Un futur viable passe nécessairement par le développement des compétences douces

Alors que l’intelligence émotionnelle, les qualités humaines fondamentales, la communication sont de plus en plus enseignées dans de nombreux systèmes scolaires à travers le monde, nous assistons à un changement correspondant dans le monde du travail.

En effet, les compétences valorisées sur le marché du travail aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. Dans une interview au New York Times, Laszlo Bock, le vice-président du département des ressources humaines de Google expliquait que l’entreprise avait déterminé que : « Le GPA – la moyenne des notes annuelles – est sans valeur en tant que critère d’embauche, et les résultats des examens ne valent rien (…) nous avons constaté qu’ils ne prédisent rien. » Il a également commenté que la « proportion de personnes sans aucune formation collégiale augmente à Google au fil du temps »1.

Google est loin d’être un cas isolé ; cette tendance est globale : nous observons en effet une évolution dans le processus d’embauche de toutes les grandes entreprises, les « soft skills » ou compétences douces étant considérées comme un critère d’embauche plus sûr que les traditionnelles « hard skills » ou compétences dures (savoir théorique, technique, diplômes). Les études démontrent en effet qu’indépendamment du secteur d’activité, la maîtrise des compétences douces est importante pour le succès2. Dans un sondage mené par Career Builder, il apparaît que 77 % des recruteurs européens préfèrent des candidats émotionnellement intelligents plutôt que forts en diplômes3. La majorité des employeurs estiment que les futurs employés sont déficients en termes de compétences douces. Leur constat est clair et sans appel : « Même si les nouvelles recrues possèdent des compétences exceptionnelles sur le pan des technologies de l’information, les mêmes personnes manquent gravement de soft skills.»4

Les compétences douces désignent :

  • le sens de la communication
  • la capacité à travailler en équipe et le leadership
  • l’intégrité, l’éthique
  • l’optimisme, la confiance en soi et le sens de l’initiative
  • la capacité d’apprendre de nouvelles choses, la créativité
  • la capacité de raisonnement et de résolution de problèmes

Si nous souhaitons laisser un monde viable aux générations futures, il est clair que nous ne pouvons plus nous permettre d’avoir des personnes qui excellent en math, en sciences et en langues mais qui n’ont pas développé l’intégrité et le sens éthique.

Dans les entreprises, la capacité à travailler en équipe, la communication et le leadership sont des compétences essentielles ; celles-ci peuvent être développées à l’école déjà, par exemple en encourageant les enfants à collaborer dans le cadre de projets qui les passionnent.

Le système scolaire se doit en effet d’accélérer son mouvement vers l’avant (initié en Suisse romande il y a quelques années déjà avec le nouveau Plan d’études romand) et continuer à accorder plus de temps au développement de ces compétences essentielles tant à la santé psychologique des enfants qu’à la co-création d’une société harmonieuse et pérenne.

En tant que parents, nous pouvons consciemment choisir de transmettre les compétences douces aux enfants. Comment pouvons-nous les leur transmettre ? La meilleure manière de transmettre ces compétences est de les faire grandir en soi-même, en choisissant d’y consacrer du temps et en utilisant les opportunités que la vie nous offre à chaque instant.

 

 

 

 

 

Seul les commentaires constructifs seront publiés.
Merci de votre compréhension 

1.Thomas L. Friedman (2014). « How to Get a Job at Google. » February 23, 2014, on page SR11 of the New York edition. Article inspiré de l’interview de Laszlo Bock, senior vice president of people operations at Google. Adam Bryant (2013). In Head-Hunting, Big Data May Not Be Such a Big Deal. The New York Times, June 19, 2013.

« One of the things we’ve seen from all our data crunching is that G.P.A.’s are worthless as a criteria for hiring, and test scores are worthless — no correlation at all except for brand-new college grads, where there’s a slight correlation. Google famously used to ask everyone for a transcript and G.P.A.’s and test scores, but we don’t anymore, unless you’re just a few years out of school. We found that they don’t predict anything.

What’s interesting is the proportion of people without any college education at Google has increased over time as well. So we have teams where you have 14 percent of the team made up of people who’ve never gone to college. (…) After two or three years, your ability to perform at Google is completely unrelated to how you performed when you were in school, because the skills you required in college are very different. »

2.Mitchell, G. W., Skinner, L. B., & White, B. J. (2010). Essential Soft Skills for Success in the Twenty-First Century Workforce as Perceived by Business Educators. Delta Pi Epsilon Journal, 52(1), 43-53. 

3.Grasz, J. (2014). Overwhelming Majority of Companies Say Soft Skills Are Just as Important as Hard Skills, According to a New CareerBuilder Survey. April 10, 2014

The national survey was conducted online by Harris Poll on behalf of CareerBuilder from February 10 to March 4, 2014, and included a representative sample of 2,138 hiring managers and human resource professionals across industries and company sizes. Carrier Builder (1995) est le plus grand site de recherche d’emploi aux Etats-Unis ; dans le monde, il compte plus de 24 millions de visiteurs par mois.

4.Mitchell, G. W., Pritchett, C. C., & Skinner, L. B. (2013). The Importance of the Integration of Soft Skills into the Curriculum as Identified by MBA Students. Academy Of Business Research Journal. 167-181. 

