Le quotidien d’un enfant dans une école pionnière vaudoise

Dans mon dernier article “La pédagogie Reggio-Emilia ou l’art d’enseigner par le Beau“, nous avons découvert la pédagogie Reggio-Emilia ; aujourd’hui Marion Julia nous décrit le quotidien d’un enfant à l’écoline.

Comment se déroule concrètement une journée d’un enfant ?

La plupart des enfants arrivent entre 8h30 et 9h (bien que l’on propose l’option Early Start dès 7h30). Ils jouent librement à leur arrivée, qui est aussi un moment de dialogue entre nos enseignantes/éducatrices et les parents. Ensuite il y a un accueil où l’on apprend à se connaître, puis à s’exprimer et à écouter les autres. Ce temps de parole en cercle est aussi le moyen de faire le planning de la matinée, de présenter les projets en cours, et pour chacun l’occasion de dire ce qu’il souhaiterait faire ce jour-là.

Puis, les enfants se répartissent librement dans l’espace entre des activités individuelles ou par petits groupes, certaines de manière autonomes et d’autres accompagnées d’adultes. L’autonomie dans les activités est fortement encouragée avec le matériel à portée de main des enfants.

Si vous rentrez à ce moment-là dans la classe, c’est particulièrement intéressant. Cela ressemble à une ruche : de loin un bourdonnement d’activités mais si vous y regardez de plus près vous verrez que chaque enfant est totalement investi dans ce qu’il fait (construction, peinture, coins et supports d’écriture, jeux symboliques, argile, arts plastiques, lecture, observation au microscope, table lumineuse, puzzles…). Chaque enfant est concentré et ce qu’il fait est important pour lui. Les enfants ont la liberté de se déplacer dans l’espace et de changer d’activité.

Une fois par semaine, nous avons une artiste (Arts visuels) qui vient passer la matinée dans notre atelier, adjacent à la classe, et propose aux enfants qui le souhaitent de participer à un projet qui évolue souvent sur plusieurs semaines. Souvent ce projet part d’une interprétation de l’artiste d’une thématique apportée par un enfant ou un groupe d’enfant et explorée en classe à travers un autre biais que l’art.

A l’écoline, la matinée se déroule dans une classe d’environ 100m2 en open space, incluant une salle vitrée de 25m2 environ dans laquelle les enfants peuvent lire, jouer un peu de musique ou faire un peu de yoga et de gym. Ils sont 25 enfants avec 2 enseignantes et 2 stagiaires.

Après environ 1h-1h30 d’activité, les enfants s’arrêtent progressivement pour aller prendre un petit goûter puis sortent en 2 groupes dans la nature qui se trouve à la porte de l’écoline : un bois, un champ, les terrain de foot de la ville et les plages sauvages du bord du lac. Là, ils courent, grimpent aux arbres, s’inventent des histoires et vont arroser les plantes des bacs Incroyables Comestibles que nous avons plantés au printemps.

Les enfants reviennent à l’écoline vers midi pour le repas qui se déroule dans une atmosphère calme, familiale et joyeuse. C’est aussi un moment propice pour travailler sur le vivre-ensemble, parler d’alimentation (durable) et également de tri et réduction des déchêts, ce qui nous tient à cœur (l’écoline est labellisée Eco-Schools).

Tous les enfants ont un petit temps de repos et relaxation après le repas d’environ 30 minutes.

Un après-midi à l’écoline

Dès 13h30 l’après-midi commence. Certains enfants rentrent chez eux, et ceux qui restent ont généralement un temps de jeux libres dans notre Piazza (une grande salle à vivre, avec les tables du repas mais aussi de grands espaces de jeux). L’après-midi ils refont un petit accueil avec planning pour les activités de l’après-midi. Comme il y a toujours 2 adultes qualifiés ils ont toujours un grand choix d’activités possibles, qui peuvent s’inscrire ou non dans les projets en cours.

Un jour par semaine, nous avons une Danseuse qui vient leur proposer d’expérimenter leurs thèmes sous l’angle du mouvement. Ce fut le cas récemment de la danse (ou plutôt du vol) des oiseaux par exemple.

Enfin, chaque vendredi, nous avons une éducatrice formée à l’éducation à l’environnement par la Nature qui passe la journée avec eux. Ils passent donc régulièrement plusieurs heures dehors, par tous les temps, pour apprécier les qualités de la nature, mieux la connaître et la respecter aussi.

Chaque jour, notre équipe travaille sur ce que nous nommons l’éducation à la paix : la paix avec soi-même (gestion des émotions notamment), et la paix avec les autres (jeux de coopération, massages selon une approche spécifique pour les enfants, relaxation, communication non violente). Ces moments sont très importants pour les enfants, dans une tranche d’âge où les émotions sont très fortes et l’apprentissage de l’intelligence émotionnelle et interpersonnelle si prenant. Ce sont également les enfants qui sont à l’origine du « cadre » et des règles de vie à l’écoline. Un cadre qu’ils dessinent eux-mêmes en début d’année lorsqu’ils définissent avec les adultes leur école de rêve !

A 15h30, les enfants prennent ensemble le goûter puis certains enfants partent à la maison. Pour ceux qui restent dans la dernière tranche horaire (jusqu’à 18h30), des ateliers sont proposés librement (Atelier C’est du chinois, Capoeira, Danse créative, Zumba, Wobbel Yoga…) en complément des possibilités de jeux de société ou jeux libres et de lectures.

www.lecoline.ch

La pédagogie Reggio-Emilia ou l’art d’enseigner par le Beau

Depuis 2012, l’écoline, une école basée sur la pédagogie Reggio Emilia fait vibrer toute la région lausannoise et contribue au mouvement de transformation du système éducatif romand ! Mais qu’est-ce donc la pédagogie Reggio Emilia ? Éléments de réponse avec Marion Julia, sa fondatrice.

Qu’est-ce que la pédagogie Reggio-Emilia ?

C’est difficile à résumer, justement parce que ce n’est pas une pédagogie figée, écrite. C’est une approche et non pas une méthode. Une pédagogie qui évolue donc, et ce depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c’est dire sa richesse. D’autant plus que les pédagogues de la ville de Reggio Emilia ont toujours aimé travailler avec d’autres spécialistes de l’enfance et de l’apprentissage, par exemple issus de la psychologie (Howard Gardner, Jérome Brunner…) , aujourd’hui également des neurosciences.

C’est une approche fondée sur une vision de l’enfant comme unique, compétent, curieux, acteur de ses propres apprentissages mais aussi citoyen à part entière. En cela, elle rejoint de nombreuses autres pédagogies alternatives. Cela commence avec la confiance : l’adulte construit une relation de confiance avec chacun des enfants et fait en sorte que chaque enfant se sente également à l’aise dans son environnement physique. Cela peut prendre plus ou moins de temps selon les enfants bien entendu. La bienveillance, le profond respect et même l’amour de l’éducateur pour chaque enfant sont des éléments indispensables pour que chaque enfant puisse oser être complètement lui-même dans cet environnement.

Le rôle de l’éducateur

L’approche Reggio Emilia conçoit le rôle de l’éducateur comme un chercheur, à l’écoute de chaque enfant et cherchant en permanence à découvrir ce que cet enfant est en train de vivre et d’apprendre et comment l’accompagner au mieux sur son chemin d’apprentissage. L’éducateur ou l’enseignant documente ce chemin d’apprentissage avec des prises de notes, des photos, des vidéos, qui laissent ainsi une trace de ce que fait/dit l’enfant, afin notamment de révéler le sens et la valeur de ce que fait l’enfant. Cette documentation devient également un lien intéressant entre l’école et les familles.

