Le cerveau de l’adolescent

L’adolescence est une étape charnière de la vie. Mieux comprendre les changements émotionnels, corporels et neuronaux qui s’opèrent durant cette période permet d’accompagner les jeunes avec plus d’agilité et de sagesse.

Le cerveau de votre ado est le titre d’un livre de Daniel Siegel que tous les parents et les personnes dont le travail est en lien avec l’adolescence devraient lire. Ce livre nous le démontre, la connaissance, quand elle est au service du bien, devient sagesse.

Actuellement, de nombreux enseignants intègrent ces connaissances avec des résultats probants. Ils nous le démontrent, l’école peut offrir la possibilité aux adolescents de mieux gérer les défis qui se présentent à eux, de s’épanouir, de développer la confiance en soi et de trouver la place qui leur convient vraiment dans la société, tout cela avec un impact positif sur leurs résultats académiques.

Un jour, nous l’espérons, les programmes intègreront ces connaissances, évitant ainsi de nombreuses souffrances.

En tant que parents, le fait de comprendre les processus évolutifs en jeu présentés dans cet ouvrage permet d’être plus en paix et de mieux accompagner les adolescents et la famille dans cette période caractérisée par de profonds changements.

Le cerveau de votre ado, Dr Daniel Siegel, aux éditions Les Arènes.

L’être humain – un miracle égaré

Notre cerveau est un instrument d’une complexité infinie, les capacités de notre corps et de notre volonté semblent sans limites, notre créativité elle aussi peut être sublime, et puis il y a le monde des émotions, des instincts, des intuitions, les sens, les qualités du cœur, l’humour, l’éthique, la raison, le sens esthétique, les mystères de la conscience… Tout cela et bien plus encore est mis à notre disposition à la naissance.

Comment utilisons-nous cette « complexité divine » ?

Et que se passerait-il si nous consacrions cette « complexité divine » au service de l’harmonie et de la joie de tous et du tout ? Que se passerait-il si nous consacrions notre précieux temps à développer nos capacités, à transformer nos limitations, à servir le monde et à l’accompagner dans sa sublimation ?

Que se passerait-il si l’humanité – plutôt que d’utiliser son génie, ses forces, son argent et ses connaissances à fabriquer encore plus d’objets, à acquérir plus de pouvoir ou de renommée, à assouvir ses insatiables soifs irrationnelles – consacrait son temps avec sagesse et discernement ?

La terre nous miroite nos incohérences avec de plus en plus d’insistance.

Et ni la science, ni l’économie, ni la politique ou la technologie ne sauront résoudre à elles seules notre propre énigme. Toutes ces choses ne sont que le reflet désorganisé de notre propre monde intérieur. Sans y mettre de l’ordre, le chaos est certain.

L’être humain n’est-il pas un des « instruments » les plus extraordinaires et complexes qui soit ?

 

À l’orée d’une tempête,

un miracle de l’univers somnole.

 

Toute la nuit,

sans modération,

il a fêté sa propre naissance.

 

Le soleil va se lever,

le pilote et les membres de l’équipage

sont priés de s’éveiller.

 

 

 

Et si un ordinateur décidait du premier gouvernement mondial ?

Imaginez qu’une catastrophe mondiale pousse une grande partie de l’humanité à s’unir pour faire face à une difficulté. Imaginez que la compréhension du fonctionnement de l’esprit humain évolue au point qu’il soit possible de discerner, avec des appareils très précis, l’activation des aires du cerveau associées à la sagesse et à la connaissance. Une série de tests pourraient ainsi sélectionner des personnes sages de différents pays…

Mais qu’est-ce que la sagesse ?

Selon Wikipédia : « La sagesse est un concept utilisé pour qualifier le comportement d’un individu, souvent conforme à une éthique, qui allie la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s’appuyant sur un savoir raisonné. »

Bien sûr, ce n’est pas suffisant. De nombreux écrits dans toutes les traditions explorent les différentes qualités d’une personne sage.

