui dire non ! Les rafistolages franco-allemands de dernière minute ont vécu, ceux des affrontements productifs entre Berlin et Paris devant maintenant prendre le relais pour donner à l’Europe ce qui lui manque cruellement : des idées !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Erdoğan: le cynisme politique puissance dix

C’est une véritable épreuve de force qui s’est engagée entre la Turquie et l’Union européenne. Si rien ne change, tout laisse supposer que c’est Ankara qui en sortira vainqueur. Recep Tayyip Erdoğan se joue parfaitement des faiblesses de l’UE et profite d’une posture internationale qu’il s’est forgée depuis son accession au pouvoir en 2003.

À cette époque, et notamment durant la campagne électorale qui a précédé les référendums français et hollandais de mai et juin 2005 sur le traité établissant une constitution pour l’Europe, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne était sur toutes les lèvres. Le débat faisait rage et s’est soldé par le refus de faire accéder les Turcs à l’UE. D’un commun accord, Merkel et Sarkozy avaient fermé définitivement la porte à Ankara en 2007, soutenus alors par une majorité d’Européens qui ne voulaient pas qu’un pays musulman fasse partie de leur club.

Faisant fi du principe de laïcité qu’ils ont insidieusement ignoré, ils ont ainsi fait le lit de Recep Tayyip Erdoğan. Non seulement celui-ci se posa en victime, mais il se permit, en toute impunité, de mettre en œuvre sa politique d’islamisation de la société turque. Par conséquent, n’étant plus à une contradiction près, l’Union européenne a indirectement renforcé les forces musulmanes en Turquie, tout en prétextant leur barrer la route par crainte d’être submergée par une vague islamiste sur son propre territoire.

Alors que les forces démocratiques et laïques turques souhaitaient – et souhaitent toujours – l’adhésion de leur pays à l’UE, celle-ci faisait la sourde oreille et s’est fourvoyée dans une confrontation permanente avec un régime sur lequel elle n’a plus aucune emprise. N’ayant pas su reconnaître à temps ses amis et ayant tourné le dos aux Turcs véritablement européens, elle est tombée dans un piège dont elle n’est toujours pas prête à sortir.

Par simple calcul politique ou par nombrilisme communautaire, l’Union européenne a succombé à cette maladie de l’immédiateté contre laquelle elle n’a pas encore trouvé le moindre remède. Agissant au jour le jour, sa politique étrangère ne repose sur aucune pensée à long terme et se conforme dans l’urgence à des schémas qui n’ont de stratégiques que le nom. Elle laisse alors l’initiative à des interlocuteurs et autres acteurs qui ne manquent pas de la mettre devant le fait accompli. Recep Tayyip Erdoğan l’a parfaitement compris, alors que l’Union européenne ne s’en est même pas rendu compte.

L’afflux de réfugiés à la frontière entre la Turquie et la Grèce n’est pas le fruit du hasard. C’est un scénario mûrement réfléchi par un homme politique qui vient de subir un échec militaire en Syrie et veut en faire payer le prix aux Européens. C’est du cynisme puissance dix, auquel l’Union européenne n’a pas le moindre intérêt de répondre par un sentiment de compassion que le président turc est en train de faire naître chez nombre d’Européens. Si l’idée de sauver la vie des enfants et d’aider des personnes en situation de précarité absolue est louable, celle d’octroyer des millions d’euros à Ankara ne l’est pas. Le temps est venu pour l’UE de changer sa politique turque, de mettre Recep Tayyip Erdoğan devant ses propres responsabilités et de le laisser gérer tout seul la crise humanitaire qu’il a lui-même suscitée. Là aussi, il ne s’agit pas de se tromper d’adversaire : ce n’est pas l’Europe, mais les gouvernants en poste à Ankara qui sont coupables.

Comble de l’absurdité politique, ces derniers bénéficient néanmoins du soutien massif des Turcs établis dans les pays membres de l’UE – mais pas en Suisse -. Près de 65% de ceux résidant en Allemagne ont par exemple voté pour Recep Tayyip Erdoğan lors du scrutin présidentiel de 2018, soit un score nettement supérieur (52,60%) à celui qu’il a globalement obtenu de la part de ses autres concitoyens. Aux antipodes d’un procès en xénophobie que le régime d’Ankara ne manquera pas de lui assigner, l’Union européenne ne doit pas se laisser faire. Plus que jamais, sa principale force réside dans la défense d’un système de valeurs démocratiques qui ne ressemble en rien à celui que l’AKP a instauré depuis plus de quinze ans en Turquie. À l’Europe désormais d’avoir le courage d’assumer ses décisions, de ne plus faire preuve de mansuétude envers les suppôts d’une politique qui, qu’on le veuille ou non, a rompu avec la tradition d’une Turquie moderne et laïque. Parce que se voulant être un modèle de démocratie au monde, l’UE n’a donc d’autre choix que de soutenir les démocrates turcs, sans lesquels une adhésion de leur État à l’espace communautaire n’est pas envisageable à moyen ou à long terme. Plus que jamais, il faut alors rattraper, pas à pas, le temps perdu depuis l’accession au pouvoir de Recep Tayyip Erdoğan.

 

 

Thuringe, la honte!

Les réactions à chaud sont souvent exagérées. Celle-ci le sera certainement aussi. Et rien ne sert de tomber dans le piège de l’invective et de la caricature antinazies. La Thuringe, Land au centre de la République fédérale d’Allemagne et à la frontière occidentale de la feue RDA, n’est pas d’extrême droite. Pourtant, l’extrême droite vient en ce jour du 5 février 2020 d’y fêter une victoire qui fera date, à savoir associer ses voix avec la CDU d’Angela Merkel et les libéraux du FDP.

Pour empêcher la réélection du Ministre-Président sortant, le néo-communiste Bodo Ramelow, l’AFD a joint ses voix à celles des chrétiens-démocrates et du parti libéral, permettant ainsi à un illustre inconnu, le FDP Thomas Kemmerich, d’accéder aux plus hautes fonctions dans cette région allemande. Depuis la création de la RFA et la renaissance de la démocratie allemande en 1949, c’est la première fois qu’un président d’un Land a été élu grâce à ceux dont l’idéologie rappelle à s’y méprendre les heures non les plus noires, mais les plus brunes de l’Allemagne.

