UN VENT NOUVEAU SOUFFLE SUR LE MONDE PÉDAGOGIQUE

UN MOMENT HISTORIQUE

Nous vivons un moment historique. L’humanité tout entière fait face à une crise et à une opportunité sans précédent et ce sur tous les plans : écologique, politique, économique, social et existentiel. Dans tous ces domaines, il semblerait que nous arrivions à une voie sans issue. Tout est à réinventer, à redécouvrir : notre rapport à la vie et à la terre, le rapport entre la science et l’éthique, entre la politique et la sagesse, entre l’économie et notre humanité, le rapport entre le travail et l’épanouissement personnel, entre l’individu et la collectivité, entre les nations et l’unité internationale.

L’éducation, elle aussi, est à réinventer et a un rôle fondamental à jouer dans cette transition vers un monde nouveau, vers un homme nouveau.

Certains ingrédients des écoles alternatives auraient-ils un rôle à jouer dans cette transition ?

LES PRÉCURSEURS DE L’ÉDUCATION

Petit voyage dans le temps…

Depuis le XVIIIe siècle, sous l’impulsion de penseurs tels que Jean-Jacques Rousseau, Heinrich Pestalozzi, Friedrich Fröbel, Paul Robin, Francisco Ferrer, Ovide Decroly et bien d’autres, de nouvelles pédagogies voient le jour. Au XXe siècle, le mouvement s’accentue et de nombreuses personnalités créent des écoles et des mouvements de réforme. On peut citer Maria Montessori, Rudolf Steiner, Célestin Freinet, Mirra Alfassa, John Dewey, Jiddu Krishnamurti, Carl Rogers, Loris Malaguzzi, etc.

Ces précurseurs ont fait un travail de recherche prodigieux et ont créé de nombreuses approches pédagogiques validées par plus de cent ans de mises en pratique.
Aujourd’hui on dénombre plus de 22’000 écoles et jardins d’enfants Montessori à travers le monde ; les écoles Steiner-Waldorf accueillent 250’000 élèves dans 1’000 écoles et plus de 2’000 jardins d’enfants. Nous voyons fleurir des dizaines de milliers d’autres écoles inspirées par l’Education Intégrale, Freinet, Krishnamurti, Reggio Emilia, les Ecoles nouvelles, les écoles démocratiques, etc.

 

DE PLUS EN PLUS DE PAYS INTÈGRENT LES PÉDAGOGIES DITES ALTERNATIVES DANS UN SYSTÈME NATIONAL PLUS VASTE

De nombreuses écoles publiques ou privées, encouragées par ces succès, osent sortir de l’ornière telles les écoles d’éducation à la paix d’Altinopolis, le mouvement d’éducation démocratique (plus de 200 écoles), l’école West Kidlington Primary School (enseignant les valeurs humaines fondamentales, elle a influencé des centaines d’écoles à travers le monde, touchant des centaines de milliers d’enfants), le mouvement unschooling (plus de 1.8 million d’enfants seulement aux USA), etc.

On s’aperçoit aussi que de plus en plus de pays intègrent les pédagogies dites alternatives dans un système national plus vaste, à l’image du Québec avec le REPAQ – le Réseau des écoles publiques alternatives qui compte plus de 7’000 élèves – et l’OICEC (Organisation internationale des écoles communautaires entrepreneuriales conscientes).

En Allemagne, il existe des écoles dont le but est de développer de nouveaux concepts éducatifs (les Versuchschulen). La ville de Berlin a même lancé en 2008 un projet de 22 millions d’euros pour développer la pédagogie de l’Education Nouvelle dans une vingtaine d’établissements publics (les Gemeinschaftsschulen).

Quelques exemples d’écoles alternatives en Suisse

En Suisse, mis à part les exemples cités plus haut, depuis quelques années de nouvelles initiatives voient le jour, comme par exemple :

L’écoline, inspirée de la pédagogie Reggio Emilia à Lausanne : www.lecoline.ch

L’école Mandala à Sierre : www.mandala-schule.ch

L’école d’EducaTerre à Sion, inspirée par la pédagogie par la nature : www.educaterre.ch

Le centre Feel à La Sarraz, un concept unique qui ouvre de nombreuses portes et possibilités : www.feel-vaud.ch

En France, citons deux exemples :

L’école de la ferme des enfants : elle prend sa place au sein d’un écovillage à vocation pédagogique et intergénérationnelle, le Hameau des Buis. L’équipe s’est constituée au fil du temps autour de la directrice et fondatrice Sophie Bouquet-Rabhi, fille de Pierre Rabhi – www.la-ferme-des-enfants.com.