Grâce à l’écoute et l’observation profondes des enfant, grâce aussi à la place que l’adulte va accorder à leurs intérêts et à leurs jeux, des projets voient le jour. Ces projets ne sont donc pas planifiés à l’avance par les adultes (nous n’avons pas de programme). Par contre, les projets se nourrissent et s’étoffent des interactions entre enfants et entre enfants et adultes. Ils peuvent durer une matinée comme ils peuvent durer 6 ou 8 mois. Tant qu’ils sont source d’intérêt pour les enfants, ils se poursuivent et se développent.

L’importance de l’environnement

Dans une école inspirée de Reggio Emilia, l’environnement est particulièrement important car l’enfant doit pouvoir y trouver de multiples ressources. Cet environnement est plutôt neutre au départ et se remplit au fur et à mesure que se créent les œuvres et projets des enfants et adultes qui y vivent. Le matériel que l’on y trouve est plutôt naturel, esthétique et « ouvert » dans le sens que les enfants peuvent toujours l’utiliser de plusieurs manières. La lumière est un élément très présent. La lumière naturelle mais aussi des tables lumineuses ou rétroprojecteurs qui permettent de voir/montrer les choses sous d’autres perspectives. La nature est aussi est très présente, car elle « parle » beaucoup aux enfants. Elle est un objet de curiosité pour les enfants car elle évolue sans cesse. A l’écoline, nous apportons la nature dans la classe, notamment à travers le jardinage, mais surtout nous passons beaucoup de temps en forêt et au bord de la plage, chaque jour.

A Reggio Emilia, chaque école a un artiste

Loris Malaguzzi, le pédagogue qui a « lancé » ce que l’on nomme aujourd’hui l’approche Reggio Emilia (il est très intéressant de réfléchir à l’utilisation du nom de la ville et non du pédagogue pour nommer cette pédagogie…), a souhaité intégrer des artistes dans l’école pour apporter d’autres perspectives sur le monde aux enfants, et d’autres compétences, d’autres manières d’appréhender les choses, ce que l’on appellerait aujourd’hui du « creative thinking » en quelque sorte. Nous croyons fortement à cela aussi. A Reggio Emilia, chaque école a un artiste, que l’on nomme Atelierista, (et son atelier) en ses murs, disponible pour travailler avec les enfants, à plein temps. A l’écoline, nous avons choisi d’avoir plusieurs Atelieristas à temps partiel pour enrichir encore d’avantage leurs perspectives.

Dans les heures d’école, nous avons donc 2 personnes qui viennent chaque semaine donner des ateliers spécifiques : Danse et Arts visuels. Nous avons également des enseignantes et éducatrices qui ont une ou plusieurs passions ou expertises qu’elles vont pouvoir utiliser au sein de projets ou pour des moments particuliers, c’est le cas de l’éducatrice qui aime travailler autour de la Nature et de l’éducation à la paix, ou de notre enseignante qui a une formation de scientifique et qui propose donc de nombreuses expériences scientifiques aux enfants en lien avec leurs projets, ou encore d’une éducatrice qui est également céramiste, etc.

Il souhaite comprendre le fonctionnement de l’ADN à 5 ans

Avec cette vision de l’enfant et ce rôle de l’éducateur, il n’y a pas de limite fixée aux apprentissages des enfants, il n’y a pas cette idée de « il ne peut pas comprendre ». J’aime citer cet exemple du projet sur l’ADN que nous avons fait avec des enfants de 3 à 5 ans. Grâce à notre enseignante scientifique, nous avons pu accompagner le désir d’un enfant de mieux comprendre ce qu’était l’ADN, dont il avait entendu parler lors d’une visite à un musée. Ses camarades ont pu bénéficier de l’explication illustrée par une petite expérience qu’ils ont eux-mêmes réalisée autour de l’extraction de l’ADN d’une banane. Les autres adultes présents ont ce jour-là appris autant que les enfants !

www.lecoline.ch

Lors de mon prochain article, nous verrons à quoi ressemble le quotidien d’un enfant à l’écoline.

Oser jouer notre vrai rôle pour le Bien de la Terre

L’humanité provoque une crise écologique sans précédent, une accentuation des inégalités entre riches et pauvres ; les crises politiques, sociales, existentielles se multiplient partout… En Europe, septante pour cent des insectes ont disparu en trente-cinq ans, un tiers des oiseaux durant les quinze dernières années. Notre monde tout entier semble s’élancer avec énergie vers une période de grand chaos. Si vous ne le savez pas encore, je vous laisse écouter Aurelien Barrau, qui, durant les premières minutes de son discours, résume très bien notre situation.

L’homme provoque la sixième extinction de masse de l’histoire de la terre ; il est urgent de se préoccuper de la terre. Mais la première terre qu’il nous est donné est notre corps, notre esprit, notre vie même !

Si nous souhaitons nous battre pour préserver la terre et tout ce qui nous est cher, un double mouvement semble nécessaire :

  1. agir, travailler chaque jour pour le bien de la terre et de tous ses habitants
  2. se reconnecter avec ce qui est profondément juste et vrai, avec notre essence profonde, avec notre humanité et aligner tout ce que nous sommes : chaque pensées, émotions et actions avec Cela.

Être soi-même dysfonctionnel et agir pour sauver la terre est une vaine chimère

Embourbés dans nos propres contradictions et impossibilités, nous ne pourrons élever personne. Tout au mieux pourrons-nous pour quelques instants porter à bout de bras une cause et puis s’épuiser, se démoraliser, se perdre dans les labyrinthes sans fin de l’esprit humain.

Il nous faut donc commencer par nous-même, commencer par vivre selon la vérité. Il nous faut vivre pleinement nos qualités intrinsèques et oser jouer notre vrai rôle. Il nous faut conquérir nos propre challenges et difficultés, connaitre et transformer nos limitations et contradictions. Être soi-même dysfonctionnel et agir pour sauver la terre est une vaine chimère.

Ce que nous proposons ici est de s’occuper de Soi. Non pas un soi superficiel, égotique, mais un Soi essentiel.

S’occuper de soi, cela veut dire prendre du temps pour se connecter avec ce qui, en nous, est profondément juste et vrai. Travailler sur soi n’a rien à voir avec l’égoïsme ; au contraire cela demande du courage, du don de soi, de la volonté, de l’intelligence… Travailler sur soi, c’est défaire les nœuds de l’ignorance et petit à petit affirmer son essence. Travailler sur soi, c’est effacer son ego, pour laisser la place à la vérité, la lumière, la conscience ; c’est un travail noble et valeureux.

L’égoïsme, c’est tout ramener à soi, tourner en rond dans des croyances fixes, des habitudes, courir après ses désirs, ses ambitions, en sacrifiant les autres et la Terre.

Il nous faut donc commencer par s’éveiller, s’élever, se transformer soi-même. Et puis en parallèle, amener cet éveil, cette conscience, cette connaissance dans chacune de nos actions et interactions. Il nous faut apprendre à ne plus se laisser mener par le bout du nez par des désirs sans fin, des pensées accommodantes, par la mécanique et la superficialité, mais apprendre à servir le Vrai, le Beau, le Bon – avec force et détachement, dans la joie et la paix.

Chacun à sa manière, chacun son rôle… mais avec le temps, tout peut devenir cohérent.

Il nous faut infuser le vrai dans nos pensées, nos émotions et nos actions. Éteindre la lumière en sortant ne suffira pas.

Notre travail élève-t-il l’humanité ? Nos actions éveillent-elles ce qu’il y a de meilleur en chacun ? A chaque instant, nous avons l’opportunité de servir et d’aimer.

Il n’est plus l’heure d’être timide, il est l’heure d’être courageux. Un changement radical nous est demandé, et il commence avec nous-même, à chaque instant nouveau.

