Pourquoi changer? On est si bien!

Dans le Temps de ce matin, deux articles m’interpellent. Le premier, présentant l’étude de Sabine Emad, professeur de marketing à Genève, tend à montrer que la génération des jeunes (les millennials et la génération Z selon l’étude) n’a pas la fibre écologique et sociale que promettaient les grèves pour le climat de l’avant-Covid. Plus encore, alors qu’il semblait que la période Covid avait permis de repenser notre lien à la nature -souvenez-vous du plaisir à contempler des ciels sans trainées d’avion, du besoin de nature des citadins confinés, du bonheur retrouvés par certains à cultiver leurs légumes, etc.- son étude montre que les anciennes habitudes consuméristes refont surface en même temps que s’allègent les contraintes liées à la distanciation sociale et, surtout, aux déplacements. 

A leur décharge, la pandémie a encouragé l’e-commerce, qui n’avait d’ailleurs pas besoin d’elle pour faire son beurre. Et notre cerveau limbique participant à nous faire choisir la solution la plus agréable, voire facile, ne cherche que sous la contrainte du néocortex à nous faire réfléchir aux enjeux de nos actions. Autant dire qu’il faut des valeurs bien ancrées pour faire l’effort de se poser les “bonnes” questions quant à nos choix de consommation.

Ainsi, Zalando fait fortune au mépris de ses employés, autant que de l’écologie. Il n’est bien sûr pas le seul, Amazon, par exemple, n’est pas mieux.

Le second article qui a retenu mon attention ce matin montre comment Mac Donald fait du greenwashing pour verdir un peu plus son image en Suisse. Car nous savons tous que la Suisse a une grande propension à faire en sorte que les pollutions se fassent en dehors de ses frontières, préservant ainsi notre image d’un pays “propre”. Nos banques sont les premières à montrer l’exemple en investissant discrètement dans des exploitations extrêmement polluantes et non éthiques, ou en faisant mine -c’est le cas de le dire- de ne pas être impliquées auprès d’entreprises qui le font.

Pour en revenir à Mac Donald, il est bien évident que la première source de pollution, sa production de viande, que ce soit pour ses nuggets ou pour ses hamburger (même s’ils affirment que la viande est locale), n’est absolument pas remise en question. Mais qu’importe, surtout si celle-ci ne fait que détruire la forêt amazonienne. L’important, c’est bien que les véhicules qui la livrent sur les routes helvétiques roulent écologique! Pour autant que la voiture à hydrogène dont ils font leur emblème pour atteindre un steak neutre en carbone le soit vraiment…

Quels liens entre tout ceci et l’éducation? Un lien qui me semble évident en tant que formatrice de futur·es enseignant·es primaires: engoncés dans une vision du développement durable qui nous a rendu “climato-quiétistes“, nous n’avons pas préparé et nous ne préparons toujours pas les jeunes génération à penser des changements significatifs, ni à comprendre l’urgence dans laquelle ils doivent être réalisés. Il manque, dans notre vision de l’enseignement, des éléments-clés tels que le questionnement philosophique de ce qui fait notre bien-être. Notre estime de soi, notre respect des autres, notre empathie envers le vivant sont autant de compétences émotionnelles qui nous permettent de nous sentir assez bien dans notre peau pour pouvoir nous contenter de ce que nous avons, sans toujours chercher à “avoir” plus. Il faudrait un jour avoir le courage de poser à chaque élève la question de ce qui nous caractérise: le verbe “être” ou le verbe “avoir”?  

Tant que nous penserons d’abord facilité et confort matériel avant de mettre en avant le lien social et le lien environnemental, aucun changement ne sera possible. Et “nos jeunes” continueront à prendre un vol low-cost pour aller faire du shopping à Londres ou Barcelone tout en mangeant vegan des produits sur-emballés dans du plastique.

Francine Pellaud

Professeur à la Haute école pédagogique de Fribourg, Francine Pellaud s'intéresse aux compétences nécessaires aux élèves pour aborder sereinement et avec créativité les incertitudes de ce XXIe siècle.

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