La Living School : une école maternelle et élémentaire privée innovante dont la raison d’être est de permettre, par l’éducation et la formation, l’émergence de citoyens épanouis et responsables, contributeurs d’une réelle évolution de l’humanité – www.livingschool.fr/fr/.

CES ENFANTS PEUVENT-ILS S’ADAPTER À L’ÉCOLE PUBLIQUE ET AU MONDE TEL QU’IL EST ?

Nooshin Ahmadpoura et Adis Kraskian, deux chercheurs en psychologie, ont comparé une école enfantine traditionnelle avec une école Montessori. Selon cette étude comparative faites avec 80 enfants de cinq ans, le QI des enfants ayant bénéficié de l’approche Montessori était substantiellement plus élevé que ceux des enfants ayant bénéficié d’une approche traditionnelle. Une autre étude publiée par l’Association américaine pour l’avancement de la science démontre que ces enfants ont de meilleures compétences sociales.

Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, a étudié dans une école privée ; quant à Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, ils ont récemment déclaré à ABC News que l’éducation Montessori était une des principales raisons de leur réussite ! Gabriel Garcia Marquez, écrivain colombien et prix Nobel de Littérature a lui aussi étudié dans une école alternative. La liste est sans fin…

Ces écoles alternatives font rêver de nombreux parents, enfants et enseignants. Elles sont complémentaires aux écoles publiques et inspirent de nombreux enseignants de l’école publique. Un jour peut-être, oserons-nous aussi en Suisse, comme c’est le cas dans certains pays, encourager et s’inspirer de ces initiatives de façon proactive. Elles répondent en effet à de vrais besoins et proposent des solutions validées par plus de cent ans de mise en pratique.

L’école valaisanne, pionnière pour développer les forces intrinsèques des élèves

Si l’on pose la question suivante aux parents : que souhaitez-vous pour vos enfants ? La majorité donneront des réponses qui tournent autour de l’épanouissement et de la santé physique, émotionnelle et psychologique de leur enfant. En revanche, quand on regarde ce que l’école enseigne, il s’agit essentiellement d’outils d’accomplissement1. Il semble y avoir un fossé entre ce qui est souhaité par les parents et ce qui est enseigné, et ce malgré de nombreuses recherches démontrant les bénéfices cognitifs de considérer le bien-être psychologique des élèves.

C’est dans ce contexte que Philipe Gay et Nicolas Bressoud, deux chercheurs valaisans, lancent un projet d’établissement dont l’objectif est de favoriser le développement des forces personnelles des élèves en milieux scolaires ordinaires et intégratifs. Les impacts de ces séquences pédagogiques seront évalués dans le cadre d’une recherche de large envergure menée par la HEP Valais, en collaboration avec le Centre Interfacultaire en Sciences Affective (Université de Genève), l’université de Fribourg et l’université Grenoble Alpes.

Développer les forces de caractère

Les forces de caractère de Peterson et Seligman constituent un modèle-phare pour développer les ressources des individus. En partant de six vertus (sagesse, courage, humanité, transcendance, tempérance, justice), les chercheurs ont isolé 24 forces spécifiques : créativité, amour de l’apprentissage, curiosité, perspective, pensée critique, capacité à diriger, sens de la justice, travail d’équipe, prudence, maîtrise de soi, modestie, pardon, spiritualité, humour, gratitude, reconnaissance de la beauté, optimisme, intelligence sociale, gentillesse, capacité d’aimer et d’être aimé, joie de vivre, honnêteté, persévérance, courage.

Ces 24 éléments ont tous du crédit socialement et moralement (les auteurs ne considèrent pas comme force personnelle la capacité à mentir, par exemple).

Encourager et construire l’individu à partir de ses forces intrinsèques plutôt que de ses faiblesses

Dans ce projet, le postulat de base est que chaque enfant possède des forces spécifiques qui, si elles sont reconnues et stimulées, lui permettent d’améliorer son bien-être, ses apprentissages scolaires, son engagement à l’école et la cohésion du groupe-classe. Pour l’enseignant autant que pour les élèves, il s’agit de passer d’un mode de pensée et d’un vocabulaire centrés sur les manques et les difficultés à une vision fondée sur les forces individuelles.