 

Harrison Ford nous parle de cette thématique avec émotions.

 

Ps. Seuls les commentaires constructifs seront publiés sous cet article. Merci de votre compréhension.

Nous protégeons mieux ce que l’on aime – Plaidoyer pour la pédagogie par la nature

La nature est l’alliée précieuse de l’enseignant et des parents : sa beauté, la richesse de sa faune et de sa flore, l’infinité de ses formes, de ses couleurs, de ses senteurs, son évolution incessante, sa pureté, son abondance, en font le lieu idéal pour se connaître et étudier le monde.

Intégrer la pédagogie par la nature dans une approche intégrale

Dans la nature il y a toujours quelque chose à faire, à apprendre, à découvrir, que ce soit au niveau physique, émotionnel, cognitif ou social. Elle offre les conditions idéales pour apprendre de façon expérientielle et dynamique, avec enthousiasme et émerveillement.

La nature est propice pour développer le corps : la motricité, l’agilité, la dextérité, la coordination ; pour développer les sens et le sens esthétique; pour faire éclore et fortifier les valeurs humaines fondamentales tels la persévérance, le courage, l’humilité, la gratitude ; mais aussi les forces de caractère telles l’endurance, le leadership, le travail d’équipe, la prudence, la maîtrise de soi. La pédagogie par la nature est aussi idéale pour entraîner les facultés mentales telles l’observation, la comparaison, la concentration, la mémorisation, etc. Tous les sujets peuvent être enseignés dans la nature : les mathématiques (découvrir les formes, le poids et la taille d’objets, sérier des bouts de bois, compter), les langues (le vocabulaire, la poésie), la communication (la collaboration, l’écriture), la géographie, les sciences, l’histoire, etc.

Ce que nous disent les recherches

Les écoles partiellement dans la nature ont fait l’objet de nombreuses recherches; celles-ci ont démontré que les enfants développent davantage leurs habilités motrices, ont de meilleures capacités de concentration, plus de créativité, qu’ils sont moins souvent et moins longtemps malades ; ils ont un meilleur équilibre émotionnel, apprennent à jouer ensemble, à s’entraider davantage et ont moins de conflits entre eux. Il est à noter – comme le remarquent de nombreux enseignants qui sortent dans la nature avec leur classe – que les enfants ‘plus difficiles à gérer en classe’ ne créent parfois plus de difficultés une fois dans la nature et font même preuve de qualités insoupçonnées. L’hyperactivité ainsi que de nombreuses autres maladies modernes sont atténuées dans la nature quand elles ne disparaissent pas tout simplement.

En conséquence, le rapport avec la Terre est lui aussi transformé positivement – nous protégeons mieux ce que l’on aime. Rappelons-le, il y a urgence, les scientifiques de tous bords tirent la sonnette d’alarme, l’humanité hypothèque son futur (un occidental a de nos jours en moyenne une empreinte écologique de 3 planètes).

Une approche dynamique et expérientielle

La dynamique de groupe est très différente dans la nature. Il n’est plus possible pour le maître ou la maîtresse d’adopter un enseignement unidirectionnel (où il/elle contrôle et dirige tout) ; ce sont plutôt les interactions avec les éléments naturels, entre élèves, avec l’enseignant ou un spécialiste et avec les références pédagogiques proposées (livres, applications, activités, fiches de travail, instructions) qui deviennent sources d’apprentissage.

Les élèves assument aussi davantage de responsabilités et seront donc appelés à faire preuve de plus de maturité, de sagesse et d’autodiscipline. Nous nous réjouirons de pouvoir développer ces qualités et vertus qui sont fondamentales à leur développement.

On peut initier des activités collectives pour développer la collaboration ou plutôt en solitaire, explorer ses secrets. La diversité des expériences que la nature offre, sa richesse, la joie, l’enthousiasme qu’elle suscite en font le lieu idéal pour grandir et apprendre dans la joie et l’harmonie, pour intégrer dans nos activités et apprentissages le corps, les émotions et le mental.

Quel enseignant peut-il offrir en classe une telle gamme d’expériences, de couleurs, d’objets et de phénomènes ?

Le trouble du déficit de nature

Sans aucun doute, la classe est propice à certaines activités, mais à trop se couper de la nature, nous nous asséchons comme nous le démontre ce phénomène récent qu’est le « trouble du déficit de nature ».En effet, suite à l’urbanisation et à l’avènement de l’âge électronique, de nombreux enfants n’ont pour ainsi dire plus de contact avec la nature. Entre 1997 et 2003, on a remarqué que les enfants de neuf à douze ans passaient moitié moins de temps dans la nature et que les enfants qui vivent en milieux urbains jouent dix fois moins ensemble dehors qu’il y a trente ans. Il semblerait que jamais dans toute l’histoire de l’humanité il n’y ait eu de civilisation coupée à ce point de la nature.

Les écoles partiellement dans la nature

Suite à la redécouverte des multiples bienfaits de la pédagogie par la nature, des jardins d’enfants et écoles dans la nature se multiplient un peu partout dans le monde. De nombreux exemples d’écoles dans la nature existent dans les pays scandinaves. Uniquement au Danemark on compte entre 200 et 500 écoles dans la nature ; en Allemagne on recense plus de 400 écoles publiques et le mouvement prend de l’ampleur au niveau mondial.

En Suisse, les premières écoles enfantines en forêt ont ouvert en 1998 à Brütten et à St-Gall. Depuis, d’autres ont vu le jour, essentiellement en Suisse alémanique. Actuellement, on dénombre dans notre pays environ 400 groupes de jeux/jardins d’enfants, 8 écoles enfantines publiques, 12 écoles enfantines privées et 2 « Basisstuffe » (1er cycle complet) en nature. En Suisse romande, l’école Educaterre à Sion est basée sur ce concept. www.educaterre.ch

Un reportage de canal9.

Dans les écoles publiques

Il y a de nombreux projets dans les écoles publiques. Par exemple, dans un village valaisan, grâce à la gentillesse d’un viticulteur, chaque enfant a quelques ceps de vigne qui lui sont attribués avec son nom en tête de ligne ; tout au long de l’année, il participera à toutes les étapes d’entretien jusqu’à la fabrication du jus de raisin qu’il ramènera à la maison, tout fier.

De nombreux enseignants organisent des sorties dans la nature toutes les semaines alors que des associations organisent des sorties ou camps pour les enfants, forment les enseignants et interviennent dans les écoles.

SILVIVA propose une vaste offre dans le domaine de l’éducation à l’environnement par la nature. En plus de leur offre de loisirs pour enfants, adolescents, adultes, seniors et familles, ils proposent une vaste palette de formations continues et cours ainsi que diverses offres pour les écoles.

ERBINAT – l’association professionnelle pour la découverte et la formation en nature souhaite renforcer l’offre en formations et en activités de pédagogie active dans la nature.

Bien sûr, c’est aussi la responsabilité des parents d’initier les enfants à la nature. Parce que vivre et apprendre en contact avec la nature, c’est aussi offrir à nos enfants une enfance riche et heureuse.

Quelques idées d’exercices

A l’occasion d’un repas, rendez les enfants attentifs aux odeurs des différents aliments, apprenez-leur les noms des différents condiments et ingrédients, des différents fromages, etc., puis au repas suivant, bandez-leur les yeux et demandez-leur de deviner ce qui est au menu.

Pour élargir leur capacité à apprécier les différentes saveurs, faites-leur découvrir et apprécier le piquant du poivre, du gingembre ou du piment ; l’astringence du thé, de la baie de myrtille, de l’argousier ; l’amertume du pamplemousse, des endives, etc.