En Inde par exemple, la Bhagavad Gîtâ nous propose cette définition : « De celui dont le mental reste inébranlable au milieu des chagrins et libre de l’aiguillon du désir au sein des plaisirs, celui que la passion, la peur et la colère ont quitté, on dit qu’il est un sage à l’intelligence stable…»

De nombreux philosophes nous proposent aussi leur compréhension de la sagesse.

Imaginez qu’un groupe représentant les différentes nations se réunisse pour définir les qualités d’une personne sage. Un autre groupe de scientifiques pourrait quant à lui définir une batterie de tests permettant d’évaluer ces qualités.

Ainsi, des personnes de différents pays seraient sélectionnées pour siéger ensemble et … s’inspirer du génie humain, de ses intuitions les plus sublimes, pour inviter l’humanité à faire quelques pas vers plus de sagesse.

Véronique Nicolet, quand l’art devient sacré

Depuis l’enfance, créer est un jeu, une joie de partage avec les êtres que je côtoie, une intense observation du monde, de mon environnement, de la nature qui toujours nourrit mon émerveillement.

Je suis fascinée par la lumière qui anime le vivant, pulse, vibre, rayonne derrière le sombre, la lumière qui sans cesse en mouvement transforme.

La couleur, un monde en soi, une riche palette d’exploration : des jaunes incantations, des rouges palpitants, des bleus lumières, des verts bruissants, des terres sourdes.

Mon travail s’est imprégné du sourire des regards, de la multitude, du chaos, de l’intensité de la lumière, de la richesse de la palette, du sens du sacré, ce tout qui fût mon quotidien.
Comme un tissage, un ensemble de mots sanscrits que l’on nomme mantra, des mots porteurs de sens, vibrations sonores, trament la toile, installent la concentration pour laisser glisser le merveilleux, merveilleux parce qu’une certitude s’impose au geste.

Au travers de cette exposition, quelle est votre intention ?

Mon intention c’est de rendre les gens heureux. C’est vraiment ça depuis que j’ai commencé à créer, à peindre.

Après une longue pause dévolue à l’éducation de mes enfants, j’ai repris la création à Auroville et c’est vraiment ça le plus sincèrement, honnêtement, ce qui me pousse à créer : c’est rendre les gens heureux. Et j’ai pu constater que cela se passe, car à chaque fois que j’ai exposé dans les galeries, des gens me font un retour de ce type : « On ne sait pas pourquoi, mais quand on est en présence, on se sent si bien et heureux qu’on n’a juste pas envie de partir de la galerie. » Ben voilà, je crois que j’ai un petit peu réussi mon intention.

Le bonheur, c’est être en présence, trouver ce silence en soi et être ramené et connecté à soi-même, à ce qu’il y a de sacré en soi. Pour moi c’est ça.

Comment se passe le processus de création ?

Moi-même j’essaie déjà de ne pas avoir trop de brouhaha à l’intérieur. Je fais en sorte que ça se calme intérieurement et d’être là, présente, dans ce que je suis en train de faire. En fait dans ce processus de création, il s’agit d’être un instrument, d’être la main qui est là dans la création et d’essayer d’avoir au moment où tu poses les choses avec le plus de sincérité dans ce que tu es en train de transmettre, d’être au plus sincère avec soi-même. De nombreuses fois je ne suis pas dans l’atelier parce que justement c’est trop agité à l’intérieur ou je suis très extériorisée par les événements et pour moi ça n’a pas de sens d’aller dans l’atelier dans cet état-là parce qu’il y a déjà tellement de choses créées, pourquoi encore en rajouter dans ce qui déjà se crée s’il n’y a pas ce contenu. Je ne veux pas seulement m’en tenir à la forme, c’est-à-dire des cylindres, des couleurs, mais vraiment le contenu dans cette forme, c’est ça qui m’importe. Et chaque élément a essayé de tendre vers ça, chaque papier qui a été peint, imprimé, tend vers ça.

 

 

Une myriade multicolore de mantras enroulés s’élève d’une colonne d’un feu soyeux. En réponse, les profondeurs secrètes qui nous habitent s’écarquillent et s’ouvrent pour boire un peu de lumière. Chaque œuvre d’art ici, on le perçoit nettement, est le fruit d’un labeur céleste. Il ne s’agit pas de lire ni de comprendre mais de s’ouvrir et de percevoir.