 

UN MONSTRE SANGUINAIRE DANS LE SALON

On estime qu’un téléspectateur français est exposé à 2 600 meurtres et 13 000 actes violents par an. Dans les programmes destinés à la jeunesse, on compte 14 scènes de violence par heure ; une étude conduite auprès d’enfants de neuf ans démontre que la réduction des heures de télévision a pour conséquence directe une diminution du niveau de violence à l’école1.

Les psychologues Dimitri Christakis et Frederic Zimmerman ont mis en évidence que les effets néfastes de la télévision persistent longtemps puisqu’une heure de programmes violents par jour quadruple la probabilité d’observer chez les enfants des troubles du comportement dans les cinq années suivantes2.

Brandon Centerwall, de l’Université de Washington, a évalué qu’aux Etats-Unis, 10 000 homicides, 70 000 viols et 700 000 agressions avec coups et blessures pourraient être évités chaque année si la télévision n’existait pas. De multiples études montrent qu’une exposition quotidienne à la télévision crée un comportement antisocial, une propension à déprimer, à trop manger, mais aussi que la consommation précoce d’images télévisées altérerait la formation du cerveau des enfants3.

CRÉONS UNE ATMOSPHÈRE PSYCHOLOGIQUE LUMINEUSE ET SAINE

Nous pouvons créer à l’école comme à la maison une atmosphère psychologique lumineuse et saine, conscients que tout ce que nous sommes influence secrètement l’atmosphère.

Nous pouvons transformer en nous tout ce qui esquisse la haine ou le mensonge, éteindre toutes les violences, les méchancetés et la peur ; remplacer la grossièreté et la lâcheté par une attitude noble et privilégier ce qu’il y a de plus élevé en nous : l’amour, le raffinement, le courage, la compréhension, l’intelligence, le don de soi, etc.

L’adulte peut inviter des habitudes saines chez les enfants : aller dans la nature, faire de la musique, du théâtre, de la peinture, du cheval, du sport, de la danse ; apprendre, comprendre, progresser, faire les choses avec tout son cœur, etc. ; il peut explorer avec l’enfant ce qui le passionne et lui offrir la possibilité de s’épanouir tout en apprenant les règles nécessaires à la vie collective et à la discipline.

L’adulte, quand cela est nécessaire, imposera des règles : aller au lit tôt, dormir huit heures au minimum, manger sainement, etc. En effet, la liberté absolue, tant que la maturité n’est pas acquise, n’est pas possible. Il se doit de protéger les enfants de la TV, d’internet et de l’électronique durant de longues heures.

DANS NOTRE RAPPORT AVEC L’ENFANT, NOUS POUVONS DEVENIR

UN AMI SAGE ET UN GUIDE,

REMPLI DE BIENVEILLANCE

ET

EXIGEANT QUAND CELA EST NÉCESSAIRE,

QUELQU’UN VERS QUI IL PEUT SE TOURNER À TOUT MOMENT.

 

 

 

 

 

1.Les informations de ce paragraphe sont tirées du livre de Ricard, M. (2013). Plaidoyer pour l’altruisme (p. 415). Editions Nil.
2.Christakis, D., & Zimmerman, F. (2007). Violent television viewing during preschool is associated with antisocial behavior during school age. Pediatrics, 120(5), 993-999.
3.Christakis, D. A., Zimmerman, F. J., DiGiuseppe, D. L., & McCarty, C. A. (2004). Early Television Exposure and Subsequent Attentional Problems in Children. Pediatrics, 113(4), 708-713. Browne, K. D., & Hamilton-Giachritsis, C (2005). The influence of violent media on children and adolescents : A public-health approach. Lancet, 365, 702-710. Etude citée par le Courrier international, « L’abus de la télé tue la créativité », docteur Manfred Spitzer, neurophysiologiste, janvier 2006.

L’homme qui philosophait à l’oreille des enfants

Alexandre Herriger est la référence en Europe francophone quand on parle de philosophie avec les enfants. Il est co-fondateur de l’association Pro Philo (dont le but est de promouvoir le dialogue philosophique) et de SEVE Suisse (association qui propose des formations d’animateurs d’ateliers philosophiques et de pratique de l’attention). Il forme des enseignants d’écoles publiques et privées à travers l’Europe et travaille dans des établissements scolaires pour mettre en place une pratique régulière du dialogue philosophique dans les classes. Je l’ai rencontré et lui ai posé quelques questions.

Alexandre Herriger

Pourquoi est-il pertinent de faire de la philosophie avec les enfants ?

Pour plusieurs raisons, mais notamment parce que la pratique de la philosophie permet aux enfants d’apprendre à penser ensemble, à créer une culture du dialogue à travers laquelle les enfants apprennent de plus en plus à résoudre des problèmes de manière collaborative, à se parler et à réfléchir ensemble, à se poser des questions et à s’intéresser de plus en plus à ce que pensent les autres.

Une autre raison est que la pratique de la philosophie permet de renforcer des outils intellectuels importants. Parmi ces outils, il y a la pensée logique et ses différents raisonnements, il y a la pensée conceptuelle, qui nous aide à définir les choses, la pensée critique, fonction essentielle de notre intelligence pour évaluer une situation, une action ou une idée, la pensée créative pour imaginer des solutions, etc. Tous ces outils sont essentiels pour le bon développement de l’intelligence et pratiquer la philosophique permet de les travailler dans un contexte dialogique où la multiplicité des points de vue permet à̀ chacun d’enrichir son propre point de vue.

