Les riches doivent passer à la caisse! Vraiment?

Placée sous le signe des élections, avec des renouvellements au niveau cantonal puis fédéral, l’année politique 2023 sera également chargée en votations à Genève.

De nombreux projets fiscaux sont en attente du verdict populaire. Un texte de gauche et syndical ouvrira les feux. Il demande une augmentation de l’imposition des dividendes, ce qui pénaliserait fortement les PME. Suivra une autre proposition des mêmes initiants, portant sur une augmentation temporaire de l’impôt sur la fortune. Le credo est toujours le même: les riches doivent passer à la caisse. Oubliant au passage que ces fameux riches sont déjà fortement taxés à Genève, bien plus qu’ailleurs en Suisse. Ces contribuables tant honnis de certains rapportent gros au canton, ce qui permet notamment de financer un budget annuel qui dépasse aujourd’hui dix milliards de francs.

Les revendications ne s’arrêtent pas là. Il s’agit non seulement d’engranger toujours plus d’impôts, mais aussi de dépenser toujours davantage. Dans ce domaine également, les idées ne manquent pas. Le peuple votera ainsi sur une machine à création perpétuelle d’emplois publics, alors que Genève a l’une des administrations publiques les plus fournies de Suisse et que son endettement dépasse douze milliards de francs.

Le propos n’est pas de faire la chasse à la fonction publique ni de remettre en cause les tâches régaliennes de l’Etat. Mais de rappeler que si Genève peut se montrer généreuse en matière de redistribution, elle le doit en grande partie à une petite minorité de contribuables qui génèrent la grande partie des recettes fiscales. Les deux tiers de l’impôt sur la fortune genevois – le plus élevé de Suisse – sont générés par 1,3% des contribuables. Une infime minorité de ces derniers, soit 0,2%, rapporte à elle seule plus de 17% des recettes sur le revenu. Quant aux entreprises, 0,1% d’entre elles génère près de la moitié de l’impôt sur le bénéfice.

Jusqu’à présent, Genève a la chance de pouvoir compter sur quelques contribuables fortunés. Mais rien ne garantit qu’ils ne se lassent pas un jour d’être davantage pressés qu’ailleurs et constamment méprisés par une partie de la classe politique.

Stéphanie Ruegsegger, directrice politique générale

Stop aux initiatives électoralistes!

Ça y est! Ensemble à Gauche est de retour avec une énième initiative visant à taxer les riches qui, dans la bouche de ses partisans, ne sont pas seulement riches, mais super riches, engrangeant de super profits. Le titre de ce texte pour lequel la coalition entend battre le pavé cette semaine pour récolter des signatures est dans cette veine: Pour une taxation plus juste des super profits. Il s’agit de mettre en place un impôt progressif sur le bénéfice des entreprises au lieu de les laisser au taux de 13,99%. Pourquoi est-ce une (très) mauvaise idée?

Parce que le poids de l’impôt repose déjà sur une minorité d’entreprises. La pyramide fiscale est fragile à l’extrême: seules 1,2% des entreprises rapportent 79,1% de l’impôt sur le bénéfice. Trois quarts de l’ensemble des entreprises paie moins de 1% du total.

Contrairement aux idées reçues, la réforme de l’imposition des entreprises (RFFA) a entraîné une hausse de la charge fiscale de la majorité des grandes entreprises. A cette hausse s’ajoute la taxe professionnelle communale dont Genève a fait une spécificité mondiale, et l’impôt sur la fortune le plus élevé de Suisse, qui touche directement les entreprises. Evoquons encore les charges sociales, dont certaines, comme les allocations familiales, sont à charge unique des employeurs, ou la méthode genevoise d’imposition de l’outil de travail qui est bien plus sévère qu’ailleurs. Tous ces éléments réunis font que l’argument qui consiste à dire que le fisc genevois est trop peu gourmand à l’égard des entreprises est fallacieux.

Cette initiative n’a été lancée que pour des raisons électoralistes. La coalition d’Ensemble à Gauche va s’émiettant. Pour atteindre le quorum aux prochaines élections, elle doit faire parler d’elle. A tout prix? Non. Leur initiative est un texte dangereux pour les finances du canton. Il doit être dénoncé comme tel.

Véronique Kämpfen, directrice de la communication

La désobéissance civile ou la dictature de la bien-pensance

«Une action qui dérange est déjà une action réussie», pouvait-on lire dans un commentaire sur un média en ligne. Voilà qui semble justifier les récents actes de vandalisme sur des œuvres d’art au nom de la lutte pour le climat.