La Thuringe fait honte, honte à elle-même, mais d’abord honte à l’Allemagne. Sur les décombres de Buchenwald renaissent les salauds qui se sont associés à cette sinistre mascarade politique. Qu’on le dise ou l’écrive haut et fort : il n’y a aucune excuse d’avoir collaboré, et le mot est plus que pertinent, au jeu de l’extrême droite allemande. Et à l’évocation d’un choix stratégique pour empêcher la non-réélection d’un communiste, de surcroît doté d’un excellent bilan social et démocratique, seuls le dégoût et l’opprobre peuvent servir de réponse.

C’est dans ces heures sombres que se séparent l’ivraie du bon grain. Qui aspire encore à la grandeur politique ne peut avoir pour seule attitude que de ne pas accepter l’élection du libéral, entre guillemets, Thomas Kemmerich. Entachée par un sceau idéologique brunâtre, elle est indigne de la démocratie allemande. C’est dans ces moments que les démocrates dignes de ce nom doivent faire preuve de grandeur. D’abord, aux sociaux-démocrates du SPD de faire planer l’ombre de la démission du gouvernement fédéral aux côtés d’un parti qui, ne serait-ce que pour l’épisode d’une élection régionale, choisit de mêler ses voix à celles de la droite extrême. Que le SPD se montre au grand jour et accuse son partenaire gouvernemental de la CDU de soumission à l’AFD. Ce que les électeurs sociaux-démocrates attendent maintenant, c’est non le renoncement, mais le courage qui a toujours fait la gloire et la fierté de leur parti, Willy Brandt en tête.

Mais, ce message concerne aussi Angela Merkel. Elle ne pourra pas se taire, et si elle le fait, elle devra s’exposer aux critiques amplement justifiées de ne pas avoir été en ce 5 février à la hauteur de l’événement pour dénoncer en temps et heure utiles cette blessure portée au cœur même de la vie démocratique de son pays.

Oui, les réactions à chaud sont souvent exagérées, mais sont nécessaires pour se prémunir contre l’inacceptable. Et ce qui a eu lieu en ce 5 février 2020 en Thuringe est inacceptable.

Bologne, Eisenstadt

Bologne, tout le monde connaît, au moins de nom. Eisenstadt, plutôt pas, voire pas du tout. Pourtant, toutes les deux sont des capitales régionales. La première de l’Émilie-Romagne, l’autre du Burgenland. À première vue, elles n’ont que très peu de dénominateurs communs. L’une est peuplée de près de 400 000 habitants, l’autre de moins de 15 000. Bref, elles ne sont pas comparables l’une avec l’autre. Elles ont néanmoins fait la une de la presse ces derniers jours. Non pour ce qui les distingue, mais pour ce qui les réunit. Chacune continuera non seulement à abriter un gouvernement d’obédience social-démocrate, mais aussi à se féliciter d’avoir fait barrage à l’extrême droite.

Alors le nouveau président national du FPÖ, Norbert Hofer, lui-même originaire du Burgenland, n’a pas pu enrayer le naufrage de son parti, Matteo Salvini a perdu son pari de ravir à la gauche son fief historique de l’Émilie-Romagne. Ces deux régions ont mieux résisté à la tentation extrémiste que ne le laissaient pressentir les sondages. C’est là non seulement un signe encourageant pour des sociaux-démocrates gagnés par le doute à travers l’ensemble de l’Europe, mais aussi pour la démocratie qui s’accommode trop facilement de la victoire de formations qui, au fond d’elles-mêmes, n’ont rien de démocratique.

Néanmoins, ces deux scrutins ne permettent pas de tirer des conclusions trop hâtives. Elles n’ont mis fin ni à la série des défaites électorales de la gauche, ni à celle des succès des partis protestataires. Par leur caractère local, leur impact demeure limité et ils ne signent pas la fin du FPÖ et de la Lega. Même si ces deux partis ont subi de sérieux revers électoraux, l’expérience politique nous incite à plus de prudence que par le passé. Après le départ d’Umberto Bossi de la Ligue du Nord, cette formation était déjà donnée pour morte, alors que le parti de l’extrême droite autrichienne a survécu à plus de scissions que l’on aurait pu le croire ou l’espérer.

De même, les sociaux-démocrates ne devraient pas crier victoire trop tôt. Le jour des élections en Émilie-Romagne et au Burgenland, ils ont respectivement perdu la Calabre au profit de la droite berlusconienne et de nombreuses villes en Basse-Autriche, le parti du chancelier Sebastian Kurz ayant raflé la mise dans ce Land conservateur. Pourtant, ces deux succès respectifs leur redonnent du baume au cœur. Ils traduisent un esprit de résistance et de renouveau qui leur faisait cruellement défaut depuis plusieurs mois et années. Certes, ces deux élections ne suffisent pas pour que la social-démocratie renaisse de ses cendres ; il en faudra d’autres pour qu’elle puisse le faire. Néanmoins, elles leur donnent l’occasion de réfléchir sur son programme et sur sa stratégie qui, en raison de l’imprécision de leur contenu et de leur transparence, n’ont que trop peu convaincu les citoyens que ce soit en Italie, en Autriche ou autre part en Europe.

Ce regain d’optimisme atteint pourtant rapidement ses limites. Le succès de la gauche italienne en Émilie-Romagne n’est pas identique à celui des sociaux-démocrates du Burgenland. Les uns ont pu préserver leurs acquis et su se défendre contre la menace de la Lega, les autres ont quelque peu « chipé » au FPÖ les thèmes qui lui sont chers. En effet, le président du Burgenland, Hans Peter Doskosil, reste fidèle à une ligne plus traditionaliste du SPÖ, « proche des gens », avocat d’une politique sociale généreuse, mais aussi de mesures répressives en matière d’immigration et de sécurité. À la tête d’une région limitrophe de la Slovaquie, de la Hongrie, mais aussi de la Slovénie, il a prôné une fermeté accrue contre les étrangers, récupérant ainsi un électorat qui, inquiet par la concurrence sur le marché du travail, s’était laissé tenter par l’extrême droite. Bien qu’il s’en défende, Doskosil pourrait représenter un danger pour la numéro un de son parti, Pamela Rendi-Wagner. Médecin, plus urbaine que le chef du SPÖ au Burgenland, mais contestée dans ses propres rangs, elle représente une social-démocratie plus ouverte et plus ‘libérale’ que celle incarnée par celui qui pourrait devenir à plus ou moins brève échéance son principal rival.