Et si l’humanité évoluait ?

Presque tous les scénarios futurs qui nous sont proposés sont des dystopies. Comme si l’humanité était destinée à vivre dans un monde sans nature et rempli de robots incarnant les folies suprémacistes de l’homme.

Il est certain que nous allons traverser dans un futur proche le plus grand défi de l’histoire de l’humanité et toucher l’héritage d’une longue domination du cerveau reptilien et d’un égoïsme aveugle. Il est aussi très possible que tout le travail sur soi accompli par de nombreux êtres humains porte ses fruits. De nombreuses personnes se libèrent des traumatismes et pathologies qui étaient auparavant simplement transmises, avec une couche supplémentaire, à la génération future. Cette libération, qui a un impact transgénérationnel, permet à la prochaine génération d’être libre de certaines limitations.

Et si le futur était peuplé de personnes qui vivent et agissent à partir des fonctions exécutives supérieures ? Des personnes qui, n’étant plus dominées par la peur, l’ambition ou l’ignorance, mettent leur intelligence, leur volonté et leurs qualités au service du tout.

Les dinosaures, qui très certainement dominaient le monde, ont fini par disparaitre ; l’évolution continue sont chemin. Après eux de nombreuses espèces nouvelles ont pu voir le jour et s’épanouir.

Le futur sera peut-être glorieux, celui d’une humanité qui a fini de traverser son adolescence turbulente pour faire preuve d’une maturité lumineuse, de courage et de sagesse – qualités que nous portons tous en nous-même, comme la graine porte en elle l’arbre millénaire.

Étude sur les effets d’un programme d’entraînement à la méditation de type « pleine conscience » auprès d’enseignant.e.s en Suisse romande

La méditation de type MBSR signifie Mindfulness-Based Stress reduction – en français réduction du stress par la pleine conscience. L’essor que connait la pleine conscience aujourd’hui dans le monde prend naissance dans ce programme créé en 1979 par Jon Kabat-Zinn. Depuis de nombreuses années, j’ai le privilège de proposer le programme de pleine conscience MBSR à des enseignant.e.s de Suisse romande. Certaines interventions ont donné lieu à une recherche publiée en 2020 portant sur les effets du programme MBSR.

J’ai posé quelques questions aux chercheurs-euses au sujet des résultats de l’étude. Il s’agit de :

Dr. Philippe Gay, professeur associé dans les domaines reliés aux sciences affectives et cognitives en lien avec enseigner/apprendre à la HEP

Dr. Katia Lehraus, docteure en sciences de l’éducation et chargée d’enseignement à la Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation de l’Université de Genève

Dr. Sébastien Urben, psychologue, responsable de secteur de recherche au Centre Hospitalier Universitaire Vaudois

Linda McCarthy, master en psychologie générale et pédagogique, psychologue-psychothérapeute FSP dans un cabinet privé à Sion

Quel était le but de cette étude ?

Rapporter des premiers résultats en Suisse romande sur le vécu, les ressentis des enseignant.e.s qui ont suivi le programme MBSR.

  • Quels résultats avez-vous obtenus ?

Les enseignant.e.s rapportent de nombreux bénéfices pour eux-mêmes, mais également pour leurs élèves.

Plus spécifiquement, les résultats indiquent une satisfaction très élevée par rapport au programme MBSR ainsi que divers bénéfices subjectifs (p. ex., meilleure régulation émotionnelle et meilleure gestion du stress). De plus, les bénéfices ressentis sont également décrits pour les élèves (p. ex., atmosphère plus positive en classe) ainsi que pour l’établissement (p. ex., plus de bienveillance et relations de meilleure qualité avec les collègues).

À la lumière des résultats obtenus, pourquoi pourrait-il être pertinent pour les enseignant.e.s de suivre le programme MBSR ?

Les programmes MBSR sont reconnus pour diminuer le niveau stress et améliorer le bien-être individuel ; c’est encore plus important pour les enseignant.e.s qui ont un travail éprouvant, qui peut être empreint d’émotions fortes. Par ailleurs, le stress étant contagieux, tout comme le bien-être, un.e enseignant.e peut avoir un impact positif sur le climat en classe, ce qui permet de faciliter l’apprentissage.