 

Pourquoi est-ce important de développer une culture du dialogue, ne vit-on pas déjà dans un monde de communication effrénée ?

L’hyper communication que nous connaissons aujourd’hui n’est malheureusement pas toujours de très bonne qualité. Souvent la quantité entame la qualité, mais ici c’est au détriment d’une de nos caractéristiques humaines les plus essentielles, soit celle de parler, voire celle de se parler. C’est donc justement en réponse à cette communication débordante qu’il s’agit d’offrir un espace de parole dans lequel on apprend à s’écouter, à respecter le point de vue des autres, à donner son avis, à regarder la personne qui parle, à donner des arguments et à s’entraider dans la réflexion. Ces principes de base de la communication se perdent et avec eux les rudiments de ce qui rend le monde véritablement humain.

 

 

 

 

 

 

Combien d’heures par jour êtes-vous assis ? … et vos enfants ?

« Rester trop longtemps assis augmente drastiquement le risque de diabète, de maladies cardio-vasculaires et tout simplement de mort prématurée. Ce risque existe, que l’on pratique du sport ou pas. »

Voici ce que nous dit une méta-analyse se basant sur les données de plus de 700 000 participants de dix-huit études1. En effet, rester assis six heures ou plus augmenterait le risque de 40 % de mourir dans les quinze ans par rapport à une personne qui passerait trois heures en position assise.

Suite à cette méta-analyse, de nombreuses entreprises réaménagent leurs bureaux pour permettre à leurs employés de travailler debout et d’être régulièrement en mouvement. On peut aussi s’équiper d’une galette ou d’un fauteuil ergonomique.

Que pouvez-vous/souhaitez-vous aménager sur votre lieu de travail ?

Pouvez-vous en parler à vos collègues et à vos supérieurs pour trouver des solutions ?

La santé des enfants

On peut facilement imaginer que les retombées sont encore plus néfastes pour la croissance et la santé des enfants, dont le corps est en pleine formation.

Le développement des facultés et l’acquisition de connaissances peuvent inclure une participation dynamique de la part des enfants. Sur la base d’une étude, Lengel démontre qu’il est même plus facile d’apprendre et de se rappeler des informations quand celles-ci sont associées à des mouvements2.

Cette idée barbare selon laquelle les enfants doivent être habitués dès le plus jeune âge à rester assis immobiles derrière un banc durant des heures doit laisser place à une compréhension intelligente du développement physique, émotionnel et cognitif des enfants.

Pour adresser cette problématique, de nombreux enseignants alternent les moments assis avec des activités en mouvement ou debout et des apprentissages dans la nature.

Il y a aussi de nombreuses manières de s’asseoir : sur une chaise, en tailleur, etc. Une enseignante me disait dernièrement qu’elle a deux ballons de gym dans sa classe et que les enfants peuvent s’asseoir à tour de rôle dessus. Non seulement ils sont contents quand c’est leur tour, mais en plus cela leur apprend comment être bien assis.

 Quelques pistes pour les enseignants

  • alterner entre les postures assis par terre et assis sur une chaise
  • avoir des ballons de gym dans la classe
  • habituer et autoriser les enfants à travailler debout (lors de partages, de discussions en petits groupes, etc.)
  • intégrer le mouvement à l’apprentissage. Dès le plus jeune âge, de nombreux apprentissages peuvent inclure le mouvement ; ainsi on peut par exemple découvrir les lettres en les mimant avec le corps, en écrivant avec un bâton sur la terre, etc.
  • faire de la pédagogie par la nature, apprendre dans et avec la nature
  • faire des pauses régulièrement dans la journée pour intégrer des mouvements
  • faire du théâtre improvisation

Pendant de nombreuses années j’ai enseigné le français deuxième langue en commençant le cours par quinze minutes de mouvements. Les élèves découvraient de cette façon les noms des parties du corps, les verbes et leur conjugaison ainsi que les adjectifs. Ils avaient ainsi plus de plaisir, faisant des exercices physiques tout en apprenant le français. Ils adoraient répéter en mouvement : « En haut, en bas, devant, derrière, à gauche, à droite. » A mesure qu’ils s’amélioraient en français, l’exercice se transforma en : « Là-haut dans le ciel, le soleil brille (en pointant du doigt le ciel et en s’étirant), en bas sous la terre, les vers de terre creusent des galeries (en se penchant et touchant des doigts le sol),… ». Avec un peu d’imagination et de créativité, de nombreuses activités passives ou ennuyeuses peuvent devenir profondément intéressantes et se transformer en un apprentissage actif, vivant et d’une efficacité redoutable.

A la maison

Réorganisez la maison afin que les enfants puissent étudier, lire, jouer dans différentes positions (debout, assis par terre ou sur une chaise). Aménagez des meubles afin de pouvoir lire, écrire, interagir debout ; installez une table basse pour qu’ils puissent étudier, jouer, dessiner assis par terre. Alternez entre ces différentes positions. Après une longue journée d’école, encouragez-les à aller dans la nature, à faire du sport…

 Est-ce important ?