Ces actions interrogent à plusieurs niveaux. Elles serviraient la cause mise en avant par ces barbouilleurs en herbe en leur offrant une exposition médiatique et le fameux quart d’heure de gloire auquel certains semblent aspirer. Pourtant, en termes d’efficacité, on peut douter de la pertinence de ces actions. On n’a d’ailleurs jamais eu l’occasion de constater le début d’une proposition constructive qui aurait découlé ces performances éphémères.

Quoi que l’on puisse penser de ces actions, c’est surtout leur justification qui pose question. Au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, au nom des décisions politiques qui prennent du temps pour se déployer, on devrait passer l’éponge (au propre comme au figuré) sur ces attaques, tout illégales soient-elles. Ah bon? Y aurait-il un catalogue de bonnes actions, qui permettraient de se mettre au-dessus des lois? Et tenu par qui? Y aurait-il des citoyens au-dessus des autres? D’un côté la masse silencieuse, qui respecte les règles établies, et de l’autre, les défenseurs de causes soi-disant nobles, qui s’arrogent le droit de ne pas respecter le droit. C’est inacceptable en soi, d’autant plus lorsqu’un intervenant enjoint à cette désobéissance de jeunes diplômants, lors d’une cérémonie officielle organisée par le DIP, comme cela a été récemment le cas.

Il n’est pas question de remettre en cause la pertinence de la lutte contre le réchauffement climatique. Mais elle mérite autre chose que des actions de façade, qui n’améliorent en rien la situation. Et lorsque l’on veut remettre en cause le système, la démarche gagnerait en crédibilité si l’on ne vivait pas précisément grâce à ce système.

Stéphanie Ruegsegger, directrice politique générale

Clause de sauvegarde: à utiliser avec discernement

Un taux de chômage suisse à 1,9% en octobre, 127’000 places vacantes au deuxième trimestre 2022, une pénurie de travailleurs qualifiés dans tous les secteurs qui menace le bon fonctionnement de l’économie suisse. Réponse du Conseil fédéral? Réintroduire des contingents pour limiter la libre circulation avec la Croatie. Certes, le gouvernement fait ainsi usage de son droit d’activer la clause de sauvegarde prévue dans l’accord, puisque le nombre de travailleurs en provenance de Croatie a fortement dépassé les valeurs seuils.

Le Conseil fédéral indique souhaiter ainsi un meilleur contrôle de l’immigration dans le respect des besoins de l’économie. Or, les travailleurs croates sont essentiellement actifs en Suisse dans le secteur secondaire, l’industrie manufacturière et la construction ainsi que dans l’hôtellerie/restauration, le commerce et les agences de placement, qui sont tous des secteurs où règne une forte pénurie de main-d’œuvre. Nul doute qu’ils apprécieront le souci du Conseil fédéral de répondre à leurs besoins… Et que dire du contrôle de l’immigration? La Suisse a délivré quelque 2000 permis B en 2022 à des travailleurs croates. On est loin d’une invasion lorsqu’on met ce chiffre en perspective avec les plus de 5 millions d’emplois qu’offre l’économie suisse. Ou avec les 1’452’089 citoyens de l’UE/AELE et les 738’204 ressortissants d’États tiers qui résidaient en Suisse à fin 2021.

Cerise sur le gâteau, cette décision va certainement être appréciée à sa juste valeur à Bruxelles. Les Européens, préoccupés par des bruits de bottes à leurs frontières et confrontés à une situation économique difficile, devront puiser dans leur réserve de patience pour faire preuve de compréhension envers leur petit voisin, en bonne santé et bien à l’abri grâce à l’UE. La Suisse se caractérisait déjà par son immobilisme en matière de politique européenne. Espérons que cet épisode ne présage pas d’une dégradation de la situation.

Catherine Lance Pasquier, directrice-adjointe politique générale

Coûteuse démagogie

Parmi les signes avant-coureurs d’une année électorale figure au premier rang la profusion d’initiatives populaires et de propositions qui partagent, quelle que soit leur origine politique, un certain nombre de caractéristiques. Elles font fi de la réalité économique, se financent par magie et visent un public soi-disant vulnérable ou qui serait peu pris en compte, oublié du partage des richesses.