  • Selon les résultats de votre étude, le MBSR a un impact sur la stabilité émotionnelle et psychologique des enseignant.e.s. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Cette amélioration peut être en partie expliquée par le développement de ressources attentionnelles et de régulation des émotions que ce type de programme permet de développer. En effet, les stratégies de gestion des émotions semblent plus fonctionnelles après la participation à un programme MBSR. En particulier, les enseignant.e.s peuvent développer des stratégies cognitives de régulation des émotions (p.ex., se focaliser sur les éléments positifs et non pas ruminer le négatif, remettre en perspective ou accepter), mais également des stratégies plus comportementales (p.ex., mieux respirer, se relaxer musculairement).

Ainsi, l’entrainement de la capacité à porter notre attention sur l’instant présent tel qu’il est peut avoir pour effet le développement de ces stratégies, même si ce n’est pas le but premier du programme MBSR.

  • Comment expliquez-vous que la participation des enseignant.e.s au programme MBSR ait un impact sur les enfants ?

Il convient de préciser que dans notre étude, ce sont les enseignant.e.s qui rapportent ressentir un impact positif sur leurs élèves. Il faudra confirmer ces résultats par des évaluations plus directes et plus objectives auprès des élèves. Cela étant, il est évident que les émotions désagréables de l’enseignant.e peuvent parasiter les apprentissages des élèves (p.ex., le stress ou la colère qui vont diminuer les ressources cognitives – attention, mémoire – nécessaires pour bien apprendre). Au contraire, des émotions agréables comme la joie ou l’enthousiasme de l’enseignant.e contribuent à l’intérêt des élèves et améliorent les apprentissages ainsi que le climat en classe.

 

 

Quelle suite donner à cette étude ?

Cette première étude était rétrospective, c’est-à-dire qu’elle consiste en une seule évaluation après le programme MBSR, la prochaine étude devra réaliser plusieurs temps de mesure (notamment avant et après l’intervention) et comparer ces résultats avec un groupe de contrôle. Par ailleurs, au-delà des mesures subjectives, des mesures objectives devraient être réalisées. Par exemple, des mesures physiologiques (p.ex., voir si le taux de cortisol – hormone de stress – diminue ou si la variabilité de la fréquence cardiaque – indicateur de la régulation de nos émotions, pensées et comportements – augmente après la participation au programme) pourraient contribuer à mieux appréhender les mécanismes permettant de comprendre les améliorations observées. De plus, nous pourrions récolter des informations auprès des élèves ou des directeurs d’écoles pour avoir une évaluation par des tiers des bénéfices d’un programme MBSR.

  • Dans votre article de recherche, vous faites référence à une enquête menée auprès de 5’500 enseignant.e.s de Suisse romande1. Celle-ci avait révélé que plus de 40 % d’entre eux avaient obtenu un score de burn-out élevé et que plus de 2/3 d’entre eux avaient l’impression de devoir « tenir le coup ». Est-ce que le programme MBSR pourrait être une option pour mieux gérer ce stress ?

Évidemment, le programme MBSR est un moyen de prévention efficace pour le burn-out puisque ce syndrome est particulièrement lié au stress. Plusieurs études portant sur des enseignant.e.s et professionnels de la santé ont en effet mis en lumière que la probabilité de présenter un burn-out diminuait significativement après un entrainement de pleine conscience (Luken & Sammons, 2016)2.

  • Quelles sont les limitations de ce genre d’approches ?

Le temps qu’il est nécessaire d’investir pour apprendre cette technique peut être un frein. En outre, pour maintenir les bénéfices, il faut pouvoir pratiquer régulièrement.

  • Selon les résultats de votre étude, en quoi est-ce que l’entrainement de la pleine conscience a un impact sur la gestion de la colère et de l’impulsivité ?