Cette préoccupation peut sembler triviale, mais l’impact que cela peut avoir sur la vie d’un enfant peut se révéler considérable. Rappelons ici que plus d’un tiers des Suisses sont en surpoids. L’immobilité dès le plus jeune âge n’est certainement pas un moyen de remédier à ce problème majeur de santé. L’immobilité est même l’une des deux causes principales de surpoids dont les conséquences peuvent se révéler extrêmement néfastes. Et selon la fondation suisse de cardiologie :

« Les personnes en surpoids ont d’ailleurs une espérance de vie réduite. Le surpoids est un facteur de risque important de maladies cardio-vasculaires, mais un facteur modifiable. En outre, le surpoids favorise d’autres facteurs de risque tels que l’hypertension artérielle, l’hyperlipidémie et le diabète. L’appareil locomoteur souffre aussi de cet excès de poids, entraînant souvent, prématurément, des troubles articulaires et des douleurs dorsales occasionnés par l’arthrose. »

 

Combien d’heures êtes-vous assis lors d’une journée « standard » ?

 

Combien d’heures votre enfant passe-t-il assis ?

 

Que pouvez-vous mettre en place pour remédier à ce problème ?

 

 

 

 

  1. Wilmot, E. G., Edwardson, C. L, Achana, F. A., Davies, M. J., Gorely, T., Gray, L. J., Khunti, K., Yates, T., & Biddle S. J. H. (2012). Sedentary time in adults and the association with diabetes, cardiovascular disease and death: systematic review and meta-analysis. Diabetologia, 55(11), 2895-2905.Extrait des résultats d’une méta-analyse des universités de Leicester et de Loughborough en collaboration avec l’institut national pour la recherche médicale britannique.
  1. Lengel, T., & Kuczala, M. (2010). The kinesthetic classroom: Teaching and learning through movement. Thousand Oaks. Corwin Press. 

Le sacrifice de la terre

Depuis l’été 2018, le sentiment d’un détraquage climatique mondial est devenu palpable. Nous sommes entrés dans l’ère d’une catastrophe écologique mondiale sans précédent.

La 6ème extinction de masse de la terre est là !

Les oiseaux disparaissent presque aussi vite que les insectes. Quant aux populations d’animaux, depuis 1970, elles ont chuté de 60 pourcents.

Malgré les cris d’alarme venant de toute part, le monde des hommes (sur le plan collectif) a décidé de continuer à détruire, piller et abuser de la terre.

L’homo economicus dirige les opérations, il faut se gaver la panse jusqu’à l’explosion finale. Il faut nourrir les désirs insatiables d’un monstre aux millions de têtes. Peu importe le prix. Peu importe la vie sur la terre et les générations futures.

Je souhaite à tous ceux qui décident de se battre pour sauver notre futur (et ils sont nombreux), ces quelques mots de Swami Vivekananda :

 

Lève-toi, soit audacieux, soit fort.

Prends l’entière responsabilité sur tes épaules,

et sache que tu es le créateur de ta destinée.

Toute la force et l’aide que tu veux sont en toi.

Par conséquent, réalise ton futur !

 

Plaidoyer pour une éducation intégrale

Pour offrir à nos enfants une éducation s’inspirant de ce qu’il y a de meilleur en l’homme, l’éducation doit devenir intégrale. Elle doit intégrer le développement physique, émotionnel, cognitif et intérieur des enfants. Chacun d’eux pourra alors grandir dans un corps et un esprit sains, vivre son unicité et s’épanouir pour offrir le meilleur de lui-même au futur de la terre. Voici les ingrédients d’une éducation intégrale :

Entretenir un corps sain

  • Une heure d’activité physique quotidienne – pour cultiver la souplesse, la force, l’agilité, l’endurance, la grâce et pour renforcer le caractère.
  • Apprendre à être à l’écoute de son corps, de ses messages et de ses besoins.
  • Une hygiène de vie saine – activités et postures variées, temps d’assimilation et de repos, alimentation équilibré, apprentissage de l’art du repos.
  • Cultiver des sens aiguisés – entraîner la précision du scientifique et la sensibilité de l’artiste.

Cultiver l’intelligence émotionnelle et les qualités humaines

  • Développer l’intelligence émotionnelle : prendre conscience de ses émotions, réactions et impulsions ; se connaître, se maîtriser et s’épanouir.
  • Éveiller le sens esthétique – afin d’exprimer la beauté et l’excellence à travers les mouvements, les émotions, les pensées et les actions.
  • Cultiver les qualités humaines fondamentales tels le courage, la sincérité, la bienveillance, l’amour de l’apprentissage, la solidarité.
  • Développer une volonté puissante, au service de ce qu’il y a de plus noble et élevé.

Développer les facultés mentales

  • Développer les facultés mentales de façon méthodique et intéressante – observation, comparaison, concentration, mémorisation, imagination, raison, intuition.
  • Apprendre à communiquer, à exprimer ses émotions et ses besoins et comprendre les autres.
  • Développer l’éthique ainsi que l’intégrité.
  • Cultiver l’autodiscipline.
  • Entraîner le discernement – choisir ce qui est sain et harmonieux.
  • Développer une intelligence vive, subtile et intuitive.