Le cas de Stefano Bonaccini est autre. Depuis 2014, il dirige avec force et vigueur l’une des régions les plus riches, non seulement de l’Italie, mais aussi de l’Europe. Ce natif de Modène est l’archétype de l’homme politique qui a réussi et continue de réussir. De surcroît, il a bénéficié d’un excellent bilan qui, dans ce bastion de gauche, ôte tout doute sur l’incapacité qu’auraient les sociaux-démocrates à ne pas savoir gouverner un pays. Par ailleurs, sa victoire est aussi due à ce mouvement jeune et inédit, à ce réveil citoyen des « Sardines » qui mérite de s’étendre au-delà de Bologne et de ses villes avoisinantes. Après avoir flirté avec les Cinque stelle, heureusement en pleine perte de vitesse et dont on ne soulignera jamais assez le mal que les amis de Beppe Grillo ont fait au Partido Democratico et à ses alliés, la gauche italienne a retrouvé ce nouvel envol auquel elle avait failli renoncer.

Que ce soit en Émilie-Romagne ou au Burgenland, les victoires du SPÖ et du parti démocratique italien ont conforté des formations que l’on croyait être sur le déclin. Mais, ni dans l’un ou l’autre cas, les sociaux-démocrates sont en droit de parler de triomphe. Si à Bologne, le succès porte la marque d’une gauche plus moderne, tel n’est pas le cas à Eisenstadt. Les épreuves que la social-démocratie européenne devra encore traverser seront longues, car elle est loin d’avoir retrouvé son assise idéologique et son imagination programmatique qui, autrefois, faisait sa force.

 

L’avenir incertain de la politique allemande

En choisissant le duo de gauche Saskia Esken et Norbert Walter-Borjans à la tête de leur parti, la majorité des adhérents du SPD font peser une lourde hypothèque sur l’avenir, voire sur la fin précipitée, de la grande coalition qui gouverne l’Allemagne depuis le mois de mars 2018. En chute libre dans les sondages, mais aussi lors des dernières élections régionales, les sociaux-démocrates n’ont peut-être pour seul choix de rompre une alliance dont ils ne tirent plus aucun profit. Ayant l’impression d’avoir accompli leur devoir depuis près de deux ans, ils tirent le signal d’alarme, persuadés qu’ils n’ont plus rien à attendre d’une chancelière qui, quoiqu’il arrive, quittera au plus tard la scène politique en septembre 2021. Sachant qu’elle ne sera pas remplacée par l’un ou l’une des leurs, ils laissent le soin à d’autres partis de diriger leur pays.

Bien malin alors qui peut déjà deviner le nom du prochain chancelier ou de la prochaine chancelière. La favorite reste Annegret Kramp-Karrenbauer, la cheffe de la CDU, d’autant qu’elle vient de remporter le dernier congrès de son parti fin novembre. Néanmoins, elle est loin de faire l’unanimité, car toujours contestée tant à l’interne qu’à l’externe. Son rival Friedrich Merz, réputé pour sa maîtrise des dossiers économiques et financiers, mais plus à droite qu’elle, n’a pas dit son dernier mot. Venu de sa Bavière natale, le chef de la CSU, Markus Söder, pourrait aussi arbitrer en sa faveur le duel fratricide que se livrent les deux premiers nommés. En cas d’échec de la CDU/CSU reléguée au second plan derrière les Verts, le succès d’un écologiste n’est pas à exclure. Même si cette éventualité est peu probable à l’heure actuelle, leurs deux leaders, Robert Habeck – l’intellectuel du Nord – ou la jeune Annalena Baerbock – née à l’Ouest mais députée de l’Est – ont leur chance.

Autre question en suspens, celle de la future composition du gouvernement après les élections de 2021. Si le scénario d’une alliance entre Verts et chrétiens-démocrates semble la plus probable, rien ne laisse supposer qu’ils puissent bénéficier à eux deux d’une solide majorité au Bundestag. Habituée à des compromis entre la gauche et la droite, la République fédérale a toujours réussi à former des coalitions qui n’ont jamais mis en péril ses propres équilibres démocratiques. Maîtrisant à la perfection sa dialectique entre la stabilité et la flexibilité, elle se prévaut d’une interchangeabilité des partis qui n’a que peu d’équivalent dans d’autres États européens. Ainsi, il faut remonter à Adenauer pour voir pareil phénomène : de 1957 à 1961, il a été l’unique chancelier qui a obtenu une majorité de sièges au Bundestag.

De fait, les Allemands détestent les gouvernements monocolores. Ils ne leur accordent aucune confiance, voire aucune légitimité. Ils préfèrent de loin les alliances de deux ou trois formations, considérant que les plus petites d’entre elles compensent l’appétit de pouvoir des partis dominants. En septante ans d’existence, la RFA n’a de fait connu que très peu de crises gouvernementales. Son système a toujours « très bien marché » et semble toujours être en parfait état de fonctionnement. Mais les apparences sont de plus en plus trompeuses, tant ce qui prévalait jusqu’à aujourd’hui risque de ne plus prévaloir demain.

Certes encore peu exposée aux mouvements des plaques tectoniques politiques qui ébranlent d’autres pays européens, l’Allemagne est désormais confrontée à de nombreux défis institutionnels auxquels elle s’est non seulement insuffisamment préparée, mais dont elle a aussi sous-estimé l’ampleur. Confiante dans les équilibres qu’elle a toujours trouvés entre le centre-droit et le centre-gauche, elle n’a prêté qu’une attention furtive à l’émergence des extrêmes, dont elle confond de surcroît leur provenance historique et idéologique.

Dorénavant marquée par une forte érosion des chrétiens- et sociaux-démocrates, la RFA enregistre un affaiblissement de son (faux) bipartisme – il fallait toujours compter avec les libéraux du FDP entre la CDU/CSU et le SPD -. Alors que du temps d’Helmut Kohl, ceux-ci récoltaient encore 87% des suffrages en 1983, ils ont perdu 30% des voix en l’espace de près de trente-cinq ans. Cette tendance risque aussi de s’accentuer. Ainsi, n’ayant même pas franchi la barre des 45% lors des dernières européennes, tous les sondages leur prédisent à l’heure actuelle de lourdes pertes en 2021 où, selon les derniers chiffres, ils rassembleraient à peine 40% des électeurs allemands.