Faites-leur découvrir les baies poivrées et suaves à l’aspect boisé et résineux du genévrier ; les graines de fenouil légèrement camphrées et sucrées, qui ressemblent à l’anis et dont le goût monte en bouche progressivement en laissant sur le palais une douceur stable et raffinée ; explorez ainsi les fruits locaux ou exotiques, les épices qui firent la richesse de nombreux marchands telles la cannelle, le safran, les graines de moutarde, la cardamome, le gingembre, le clou de girofle et le curcuma. Cela peut aussi être l’occasion d’introduire de l’histoire et de la géographie.

Faites découvrir aux enfants les herbes aromatiques telles que le thym, le romarin, le persil, la coriandre, la menthe, etc. Faites des jeux : le memory des herbes aromatiques (en cachant le nom des herbes entreposées dans des boîtes identiques et en les regroupant par paires en se servant de l’odorat) ; ou alors les yeux bandés, proposez-leur de décrire ou de deviner le nom de l’herbe que vous leur faites goûter, etc.

Demandez aux enfants de choisir dix objets dans la nature et de décrire les différences au toucher (lisse, granuleux, rugueux, coupant, etc.) puis de les organiser du plus lisse au plus rugueux, ou du plus solide au plus fragile, du plus lourd au plus léger, du plus volumineux au plus petit.

Fermez les yeux et écoutez tous les sons qui vous entourent : écoutez celui qui est le plus lointain, puis le plus proche ; comptez les différents sons ; entendez tous les sons sans vous focaliser sur un son en particulier ; comparez les sons entre eux ; choisissez un son et donnez-lui une couleur, une forme, une texture. Quelle image évoque-t-il en vous ? Essayez d’imiter le son.

Retrouver l’arbre dans la forêt : allez en forêt puis bandez les yeux de l’enfant ; prenez sa main et conduisez-le (en faisant des détours) près d’un arbre ; laissez-lui le temps de faire connaissance avec cet arbre, puis ramenez-le au point de départ (en faisant quelques détours). Enlevez-lui le bandeau et demandez-lui de retrouver son arbre.

Le potentiel fantastique des adolescents – un entretien avec Marine Locatelli

Marine Locatelli est mère de deux adolescentes, scénariste d’animation depuis 25 ans (Kirikou et les bêtes sauvages, Les P’tites Poules, Papyrus, T’choupi et Doudou, Boule & Bill, Cédric, etc) et auteure jeunesse. Avec ses deux adolescentes de 14 et 19 ans, elles sont parties réaliser un documentaire international « GREEN TEENS » dans des établissements scolaires pour adolescents connectés à la nature. Elle partage aujourd’hui avec nous sa riche expérience auprès des adolescents.

Qu’est-ce qui vous pousse à être si créative, quelle est votre motivation ?

La créativité est un appel à vivre en se reliant à son intuition. Laisser émerger ce que ton cœur te souffle dans le quotidien, alchimie étonnante. Motivation : créer héroïnes et héros positifs dans un monde coopératif et altruiste, relié à la nature, afin d’inviter les enfants, les ados et leurs familles à se métamorphoser. Avec humour. Et dans métamorphose, il y a oser… Etre femme et mère créative, ça me porte aussi dans les moments difficiles !

Quels outils peut-on proposer aux adolescents ?

Les adolescents vivent parfois des situations quotidiennes chahutantes et déstabilisantes, que ce soit dans leur famille, avec leurs pairs ou leurs enseignants. Ils ont vraiment besoin de se sentir acceptés comme ils sont et que notre confiance d’adulte leur soit accordée.

Avec les pratiques de pleine conscience et de psychologie positive, nous pouvons les inviter à observer leurs forces en action, comment ils les utilisent, ce qui les satisfait déjà dans le quotidien, quelles activités leur font du bien, comment cultiver la gratitude, ce pour quoi ils peuvent être reconnaissants et quelles sont les émotions positives aidantes dont ils ont besoin, afin de trouver en eux les ressources nécessaires quand ils traversent des moments difficiles. Apprendre à porter le focus sur ce qui va déjà bien car les pensées peuvent les entraîner à voir tout en noir, à ruminer, à se raconter des histoires pas terribles…  Apprendre à sortir du cadre et s’affranchir pour innover… oser. Mettre en action ses rêves dans la réalité.

Évoquer ensemble les héroïnes et les héros du quotidien, les personnes (ou personnalités) qui les motivent dans leur entourage, qu’ils admirent afin de révéler leur talent personnel, c’est aussi une attention essentielle. Plus ils pourront être présents à qui ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils vivent dans l’instant, plus ils élargiront leur conscience et leur champ d’expérimentations.

Une vidéo réalisée par Marine Locatelli après un programme de 8 ateliers de pleine conscience, Ecole primaire Emile Zola de Lorgues (83).

Le potentiel fantastique des adolescents !

La plupart des ados sont étonnants par leur analyse des situations et les réponses qu’ils peuvent apporter à un problème. Leur potentiel peut être fantastique s’il n’a pas été malmené et si seulement on veut vraiment les écouter avec une présence aimante et compréhensive.

Les observer grandir en les accompagnant vers tous leurs possibles, les pousser vers ce qu’ils réalisent déjà avec plaisir et fierté, quel cadeau !  Surtout ne pas laisser leurs dons s’endormir… leur temps présent est précieux.

En développant la confiance en eux-mêmes, en cheminant vers leurs valeurs et ce qui fait sens pour eux, ils peuvent déployer leurs qualités et se surprendre des transformations qu’ils vivent. Ils oseront et s’engageront en prenant plus de risques. Et quelles que soient leurs erreurs, qu’importe, c’est ainsi que nous apprenons tous.

De quoi les adolescents ont-ils besoin aujourd’hui ?

A l’adolescence, chacun est si bousculé par les changements de son corps et tout ce qu’il vit intensément dans sa tête, qu’il n’est pas facile d’aller à la rencontre de soi-même. S’aimer, s’apprécier ou se mal-aimer et se mal-traîter, qui ne se trouve pas des défauts physiques, qui ne se juge pas de manquer de ceci ou de cela à l’adolescence, qui ne se compare pas aux autres ?

Nos ados ont surtout besoin d’être accompagnés avec tendresse et compréhension afin de poursuivre leur métamorphose physique et psychologique le mieux possible. Apprendre à se connaître, faire des choix personnels, qui ne sont pas dictés ou influencés par des potes ou la famille. Et encore une fois, si le jeu et l’humour peuvent être présents au quotidien dans la relation adultes/ados, ce sera source de complicité et de respect mutuel.

Nos ados ont aussi besoin de leur tribu, d’une bande d’amis avec qui ils vont pouvoir vivre des moments forts, des grains de folie qui mettent du soleil dans leur cœur. Ce partage là est essentiel. Comme les adultes, ils ont besoin aussi, de ralentir, de s’arrêter, de contempler ce qui est là, ne pas être dans une course effrénée ou précipitation quotidienne pour faire plus ou tout faire en accéléré… et se sentir ensuite vidés ou insatisfaits.

Quel serait selon vous l’école idéale ?

L’école idéale serait une éducation intégrale, connectée à la nature, où les enfants apprendraient en étant explorateurs d’eux-mêmes, des autres, de leur environnement et du monde qui les entoure. Une école de la coopération, de l’entraide, de la compassion en action. Une école où leurs dons et compétences seraient cultivés, où les intelligences multiples auraient vraiment leur place. Sans compétition, sans notes.

Une école de la créativité où les enfants, les ados pourraient imaginer et inventer ce qui les motive, où ils pourraient s’épanouir et être capables de s’adapter aux incertitudes multiples de notre monde en changement constant.