Les effets escomptés sont que les élèves (et les enseignants) commencent à définir l’autre et soi selon ce qu’ils peuvent amener au groupe (par exemple : “Il a un sens de la justice très fort”) plutôt qu’en fonction de ses lacunes (par exemple : “Il parle trop”).

La mise en place en classe

Dès la fin de l’été, les enseignants participant à ce projet seront formés à sa mise en œuvre. Plus précisément, le programme d’intervention sera construit autour des éléments suivants2:

1) Développer un langage commun dans la classe en utilisant la liste des 24 forces qui permet d’identifier les ressources énergisantes des individus plutôt que leurs faiblesses, les utiliser davantage dans le quotidien et en classe (p. ex. décrire les qualités d’un ami en utilisant la liste des forces).

2) Identifier et réfléchir aux forces des autres (p. ex. mettre en place des observations des forces dans la classe et des conséquences positives qui découlent de l’utilisation de ces forces).

3) Identifier et réfléchir à ses propres forces (p. ex. identifier ses trois forces principales dans des contextes différents).

4) Utiliser davantage ses forces dans le quotidien et les utiliser de façon nouvelle (p. ex. réaliser un plan d’action pour mettre en œuvre ses principales forces dans et en dehors de l’école).

5) Identifier et cultiver les forces du groupe au niveau de la classe voire de l’école (p. ex. repérer les forces en présence sur lesquelles il est possible de s’appuyer).

En plus de travailler au niveau individuel (p.ex., reconnaitre et cultiver ses forces et celles de ses camarades), les activités sur les forces seront également réalisées au niveau de l’identité de la classe (p.ex., reconnaitre les forces du groupe-classe, la richesse de la diversité) et, si possible, au niveau de l’ensemble du centre scolaire (élaborer une culture commune qui oriente l’attention sur les ressources plutôt que les déficits).

Les premiers résultats attendus dans une année permettront de préciser les conditions d’intégration au programme de ces éléments essentiels pour mieux apprendre et enseigner les compétences sociales et émotionnelles.

 

  1. Seligman et al. (2009)
  2. Eléments proposés par Linkins et collaborateurs (2015)

Cet article a été écrit en collaboration avec Philipe Gay et Nicolas Bressoud

1. photo du CO de St-Maurice :  Yves André
2. dessins de Laure Coutaz Bressoud
3. dessin des 24 forces :  VIA INSTITUTE ON CHARACTER.

Une école démocratique bientôt en Suisse romande !

Imaginez une école où les enfants suivent leurs centres d’intérêt et créent leur propre programme. Une école qui n’est pas fragmentée par tranches d’âge et qui se veut sans stress. Une école où les adultes eux aussi continuent à apprendre tous les jours – nous pouvons en effet lire sur le site internet du projet : « Il existe plutôt une sorte de « hiérarchie naturelle » basée sur les divers talents et compétences de chacun qui n’ont que très peu à voir avec l’âge des personnes. Cela forme un riche réseau de relations entre des personnes de centres d’intérêt et de niveaux différents où chacun peut être tour à tour enseignant et apprenant. »

Une nouvelle école alternative est en passe de devenir réalité à Genève. Un groupe travaille depuis 2016 à la création d’une école démocratique. Elle a reçu l’autorisation du département de l’éducation et espère pouvoir ouvrir pour la rentrée prochaine. J’ai posé quelques questions à Joanna Naegeli et aux autres initiateurs de ce projet.

Qu’est-ce qu’une école démocratique ?

Ce projet consiste en la création d’une école démocratique inspirée de la philosophie Sudbury qui est basée sur deux principes. Le premier est le non jugement du domaine d’apprentissage (intellectuel, manuel, artistique ou physique), les enfants sont libres de choisir ce qu’ils veulent apprendre. Toute activité de la vie est source d’apprentissages. Nous pensons que chaque individu sait mieux ce qui est bon pour lui et ce dont il a besoin.Le deuxième principe de la philosophie Sudbury est de gérer l’école avec les enfants sur le principe d’une personne égale une voix. Ce qui implique donc, une gestion démocratique de l’école par un conseil de l’école qui a lieu une fois par semaine et dans lequel toutes les questions concernant la gestion de l’école sont discutées.