Historiquement, l’Allemagne a toujours éprouvé de nombreuses difficultés à intégrer de nouvelles formations venues perturber l’alternance démocratique entre la CDU/CSU et le SPD. Ce fut d’abord le cas avec les Verts qui, entrés en 1983 au Bundestag, furent traités, comme le relevait le magazine Spiegel de l’époque, de « nazis, de communistes, de terroristes, voire de mafiosi ». Maintenant courtisés par la droite parlementaire, ils pourraient gouverner le pays au sein d’une coalition écolo-centriste en 2021 ! Puis, ce fut au tour de la gauche post-communiste du PDS et de la Linke. Condamnée à raison pour son passé est-allemand, elle a été bafouée à tort pour son rôle au sein d’une Allemagne unifiée. Refusant sa démocratisation, la société (ouest)-allemande n’a pas reconnu son rôle de réceptacle protestataire qu’elle a offert à une gauche en déshérence idéologique et identitaire. Enfin, en ne s’attaquant qu’au passif de la RDA, l’Allemagne d’aujourd’hui a trop longtemps sous-estimé le danger d’une extrême droite qui, avec l’entrée de l’AFD au Bundestag en 2017, constitue ni plus ni moins le principal parti d’opposition au gouvernement d’Angela Merkel. Se rendant compte désormais de son erreur stratégique, la République de Berlin est placée devant un dilemme pour lequel elle n’a pas esquissé la moindre réponse. Trouvant de plus en plus difficilement des majorités dans les Länder et, aussi selon toute vraisemblance au Bundestag d’ici deux ans, la République fédérale fait naître de nouvelles incertitudes allemandes. Refusant la seule solution qui s’offre à elle, elle risque alors de vivre des lendemains qui déchantent. Pour éviter d’interminables tractations pour former une nouvelle coalition, elle n’aurait d’autre choix que de recourir à l’introduction d’une dose de système majoritaire. Mais n’en voulant à aucun prix, elle s’expose alors à des scénarios qui rappelleraient les cas belges ou italiens.

À deux ans de son départ, la fin de Merkel ressemble à s’y méprendre à celle d’Helmut Kohl. Elle ne tentera plus rien, car elle n’est plus en mesure de le faire. La présidence allemande de l’Union européenne du second semestre 2020 ne se présente pas sous les meilleurs auspices, tant l’immobilisme de la politique allemande se fait ressentir à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. Suspendue à la décision des sociaux-démocrates de quitter la grande coalition et en bisbille avec Emmanuel Macron pour ne pas avoir voulu réformer le volet institutionnel de l’UE, la chancelière fait preuve d’une passivité que l’on ne lui connaissait guère. Satisfaite d’avoir accompli ce qu’elle voulait accomplir, nullement intéressée à remettre en cause ce qu’elle a elle-même bâti, elle ne voit aucun intérêt à redevenir la femme des réformes qu’elle fut au début de son mandat. Elle laissera la RFA dans un bon état, mais dans un état plus fragile que ne le croient ses compatriotes et ses principaux voisins. C’est là tout le défi que son successeur devra relever, c’est là aussi toute la difficulté à laquelle elle expose non seulement les citoyens allemands, mais aussi ses partenaires européens.

 

Mieux comprendre la chute du Mur de Berlin

Mieux comprendre la chute du Mur de Berlin, ce n’est ni régler ses comptes avec le communisme, ni faire l’éloge d’un capitalisme surpuissant. Si le second a vaincu le premier, rien ne sert de pavoiser. Les Allemands de l’Est voulaient la liberté, mais pas obligatoirement celle qui leur fut octroyée. Nombre d’entre eux aimaient la RDA, non pour ce qu’elle était devenue, mais pour ce qu’elle aurait dû être. Sauf que, bien que république et allemande, elle n’a jamais été démocratique. Quant à la RFA, elle était et demeure une république, allemande et fédérale. Démocratique, elle l’a toujours été et le reste. Pourtant, la démocratie à laquelle rêvaient celles et ceux qui ont fait tomber le Mur de Berlin n’est pas celle qu’ils ont obtenue. Ils l’imaginaient moins inégalitaire, plus sociale et plus culturelle.

Ils étaient naïfs, mais sincères. Ils ne voulaient pas être absorbés par l’Ouest. Toutefois, ils l’ont été. Ils n’ont pas été colonisés par leurs grands frères occidentaux, tout simplement dominés par eux. Sourds aux remontrances qui leur furent adressées à l’époque, ils se sont engouffrés volontairement dans une unification à laquelle ils n’avaient pas obligatoirement aspiré. Victimes d’un système qui les avaient trahis et laissés pour compte, ils croyaient aux promesses et plus encore au grand soir qu’ils ont fêté comme un seul homme onze mois après la chute avec leurs concitoyens de l’Ouest.

Libérés du joug d’une dictature horriblement vieillissante, ils ne pensaient qu’à leur cure de jouvence dont ils ont rapidement connu les limites sociales et politiques. Dans une Allemagne qui, selon les mots même du chancelier Helmut Kohl, ne devait être qu’une suite élégante de « paysages florissants », ils se sont vite retrouvés devant un amas de taules détruites, d’usines désaffectées et de friches industrielles. Tout était à refaire, à reconstruire, pour eux, mais sans eux. Ils pouvaient dorénavant exercer leur droit de vote librement, mais avaient partiellement perdu celui de la parole. Tout se faisait sans les consulter, car classés « seconde catégorie », ils étaient mis à la marge d’une société qui était pourtant toujours la leur.

Les élites devenaient interchangeables. Idem pour la culture. Les universités recrutaient à tour de bras. Des postes de professeur furent offerts à des chercheurs de l’Ouest, pas plus qualifiés que ne l’étaient ceux de l’Est, mais ayant pour seul avantage celui d’avoir été éduqués en RFA. Nombre de livres étaient mis au pilori, alors que les écrivains est-allemands furent soupçonnés d’allégeance au pouvoir communiste. Ce procès à l’emporte-pièce ne traduisait qu’un sentiment de revanche de celles et ceux qui étaient persuadés de représenter la « meilleure des Allemagnes ».

De fait, la République fédérale était meilleure que celle qui n’avait de démocratique que le nom. Néanmoins, la seconde recelait en elle une masse critique que l’Allemagne de l’Ouest a trop vite critiquée. Sans elle, le Mur de Berlin ne serait jamais tombé. Sans elle, il n’y aurait jamais eu des manifestants qui, n’ayant pas froid aux yeux, revendiquaient le droit à cette citoyenneté libre et démocratique dont ils furent si longtemps privés. Sans elle, enfin, il n’y aurait jamais eu 500 000 personnes qui, réunies sur l’Alexanderplatz de Berlin un 4 novembre 1989, applaudissaient aux appels à la liberté lancés par des intellectuels de renom comme Christa Wolf, Christoph Hein, Stefan Heym ou Heiner Müller. La RDA était fière de ses écrivains. Elle pouvait l’être, sauf que la RFA ne l’a jamais reconnu et compris.