Comme pour le stress, les stratégies de gestion de ses pensées, émotions et comportements s’améliorent suite au programme, du point de vue subjectif des enseignant.e.s ayant participé aux «  entrainements » MBSR.  De plus, en diminuant le stress, ce programme va également réduire le nombre d’opportunités de se mettre en colère ou de réagir impulsivement en offrant la possibilité d’apprendre à prendre de la distance avec ses pensées et ses émotions et ainsi mieux les contrôler.

Un programme intensif et prometteur

Il est bien clair que pour que ce genre de programmes soient efficaces, il est important de proposer des interventions de pleine conscience de qualité. Hélas, nous le voyons, de nombreuses personnes confondent encore la pleine conscience avec d’autres méthodes comme la sophrologie, la PNL, l’hypnose, etc. Si ces interventions ont leur propre valeur et efficacité, il est bien clair qu’elles ne doivent pas être confondues avec la pleine conscience. On ne peut pas généraliser les bénéfices mis en lumière par des études sur la pleine conscience à d’autres interventions.

Un autre élément important est que ce genre d’approche ne peut pas être imposé aux enseignant.e.s. Comme spécifié dans l’étude, le programme MBSR implique un investissement important en termes de temps (il s’agit en effet de 8 sessions de 2h30 par semaine plus une journée entière et 40 minutes de pratique à domicile cinq jours sur sept).

Si tous ces éléments sont réunis, il s’avère que ce genre d’interventions sont très prometteuses, tant pour la gestion du stress et des émotions des enseignant.e.s que pour l’atmosphère en classe qui devient ainsi plus propice à l’apprentissage.

 

Gay, P., Dini, F., Lehraus, K., McCarthy, L. et Urben, S. (2020). Programme Mindfulness-Based Stress Reduction (MBSR) auprès d’enseignants de primaire : Résultats d’une enquête de satisfaction et bénéfices subjectifs ressentis. Formation et profession, 28(3), 36-48. http://dx.doi.org/10.18162/fp.2020.555

 

 

Références :

  1. Studer, R. et Quarroz, S. (2017). Enquête sur la santé des enseignants romands. Epalinges: Institut universitaire romand de Santé au Travail (IST).
  2. Luken, M. et Sammons, A. (2016). Systematic Review of Mindfulness Practice for Reducing Job Burnout. American Journal of Occupational Therapy, 70(2).

 

Les pouvoirs secrets de la respiration

Avez-vous déjà remarqué que vous respirez plus lentement lorsque vous êtes serein et que, lorsque vous êtes triste, votre respiration est interrompue par des soupirs ? Ainsi notre état d’esprit, notre niveau de stress, nos émotions influencent notre respiration ; mais l’inverse est-il possible ? À l’aide d’une respiration calme et profonde, pouvons-nous apaiser l’excitation, la souffrance, la colère et induire la tranquillité, le bien-être, la paix ?

Depuis des siècles, l’Orient a étudié la respiration et développé de nombreuses techniques, chacune avec des bienfaits spécifiques. En effet, il est déjà fait mention du pranayama, cette science du souffle, dans des textes venant de l’Inde et datant de plus de 2 500 ans1. Ces techniques sont utilisées depuis quelques décennies en Occident et font partie de l’entraînement quotidien de nombreux sportifs de haut niveau (golf, tir à l’arc, natation, course à pied, etc.), elles sont aussi utilisées par des pilotes de chasse, des hommes d’affaires, des artistes, des médecins, etc. De nombreuses écoles à travers le monde intègrent ces techniques dans leur cursus de formation. Les bienfaits de ces exercices de respiration ont été démontrés par de nombreuses études2.

La respiration a de nombreux secrets à nous révéler. Nous pouvons l’utiliser pour renforcer notre système immunitaire ou pour nous détendre, pour approfondir notre qualité de présence ou avoir plus d’énergie et d’enthousiasme.

 

Nous respirons en moyenne plus de 20 000 fois par jour. À l’inspiration nous oxygénons le corps et le cerveau (qui à lui tout seul utilise 20 % de l’oxygène) et à l’expiration nous expulsons du corps les déchets gazeux, principalement le dioxyde de carbone. Une mauvaise posture, le stress, l’anxiété le manque d’exercice réduisent le volume d’air inspiré, ce qui a des conséquences directes sur l’oxygénation du corps et du cerveau. On estime qu’en général nous utilisons moins de 50 % de nos capacités respiratoires ; en mode standard nous inspirons en moyenne 7 200 litres d’air par jour alors qu’avec une respiration ample nous pourrions inspirer plus de 17 000 litres d’air par jour3.