Il existe déjà des écoles dans la nature pour les enfants, des classes primaires ou maternelles ; il n’existe quasiment pas de structures pour les adolescents, excepté les écoles SUDBURY, les écoles démocratiques ou des structures particulières dans le nord de l’Europe, en Inde ou en Amérique du Sud. Mais combien d’ados sont concernés ? Ils sont trop peu à pouvoir bénéficier d’apprentissages motivants, innovants, respectueux de notre planète et de tout le vivant. Et ce sont pour l’instant des écoles onéreuses.

Un monde en pleine mutation

Un changement de paradigme dans l’éducation s’en vient, comment vivre ensemble, comment grandir en développant ses compétences dans un monde en mutation profonde ; nous avons besoin d’une métamorphose, « savoir vivre-penser-agir au XXIe siècle », comme l’écrit Edgar Morin dans son livre « Enseigner à vivre ».

Surtout avec l’accélération que nous connaissons et les défis que nous rencontrons. Avec l’intelligence artificielle qui va envahir notre quotidien (elle est déjà très présente dans les jeux vidéos qui fascinent les adolescents), notre vie sera modifiée en profondeur, cela me rappelle tous les auteurs scientifiques de science-fiction que je lisais à l’adolescence. Nous sommes entrés dans un champ expérientiel scientifique incroyable. Avec Elon Musk, nous serons bientôt sur la planète Mars.

Avec toute la génération actuelle de chercheurs en psychologie positive, pleine conscience ou neurosciences comme Barbara Frederickson (émotions positives), Rebecca Shankland (psychologie positive, pouvoir de la gratitude), Patricia A. Jennings (Compassionate School Projects), Daniel Siegel, Richard Davidson et Idriss Aberkane (neurosciences),  Paul Ekman (langage des émotions), Martin Seligman (psychologie positive), Jon Kabat-Zinn (pleine conscience)… nous pouvons enfin changer de paradigme et donc proposer une éducation centrée sur le développement de l’être intérieur. Se relier à la nature tout en se reliant à sa nature intérieure.

Comment, selon vous, les adolescents pourraient contribuer au monde de demain ? 

Il est nécessaire de leur offrir une éducation beaucoup plus libre, avec un cadre plus ouvert, où la transdisciplinarité permettra de nouvelles perspectives. Etre moins enfermés dans des salles de cours, moins d’heures de cours, surtout en France. Etre davantage à leur écoute. Il serait bienvenu par exemple l’année du bac qu’ils étudient avec des ados à l’étranger avec une recherche à mener en équipe (recherche éducative, sportive, humanitaire, scientifique, philosophique…), qu’ils voyagent… pourquoi ne pas imaginer alors le bac en deux ans ? Avec une année scolaire à l’étranger, afin de découvrir un autre monde… cela existe déjà pour les sportifs de haut niveau qui sont en équipe de France.

Que les ados puissent choisir ce qu’ils souhaitent étudier et ils développeront d’autres compétences qui leur permettront de créer un autre monde… un monde plus coopératif et altruiste.

Souhaitant accompagner les enfants et les adolescents vers la connaissance d’eux-mêmes, avec jeu et humour, Marine utilise les outils développés lors de ses formations en pleine conscience et en psychologie positive à l’université des Sciences Humaines de Grenoble. Elle a co-créé en 2017 avec Sophie Raynal (Belgique/France).

 

Dans mon livre « Heureux et Détendu », j’ai souhaité relier le scénario et la pleine conscience, aussi j’ai imaginé un livre illustré comme une BD dès 2013 paru en 2015, avec une héroïne indienne SHAMATA et son ami SOHAM, deux ados inséparables aux cœurs ouverts et sans frontières, qui ont 12 ans. Un livre pour découvrir la pleine conscience et se relier à son monde intérieur. Créer de nouveaux concepts, imaginer des narrations vraiment différentes avec humour qui ouvrent la porte sur nos mondes intérieurs, cela m’enthousiasme.

 

www.green-teens.org

www.jerevedunautremonde.org

Un livre intéressant

 

Grâce à toutes les recherches qu’il a menées, le professeur américain en psychiatrie Daniel Siegel (fondateur de l’Institut Mindsight à Berkeley pour l’étude du fonctionnement du cerveau), présente différentes pratiques pour les ados dans son livre « Le cerveau de votre ado » afin de leur permettre de traverser cette période qui peut être explosive.

 

 

Un vent nouveau souffle sur le monde pédagogique

Nous vivons un moment historique. L’humanité tout entière fait face à une crise et à une opportunité sans précédent et ce sur tous les plans : écologique, politique, économique, social et existentiel. Dans tous ces domaines, il semblerait que nous arrivions à une voie sans issue. Tout est à réinventer, à redécouvrir : notre rapport à la vie et à la terre, le rapport entre la science et l’éthique, entre la politique et la sagesse, entre l’économie et notre humanité, le rapport entre le travail et l’épanouissement personnel, entre l’individu et la collectivité, entre les nations et l’unité internationale.

L’éducation, elle aussi, est à réinventer et a un rôle fondamental à jouer dans cette transition vers un monde nouveau, vers un homme nouveau.

Certains ingrédients des écoles alternatives auraient-ils un rôle à jouer dans cette transition ?

LES PRÉCURSEURS DE L’ÉDUCATION

Petit voyage dans le temps…

Depuis le XVIIIe siècle, sous l’impulsion de penseurs tels que Jean-Jacques Rousseau, Heinrich Pestalozzi, Friedrich Fröbel, Paul Robin, Francisco Ferrer, Ovide Decroly et bien d’autres, de nouvelles pédagogies voient le jour. Au XXe siècle, le mouvement s’accentue et de nombreuses personnalités créent des écoles et des mouvements de réforme. On peut citer Maria Montessori, Rudolf Steiner, Célestin Freinet, Mirra Alfassa, John Dewey, Jiddu Krishnamurti, Carl Rogers, Loris Malaguzzi, etc.

Ces précurseurs ont fait un travail de recherche prodigieux et ont créé de nombreuses approches pédagogiques validées par plus de cent ans de mises en pratique.
Aujourd’hui on dénombre plus de 22’000 écoles et jardins d’enfants Montessori à travers le monde ; les écoles Steiner-Waldorf accueillent 250’000 élèves dans 1’000 écoles et plus de 2’000 jardins d’enfants. Nous voyons fleurir des dizaines de milliers d’autres écoles inspirées par l’Education Intégrale, Freinet, Krishnamurti, Reggio Emilia, les Ecoles nouvelles, les écoles démocratiques, etc.

 

DE PLUS EN PLUS DE PAYS INTÈGRENT LES PÉDAGOGIES DITES ALTERNATIVES DANS UN SYSTÈME NATIONAL PLUS VASTE

De nombreuses écoles publiques ou privées, encouragées par ces succès, osent sortir de l’ornière telles les écoles d’éducation à la paix d’Altinopolis, le mouvement d’éducation démocratique (plus de 200 écoles), l’école West Kidlington Primary School (enseignant les valeurs humaines fondamentales, elle a influencé des centaines d’écoles à travers le monde, touchant des centaines de milliers d’enfants), le mouvement unschooling (plus de 1.8 million d’enfants seulement aux USA), etc.

On s’aperçoit aussi que de plus en plus de pays intègrent les pédagogies dites alternatives dans un système national plus vaste, à l’image du Québec avec le REPAQ – le Réseau des écoles publiques alternatives qui compte plus de 7’000 élèves – et l’OICEC (Organisation internationale des écoles communautaires entrepreneuriales conscientes).

En Allemagne, il existe des écoles dont le but est de développer de nouveaux concepts éducatifs (les Versuchschulen). La ville de Berlin a même lancé en 2008 un projet de 22 millions d’euros pour développer la pédagogie de l’Education Nouvelle dans une vingtaine d’établissements publics (les Gemeinschaftsschulen).