La chute du Mur de Berlin est l’œuvre des Allemands de l’Est et non celle des Allemands de l’Ouest. Elle est aussi le fruit de la politique de Mikhaïl Gorbatchev, sans lequel il n’y aurait jamais eu de 9 novembre 1989 à Berlin. Quant à Helmut Kohl, l’homme de la réunification, il se trouvait ce jour-là en Varsovie lors d’une visite de sinistre mémoire. Témoin maladroit d’un événement qu’il n’avait pas vu venir, il fut copieusement sifflé le lendemain devant l’Hôtel de ville de Berlin-Ouest. Tout au contraire de Willy Brandt, acclamé par cette même foule qui, comprenant l’importance historique du moment, n’hésita pas à prononcer une phrase lourde de sens : « Es wächst zusammen, was zusammen gehört », que l’on pourrait traduire en français par les mots de « Se réunissent dans leur croissance les êtres unis dans leur essence ». Maire de Berlin-Ouest le jour de la construction du Mur, ce même Willy Brandt fut non seulement le premier homme politique ouest-allemand à avoir prédit l’unification allemande du 3 octobre 1990, mais aussi à être directement associé à la chute d’un mur qu’il avait maudit dès son érection le 13 août 1961.

Onze mois plus tard, l’Allemagne n’était plus qu’une. Elle devait son unité à Helmut Kohl, à la CDU et aux les Allemands de l’Est qui, à l’occasion des seules élections libres et démocratiques du 18 mars 1990, accordaient largement leurs suffrages à « l’Alliance pour l’Allemagne » (« Allianz für Deutschland »). Soutenue, financée, orchestrée et téléguidée par les chrétiens-démocrates à Bonn, celle-ci était à la tête du seul et éphémère gouvernement démocratique d’une RDA condamnée à disparaître. Tel ne fut pas l’esprit d’un 9 novembre 1989. Cette date marquait l’apogée d’une révolte pacifique opérée par des femmes et des hommes qui croyaient incarner LE peuple. Plus tard, ils devaient se rendre à l’évidence : la majorité de leurs concitoyens ne désiraient plus être qu’Un peuple, uni et allemand. En ce trentième anniversaire de la chute du Mur, il est temps de leur rendre hommage. Ce n’est que le 3 octobre 2020 que l’on pourra célébrer les artisans et les pères de l’unité allemande.

 

 

L’européanisation de la vie politique suisse

L’anecdote a presque valeur de symbole. Sur le bandeau des émissions en continu de France 24, la chaîne française d’information internationale, défilait le texte suivant : « Genève : la Suisse élit un nouveau parlement ». Dans la plus pure tradition de l’ignorance géographique française, la Suisse était, une fois de plus, réduite à sa plus petite expression genevoise. Que le Parlement fédéral puisse se trouver à Berne n’avait même pas effleuré l’esprit de la rédaction de cette télévision made in France.

Cela ne présente d’ailleurs que peu d’intérêt, à l’exception toutefois de la faible couverture que la presse étrangère et européenne a accordée aux élections suisses. Non par ostracisme helvétique, mais par souci pour la chose politique, le scrutin de dimanche dernier appelle pourtant plusieurs analyses qui dépassent le cadre du « commentaire à chaud ».

Nonobstant les sondages helvétiques qui, loin de la précision légendaire que se sont forgée les Suisses, avaient largement sous-estimé la vague écologiste, les enseignements de ce dimanche électoral ne se résument pas aux seuls succès des Verts et des Vert’libéraux. Qu’elle l’admette ou non, la Suisse s’est européanisée en ce 20 octobre 2019. Elle a épousé les grandes tendances qui dessinent le paysage politique de nombreux pays membres de l’UE. Touchée, comme d’autres auparavant, par la tectonique des plaques politiques, elle assiste à une remise en cause d’un système qu’elle croyait immuable à très long terme. C’est pourquoi la fragmentation partisane suisse est très comparable avec celle qui a touché ses voisins depuis le début de la décennie.

Tôt ou tard, les écologistes auront leur siège au Conseil fédéral. Comme c’est ou fut le cas dans de nombreux États environnants, ils feront partie du gouvernement national et devront porter la responsabilité collégiale des décisions prises à Berne. Ne pouvant plus s’affranchir d’une quelconque attitude oppositionnelle, ils endosseront leur rôle de gouvernants. Cette nouvelle charge constituera pour eux à la fois une chance et un danger. Ainsi, une nouvelle opportunité s’offre à eux, si l’on se réfère à l’exemple allemand du Bade-Wurtemberg, où les Verts dirigent un Land aux performances économiques remarquables. Mais le risque n’est pas exclu, si l’on prend la France avec la démission spectaculaire de Nicolas Hulot qui, il y a plus d’un an, avait dressé un constat d’échec.

Particularité suisse certes, la cohabitation entre les deux formations vertes pourrait aussi révéler les contradictions d’une pensée aux contours encore très fluctuants. Pour survivre à plus long terme, les écologistes devront alors s’affirmer sur d’autres fronts et non se cantonner dans une lutte, aussi sincère que simplificatrice, pour la protection du climat. Parce que soumis aux rapports de force dialectiques entre la politique et l’économie, l’environnement ne se déploie pas dans un espace uniforme et unidimensionnel. Face à des Verts fortement ancrés à gauche, les Vert’liberaux font figure de néolibéraux qu’un jus de pomme bio ou quelques déplacements en limousine électrique n’octroient aucun passe-droit social et progressiste. Tôt ou tard, ces deux partis se retrouveront chacun des deux côtés de l’échiquier politique, tant les choix de société ne s’opèrent pas seulement sur des critères écologiques. Là aussi, l’Europe politique nous apporte son lot d’expériences, le groupe des Verts européens éprouvant toujours des difficultés pour surmonter ses divergences internes et définir une ligne de conduite commune au sein du parlement de Strasbourg.