Dans le canton de Genève, d’un côté de l’échiquier politique, vous avez une initiative qui prévoit une aide financière annuelle de 30’000 francs pour le parent sans activité lucrative qui garde lui-même son ou ses enfants en âge préscolaire. Cette initiative est finalement une petite expérimentation du revenu de base inconditionnel, puisqu’elle garantit une rentrée financière sans avoir d’activité lucrative ou sans être au bénéficie de prestations sociales. Qu’importe les efforts entrepris par les autorités et les employeurs pour faciliter la conciliation vie privée-vie professionnelle dans un contexte de pénurie croissante de travailleurs qualifiés, qu’importe l’absence d’évaluation des coûts de cette proposition, qu’importe le fait qu’elle pèsera sur la minorité de contribuables qui financent l’essentiel des prestations cantonales.

De l’autre côté de l’échiquier politique, une initiative est lancée pour que les bénéficiaires de subsides d’assurance-maladie puissent recevoir un remboursement annuel de 300 francs par personne des frais de dentiste. Précisons que les bénéficiaires de prestations complémentaires ou de l’aide sociale ne sont pas compris puisque leurs frais dentaires sont déjà couverts. Nul doute que les quelque 135’000 personnes concernées apprécieront cette proposition. La facture finale sera vraisemblablement moins réjouissante. Mais pourquoi se préoccuper de questions aussi triviales que le financement? Il suffit d’aller chercher l’argent dans la poche de ceux qui soutiennent déjà la générosité de l’Etat. Les solutions sont toutes trouvées: initiative pour une hausse de l’impôt sur la fortune ou initiative contre les «gros actionnaires», les électeurs genevois auront l’embarras du choix pour alourdir la charge fiscale et entraver l’activité économique.

Le gouvernement lui-même n’est pas en reste, qui vient d’annoncer une vague de mesures visant à augmenter certains subsides et autres allocations. Cela représentera quelques dizaines de millions de francs de dépenses en plus pour le porte-monnaie des contribuables.

Il ne s’agit pas de refuser pour des raisons de principe toute nouvelle prestation ou hausse de subvention. Ni de nier les difficultés économiques d’une partie de la population. Mais dans un canton qui se distingue par un tissu social développé et une pyramide fiscale particulièrement fragile, il est indispensable d’éviter les propositions populistes d’arrosoir généralisé.

Catherine Lance Pasquier, directrice-adjointe politique générale

Fonction publique: taxer plus, pour engager plus

A l’aune des récentes grèves dans la fonction publique et aux Transports publics à Genève, certains tenteraient de nous faire croire que ces derniers ont des conditions de travail qui se dégradent. Alors que le salaire médian du secteur public est de près de deux mille francs par mois supérieur à celui du privé, soutenir de telles thèses relève de l’indécence.

Loi de moi l’idée de faire du fonctionnaire-bashing. La fonction publique remplit une mission essentielle et Genève notamment a la chance de pouvoir compter sur de grands serviteurs de l’Etat parmi ses collaborateurs. Mais ce constat ne justifie par que les prestations offertes soient largement plus chères que partout ailleurs en Suisse, tous biais corrigés. Comme il se justifie encore moins que l’on augmente les impôts pour continuer à nourrir la machine publique.

C’est pourtant ce que veulent certains. A Genève, dont le budget cantonal a explosé la barre des 10 milliards de francs, la gauche et les syndicats estiment que le contribuable – et plus particulièrement le contribuable aisé – peut encore donner un peu plus de ses revenus et de sa fortune. Une première initiative, qui sera soumise au peuple en mars prochain, veut imposer en totalité les dividendes, parts de bénéfice et autres avantages appréciables en argent de certaines entreprises, oubliant au passage que pour les entreprises concernées, cela signifie une double imposition pleine que la Suisse a atténuée il y a quelques années. Dans quelques mois, une initiative issue des mêmes milieux proposera une contribution temporaire de solidarité des plus aisés, pourtant déjà largement plus taxés à Genève qu’ailleurs. En cas de oui, des départs pourraient créer de gros trous dans le budget cantonal, et in fine pénaliser les prestations à la population. Dans le registre des charges cette fois-ci, les Genevois devront également dire en mars prochain s’ils souhaitent créer chaque année automatiquement des centaines d’emplois, en fonction du taux de chômage.

Ce que nous proposent ces initiatives, c’est en fait de taxer plus, pour engager plus. La question à laquelle les citoyens devront répondre sera donc celle de savoir s’ils veulent d’un Etat pléthorique et omnipotent, au prix d’une taxation encore plus forte, ou s’ils préfèrent un Etat plus fit, qui remplit les tâches régaliennes qui sont les siennes, dans un canton à la fiscalité raisonnable. La réponse tombe sous le sens.