Quelques exemples d’écoles alternatives en Suisse

En Suisse, mis à part les exemples cités plus haut, depuis quelques années de nouvelles initiatives voient le jour, comme par exemple :

L’écoline, inspirée de la pédagogie Reggio Emilia à Lausanne : www.lecoline.ch

L’école Mandala à Sierre : www.mandala-schule.ch

L’école d’EducaTerre à Sion, inspirée par la pédagogie par la nature : www.educaterre.ch

Le centre Feel à La Sarraz, un concept unique qui ouvre de nombreuses portes et possibilités : www.feel-vaud.ch

En France, citons deux exemples :

L’école de la ferme des enfants : elle prend sa place au sein d’un écovillage à vocation pédagogique et intergénérationnelle, le Hameau des Buis. L’équipe s’est constituée au fil du temps autour de la directrice et fondatrice Sophie Bouquet-Rabhi, fille de Pierre Rabhi – www.la-ferme-des-enfants.com.

La Living School : une école maternelle et élémentaire privée innovante dont la raison d’être est de permettre, par l’éducation et la formation, l’émergence de citoyens épanouis et responsables, contributeurs d’une réelle évolution de l’humanité – www.livingschool.fr/fr/.

CES ENFANTS PEUVENT-ILS S’ADAPTER À L’ÉCOLE PUBLIQUE ET AU MONDE TEL QU’IL EST ?

Nooshin Ahmadpoura et Adis Kraskian, deux chercheurs en psychologie, ont comparé une école enfantine traditionnelle avec une école Montessori. Selon cette étude comparative faites avec 80 enfants de cinq ans, le QI des enfants ayant bénéficié de l’approche Montessori était substantiellement plus élevé que ceux des enfants ayant bénéficié d’une approche traditionnelle. Une autre étude publiée par l’Association américaine pour l’avancement de la science démontre que ces enfants ont de meilleures compétences sociales.

Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia, a étudié dans une école privée ; quant à Larry Page et Sergey Brin, les fondateurs de Google, ils ont récemment déclaré à ABC News que l’éducation Montessori était une des principales raisons de leur réussite ! Gabriel Garcia Marquez, écrivain colombien et prix Nobel de Littérature a lui aussi étudié dans une école alternative. La liste est sans fin…

Ces écoles alternatives font rêver de nombreux parents, enfants et enseignants. Elles sont complémentaires aux écoles publiques et inspirent de nombreux enseignants de l’école publique. Un jour peut-être, oserons-nous aussi en Suisse, comme c’est le cas dans certains pays, encourager et s’inspirer de ces initiatives de façon proactive. Elles répondent en effet à de vrais besoins et proposent des solutions validées par plus de cent ans de mise en pratique.

L’école valaisanne, pionnière pour développer les forces intrinsèques des élèves

Si l’on pose la question suivante aux parents : que souhaitez-vous pour vos enfants ? La majorité donneront des réponses qui tournent autour de l’épanouissement et de la santé physique, émotionnelle et psychologique de leur enfant. En revanche, quand on regarde ce que l’école enseigne, il s’agit essentiellement d’outils d’accomplissement1. Il semble y avoir un fossé entre ce qui est souhaité par les parents et ce qui est enseigné, et ce malgré de nombreuses recherches démontrant les bénéfices cognitifs de considérer le bien-être psychologique des élèves.

C’est dans ce contexte que Philipe Gay et Nicolas Bressoud, deux chercheurs valaisans, lancent un projet d’établissement dont l’objectif est de favoriser le développement des forces personnelles des élèves en milieux scolaires ordinaires et intégratifs. Les impacts de ces séquences pédagogiques seront évalués dans le cadre d’une recherche de large envergure menée par la HEP Valais, en collaboration avec le Centre Interfacultaire en Sciences Affective (Université de Genève), l’université de Fribourg et l’université Grenoble Alpes.

Développer les forces de caractère

Les forces de caractère de Peterson et Seligman constituent un modèle-phare pour développer les ressources des individus. En partant de six vertus (sagesse, courage, humanité, transcendance, tempérance, justice), les chercheurs ont isolé 24 forces spécifiques : créativité, amour de l’apprentissage, curiosité, perspective, pensée critique, capacité à diriger, sens de la justice, travail d’équipe, prudence, maîtrise de soi, modestie, pardon, spiritualité, humour, gratitude, reconnaissance de la beauté, optimisme, intelligence sociale, gentillesse, capacité d’aimer et d’être aimé, joie de vivre, honnêteté, persévérance, courage.

Ces 24 éléments ont tous du crédit socialement et moralement (les auteurs ne considèrent pas comme force personnelle la capacité à mentir, par exemple).

Encourager et construire l’individu à partir de ses forces intrinsèques plutôt que de ses faiblesses

Dans ce projet, le postulat de base est que chaque enfant possède des forces spécifiques qui, si elles sont reconnues et stimulées, lui permettent d’améliorer son bien-être, ses apprentissages scolaires, son engagement à l’école et la cohésion du groupe-classe. Pour l’enseignant autant que pour les élèves, il s’agit de passer d’un mode de pensée et d’un vocabulaire centrés sur les manques et les difficultés à une vision fondée sur les forces individuelles.

Les effets escomptés sont que les élèves (et les enseignants) commencent à définir l’autre et soi selon ce qu’ils peuvent amener au groupe (par exemple : “Il a un sens de la justice très fort”) plutôt qu’en fonction de ses lacunes (par exemple : “Il parle trop”).

La mise en place en classe

Dès la fin de l’été, les enseignants participant à ce projet seront formés à sa mise en œuvre. Plus précisément, le programme d’intervention sera construit autour des éléments suivants2:

1) Développer un langage commun dans la classe en utilisant la liste des 24 forces qui permet d’identifier les ressources énergisantes des individus plutôt que leurs faiblesses, les utiliser davantage dans le quotidien et en classe (p. ex. décrire les qualités d’un ami en utilisant la liste des forces).

2) Identifier et réfléchir aux forces des autres (p. ex. mettre en place des observations des forces dans la classe et des conséquences positives qui découlent de l’utilisation de ces forces).

3) Identifier et réfléchir à ses propres forces (p. ex. identifier ses trois forces principales dans des contextes différents).

4) Utiliser davantage ses forces dans le quotidien et les utiliser de façon nouvelle (p. ex. réaliser un plan d’action pour mettre en œuvre ses principales forces dans et en dehors de l’école).

5) Identifier et cultiver les forces du groupe au niveau de la classe voire de l’école (p. ex. repérer les forces en présence sur lesquelles il est possible de s’appuyer).

En plus de travailler au niveau individuel (p.ex., reconnaitre et cultiver ses forces et celles de ses camarades), les activités sur les forces seront également réalisées au niveau de l’identité de la classe (p.ex., reconnaitre les forces du groupe-classe, la richesse de la diversité) et, si possible, au niveau de l’ensemble du centre scolaire (élaborer une culture commune qui oriente l’attention sur les ressources plutôt que les déficits).

Les premiers résultats attendus dans une année permettront de préciser les conditions d’intégration au programme de ces éléments essentiels pour mieux apprendre et enseigner les compétences sociales et émotionnelles.

 

  1. Seligman et al. (2009)
  2. Eléments proposés par Linkins et collaborateurs (2015)

Cet article a été écrit en collaboration avec Philipe Gay et Nicolas Bressoud

1. photo du CO de St-Maurice :  Yves André
2. dessins de Laure Coutaz Bressoud
3. dessin des 24 forces :  VIA INSTITUTE ON CHARACTER.