En respirant de façon ample et profonde, nous agissons directement sur la régulation du système cardio-vasculaire, nous abaissons la tension artérielle, renforçons les défenses immunitaires, offrons une meilleure oxygénation au cerveau, rééquilibrons l’acidité sanguine, facilitons la digestion et l’oxygénation des cellules, etc. ; mieux nous respirons, mieux nous nourrissons notre organisme. L’expiration elle aussi est essentielle, car elle chasse les toxines de notre corps. Nous observons de nombreux autres bienfaits : meilleure gestion des émotions, meilleure concentration et présence à ce que nous faisons, peut-être aussi sentirons-nous un sentiment de bien-être et de calme s’installer4.

Si vous souhaitez explorer certains des bénéfices de la respiration, prenez régulièrement une minute et faites quelques respirations lentes et profondes, vous expérimenterez peut-être un aperçu de ces bienfaits.

Nous verrons dans de prochains articles certaines techniques et méthodes développées en lien avec la respiration.

 

 

  1. On retrouve ce concept dans la Bhagavad-Gîtâ (datant selon diverses estimations entre le XXVe et le IIe siècle av. J.-C.) ainsi que dans les textes du sage indien Patanjali (200 avant J.-C.).
    Aurobindo, S. La Bhagavad-Gîtâ. Sabda.
    Satchidananda, S. (2012). The Yoga Sutras of Patanjali. Integral Yoga Publications.
  2. Sengupta, P. (2012). Health Impacts of Yoga and Pranayama: A State-of-the-Art Review. International Journal of Preventive Medicine, 3(7), 444-458.
  3. Stacke, E. (2013). Les vertus de la respiration (p. 26). Editeur Guy Trédaniel.
  4. ibid

Éveil de la conscience par le corps

Et si les enfants découvraient dès leur plus jeune âge comment cultiver la concentration, la relaxation, la connaissance de soi ? Et pourquoi attendre d’être adulte pour développer les compétences émotionnelles et l’art de vivre ensemble ?

Éveil de la conscience par le corps est un programme complet d’exercices qui vise à accroitre la conscience et à améliorer les perceptions et capacités sensorielles. Les enfants sont ainsi guidés sur la voie de la conscience et de l’autonomie. Les activités s’articulent autour de la créativité et présentent souvent un caractère ludique ; elles développent progressivement et stimulent la concentration, la cohérence, la relaxation et le sentiment d’épanouissement.

Le but principal de la méthode est d’amener l’enfant dans un état de réceptivité qui lui permettra « d’entendre » les différents signaux qu’il reçoit de son monde intérieur comme du monde extérieur. Les exercices lui permettront alors, peu à peu, de découvrir l’ensemble complexe qui le constitue et de trouver les outils pour bien gérer cette complexité.

Mais plutôt qu’une méthode, Éveil de la conscience par le corps est un chemin permettant aux enfants (et aux adultes) de mieux se connaitre, de l’intérieur à l’extérieur, de façon expérientielle plutôt que conceptuelle.

Petit florilège d’exercices :

 

De nombreux exercices destinés à développer la concentration sont basés sur la conscience de la respiration. Ces exercices uniques permettent d’approfondir un courant qui a le vent en poupe dans le monde entier, la pleine conscience. À l’image de l’exercice appelé « le respiromètre », où il s’agira de poser un bâton de bambou sur son corps, de façon à ce que le bambou révèle toutes les étapes de la respiration.  Il se lève vers la tête à l’inspiration, reste statique entre l’inspiration et l’expiration, descend à l’expiration et écrase le nez entre l’expiration et l’inspiration. Cela permet, de façon très concrète et expérientielle, de prendre conscience des étapes de la respiration.

 

Des exercices pour développer les sens ainsi que de nombreux exercices de relaxation, seul ou par deux.