Cultiver la présence, l’intériorité

  • Cultiver ce qui fait de chacun un être unique avec des qualités uniques.
  • Encourager la connaissance de soi.
  • Favoriser la profondeur d’être et l’élévation, la simplicité et l’aspiration.
  • Cultiver l’enthousiasme, la gratitude et la sagesse.
  • Encourager un but de vie noble et sain – correspondant à la nature intrinsèque de chacun – au service de ceux qui nous entourent, de la nature et du futur.
  • Nourrir l’aspiration pour le bien, le beau, le vrai.

Le rôle des adultes

  • Être – enseigner par l’exemple.
  • Devenir – avancer à son rythme vers sa propre culmination (afin de servir les autres et la terre).
  • Continuer à découvrir les richesses infinies de la vie.
  • Offrir aux enfants un équilibre entre liberté et discipline.
  • Être un ami, un sage, un guide sûr.

Voilà les lignes directrices pour offrir une éducation digne du 21ème siècle. Une approche qui allie de façon cohérente et subtile tous les aspects du développement de l’enfant – physique, émotionnel, mental et intérieur.

Extrait du livre de Fabrice Dini. « Une éducation intégrale pour grandir en s’épanouissant ».

Edition Faim de siècle. Préface de Matthieu Ricard.

https://www.faimdesiecle.ch/catalogue/non-fiction/enfants-education/grandir-en-s-epanouissant

Le quotidien d’un enfant dans une école pionnière vaudoise

Dans mon dernier article “La pédagogie Reggio-Emilia ou l’art d’enseigner par le Beau“, nous avons découvert la pédagogie Reggio-Emilia ; aujourd’hui Marion Julia nous décrit le quotidien d’un enfant à l’écoline.

Comment se déroule concrètement une journée d’un enfant ?

La plupart des enfants arrivent entre 8h30 et 9h (bien que l’on propose l’option Early Start dès 7h30). Ils jouent librement à leur arrivée, qui est aussi un moment de dialogue entre nos enseignantes/éducatrices et les parents. Ensuite il y a un accueil où l’on apprend à se connaître, puis à s’exprimer et à écouter les autres. Ce temps de parole en cercle est aussi le moyen de faire le planning de la matinée, de présenter les projets en cours, et pour chacun l’occasion de dire ce qu’il souhaiterait faire ce jour-là.

Puis, les enfants se répartissent librement dans l’espace entre des activités individuelles ou par petits groupes, certaines de manière autonomes et d’autres accompagnées d’adultes. L’autonomie dans les activités est fortement encouragée avec le matériel à portée de main des enfants.

Si vous rentrez à ce moment-là dans la classe, c’est particulièrement intéressant. Cela ressemble à une ruche : de loin un bourdonnement d’activités mais si vous y regardez de plus près vous verrez que chaque enfant est totalement investi dans ce qu’il fait (construction, peinture, coins et supports d’écriture, jeux symboliques, argile, arts plastiques, lecture, observation au microscope, table lumineuse, puzzles…). Chaque enfant est concentré et ce qu’il fait est important pour lui. Les enfants ont la liberté de se déplacer dans l’espace et de changer d’activité.

Une fois par semaine, nous avons une artiste (Arts visuels) qui vient passer la matinée dans notre atelier, adjacent à la classe, et propose aux enfants qui le souhaitent de participer à un projet qui évolue souvent sur plusieurs semaines. Souvent ce projet part d’une interprétation de l’artiste d’une thématique apportée par un enfant ou un groupe d’enfant et explorée en classe à travers un autre biais que l’art.

A l’écoline, la matinée se déroule dans une classe d’environ 100m2 en open space, incluant une salle vitrée de 25m2 environ dans laquelle les enfants peuvent lire, jouer un peu de musique ou faire un peu de yoga et de gym. Ils sont 25 enfants avec 2 enseignantes et 2 stagiaires.

Après environ 1h-1h30 d’activité, les enfants s’arrêtent progressivement pour aller prendre un petit goûter puis sortent en 2 groupes dans la nature qui se trouve à la porte de l’écoline : un bois, un champ, les terrain de foot de la ville et les plages sauvages du bord du lac. Là, ils courent, grimpent aux arbres, s’inventent des histoires et vont arroser les plantes des bacs Incroyables Comestibles que nous avons plantés au printemps.

Les enfants reviennent à l’écoline vers midi pour le repas qui se déroule dans une atmosphère calme, familiale et joyeuse. C’est aussi un moment propice pour travailler sur le vivre-ensemble, parler d’alimentation (durable) et également de tri et réduction des déchêts, ce qui nous tient à cœur (l’écoline est labellisée Eco-Schools).

Tous les enfants ont un petit temps de repos et relaxation après le repas d’environ 30 minutes.

Un après-midi à l’écoline

Dès 13h30 l’après-midi commence. Certains enfants rentrent chez eux, et ceux qui restent ont généralement un temps de jeux libres dans notre Piazza (une grande salle à vivre, avec les tables du repas mais aussi de grands espaces de jeux). L’après-midi ils refont un petit accueil avec planning pour les activités de l’après-midi. Comme il y a toujours 2 adultes qualifiés ils ont toujours un grand choix d’activités possibles, qui peuvent s’inscrire ou non dans les projets en cours.