Pourtant, c’est chez les socialistes que l’européanisation de la politique suisse se manifeste avec le plus de vigueur. Persuadé d’être protégé à tout jamais par la formule magique, le PS suisse se croyait à l’abri de la défiance électorale et idéologique qui, à part le Portugal, l’Espagne et une partie de la Scandinavie, lamine de fond en comble la social-démocratie européenne. Depuis dimanche dernier, il sait que ce n’est plus le cas. Il ne suit en cela que les tristes exemples de ses homologues du PS français, du SPD allemand et du SPÖ autrichien qui, présumés insubmersibles, n’ont cessé de perdre des électeurs depuis dix ans. Quant au parti démocrate italien, il est désormais privé du seul leader sur lequel il pouvait encore compter, Matteo Renzi ayant décidé de créer une fondation politiquement proche de la République en Marche d’Emmanuel Macron. Principaux perdants des élections au Conseil national, les socialistes ne peuvent plus faire l’impasse sur un débat en profondeur dont les limites ne s’arrêtent plus aux seules questions stratégiques auxquelles ils avaient consacré la majeure partie de leur temps. À l’image de leur position de plus en plus ambiguë sur l’Europe, ils naviguent ou dérivent entre un « social-nationalisme » à la Mélenchon et un social-libéralisme à la Schröder. François Hollande ou le manque de direction nationale du SPD n’étant ici que les symptômes précurseurs ou actuels d’une remise en cause intellectuelle à laquelle les socialistes européens ont trop longtemps refusé de s’astreindre. Idem aujourd’hui pour les socialistes suisses, avec le résultat que l’on connaît depuis dimanche dernier !

En revanche, l’européanisation de la Suisse a aussi ses limites. Surtout là où il ne faudrait pas qu’elle en ait. En effet, les élections au Conseil national s’inscrivent dans une tendance citoyenne inverse à celle amorcée à l’occasion des élections européennes de mai dernier. Alors que ces dernières avaient enregistré un regain de la participation en Europe, dépassant les 50% de votants en mai 2019, le scrutin suisse s’est soldé par un trop fort taux d’abstention. Avec un peu plus de 45% de votants, la Suisse a suivi un chemin contraire à celui des États de l’Union européenne. Elle n’a pas de quoi en être fière, d’autant qu’elle avait critiqué l’Ambassadeur de l’UE auprès de la délégation de l’UE à Berne, lorsque celui-ci s’était félicité de la mobilisation citoyenne européenne en mai dernier. Dotée d’un peu plus de civisme pour le bien de sa démocratie, la politique suisse devrait largement s’inspirer ici de ce qui se déroule hors de ses frontières, à savoir chez ses voisins et partenaires européens.

 

Information : les Études européennes de la Faculté des lettres et des sciences humaines de l’Université de Fribourg organisent un colloque international sur « la social-démocratie et l’Europe » les jeudi et vendredi 28 et 29 novembre. Pour tout renseignement, veuillez prendre contact avec Madame Marie Moulin, marie.moulin@unifr.ch .

 

 

 

 

Le “Goulardgate”, une épreuve de force pour le franco-allemand

Emmanuel Macron savait ce qui l’attendait. Que les nouveaux parlementaires européens ne seraient pas tendres avec lui, voilà qui n’aurait pas dû le surprendre. Autant sa décision de s’opposer à la candidature de Manfred Weber à la tête de la Commission européenne paraissait justifiée, autant celle de désigner Sylvie Goulard en son sein ne l’était pas. Alors que le premier nommé n’avait pas le costume de l’emploi, la seconde présentait trop de défauts pour siéger avec vingt-six autres de ses collègues à Bruxelles.

Ce que la presse qualifie d’ores et déjà de « Goulardgate » était prévisible. Pour se venger d’avoir sursis au principe, et non à l’obligation légale, du Spitzenkandidat, le président de la République française était dans l’œil du cyclone des députés de Strasbourg. Principaux artisans de ces représailles anti-Macron, les membres du PPE, Allemands en tête, n’avaient que pour seul objectif de mettre des bâtons dans les roues du locataire de l’Élysée. Victime des conservateurs, et notamment des amis politiques et compatriotes d’Angela Merkel, Emmanuel Macron a fait preuve d’une stupéfiante légèreté politique, croyant presque naïvement que le donnant-donnant entre Paris et Berlin, avec Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission et celle de Christine Lagarde à celle de la BCE, allait calmer les ardeurs des élus du PPE en général, et de la CDU/CSU en particulier.

Au-delà d’un l’échec personnel pour Macron, la défiance exprimée par le parlement européen à l’encontre de la candidature de Sylvie Goulard constitue un sérieux revers pour la relation franco-allemande. Voulant rendre la monnaie de leur pièce au numéro un français, les élus chrétiens-démocrates avaient préparé leur revanche. Par leur vote, ils ont non seulement exprimé leur refus de nommer Sylvie Goulard à la Commission européenne, mais aussi manifesté leur hostilité à l’adresse d’une politique pro-européenne française qu’ils jugent trop ambitieuse. Ainsi, comme l’avait fait la France à l’égard de la proposition allemande du « noyau dur » en 1994, la RFA n’a jamais répondu aux projets de relance européenne présentés par le président de la République française lors de son discours du 26 septembre 2017 à la Sorbonne. Exemple supplémentaire de cette situation de « fronts renversés », où le frein à disque allemand arrive à bloquer toute nouvelle dynamique communautaire, les ententes ou pseudo-ententes et autres psychodrames entre Paris et Berlin reflètent l’état d’une relation binationale dont la seule planche de salut est le départ annoncé, au plus tard à l’automne 2021, de la chancelière Angela Merkel.

Toutefois, rien ne sert de jeter la pierre aux seuls Allemands. La France est également fautive de ne pas avoir su prendre les bonnes mesures, de ne pas avoir jaugé à temps les arcanes d’un jeu poker menteur et d’avoir eu comme seule réaction celle de s’en prendre à Ursula von der Leyen qu’elle avait pourtant, peu de semaines auparavant, adoubé à la tête de la Commission européenne. En l’incriminant d’avoir choisi Sylvie Goulard parmi trois candidats qu’elle lui avait soumis, la présidence de la République a souligné son manque de fermeté pour prendre une décision qui seule lui incombait. Faudrait-il alors rappeler à Emmanuel Macron que ce n’est pas von der Leyen qui désigne le commissaire français, mais lui. Semblant l’avoir oublié, il en paye aujourd’hui le prix politique.

Que Sylvie Goulard n’ait pas été une bonne candidate, aujourd’hui tout le monde en convient. Toutefois, aurait-il fallu s’en apercevoir plus tôt. Connue pour ses ennuis juridiques et ses gracieux émoluments versés par un organisme américain, cette très éphémère ministre des Armées est une personne clivante. Aimant jouer les premiers rôles, dotée d’un carnet d’adresses bien rempli, elle suscite autant l’admiration chez certains politiques qu’elle incite à beaucoup plus de prudence dans des milieux moins exposés et plus académiques. Toutefois, cela n’a aujourd’hui plus guère d’importance, son sort étant désormais scellé. En revanche, son éviction pourrait offrir une nouvelle chance à la France et constituer une nouvelle rampe de lancement pour sa politique européenne. Après s’être débarrassé de Manfred Weber pour son manque d’envergure et avoir été débarrassé, bien malgré lui, de Sylvie Goulard pour ses excès d’appétit financier, Emmanuel Macron peut se saisir de ce camouflet pour rebondir. À condition néanmoins de rester ferme et vigilant sur les trois points suivants :

  1. choisir au poste de commissaire une personne au-dessus de tout soupçon moral et pénal ;
  2. opter pour une personne qui sera l’avocat-e- de la politique pro-européenne présentée il y a plus de deux ans par le Président de la République lors de son discours à la Sorbonne ;
  3. ne pas donner la priorité à une personne germano-compatible, mais au contraire à un-e candidat-e susceptible de lutter à armes égales avec Berlin.