Stéphanie Ruegsegger, directrice politique générale

Une victoire d’étape à concrétiser

Lors du dimanche de votations du 15 mai 2022, le Conseil fédéral avait tout gagné. Et certains ont espéré retrouver enfin cette époque où la population suivait systématiquement les mots d’ordre du gouvernement fédéral. Le 25 septembre, il a fallu déchanter. Bien sûr, on ne peut que se réjouir du double oui à l’AVS, qui est une performance, compte tenu des échecs des votations précédentes sur cette thématique. Mais la marge de soutien est faible, alors que l’AVS aura besoin de réformes structurelles supplémentaires, que d’autres votations s’annoncent sur cet objet en lien avec des initiatives en cours de traitement et que la révision du 2ème pilier va être d’autant plus âprement négociée au parlement que la gauche a une revanche à prendre.

Ce dimanche de votation signifie aussi une nouvelle défaite pour le Conseil fédéral en matière de fiscalité, même si elle est moins forte qu’attendue. Or, l’attractivité de la Suisse se réduit en la matière et notre pays devra faire face à des enjeux majeurs au niveau de la fiscalité internationale, pour lesquels une défaite en votation populaire n’est tout simplement pas envisageable.

Les défis énergétiques auxquels la Suisse se trouve confrontée sont un prochain test sur la capacité du Conseil fédéral à rassembler la population autour d’un projet d’envergure. D’autres dossiers pourraient avoir à long terme des conséquences catastrophiques s’ils ne sont pas pris en main maintenant. Il s’agit notamment de la question européenne. Les accords bilatéraux subissent une lente érosion pénalisant déjà certains secteurs économiques alors que la place scientifique suisse se trouve exclue des programmes européens de recherche.

Réponse des autorités fédérales ? Elles se plaignent que l’UE « mette de la pression » sur la Suisse. Elles devraient plutôt louer la patience de leur puissant partenaire. Le mandat de négociation pour les questions institutionnelles a été adopté par le Conseil fédéral en décembre 2013. Les négociations ont été considérées comme terminées par l’UE en novembre 2018. Fin mai 2021, le Conseil fédéral a communiqué sa décision de ne pas signer l’accord cadre et depuis, on tente des entretiens exploratoires et autres discussions. Cela fera donc bientôt dix ans que l’UE attend que la Suisse se décide enfin à définir comment elle entend construire l’avenir de ses relations avec son premier partenaire. Cette indécision ne fait que favoriser les mouvements populistes de tout bord qui utilise l’Europe comme épouvantail pour satisfaire leur ambition électorale, au mépris du bien commun.

Alors que les jeux politiques vont gagner en puissance au fur et à mesure de l’approche des élections fédérales, on ne peut qu’espérer que le Conseil fédéral dispose de la force suffisante pour assumer pleinement sa mission principale : gouverner.

Catherine Lance Pasquier, directrice-adjointe politique générale

Deuxième pilier, discriminatoire?

Le deuxième pilier serait discriminant à l’égard des femmes. C’est ce qu’on comprend, entre les lignes, en lisant les titres des articles consacrés à un rapport, adopté mercredi 7 septembre par le Conseil fédéral, qui révèle l’écart de rentes entre les hommes et les femmes. Alors qu’en termes d’AVS, les femmes sont un peu mieux loties que les hommes – fait intéressant dans le cadre de la campagne AVS21 qui fait rage sur l’harmonisation de l’âge de retraite entre femmes et hommes à 65 ans et qui bat en brèche un des arguments de la gauche, qui veut faire croire que les femmes ont des rentes AVS plus basses que les hommes – ce n’est pas le cas dans le deuxième pilier. Non seulement les femmes ne sont que 49,7% à toucher une rente LPP (chiffres 2020) contre 70,6% des hommes, mais en plus, son montant est inférieur de 47%.