Un jour par semaine, nous avons une Danseuse qui vient leur proposer d’expérimenter leurs thèmes sous l’angle du mouvement. Ce fut le cas récemment de la danse (ou plutôt du vol) des oiseaux par exemple.

Enfin, chaque vendredi, nous avons une éducatrice formée à l’éducation à l’environnement par la Nature qui passe la journée avec eux. Ils passent donc régulièrement plusieurs heures dehors, par tous les temps, pour apprécier les qualités de la nature, mieux la connaître et la respecter aussi.

Chaque jour, notre équipe travaille sur ce que nous nommons l’éducation à la paix : la paix avec soi-même (gestion des émotions notamment), et la paix avec les autres (jeux de coopération, massages selon une approche spécifique pour les enfants, relaxation, communication non violente). Ces moments sont très importants pour les enfants, dans une tranche d’âge où les émotions sont très fortes et l’apprentissage de l’intelligence émotionnelle et interpersonnelle si prenant. Ce sont également les enfants qui sont à l’origine du « cadre » et des règles de vie à l’écoline. Un cadre qu’ils dessinent eux-mêmes en début d’année lorsqu’ils définissent avec les adultes leur école de rêve !

A 15h30, les enfants prennent ensemble le goûter puis certains enfants partent à la maison. Pour ceux qui restent dans la dernière tranche horaire (jusqu’à 18h30), des ateliers sont proposés librement (Atelier C’est du chinois, Capoeira, Danse créative, Zumba, Wobbel Yoga…) en complément des possibilités de jeux de société ou jeux libres et de lectures.

www.lecoline.ch

La pédagogie Reggio-Emilia ou l’art d’enseigner par le Beau

Depuis 2012, l’écoline, une école basée sur la pédagogie Reggio Emilia fait vibrer toute la région lausannoise et contribue au mouvement de transformation du système éducatif romand ! Mais qu’est-ce donc la pédagogie Reggio Emilia ? Éléments de réponse avec Marion Julia, sa fondatrice.

Qu’est-ce que la pédagogie Reggio-Emilia ?

C’est difficile à résumer, justement parce que ce n’est pas une pédagogie figée, écrite. C’est une approche et non pas une méthode. Une pédagogie qui évolue donc, et ce depuis la fin de la seconde guerre mondiale, c’est dire sa richesse. D’autant plus que les pédagogues de la ville de Reggio Emilia ont toujours aimé travailler avec d’autres spécialistes de l’enfance et de l’apprentissage, par exemple issus de la psychologie (Howard Gardner, Jérome Brunner…) , aujourd’hui également des neurosciences.

C’est une approche fondée sur une vision de l’enfant comme unique, compétent, curieux, acteur de ses propres apprentissages mais aussi citoyen à part entière. En cela, elle rejoint de nombreuses autres pédagogies alternatives. Cela commence avec la confiance : l’adulte construit une relation de confiance avec chacun des enfants et fait en sorte que chaque enfant se sente également à l’aise dans son environnement physique. Cela peut prendre plus ou moins de temps selon les enfants bien entendu. La bienveillance, le profond respect et même l’amour de l’éducateur pour chaque enfant sont des éléments indispensables pour que chaque enfant puisse oser être complètement lui-même dans cet environnement.

Le rôle de l’éducateur

L’approche Reggio Emilia conçoit le rôle de l’éducateur comme un chercheur, à l’écoute de chaque enfant et cherchant en permanence à découvrir ce que cet enfant est en train de vivre et d’apprendre et comment l’accompagner au mieux sur son chemin d’apprentissage. L’éducateur ou l’enseignant documente ce chemin d’apprentissage avec des prises de notes, des photos, des vidéos, qui laissent ainsi une trace de ce que fait/dit l’enfant, afin notamment de révéler le sens et la valeur de ce que fait l’enfant. Cette documentation devient également un lien intéressant entre l’école et les familles.

Grâce à l’écoute et l’observation profondes des enfant, grâce aussi à la place que l’adulte va accorder à leurs intérêts et à leurs jeux, des projets voient le jour. Ces projets ne sont donc pas planifiés à l’avance par les adultes (nous n’avons pas de programme). Par contre, les projets se nourrissent et s’étoffent des interactions entre enfants et entre enfants et adultes. Ils peuvent durer une matinée comme ils peuvent durer 6 ou 8 mois. Tant qu’ils sont source d’intérêt pour les enfants, ils se poursuivent et se développent.

L’importance de l’environnement

Dans une école inspirée de Reggio Emilia, l’environnement est particulièrement important car l’enfant doit pouvoir y trouver de multiples ressources. Cet environnement est plutôt neutre au départ et se remplit au fur et à mesure que se créent les œuvres et projets des enfants et adultes qui y vivent. Le matériel que l’on y trouve est plutôt naturel, esthétique et « ouvert » dans le sens que les enfants peuvent toujours l’utiliser de plusieurs manières. La lumière est un élément très présent. La lumière naturelle mais aussi des tables lumineuses ou rétroprojecteurs qui permettent de voir/montrer les choses sous d’autres perspectives. La nature est aussi est très présente, car elle « parle » beaucoup aux enfants. Elle est un objet de curiosité pour les enfants car elle évolue sans cesse. A l’écoline, nous apportons la nature dans la classe, notamment à travers le jardinage, mais surtout nous passons beaucoup de temps en forêt et au bord de la plage, chaque jour.