Il n’y a pas de journée type dans une école démocratique. Les membres sont libres d’utiliser leur temps comme ils le souhaitent. Chaque jour il y a le Conseil de Justice qui permet de gérer les conflits et une fois par semaine a lieu le Conseil de l’École auquel ceux qui sont intéressés peuvent participer et ont le même droit de vote. De plus, chacun est tenu de participer aux tâches ménagères quotidiennes.

S’épanouir au rythme naturel des enfants

Nous pensons que les enfants ont le droit d’avoir la liberté de choisir leur chemin d’apprentissages et qu’une école démocratique donnera aux enfants ce cadre où ils pourront s’épanouir à leur rythme.  De plus, ce cadre permettra aussi à nous, adultes, de prendre une place qui nous correspond et de pouvoir cheminer main dans la main avec les enfants dans l’apprentissage d’une vie libre et démocratique.

 « L’être humain est “biologiquement programmé” pour apprendre »

Nous partons du principe que l’être humain est “biologiquement programmé” pour apprendre tout ce dont il a besoin pour grandir et s’adapter à la société dans laquelle il vit. Tant que l’enfant grandit dans un environnement riche et dans un cadre sécurisant imprégné de relations harmonieuses, il parviendra à développer les capacités dont il a besoin pour trouver sa place et s’épanouir. C’est d’ailleurs ce que nous montre les dernières recherches scientifiques sur le sujet (voir le livre « Libre pour apprendre » de Peter Gray dont voici un extrait ci-dessous), les cinquante ans d’expérience de la Sudbury Valley School ainsi que de nombreux enfants pratiquant le “unschooling”.

“… nous avons en nous les pulsions instinctives qui nous poussent à nous approprier la culture au sein de laquelle nous sommes nés, et à construire partir d’elle. […] De même que les enfants naissent avec des instincts les poussant à manger et à boire ce dont ils ont besoin pour survivre, ils viennent au monde avec des pulsions instinctives d’autoéducation. Celles-ci les poussent à apprendre ce qu’ils ont besoin de savoir pour prendre pleinement leur place au sein de leur culture, leur permettant ainsi de survivre”

Les enfants pourront-ils s’adapter à l’école publique s’ils souhaitent y retourner ?

Nous sommes en train de créer un logiciel qui permettra de suivre les apprentissages des enfants en regard du Plan d’Etudes Romand.Chaque enfant pourra donc savoir où il se trouve dans ses apprentissages par rapport aux exigences de l’école publique. Un enfant qui a un vrai désir de retourner à l’école publique, porté par son enthousiasme, mettra en place des stratégies pour développer toutes les compétences et capacités dont il aura besoin pour rejoindre l’école publique. Les adultes présents dans l’école seront là pour répondre à toutes ses questions et l’accompagner s’il en fait la demande.

Où en est le projet ?

Nous avons à l’heure actuelle 6 familles qui ont préinscrit leur enfant dans notre future école ! Nous avons obtenu le préavis favorable d’exploiter une école privée mi-avril et nous sommes maintenant en recherches de fonds, de locaux et création d’entreprise. Notre objectif est de pouvoir ouvrir à la rentrée 2018.

Si vous souhaitez rencontrer les fondateurs de l’école, rendez-vous le 8 juillet à 12h au parc la Grange à Genève.

Site internet : https://ecole-vivante.ch

Photos : école Nikola Tesla à Lyon.

Une juriste devenue pionnière de l’éducation en Suisse romande

Mical Vuataz Staquet, juriste confortablement installée à un poste de collaboratrice scientifique dans un tribunal genevois a osé tout quitter pour créer un projet pédagogique innovant dans le canton de Vaud, le centre FEEL. Après trois ans, les résultats sont exceptionnels.