Discrimination? Non. Le deuxième pilier, aussi appelé prévoyance professionnelle, est lié à l’activité professionnelle. Que l’on soit un homme ou une femme, on y cotise uniquement si on remplit certains critères (salaire, durée contractuelle, etc.). Les personnes qui arrêtent volontairement de travailler, quelle qu’en soit la raison, ne cotisent donc plus au deuxième pilier. Le montant de la rente reflète l’évolution de celle-ci sur toute la période de cotisation – soit jusqu’à l’âge de la retraite. Il est ainsi directement lié au salaire. Là est la source de la prétendue discrimination à l’égard des femmes, qui tient plutôt de l’évolution de la vie professionnelle que du genre. A cet égard, le système actuel doit être amélioré, notamment en lien avec les salaires modestes, l’activité à temps partiel ou la pluriactivité étant des réalités qui touchent davantage les femmes.

Pourquoi ces formes de travail sont-elles moins bien loties dans le deuxième pilier? L’objectif de la prévoyance vieillesse est de couvrir les besoins vitaux avec le 1er pilier (AVS) et de maintenir le niveau de vie antérieur grâce au deuxième pilier. Les rentes cumulées des deux assurances doivent permettre aux retraités d’atteindre au moins 60% du dernier salaire. La loi fédérale sur la prévoyance professionnelle fixe un revenu minimal pour entrer dans le système du deuxième pilier, soit un salaire AVS supérieur à 21’510 francs en 2022 auprès d’un seul employeur. Ce seuil est rédhibitoire pour les personnes qui ne l’atteignent pas, soit parce qu’elles travaillent pour plusieurs employeurs (pluriactivité) pour des salaires moins élevés que cette somme-là – même si, cumulés, ils dépassent ce seuil – soit pour celles qui travaillent à temps partiel pour un salaire en-dessous de cette limite.

De plus, la déduction de coordination dans le deuxième pilier, qui implique qu’employeur et employé ne cotisent pas sur les premiers 25’095 francs de salaire, est une pierre d’achoppement additionnelle. Cela dit, certaines caisses de pension, comme la CIEPP, la caisse de deuxième pilier de la FER Genève, proposent des solutions pour pallier ces problèmes et s’adaptent ainsi à des modes de travail plus flexibles, en attendant une solution constructive sur le plan politique.

La réforme du deuxième pilier actuellement en discussion au niveau fédéral sera cruciale pour mieux prendre en compte le travail à temps partiel et la pluriactivité qui, offrant une certaine souplesse, sont en train de gagner du terrain, comme l’ont montré les derniers chiffres de l’Office fédéral de la statistique. La part des femmes travaillant à temps partiel est passée de 49% en 1991 à 59% en 2021. Chez les hommes, le taux a plus que doublé en passant de 8% à 18%. La tendance est nette. Il est temps que le législateur adapte les normes à cette réalité.

Véronique Kämpfen, directrice de la communication

Des bienfaits de la croissance

Alors qu’un ralentissement conjoncturel se profile cet automne dans un contexte international incertain et que les inquiétudes en matière d’approvisionnement énergétique s’accroissent, la publication des comptes nationaux à fin août a apporté un peu de baume au cœur. La hausse du PIB suisse a atteint plus de 4% l’année passée. Même si certains secteurs ont encore souffert de la pandémie, les chiffres 2021 dépassent ceux de 2019. Ces excellents résultats proviennent d’une forte hausse de l’excédent de la balance commerciale. Les produits chimiques et pharmaceutiques en particulier ont tiré les exportations à la hausse. C’est donc l’occasion de rappeler quelques faits. La prospérité de la Suisse découle de son ouverture au commerce extérieur. Les secteurs exportateurs, qui sont la locomotive de notre économie, s’appuient sur quelques grandes entreprises, qui vivent en interdépendance avec le tissu des PME. Pour que cet écosystème puisse perdurer, et avec lui les emplois et les recettes fiscales qui en découlent, il faut maintenir et développer des conditions cadre favorables (marché du travail flexible, haut niveau de formation, fiscalité attractive, approvisionnement énergétique garanti).

Le dynamisme économique est lié à la capacité d’innovation

La croissance génère toutefois en Suisse comme dans d’autres pays une critique qui va en s’accentuant. Le PIB serait un indicateur obsolète, incapable de mesurer les bonnes valeurs. Le développement économique devient un bouc émissaire, responsable des atteintes environnementales, des infrastructures surchargées ou des inégalités sociales. A l’inverse, décroissance ou croissance zéro seraient la panacée.