De loin, ce troisième point est le plus important de tous. Victime d’une trop longue tradition diplomatique française qui veut toujours « faire plaisir aux Allemands », alors que ceux-ci ne ressentent pas le moindre besoin de « faire plaisir » à leurs homologues français, Emmanuel Macron n’a plus que pour unique solution d’engager un bras de fer avec Berlin. Pour sortir l’Europe de la torpeur politique dans laquelle elle se trouve, rien de mieux que de se priver de personnalités, telles que Sylvie Goulard ou Manfred Weber. Le chef de l’État français devrait le savoir. Qu’il en ait néanmoins conscience, rien n’est moins sûr !

 

 

 

 

Accord-cadre: l’imbroglio intragouvernemental suisse

Dans toutes les démocraties, les ratés gouvernementaux ne sont pas prêts à s’estomper. Contredire publiquement un collègue ministre est devenu une pratique courante qui n’irrite plus grand monde. Cela concerne notamment les gouvernements de coalition, où la mise en cause de l’un des membres du cabinet fait partie d’un jeu politique savamment dosé pour se renforcer soi-même et affaiblir l’autre.

La plupart du temps, cela se termine par une conciliation plus ou moins sincère, où chacune des parties incriminées tente d’agir dans l’intérêt supérieur du pouvoir en place. En revanche, en cas de très grave désaccord, la solidarité gouvernementale peut entraîner la démission plus ou moins forcée ou a contrario consentante d’un ministre. On ne compte plus les exemples qui, à travers le monde et l’Europe, ont obligé l’une ou l’autre à quitter son poste. Cela s’appelle les risques du métier ou, pour reprendre une formule célèbre de Jean-Pierre Chevènement, qui lui l’a grandement ouverte à plusieurs reprises, « un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Rien de tel, paraît-il en Suisse. Au nom de la sacrosainte collégialité, l’exécutif serait toujours sur la même ligne. Même si, composition de la formule magique oblige, nos gouvernants peuvent émettre des avis divergents, l’unicité de penser et de travailler prévaut à l’intérieur de notre politique du consensus. Bref, les quelques différends se règlent toujours au plus vite, d’autant que chaque Conseiller fédéral évite de marcher sur les plates-bandes de l’un des six autres départements qu’il ne dirige pas lui-même. C’est du suisse pur jus, la traduction presque subliminale de notre devise traditionnelle du « un pour tous et tous pour un ».

Mais le tableau est trop idyllique pour être vrai. Alors qu’elle souhaiterait le faire, la Suisse ne fait pas exception à la règle. À l’exemple de ce qui se passe hors de ses frontières, elle est aussi le théâtre de crises intragouvernementales. Ainsi, le Président de la Confédération Ueli Maurer a, ni plus ni moins, prédit et annoncé l’échec de l’accord institutionnel avec l’Union européenne, lors de la réception des ambassadeurs fin août. Confondant visiblement son propre avis avec celui du Conseil fédéral, il n’a que trop démontré la fragilité politique de ce dernier. Quant à l’Union européenne, partagée entre deux sentiments, elle s’est directement sentie visée. D’une part, elle n’accorde plus grande confiance à la parole suisse. D’autre part, elle s’amuse d’un gouvernement helvétique qui, drapé d’un costume immaculé de la démocratie, n’est même pas capable de s’entendre en son propre sein. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, la Suisse fait pâle figure par la seule faute de son président en exercice.

Victime directe d’un faux-pas diplomatique de ce dernier ou, plus vraisemblablement, d’une allocution mûrement réfléchie en cette année électorale, le Chef du Département des Affaires étrangères a dû se sentir bien seul. Publiquement désavoué par « son » président et en position de faiblesse face à ses interlocuteurs bruxellois, il est le dindon d’une farce qui n’a rien de drôle. Ignazio Cassis fait de la peine, même s’il aurait pu se prémunir contre la provocation d’un roublard de la politique bernoise. Pour s’être fait quasiment volé le principal dossier dont il a la charge, il s’est retrouvé sur le banc de touche d’un jeu dont il n’a plus la maîtrise. Pour reprendre une autre formule célèbre, il n’est pas coupable, mais responsable pour n’avoir pas vu venir le guet-apens qu’Ueli Mauer lui a posé. Responsable encore de ne pas avoir su immédiatement démentir des propos qui n’avaient pas lieu d’être – notamment et surtout pas devant un parterre médusé d’ambassadrices et ambassadeurs aguerris à la chose diplomatique.

Dans beaucoup d’autres pays, le ministre aurait dû démissionner ou, au contraire, demander la démission de son collègue, d’ailleurs pas trop collégial. Quel que soit l’avis que l’on partage sur l’accord-cadre, cet épisode va laisser des traces dont la Suisse ne sort pas grandie. D’une part, à l’extérieur, elle démontre qu’elle est beaucoup moins unie qu’elle ne le prétend elle-même. D’autre part, à l’intérieur elle a fait tomber le masque de son discours consensuel qui n’a de consensuel que le nom.

Après les élections du 20 octobre, les cartes seront rebattues. Nul ne peut encore prévoir les changements éventuels d’affectation entre les différents Conseillers fédéraux. Nul ne connaît encore les contours d’une politique européenne helvétique qui n’arrête pas de faire du surplace. Mais tout le monde s’accordera au moins sur un point, à savoir que le gouvernement fédéral ne sait plus exactement où il en est en matière d’Europe.

 

Le signal d’alarme est-allemand

Les élections régionales au Brandebourg et en Saxe ne se présentaient pas sous les meilleurs augures. Pourtant, leur résultat aurait pu être bien pire que celui enregistré le 1er septembre 2019. Non qu’il faille s’en féliciter, mais se garder de toute exagération qui ferait de ce que l’on appelait, il y a peu, « les nouveaux Länder » la terre brune de l’Allemagne. Ne méritant toutefois pas d’être minimisé dans son ampleur, le très bon score de l’AFD (Alternative für Deutschland) ne met pas (encore) la démocratie allemande en danger. Constituant un très sérieux signal d’alarme, la peur suscitée par l’extrême droite allemande n’est pas supérieure à celle exercée par des partis analogues, très bien implantés autre part en Europe.