Une école démocratique bientôt en Suisse romande !

Imaginez une école où les enfants suivent leurs centres d’intérêt et créent leur propre programme. Une école qui n’est pas fragmentée par tranches d’âge et qui se veut sans stress. Une école où les adultes eux aussi continuent à apprendre tous les jours – nous pouvons en effet lire sur le site internet du projet : « Il existe plutôt une sorte de « hiérarchie naturelle » basée sur les divers talents et compétences de chacun qui n’ont que très peu à voir avec l’âge des personnes. Cela forme un riche réseau de relations entre des personnes de centres d’intérêt et de niveaux différents où chacun peut être tour à tour enseignant et apprenant. »

Une nouvelle école alternative est en passe de devenir réalité à Genève. Un groupe travaille depuis 2016 à la création d’une école démocratique. Elle a reçu l’autorisation du département de l’éducation et espère pouvoir ouvrir pour la rentrée prochaine. J’ai posé quelques questions à Joanna Naegeli et aux autres initiateurs de ce projet.

Qu’est-ce qu’une école démocratique ?

Ce projet consiste en la création d’une école démocratique inspirée de la philosophie Sudbury qui est basée sur deux principes. Le premier est le non jugement du domaine d’apprentissage (intellectuel, manuel, artistique ou physique), les enfants sont libres de choisir ce qu’ils veulent apprendre. Toute activité de la vie est source d’apprentissages. Nous pensons que chaque individu sait mieux ce qui est bon pour lui et ce dont il a besoin.Le deuxième principe de la philosophie Sudbury est de gérer l’école avec les enfants sur le principe d’une personne égale une voix. Ce qui implique donc, une gestion démocratique de l’école par un conseil de l’école qui a lieu une fois par semaine et dans lequel toutes les questions concernant la gestion de l’école sont discutées.

Il n’y a pas de journée type dans une école démocratique. Les membres sont libres d’utiliser leur temps comme ils le souhaitent. Chaque jour il y a le Conseil de Justice qui permet de gérer les conflits et une fois par semaine a lieu le Conseil de l’École auquel ceux qui sont intéressés peuvent participer et ont le même droit de vote. De plus, chacun est tenu de participer aux tâches ménagères quotidiennes.

S’épanouir au rythme naturel des enfants

Nous pensons que les enfants ont le droit d’avoir la liberté de choisir leur chemin d’apprentissages et qu’une école démocratique donnera aux enfants ce cadre où ils pourront s’épanouir à leur rythme.  De plus, ce cadre permettra aussi à nous, adultes, de prendre une place qui nous correspond et de pouvoir cheminer main dans la main avec les enfants dans l’apprentissage d’une vie libre et démocratique.

 « L’être humain est “biologiquement programmé” pour apprendre »

Nous partons du principe que l’être humain est “biologiquement programmé” pour apprendre tout ce dont il a besoin pour grandir et s’adapter à la société dans laquelle il vit. Tant que l’enfant grandit dans un environnement riche et dans un cadre sécurisant imprégné de relations harmonieuses, il parviendra à développer les capacités dont il a besoin pour trouver sa place et s’épanouir. C’est d’ailleurs ce que nous montre les dernières recherches scientifiques sur le sujet (voir le livre « Libre pour apprendre » de Peter Gray dont voici un extrait ci-dessous), les cinquante ans d’expérience de la Sudbury Valley School ainsi que de nombreux enfants pratiquant le “unschooling”.

“… nous avons en nous les pulsions instinctives qui nous poussent à nous approprier la culture au sein de laquelle nous sommes nés, et à construire partir d’elle. […] De même que les enfants naissent avec des instincts les poussant à manger et à boire ce dont ils ont besoin pour survivre, ils viennent au monde avec des pulsions instinctives d’autoéducation. Celles-ci les poussent à apprendre ce qu’ils ont besoin de savoir pour prendre pleinement leur place au sein de leur culture, leur permettant ainsi de survivre”

Les enfants pourront-ils s’adapter à l’école publique s’ils souhaitent y retourner ?

Nous sommes en train de créer un logiciel qui permettra de suivre les apprentissages des enfants en regard du Plan d’Etudes Romand.Chaque enfant pourra donc savoir où il se trouve dans ses apprentissages par rapport aux exigences de l’école publique. Un enfant qui a un vrai désir de retourner à l’école publique, porté par son enthousiasme, mettra en place des stratégies pour développer toutes les compétences et capacités dont il aura besoin pour rejoindre l’école publique. Les adultes présents dans l’école seront là pour répondre à toutes ses questions et l’accompagner s’il en fait la demande.

Où en est le projet ?

Nous avons à l’heure actuelle 6 familles qui ont préinscrit leur enfant dans notre future école ! Nous avons obtenu le préavis favorable d’exploiter une école privée mi-avril et nous sommes maintenant en recherches de fonds, de locaux et création d’entreprise. Notre objectif est de pouvoir ouvrir à la rentrée 2018.

Si vous souhaitez rencontrer les fondateurs de l’école, rendez-vous le 8 juillet à 12h au parc la Grange à Genève.

Site internet : https://ecole-vivante.ch

Photos : école Nikola Tesla à Lyon.

Une juriste devenue pionnière de l’éducation en Suisse romande

Mical Vuataz Staquet, juriste confortablement installée à un poste de collaboratrice scientifique dans un tribunal genevois a osé tout quitter pour créer un projet pédagogique innovant dans le canton de Vaud, le centre FEEL. Après trois ans, les résultats sont exceptionnels.

De l’enfer au paradis

Sur les quatre-vingts enfants présents actuellement au centre FEEL, certains d’entre eux, comme nous le confie Mical, ont passé de l’enfer au paradis. En effet, plusieurs d’entre eux étaient des enfants « difficiles » dont la situation était désespérée. Dans le système public, ils bénéficiaient d’un « suivi en réseau » qui remplissait leur quotidien de rendez-vous avec des pédopsychiatres, un suivi en institution spécialisée, des séances avec des logopédistes, une rencontre par semaine avec un psychologue, un suivi avec un enseignant spécialisé… Certains de ces enfants ne mangeaient pour ainsi dire plus, souffrant d’insomnie, de problèmes de concentration et de socialisation. Toute cette organisation épuisant tour à tour les enseignants, directeurs, grands-parents, certains des parents s’effondrant même dans la dépression, le burnout…. Tout un écosystème sombrant dans l’épuisement et le désespoir.

Quelques mois plus tard, vous pouvez rencontrer ces mêmes enfants au centre FEEL. Ils ont retrouvé la joie de vivre, la confiance en eux, ils ont à nouveau des contacts sociaux harmonieux. Ils peuvent ainsi à nouveau apprendre, à leur rythme…

J’ai demandé à Mical : quel est le secret de FEEL ?

C’est que la structure répond aux nouveaux besoins d’un nombre croissant de familles d’aujourd’hui.

En quelques mots, qu’est-ce que le centre FEEL ?

Le centre Faire l’Ecole En Liberté (FEEL) est un centre de rencontre et d’échange de 550m2 pour les familles qui pratiquent l’école à la maison. Aujourd’hui, c’est plus de quatre-vingts enfants qui s’épanouissent au centre FEEL. J’ai lancé ce projet parce que les parents qui souhaitaient élever leurs enfants en dehors d’un établissement scolaire public ou privé ne disposaient d’aucun lieu-ressource les aidant dans leur mission.

J’ai souhaité offrir aux enfants :

–      un lieu qui leur donne accès à des relations sociales riches, intergénérationnelles, fondées sur la vie communautaire, les liens collaboratifs, la coopération et la solidarité.