Or, la croissance n’a pas qu’un aspect quantitatif, elle n’est pas seulement « toujours plus ». Sa dimension qualitative ne doit pas être ignorée. La croissance est corrélée avec l’évolution de notre société. Le dynamisme économique est lié à la capacité d’innovation qui engendre les progrès technologiques dont nous bénéficions tous. L’amélioration des conditions de vie et l’Etat social redistributif que nous connaissons résultent d’une croissance positive. Avec une croissance faible, comment faire face aux dépenses de la prévoyance vieillesse, de la santé ou de la formation ? Une forte diminution de la croissance entraînerait ainsi des dégâts économiques considérables et une baisse générale du niveau de vie et du bien-être.

Une croissance responsable

Bien sûr, le développement économique peut aussi engendrer des effets moins favorables, notamment s’agissant de la consommation des ressources. Et l’actualité nous rappelle à quel point cette question est fondamentale. Mais dans le domaine environnemental aussi, il est important de rappeler l’amélioration globale de la plupart des indicateurs lors des dernières décennies. La croissance et la prospérité qu’elle génère ont permis à nos sociétés de s’engager avec davantage de moyens pour la protection de l’environnement. Et les entreprises contribuent d’ailleurs fortement au développement d’une économie plus verte.

Nous avons besoin de croissance pour maintenir une certaine qualité de vie mais nous devons la gérer de manière responsable. Pour cela, il convient d’agir de manière ciblée pour réduire les éventuels effets secondaires négatifs. Cela constitue une réponse bien plus efficace et utile que de combattre la croissance et prendre le risque de perdre beaucoup.

Catherine Lance Pasquier, directrice-adjointe politique générale

Les Genevois, dindons de la farce fiscale?

Genève n’a pas besoin d’ennemis

Ce sont les autres cantons suisses qui doivent se gausser. Alors que l’immense majorité d’entre eux ont conscience qu’à trop tirer sur la corde fiscale, elle risque de rompre, la majorité de gauche du Conseil d’Etat genevois prête une oreille attentive aux délires fiscaux de la gauche. Inquiétant, pour ne pas dire irresponsable.

Replaçons le contexte. Fidèle à ses outrances, l’extrême gauche genevoise, assistée de ses sbires verts, socialistes et syndicaux, a lancé une initiative proposant d’introduire une contribution de solidarité sur la part de fortune dépassant 3 millions, pour une durée de 10 ans. Le message est clair : faisons payer les riches! Le problème, c’est qu’ils sont déjà largement dans le viseur du fisc cantonal. Ainsi, 1,3% des contribuables supportent déjà près de 66% des recettes générées par l’impôt sur la fortune, dont il est question ici. Un impôt qui est bien évidemment le plus élevés de Suisse. Et parions sans grand risque de se tromper que l’on doit trouver parmi ceux-ci les 0,2% de contribuables qui rapportent à eux seuls plus de 17% des recettes sur le revenu. Genève taxe donc déjà très fortement ses contribuables les plus aisés, bien plus que partout ailleurs. Dans le même temps, 36% de l’ensemble des contribuables ne paient pas un franc d’impôt. Le canton du bout du lac pratique la fiscalité la plus progressive de Suisse, très généreuse avec certains et très stricte avec d’autres. Mais ce n’est pas suffisant aux yeux des initiants, qui veulent encore accentuer la tendance.

Le mieux est l’ennemi du bien

On commence malheureusement à avoir l’habitude de ces propositions excessives. Mais ce qui est particulièrement inquiétant dans le cas présent, c’est que le Conseil d’Etat en valide le principe, ouvrant la porte à un contreprojet.  Certes, ce dernier ramène la période de sur taxation à cinq ans, au lieu des dix prévus par l’initiative. Mais le problème n’est pas là : le gouvernement donne un bien mauvais signal à ses généreux contribuables. La majorité du Conseil d’Etat qui a soutenu cette option pense-t-elle que ces derniers sont des clients captifs de l’administration fiscale ? Imaginent-ils qu’il suffit d’augmenter les impôts pour accroitre dans la même mesure les recettes, selon une simple règle de trois arithmétique ? N’ont-ils jamais jeté un coup d’œil sur les pratiques des cantons voisins? Pourtant, il suffit de traverser la Versoix pour trouver des cieux fiscaux plus accueillants.

Les Genevois, dindons de la farce

Que ce nouveau matraquage à la sauce genevoise soit de cinq ou dix ans n’a pas que peu d’importance : une fois partis, ces bons contribuables ne reviendront pas. Et ce sera aux Genevois de payer la note, soit par une augmentation de leur fiscalité, soit par une diminution des prestations, soit par les deux à la fois. Ce seront eux les dindons de cette triste farce.

Stéphanie Ruegsegger, directrice politique générale