Et si on parlait d’autre chose que des changements climatiques?

En dehors de l’apprentissage des éco-gestes, la majeur partie de ce qui se passe en éducation en vue d’un développement durable fait référence aux changements climatiques. Certes, c’est l’épée de Damoclès qui pèse de plus en plus lourdement sur nos têtes, et les médias en sont la caisse de résonance. Mais que pouvons-nous y faire, nous, simples citoyens ? Et plus encore les enfants? Car si, en tant qu’adultes, nous pouvons au moins choisir d’isoler notre maison et de préférer un gros pull au chauffage, de supprimer nos voitures polluantes au profit des transports publiques, de passer des vacances en partant en train plutôt qu’en avion, de choisir des produits locaux ne nécessitant pas de longs transports…. que peuvent faire les enfants comme actions concrètes? Il faut être réaliste. Sans décisions politiques fortes et une économie se détournant complètement des hydrocarbures, nos actions individuelles ne vont pas sauver la planète. Par contre, elles ont le pouvoir de montrer aux dirigeants que nous sommes prêts à changer et à modifier nos habitudes. Ce qui n’est pas rien.

Mais côté école ? Est-ce bien le thème à aborder ? Certes, il est essentiel d’être conscient de la situation et de la comprendre, ne serait-ce que pour pouvoir accepter les changements que celle-ci devrait imposer. Par contre, l’impuissance que l’on ressent face à tout cela est peut-être encore plus déprimant pour les enfants que pour les adultes.

En abordant des thématiques tout aussi importantes mais peut-être moins médiatisées, l’école peut offrir aux élèves de véritables possibilités d’action. S’attaquer au problème de la diminution de la biodiversité en créant un jardin potager, des espaces fleuris, un étang permet d’observer de véritables changements, déjà sur le temps d’une année scolaire. Se préoccuper des ressources fossiles en identifiant les composants d’un smartphone ou d’un ordinateur peut faire prendre conscience qu’en changer toute les années est une ineptie écologique qui favorise cette économie débridée qui ruine notre environnement.
Travailler sur les habitudes alimentaires pour consommer moins de viande et provenant d’élevages non intensifs, des poissons issus d’une pêche artisanale sont également des thèmes dont les impacts peuvent être très directs.

Mais les écoles peuvent aussi, et surtout, s’attacher au développement de compétences socio-émotionnelles. Apprendre à respecter la vie sous toutes ses formes, l’autre quel qu’il soit et quelles que soient ses opinions, au travers d’attitudes bienveillantes, compréhensives, à travers la capacité à s’exprimer sans vouloir écraser l’autre sont autant de capacités primordiales pour un bien-être social autant que pour la nature.
Apprendre à collaborer, à s’entre-aider, à grandir ensemble en visant une « intelligence collective » plutôt qu’une compétition effrénée va dans le même sens. Mais pour ce faire, il faut peut-être remettre en question notre manière d’évaluer. Tant que la collaboration sera appelée « tricherie » lors d’un test et que la “qualité” de l’élève sera évaluée à l’aune de la moyenne de la classe, tant par l’élève lui-même que pas ses parents, il y a peu de chance qu’on parvienne à atteindre ces idéaux.

Francine Pellaud

Francine Pellaud

Professeur à la Haute école pédagogique de Fribourg, Francine Pellaud s'intéresse aux compétences nécessaires aux élèves pour aborder sereinement et avec créativité les incertitudes de ce XXIe siècle.

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