–      un lieu qui donne à leurs parents (et grands-parents) un accès à des ressources matérielles et communautaires qui leur procure l’envie et des moyens de les élever eux-mêmes et de les accompagner dans leur développement.

Les adhérents sont les familles et les enfants y viennent accompagnés d’un adulte (parent, grand-parent, oncle, gardien, etc).

Quel est le profil des parents intéressés ?

Les parents intéressés sont ceux qui ont décidé de prendre en charge la responsabilité de l’éducation et de l’instruction de leurs enfants. Ce sont souvent des personnes qui ont eu, à un moment donné, le fort désir de se dégager d’un mode de vie qui leur donnait l’illusion de la réussite avec le sentiment intérieur de ne pas être  heureux, et qui ont changé l’ordre de leurs priorités, en plaçant la réussite professionnelle et la réussite matérielle après des valeurs devenues plus fondamentales pour eux : passer du temps avec leurs enfants, retrouver de la liberté et de la mobilité, du temps pour créer leur vie et s’intérioriser davantage, donner de soi aux autres et s’engager dans des projets non rémunérateurs, avoir le temps de se cultiver, de lire, de construire des liens sociaux riches et profonds, etc.

Avez-vous dû faire des sacrifices pour créer FEEL ?

Oui, nous avons donné au projet toutes nos économies et avons choisi de renoncer momentanément à un logement ordinaire en optant pour l’achat d’une caravane et une vie nomade, le temps nécessaire pour absorber les déficits de FEEL et permettre à la structure de trouver un équilibre financier. Ce résultat a été récemment atteint, après deux ans et demi d’activité. Le centre se porte désormais tout seul, sans subventions, avec une cotisation de 200.- par mois par famille. Quant à nous, nous avons pris goût à cette vie dans la légèreté… !

Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait se lancer dans une telle aventure ? 

Je pense que pour mener à bien un tel projet, il faut d’abord s’assurer que celui-ci est désintéressé et répond à un réel besoin. Quand on a obtenu cette assurance très profondément, il faut se mettre à l’ouvrage, courageusement, dans la confiance que les questions qui se poseront trouveront une réponse en temps utile et que la loyauté de notre engagement nous donnera toute la force et les ressources nécessaires pour faire face aux difficultés. Garder à l’esprit que rien ne résiste au travail, ne pas s’attribuer les fruits de nos actes, qui ne sont que des dons que la vie nous fait, prendre chaque difficulté comme un défi intéressant dont l’issue ne nous appartient pas, ne pas faire une affaire personnelle des réactions agressives ou inappropriées des gens autour de nous, qui ont le droit d’être aussi imparfaits que nous le sommes, aimer inconditionnellement chaque personne qui croise notre chemin, être tendre avec soi comme avec les autres et ne pas perdre de vue que la joie est le but ; voici quelques conseils qui me paraissent utiles.

Quelles sont les qualités nécessaires pour mener à bien les challenges d’un tel projet ?

Il faut de la conviction, du courage, savoir se remettre en question et ne pas craindre de changer de cap quand cela est nécessaire. Il faut aussi être doué d’un sens de l’abnégation. L’abnégation n’est pas se nier soi-même ; c’est un exercice qui permet de détruire l’égoïsme et de libérer la joie de vivre qui dort en nous.

Une anecdote à raconter par rapport à ce projet ?

Un jour, un petit garçon de 9 ans et une petite fille de 7 ans, tous deux membres de FEEL, se sont rendus dans la salle de spectacle pour y jouer. Ne les voyant pas revenir, je suis allée voir ce qui se passait ; ils étaient entrain de danser comme deux papillons tournant autour d’une fleur, concentrés dans leur jeu esthétique, sans  parler. Ce bal en silence a duré près d’une heure. C’était de toute beauté

Le site internet de FEEL : www.feel-vaud.ch

L’école de demain, un rêve…

Je rêve d’une école qui offre un équilibre entre le développement du corps, de l’intelligence émotionnelle et des facultés mentales. Une école qui contribue à l’épanouissement de ce qui est unique et précieux en chacun ; où chacun, porté par une atmosphère saine et lumineuse se tourne spontanément, comme l’arbre s’élance vers le soleil, au service du vrai, du beau, du bon.

Je rêve d’une école où l’on suivrait le rythme naturel de développement de l’enfant, lui offrant les conditions idéales pour son épanouissement intégral ; une école où les enfants et les adolescents se plongeraient par pur plaisir dans les splendeurs de la connaissance, s’ouvrant ainsi à la merveille d’apprendre et de grandir en contact avec l’infinité de chaque chose.

Je rêve d’une école qui respecte les besoins et les spécificités de chaque enfant. Une école qui donne du temps pour découvrir les mécanismes et le fonctionnement du corps, des émotions et des pensées afin que chacun apprenne à se connaître et puisse s’occuper de soi avec bienveillance et discernement.

Je rêve d’une école où les enfants peuvent exprimer leurs émotions, explorer leurs challenges, trouver des solutions, des stratégies à leurs propres problèmes et ainsi s’éviter de répéter indéfiniment les mêmes difficultés tout au long de leur vie.

Je rêve d’une école où l’unicité de chacun pourrait être explorée, exprimée, et ainsi contribuer au bien commun et au futur de la terre ; une école qui serait ouverte à tout ce qui se fait de mieux dans le domaine de l’éducation ; une école qui promeut quotidiennement l’activité physique, les forces de caractère, les qualités humaines, l’éthique, la connaissance expérientielle, le sens esthétique, les facultés mentales et l’intelligence émotionnelle.

Je rêve d’une école qui puise sa stabilité dans les sagesses du passé et qui ose s’élancer avec enthousiasme et discernement vers les connaissances du futur.

Je rêve d’une école où la créativité, la collaboration, la connexion avec la nature serait mise en avant. Car que ferons-nous sans abeilles et sans oiseaux, sans ruisseaux et forêts saines ?

Je rêve d’une école qui surfe sur l’intérêt, la passion, l’émerveillement des enfants. La vie est infinie ; chaque instant, chaque objet et chaque activité peuvent se transformer (grâce à la curiosité naturelle des enfants) en sources de découverte, de développement et de connaissance.

Je rêve d’une école qui promeut l’harmonie et la fraternité, permettant aux enfants de s’associer plutôt que de se combattre, de s’entraider plutôt que d’être en compétition, une école qui permet l’équilibre et l’harmonie entre la Force, l’Amour et la Connaissance.

Je rêve d’une école qui trouve l’équilibre entre la discipline et la liberté, entre les besoins de la collectivité et celui de chaque individu, entre la discipline nécessaire au développement du corps et des facultés mentales et l’improvisation, la générosité du cœur, l’intuition, la créativité de l’artiste en chacun.

Je rêve d’une école où l’effort est un plaisir, et le plaisir est lumineux et sain. Une école où chaque enfant apprend à discerner ses caprices de ses besoins, où chaque enfant apprend à prendre soin de lui-même mais aussi de ses proches, de la planète, des animaux et des êtres humains de l’autre côté de la planète.

Je rêve d’une école nouvelle, inspirée, inspirante, où chacun, chaque élément, chaque parent, enfant, enseignant, directeur, intervenant s’épanouisse et grandisse à travers ses expériences.

Je rêve d’une école qui n’est peut-être plus une école mais un chemin lumineux qui s’élance vers la connaissance et la sagesse, la paix et l’harmonie, la beauté et l’éthique.

Je rêve d’un monde qui devient une école, où tous, conscients de nos forces et de nos limitations, de notre rôle et de nos possibilités infinies, avançons avec humilité et audace vers plus d’humanité et de fraternité.

 

 

P.S. Nous le verrons dans un prochain article, de nombreuses écoles en Suisse et partout dans le monde s’élancent dans cette direction…