De l’enfer au paradis

Sur les quatre-vingts enfants présents actuellement au centre FEEL, certains d’entre eux, comme nous le confie Mical, ont passé de l’enfer au paradis. En effet, plusieurs d’entre eux étaient des enfants « difficiles » dont la situation était désespérée. Dans le système public, ils bénéficiaient d’un « suivi en réseau » qui remplissait leur quotidien de rendez-vous avec des pédopsychiatres, un suivi en institution spécialisée, des séances avec des logopédistes, une rencontre par semaine avec un psychologue, un suivi avec un enseignant spécialisé… Certains de ces enfants ne mangeaient pour ainsi dire plus, souffrant d’insomnie, de problèmes de concentration et de socialisation. Toute cette organisation épuisant tour à tour les enseignants, directeurs, grands-parents, certains des parents s’effondrant même dans la dépression, le burnout…. Tout un écosystème sombrant dans l’épuisement et le désespoir.

Quelques mois plus tard, vous pouvez rencontrer ces mêmes enfants au centre FEEL. Ils ont retrouvé la joie de vivre, la confiance en eux, ils ont à nouveau des contacts sociaux harmonieux. Ils peuvent ainsi à nouveau apprendre, à leur rythme…

J’ai demandé à Mical : quel est le secret de FEEL ?

C’est que la structure répond aux nouveaux besoins d’un nombre croissant de familles d’aujourd’hui.

En quelques mots, qu’est-ce que le centre FEEL ?

Le centre Faire l’Ecole En Liberté (FEEL) est un centre de rencontre et d’échange de 550m2 pour les familles qui pratiquent l’école à la maison. Aujourd’hui, c’est plus de quatre-vingts enfants qui s’épanouissent au centre FEEL. J’ai lancé ce projet parce que les parents qui souhaitaient élever leurs enfants en dehors d’un établissement scolaire public ou privé ne disposaient d’aucun lieu-ressource les aidant dans leur mission.

J’ai souhaité offrir aux enfants :

–      un lieu qui leur donne accès à des relations sociales riches, intergénérationnelles, fondées sur la vie communautaire, les liens collaboratifs, la coopération et la solidarité.

–      un lieu qui donne à leurs parents (et grands-parents) un accès à des ressources matérielles et communautaires qui leur procure l’envie et des moyens de les élever eux-mêmes et de les accompagner dans leur développement.

Les adhérents sont les familles et les enfants y viennent accompagnés d’un adulte (parent, grand-parent, oncle, gardien, etc).

Quel est le profil des parents intéressés ?

Les parents intéressés sont ceux qui ont décidé de prendre en charge la responsabilité de l’éducation et de l’instruction de leurs enfants. Ce sont souvent des personnes qui ont eu, à un moment donné, le fort désir de se dégager d’un mode de vie qui leur donnait l’illusion de la réussite avec le sentiment intérieur de ne pas être  heureux, et qui ont changé l’ordre de leurs priorités, en plaçant la réussite professionnelle et la réussite matérielle après des valeurs devenues plus fondamentales pour eux : passer du temps avec leurs enfants, retrouver de la liberté et de la mobilité, du temps pour créer leur vie et s’intérioriser davantage, donner de soi aux autres et s’engager dans des projets non rémunérateurs, avoir le temps de se cultiver, de lire, de construire des liens sociaux riches et profonds, etc.

Avez-vous dû faire des sacrifices pour créer FEEL ?

Oui, nous avons donné au projet toutes nos économies et avons choisi de renoncer momentanément à un logement ordinaire en optant pour l’achat d’une caravane et une vie nomade, le temps nécessaire pour absorber les déficits de FEEL et permettre à la structure de trouver un équilibre financier. Ce résultat a été récemment atteint, après deux ans et demi d’activité. Le centre se porte désormais tout seul, sans subventions, avec une cotisation de 200.- par mois par famille. Quant à nous, nous avons pris goût à cette vie dans la légèreté… !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans une telle aventure ? 

Je pense que pour mener à bien un tel projet, il faut d’abord s’assurer que celui-ci est désintéressé et répond à un réel besoin. Quand on a obtenu cette assurance très profondément, il faut se mettre à l’ouvrage, courageusement, dans la confiance que les questions qui se poseront trouveront une réponse en temps utile et que la loyauté de notre engagement nous donnera toute la force et les ressources nécessaires pour faire face aux difficultés. Garder à l’esprit que rien ne résiste au travail, ne pas s’attribuer les fruits de nos actes, qui ne sont que des dons que la vie nous fait, prendre chaque difficulté comme un défi intéressant dont l’issue ne nous appartient pas, ne pas faire une affaire personnelle des réactions agressives ou inappropriées des gens autour de nous, qui ont le droit d’être aussi imparfaits que nous le sommes, aimer inconditionnellement chaque personne qui croise notre chemin, être tendre avec soi comme avec les autres et ne pas perdre de vue que la joie est le but ; voici quelques conseils qui me paraissent utiles.