A Reggio Emilia, chaque école a un artiste

Loris Malaguzzi, le pédagogue qui a « lancé » ce que l’on nomme aujourd’hui l’approche Reggio Emilia (il est très intéressant de réfléchir à l’utilisation du nom de la ville et non du pédagogue pour nommer cette pédagogie…), a souhaité intégrer des artistes dans l’école pour apporter d’autres perspectives sur le monde aux enfants, et d’autres compétences, d’autres manières d’appréhender les choses, ce que l’on appellerait aujourd’hui du « creative thinking » en quelque sorte. Nous croyons fortement à cela aussi. A Reggio Emilia, chaque école a un artiste, que l’on nomme Atelierista, (et son atelier) en ses murs, disponible pour travailler avec les enfants, à plein temps. A l’écoline, nous avons choisi d’avoir plusieurs Atelieristas à temps partiel pour enrichir encore d’avantage leurs perspectives.

Dans les heures d’école, nous avons donc 2 personnes qui viennent chaque semaine donner des ateliers spécifiques : Danse et Arts visuels. Nous avons également des enseignantes et éducatrices qui ont une ou plusieurs passions ou expertises qu’elles vont pouvoir utiliser au sein de projets ou pour des moments particuliers, c’est le cas de l’éducatrice qui aime travailler autour de la Nature et de l’éducation à la paix, ou de notre enseignante qui a une formation de scientifique et qui propose donc de nombreuses expériences scientifiques aux enfants en lien avec leurs projets, ou encore d’une éducatrice qui est également céramiste, etc.

Il souhaite comprendre le fonctionnement de l’ADN à 5 ans

Avec cette vision de l’enfant et ce rôle de l’éducateur, il n’y a pas de limite fixée aux apprentissages des enfants, il n’y a pas cette idée de « il ne peut pas comprendre ». J’aime citer cet exemple du projet sur l’ADN que nous avons fait avec des enfants de 3 à 5 ans. Grâce à notre enseignante scientifique, nous avons pu accompagner le désir d’un enfant de mieux comprendre ce qu’était l’ADN, dont il avait entendu parler lors d’une visite à un musée. Ses camarades ont pu bénéficier de l’explication illustrée par une petite expérience qu’ils ont eux-mêmes réalisée autour de l’extraction de l’ADN d’une banane. Les autres adultes présents ont ce jour-là appris autant que les enfants !

www.lecoline.ch

Lors de mon prochain article, nous verrons à quoi ressemble le quotidien d’un enfant à l’écoline.

Oser jouer notre vrai rôle pour le Bien de la Terre

L’humanité provoque une crise écologique sans précédent, une accentuation des inégalités entre riches et pauvres ; les crises politiques, sociales, existentielles se multiplient partout… En Europe, septante pour cent des insectes ont disparu en trente-cinq ans, un tiers des oiseaux durant les quinze dernières années. Notre monde tout entier semble s’élancer avec énergie vers une période de grand chaos. Si vous ne le savez pas encore, je vous laisse écouter Aurelien Barrau, qui, durant les premières minutes de son discours, résume très bien notre situation.

L’homme provoque la sixième extinction de masse de l’histoire de la terre ; il est urgent de se préoccuper de la terre. Mais la première terre qu’il nous est donné est notre corps, notre esprit, notre vie même !

Si nous souhaitons nous battre pour préserver la terre et tout ce qui nous est cher, un double mouvement semble nécessaire :

  1. agir, travailler chaque jour pour le bien de la terre et de tous ses habitants
  2. se reconnecter avec ce qui est profondément juste et vrai, avec notre essence profonde, avec notre humanité et aligner tout ce que nous sommes : chaque pensées, émotions et actions avec Cela.

Être soi-même dysfonctionnel et agir pour sauver la terre est une vaine chimère

Embourbés dans nos propres contradictions et impossibilités, nous ne pourrons élever personne. Tout au mieux pourrons-nous pour quelques instants porter à bout de bras une cause et puis s’épuiser, se démoraliser, se perdre dans les labyrinthes sans fin de l’esprit humain.

Il nous faut donc commencer par nous-même, commencer par vivre selon la vérité. Il nous faut vivre pleinement nos qualités intrinsèques et oser jouer notre vrai rôle. Il nous faut conquérir nos propre challenges et difficultés, connaitre et transformer nos limitations et contradictions. Être soi-même dysfonctionnel et agir pour sauver la terre est une vaine chimère.

Ce que nous proposons ici est de s’occuper de Soi. Non pas un soi superficiel, égotique, mais un Soi essentiel.

S’occuper de soi, cela veut dire prendre du temps pour se connecter avec ce qui, en nous, est profondément juste et vrai. Travailler sur soi n’a rien à voir avec l’égoïsme ; au contraire cela demande du courage, du don de soi, de la volonté, de l’intelligence… Travailler sur soi, c’est défaire les nœuds de l’ignorance et petit à petit affirmer son essence. Travailler sur soi, c’est effacer son ego, pour laisser la place à la vérité, la lumière, la conscience ; c’est un travail noble et valeureux.