 

L’enfant apprend également qu’il ne peut pas être séparé du groupe, qu’il est un être social. Il apprend à se connaitre également face à l’autre, où l’autre devient miroir. Aussi, il pourra observer, dans un contexte détendu et sécurisé, les habitudes et les rôles qu’il aura tendance à prendre au sein d’un groupe. Cette prise de conscience permettra de faire des choix plus conscients par la suite. Ces petits pas en tant qu’enfant peuvent avoir un impact considérable à l’âge adulte.

 

 

Aloka Marti et Joan Sala ont développé au fil des années de nombreux jeux et exercices avec des « installations de structure »*.

Aloka Marti et Joan Sala

Aloka Marti vit en Inde depuis 1971 et participe activement au développement de l’éducation intégrale dans les écoles d’Auroville. Ses domaines d’expertise incluent la danse créative, le hatha yoga, le tai chi, le yoga nidra et le watsu.

Joan Sala pratique les thérapies naturelles, le shiatsu, les arts martiaux et le taoïsme. Son travail corporel est basé sur la tradition somatique et sur les thérapies craniosacrale biodynamique et pulsing ainsi que les techniques samalin et strain-counterstrain.

Depuis 1992 Aloka Marti et Joan Sala proposent leur méthode Éveil de la conscience par le corps aux enfants et adolescents d’Auroville. Depuis 2002, ils organisent des ateliers pour enseignants, éducateurs et autres adultes intéressés à Auroville, en Europe et aux États-Unis.

Le site internet.

Sala, J., & Marti, A. (2021). Éveil de la conscience par le corps. Éditions Savitri.
Traduction française de Camille Foetisch.

 

 

 

 

 

* (…) une « installation de structure » peut être une simple planche posée sur un demi-cylindre qui bouge lorsqu’un enfant y pose le pied aussi bien qu’un « paysage » composite et complexe fait de nombreux éléments différents tels qu’échelles, tabourets, blocs de bois, tables, chaises, quilles, planches à bascule, demi-troncs, poutres, planches de bois, tréteaux, ballons, balles de santé, cordes, échelles de corde, coussins, matelas, tissus, etc. Comme Joan et Aloka le soulignent « On utilise tout ce que nous avons sous la main et qui est susceptible d’ajouter un autre champ d’expérimentation. Avec le temps, on a réuni des éléments très variés pour élargir le champ des explorations sensorielles possibles. Si l’on souhaite insister sur un certain travail (équilibre, par exemple), on n’utilisera qu’une partie de ces éléments, ceux qui correspondent au but recherché. Ou on en utilisera de nombreux si l’on souhaite exposer les enfants à une grande variété de réponses sensorielles. »

Ces « installations de structure » permettent d’aborder des sujets tels que, principalement, la conscience sensorielle, la conscience de l’usage de son propre corps, l’exploration des émotions et des attitudes, le développement de l’attention et de la concentration, la capacité à être présent, l’observateur intérieur et la conscience de ses propres limites et responsabilités.

La communication – un outil tout-puissant

Combien de difficultés – entre amis, dans la famille, au travail ou même entre nations – pourraient être évitées avec une meilleure communication ?

En améliorant la qualité de notre communication, nous avons le pouvoir de transformer radicalement et instantanément tous nos rapports et interactions.

La communication est un outil tout-puissant ; des premiers mots miraculeusement prononcés par un homo habilis il y a plus de deux millions d’années en passant par l’écriture – marquant la fin de la préhistoire –, le papier, l’imprimerie, le télégraphe, la télévision, internet et maintenant les objets connectés, chaque étape du développement des moyens de communication, chaque grande découverte marqua un tournant dans l’histoire de l’humanité.

Nous constatons la même puissance transformative au niveau individuel, que ce soit dans notre vie privée ou professionnelle : en améliorant la qualité de notre communication, nous avons le pouvoir de transformer radicalement et instantanément tous nos rapports et interactions.

Entendre par-delà les mots

Comprendre le point de vue de l’autre, ses idées et ses intentions, lire à travers ses émotions, sa gestuelle et ses expressions faciales ; s’exprimer sincèrement et clairement, avec précision et enthousiasme, savoir intéresser son interlocuteur, ne pas trop parler et répondre exactement à la question posée, trouver des solutions justes et satisfaisantes ; la communication est un art passionnant que nous pratiquons quotidiennement.