Quelles sont les qualités nécessaires pour mener à bien les challenges d’un tel projet ?

Il faut de la conviction, du courage, savoir se remettre en question et ne pas craindre de changer de cap quand cela est nécessaire. Il faut aussi être doué d’un sens de l’abnégation. L’abnégation n’est pas se nier soi-même ; c’est un exercice qui permet de détruire l’égoïsme et de libérer la joie de vivre qui dort en nous.

Une anecdote à raconter par rapport à ce projet ?

Un jour, un petit garçon de 9 ans et une petite fille de 7 ans, tous deux membres de FEEL, se sont rendus dans la salle de spectacle pour y jouer. Ne les voyant pas revenir, je suis allée voir ce qui se passait ; ils étaient entrain de danser comme deux papillons tournant autour d’une fleur, concentrés dans leur jeu esthétique, sans  parler. Ce bal en silence a duré près d’une heure. C’était de toute beauté

Le site internet de FEEL : www.feel-vaud.ch

L’école de demain, un rêve…

Je rêve d’une école qui offre un équilibre entre le développement du corps, de l’intelligence émotionnelle et des facultés mentales. Une école qui contribue à l’épanouissement de ce qui est unique et précieux en chacun ; où chacun, porté par une atmosphère saine et lumineuse se tourne spontanément, comme l’arbre s’élance vers le soleil, au service du vrai, du beau, du bon.

Je rêve d’une école où l’on suivrait le rythme naturel de développement de l’enfant, lui offrant les conditions idéales pour son épanouissement intégral ; une école où les enfants et les adolescents se plongeraient par pur plaisir dans les splendeurs de la connaissance, s’ouvrant ainsi à la merveille d’apprendre et de grandir en contact avec l’infinité de chaque chose.

Je rêve d’une école qui respecte les besoins et les spécificités de chaque enfant. Une école qui donne du temps pour découvrir les mécanismes et le fonctionnement du corps, des émotions et des pensées afin que chacun apprenne à se connaître et puisse s’occuper de soi avec bienveillance et discernement.

Je rêve d’une école où les enfants peuvent exprimer leurs émotions, explorer leurs challenges, trouver des solutions, des stratégies à leurs propres problèmes et ainsi s’éviter de répéter indéfiniment les mêmes difficultés tout au long de leur vie.

Je rêve d’une école où l’unicité de chacun pourrait être explorée, exprimée, et ainsi contribuer au bien commun et au futur de la terre ; une école qui serait ouverte à tout ce qui se fait de mieux dans le domaine de l’éducation ; une école qui promeut quotidiennement l’activité physique, les forces de caractère, les qualités humaines, l’éthique, la connaissance expérientielle, le sens esthétique, les facultés mentales et l’intelligence émotionnelle.

Je rêve d’une école qui puise sa stabilité dans les sagesses du passé et qui ose s’élancer avec enthousiasme et discernement vers les connaissances du futur.

Je rêve d’une école où la créativité, la collaboration, la connexion avec la nature serait mise en avant. Car que ferons-nous sans abeilles et sans oiseaux, sans ruisseaux et forêts saines ?

Je rêve d’une école qui surfe sur l’intérêt, la passion, l’émerveillement des enfants. La vie est infinie ; chaque instant, chaque objet et chaque activité peuvent se transformer (grâce à la curiosité naturelle des enfants) en sources de découverte, de développement et de connaissance.

Je rêve d’une école qui promeut l’harmonie et la fraternité, permettant aux enfants de s’associer plutôt que de se combattre, de s’entraider plutôt que d’être en compétition, une école qui permet l’équilibre et l’harmonie entre la Force, l’Amour et la Connaissance.

Je rêve d’une école qui trouve l’équilibre entre la discipline et la liberté, entre les besoins de la collectivité et celui de chaque individu, entre la discipline nécessaire au développement du corps et des facultés mentales et l’improvisation, la générosité du cœur, l’intuition, la créativité de l’artiste en chacun.