Conséquence presque paradoxale de ce scrutin, les 25% des voix recueillis par l’AFD ont consolidé la grande coalition au pouvoir à Berlin. Se maintenant respectivement en tête à Dresde pour la CDU et à Potsdam pour le SPD, les deux formations gouvernementales demeurent pieds et poings liés pour ne pas risquer une crise nationale qui aurait des effets dévastateurs pour elles. Si les prochaines élections en Thuringe du 27 octobre devaient confirmer la tendance de dimanche dernier, chrétiens- et sociaux-démocrates continueront à se partager les portefeuilles ministériels dans un gouvernement de fin de règne qui ressemble de plus en plus à celui que dirigeait Helmut Kohl durant les deux dernières années de son mandat. Alors que la République fédérale aurait besoin d’un renouveau politique, ces deux élections régionales viennent repousser à plus long terme une alternance plus que nécessaire et souhaitable en Allemagne.

Aujourd’hui, tout le monde parle de l’AFD. Pour s’en offusquer avec raison, pour dénoncer légitimement le parcours néonazi de son Spitzenkandidat dans le Brandebourg, voire pour s’interroger sur son financement occulte et l’attitude xénophobe de l’une de ses leaders nationales qui s’en prend aux étrangers depuis son domicile suisse, trop contente de bénéficier des avantages sociaux, financiers et fiscaux dont elle jouit sur le territoire helvétique. Ce qui aurait été jugé impardonnable pour tous les autres partis politiques, ne l’est pas pour l’extrême droite allemande. Ses électeurs ne prêtent guère d’attention aux scandales qu’elle provoque ou développe. À l’image de ce qui se passe ailleurs, ils lui accordent un blanc-seing ou autre passe-droit qui l’immunisent contre toute autre forme de procès.

L’AFD se félicite d’être devenue aujourd’hui « le parti de l’Est ». Se prévalant d’une position qu’elle n’occupe que très partiellement, elle est néanmoins en droit de revendiquer ce titre. Elle a indéniablement pris la place de la Linke qui vient de subir l’échec le plus cuisant de son histoire. Connue, d’abord, depuis sa naissance dans les heures tourmentées de l’automne 1989, sous le nom de PDS (Partei des Demokratischen Sozialismus), la gauche postcommuniste est la principale perdante des élections régionales du Brandebourg et de Saxe. Événement majeur de la vie politique allemande, celui-ci n’a été que trop peu repris dans les analyses qui ont suivi le scrutin du 1er septembre dernier. Décrié, vilipendé, voire insulté pour avoir succédé à la SED (Sozialistische Einheitspartei Deutschlands), soit au tout puissant parti de Walter Ulbricht et d’Erich Honecker en RDA, le PDS (puis la Linke) a joué, pendant près de vingt-cinq ans, son rôle de « soupape de sécurité démocratique » qu’il n’est dorénavant plus en mesure d’assurer. S’étant trop « occidentalisée », trop ouverte à l’Ouest de l’Allemagne, privée de ses figures charismatiques comme Gregor Gysi et subissant à ses dépens les effets de la crise idéologique de la gauche, la Linke paye le prix fort de ses propres errements politiques et stratégiques. Mais loin d’être la seule coupable, elle a été la victime de l’attitude des autres partis qui, même encore longtemps après l’unité allemande du 3 octobre 1990, refusaient de s’allier avec une formation issue de la République démocratique allemande. Pour n’avoir pas su – et surtout pas voulu – accompagner le processus de démocratisation des anciens communistes est-allemands, la politique allemande a ouvert une brèche dans laquelle l’AFD s’est parfaitement engouffrée. N’ayant, par ailleurs, pas reconnu à temps un phénomène pourtant prévisible, l’Allemagne a fait le lit d’une extrême droite qui n’attendait plus que cela pour en profiter.

Occupant désormais la posture tribunitienne laissée vacante par le PDS/la Linke, l’AFD reprend à son compte toutes les peurs et angoisses exprimées sur le territoire de l’ex-RDA. Avocate déclarée des « petites gens », elle se fait la porte-parole des mécontentements qui subsistent à l’Est. Habile défenseur des us et coutumes d’une société largement petite bourgeoise, où une part de résignation et d’ostracisme se mêle avec un mélange diffus d’autoritarisme luthérien et de réminiscence totalitaire, elle bénéficie d’une position de refus qui s’exprime notamment dans les campagnes et petites villes de l’Allemagne orientale. Trouvant là son terreau électoral qu’elle sait très bien cultiver, elle n’a cure des débats théoriques qui ne cessent de faire le procès de la RDA. Laissant cette tâche à ceux qui n’ont toujours pas compris que la chute du Mur de Berlin ne date pas d’hier mais de presque trente ans, elle déploie à la perfection une « idéologie de la proximité » auprès d’un électorat qui ne désire qu’une seule chose : que l’on parle uniquement de lui.

Ce souci, au demeurant et apparemment légitime, cache néanmoins une autre réalité dont non seulement l’AFD, mais toute l’Allemagne refuse de parler, à savoir la baisse démographique qui touche surtout les Länder de l’Est. Ayant perdu 15% à 20% de leur population depuis l’unification du 3 octobre 1990, ils vieillissent à grands pas et, selon des études très sérieuses, ne compteraient aujourd’hui plus que le même nombre d’habitants qu’ils avaient ensemble en 1905. En d’autres termes, l’Allemagne de l’Est a un besoin urgent d’immigration. Sachant que nombre de leurs citoyens, peu habitués à accueillir des étrangers, n’en veulent à aucun prix, l’AFD surfe sur une vague de xénophobie que personne n’ose véritablement désigner par son nom et combattre de toutes ses forces. Mais tôt ou tard, ces cinq Länder se heurteront à la dure loi des réalités. Soit ils accepteront sur son sol des centaines de milliers d’immigrés et leur situation s’améliorera ; soit ils se laisseront envouter par les marchands de sable de l’extrême droite et sombreront dans un chaos économique et social. Pas sûr alors que les Allemands de l’Ouest et encore moins l’Union européenne les aideront financièrement et, contrairement aux programmes développés après l’unification, les sauveront du marasme dans lequel ils auront sombré par leur propre faute.