Elle devient source de connaissance quand l’on s’entraîne à lire entre les lignes, à percevoir les vraies intentions ou à trouver le mot, le rythme, l’intonation qui s’approche le plus de la perfection et à revêtir nos idées de lumière. En tendant l’oreille, nous nous apercevons combien la maturité, les préoccupations et centres d’intérêt des individus et des nations se reflètent dans leur communication.

Et si de nombreuses méthodes sont à notre disposition pour parfaire notre communication, il suffit souvent simplement d’être plus présent, plus attentif et concentré afin d’améliorer la qualité, la profondeur et l’authenticité de notre communication.

 

POUR DEVENIR, IL FAUT ÊTRE

À la montagne par un bel après-midi ensoleillé, Kevin et sa mère Sandra vont faire de l’escalade. Un léger courant fait danser leurs cheveux alors qu’ils traversent les prairies riantes et fleuries. Sur le chemin ils dégustent quelques fraises des bois, contemplent une coccinelle et se roulent dans les hautes herbes. Le sifflement d’une marmotte attire leur regard ; elle est debout, attentive, puis s’élance dans une course comique et disparaît sous un rocher. Plus haut les pics enneigés s’élancent silencieusement vers le ciel azuré. Ils s’approchent maintenant du rocher repéré quelques jours plus tôt par Sandra. À peine arrivé, Kevin, du haut de ses trois ans, se précipite avec enthousiasme ; il est prêt à conquérir les plus hauts sommets du monde. Les premières prises sont faciles ; Sandra, le sourire sur les lèvres, l’observe avec amour. Il faut dire qu’après son entraînement intensif du matin dans les escaliers Kevin se réjouissait d’affronter un adversaire à sa hauteur. Ses petits doigts s’accrochent avec aisance sur les plis du rocher, il est confiant, concentré, absorbé dans l’instant. Puis les choses se compliquent ; il arrive à un moment de son ascension où le rocher est escarpé ; il ne trouve pas la prochaine prise, ses bras deviennent douloureux, ses jambes tremblotent, sa voix devient plaintive. Sandra se tient juste derrière lui, prête à le rattraper ; elle ne le touche pas et l’encourage, lui donne quelques conseils. Kevin n’y arrive toujours pas, il est prêt à abandonner et à pleurer. Sandra, s’apercevant que la difficulté lui paraît trop grande, reste malgré tout intraitable, car elle sait qu’il est capable de relever le défi. Elle lui suggère une prise sur la droite tout en le soutenant légèrement de la main. Kevin, sentant sa présence protectrice, sous l’impulsion de ses encouragements, ose alors s’élancer et tenter l’impossible mouvement.

Laissons les enfants vivre et affronter leurs difficultés, grandir en courage, comprendre et mûrir à travers leurs propres expériences ; car cela n’est pas en apprenant le nom des continents que l’on devient marin, c’est surtout en affrontant la mer et ses tempêtes.

Tout en les protégeant quand cela est nécessaire, ne leur évitons pas toutes les situations difficiles et les conflits, mais encourageons-les à trouver leurs propres solutions, à comprendre et intégrer l’autre, à transcender leurs limitations, à conquérir leurs difficultés et à transformer leur caractère ; car c’est bien dans la réalité de tous les jours que l’ascension a lieu, que la maturité croît ; c’est par une expérience concrète et directe.

Si nous voulons travailler en profondeur sur notre nature, il faut savoir saisir les opportunités que la vie nous offre et y consacrer du temps ; même les conflits deviennent alors des opportunités de croissance, des opportunités pour explorer et pour perfectionner notre caractère.
En plus de profiter des situations qui se présentent naturellement, nous pouvons organiser des sorties dans la nature, des activités sportives, des jeux qui offriront de multiples occasions pour grandir intégralement.

 

 

 

Extrait du livre de Fabrice Dini. « Une éducation intégrale pour grandir en s’épanouissant ». Edition Faim de siècle. Préface de Matthieu Ricard.