Je rêve d’une école où l’effort est un plaisir, et le plaisir est lumineux et sain. Une école où chaque enfant apprend à discerner ses caprices de ses besoins, où chaque enfant apprend à prendre soin de lui-même mais aussi de ses proches, de la planète, des animaux et des êtres humains de l’autre côté de la planète.

Je rêve d’une école nouvelle, inspirée, inspirante, où chacun, chaque élément, chaque parent, enfant, enseignant, directeur, intervenant s’épanouisse et grandisse à travers ses expériences.

Je rêve d’une école qui n’est peut-être plus une école mais un chemin lumineux qui s’élance vers la connaissance et la sagesse, la paix et l’harmonie, la beauté et l’éthique.

Je rêve d’un monde qui devient une école, où tous, conscients de nos forces et de nos limitations, de notre rôle et de nos possibilités infinies, avançons avec humilité et audace vers plus d’humanité et de fraternité.

 

 

P.S. Nous le verrons dans un prochain article, de nombreuses écoles en Suisse et partout dans le monde s’élancent dans cette direction…

Notre modèle éducatif est-il à l’heure de l’intelligence artificielle ?

L’intelligence artificielle au travail

Il y a quelques années déjà, des chercheurs de l’Université d’Oxford ont modélisé l’impact de la technologie sur plus de 700 professions. Résultat : 47 % des emplois aux Etats-Unis couraient le risque d’être automatisés dans les vingt ans à venir.

Ce processus a maintenant commencé et de nombreuses entreprises ont recours à l’automatisation grâce à l’intelligence artificielle. Des professions comme la médecine, que seuls quelques livres de science-fiction osaient imaginer robotiser, sont en mutation.

C’est un super-ordinateur du nom de Watson qui répond aux clients de la banque du groupe Orange. Chez Bouygues Telecom, Sylvain Goussot, le responsable de l’innovation, déclare que Watson s’est montré capable de répondre à 93 % des questions qui lui étaient posées.

En Suisse, Postfinance vient de supprimer des emplois « dans le cadre de l’automatisation et la numérisation des processus ». Chez UBS, le directeur général déclarait en octobre dernier qu’un tiers des emplois pourraient disparaître.

Uniquement dans le domaine de la médecine, le nombre d’applications du programme informatique d’intelligence artificielle Watson est absolument vertigineux.  Le constat est sans appel : presque toutes les professions vont être touchées par ce phénomène inéluctable. Et ce n’est que le début !

Comment préparer les enfants à des professions qui n’existent pas encore ?

L’alliance de la robotique, de l’intelligence artificielle et des réseaux internet est en train de bouleverser le monde que nous connaissons. La majorité des compétences analytiques sont aujourd’hui mieux maîtrisées par un robot-ordinateur capable de consulter en quelques secondes les connaissances que l’homme a accumulées depuis la nuit des temps.

De nombreux emplois vont disparaitre et bien sûr de nouveaux emplois vont émerger. Selon un rapport de Dell et de « l’Institut pour le Futur » : 85 % des emplois de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui !

Dans ce contexte, croire que le système éducatif datant du début de l’ère industrielle est adapté paraît absurde. En effet, que ce soit sur le plan académique ou sur le plan analytique, qui peut rivaliser avec ces machines ?

L’homme bénéficie de nombreuses compétences inégalables par des machines. Il s’agit hélas de compétences reléguées au second plan dans l’approche pédagogique classique.

Plus dangereux qu’une bombe atomique ?

Les possibilités que nous offrent l’intelligence artificielle sont infinies. Mais mal employées (ce que l’homme sait très bien faire !), elles posent des risques immenses pour l’humanité.

De nombreux leaders de ces domaines nous avertissent des dangers de l’intelligence artificielle ; ainsi Elon Musk a déclaré sur Twitter que l’intelligence artificielle est « potentiellement plus dangereuse que les bombes atomiques » ; Bill Gates dit partager ces craintes et voit d’immenses risques sur le long terme pour l’humanité. Stephen Hawking, dans une interview à la BBC, va jusqu’à déclarer que « le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait mettre fin à l’humanité ».

Quel que soit notre avis, nous ne pouvons pas nier les risques potentiellement cataclysmiques de l’intelligence artificielle. Si nous voulons nous prévenir de ces risques, une compétence devient essentielle à cultiver pour l’humanité : le sens éthique.