L’égoïsme, c’est tout ramener à soi, tourner en rond dans des croyances fixes, des habitudes, courir après ses désirs, ses ambitions, en sacrifiant les autres et la Terre.

Il nous faut donc commencer par s’éveiller, s’élever, se transformer soi-même. Et puis en parallèle, amener cet éveil, cette conscience, cette connaissance dans chacune de nos actions et interactions. Il nous faut apprendre à ne plus se laisser mener par le bout du nez par des désirs sans fin, des pensées accommodantes, par la mécanique et la superficialité, mais apprendre à servir le Vrai, le Beau, le Bon – avec force et détachement, dans la joie et la paix.

Chacun à sa manière, chacun son rôle… mais avec le temps, tout peut devenir cohérent.

Il nous faut infuser le vrai dans nos pensées, nos émotions et nos actions. Éteindre la lumière en sortant ne suffira pas.

Notre travail élève-t-il l’humanité ? Nos actions éveillent-elles ce qu’il y a de meilleur en chacun ? A chaque instant, nous avons l’opportunité de servir et d’aimer.

Il n’est plus l’heure d’être timide, il est l’heure d’être courageux. Un changement radical nous est demandé, et il commence avec nous-même, à chaque instant nouveau.

 

Harrison Ford nous parle de cette thématique avec émotions.

 

Ps. Seuls les commentaires constructifs seront publiés sous cet article. Merci de votre compréhension.

Nous protégeons mieux ce que l’on aime – Plaidoyer pour la pédagogie par la nature

La nature est l’alliée précieuse de l’enseignant et des parents : sa beauté, la richesse de sa faune et de sa flore, l’infinité de ses formes, de ses couleurs, de ses senteurs, son évolution incessante, sa pureté, son abondance, en font le lieu idéal pour se connaître et étudier le monde.

Intégrer la pédagogie par la nature dans une approche intégrale

Dans la nature il y a toujours quelque chose à faire, à apprendre, à découvrir, que ce soit au niveau physique, émotionnel, cognitif ou social. Elle offre les conditions idéales pour apprendre de façon expérientielle et dynamique, avec enthousiasme et émerveillement.

La nature est propice pour développer le corps : la motricité, l’agilité, la dextérité, la coordination ; pour développer les sens et le sens esthétique; pour faire éclore et fortifier les valeurs humaines fondamentales tels la persévérance, le courage, l’humilité, la gratitude ; mais aussi les forces de caractère telles l’endurance, le leadership, le travail d’équipe, la prudence, la maîtrise de soi. La pédagogie par la nature est aussi idéale pour entraîner les facultés mentales telles l’observation, la comparaison, la concentration, la mémorisation, etc. Tous les sujets peuvent être enseignés dans la nature : les mathématiques (découvrir les formes, le poids et la taille d’objets, sérier des bouts de bois, compter), les langues (le vocabulaire, la poésie), la communication (la collaboration, l’écriture), la géographie, les sciences, l’histoire, etc.

Ce que nous disent les recherches

Les écoles partiellement dans la nature ont fait l’objet de nombreuses recherches; celles-ci ont démontré que les enfants développent davantage leurs habilités motrices, ont de meilleures capacités de concentration, plus de créativité, qu’ils sont moins souvent et moins longtemps malades ; ils ont un meilleur équilibre émotionnel, apprennent à jouer ensemble, à s’entraider davantage et ont moins de conflits entre eux. Il est à noter – comme le remarquent de nombreux enseignants qui sortent dans la nature avec leur classe – que les enfants ‘plus difficiles à gérer en classe’ ne créent parfois plus de difficultés une fois dans la nature et font même preuve de qualités insoupçonnées. L’hyperactivité ainsi que de nombreuses autres maladies modernes sont atténuées dans la nature quand elles ne disparaissent pas tout simplement.

En conséquence, le rapport avec la Terre est lui aussi transformé positivement – nous protégeons mieux ce que l’on aime. Rappelons-le, il y a urgence, les scientifiques de tous bords tirent la sonnette d’alarme, l’humanité hypothèque son futur (un occidental a de nos jours en moyenne une empreinte écologique de 3 planètes).

Une approche dynamique et expérientielle

La dynamique de groupe est très différente dans la nature. Il n’est plus possible pour le maître ou la maîtresse d’adopter un enseignement unidirectionnel (où il/elle contrôle et dirige tout) ; ce sont plutôt les interactions avec les éléments naturels, entre élèves, avec l’enseignant ou un spécialiste et avec les références pédagogiques proposées (livres, applications, activités, fiches de travail, instructions) qui deviennent sources d’apprentissage.

Les élèves assument aussi davantage de responsabilités et seront donc appelés à faire preuve de plus de maturité, de sagesse et d’autodiscipline. Nous nous réjouirons de pouvoir développer ces qualités et vertus qui sont fondamentales à leur développement.

On peut initier des activités collectives pour développer la collaboration ou plutôt en solitaire, explorer ses secrets. La diversité des expériences que la nature offre, sa richesse, la joie, l’enthousiasme qu’elle suscite en font le lieu idéal pour grandir et apprendre dans la joie et l’harmonie, pour intégrer dans nos activités et apprentissages le corps, les émotions et le mental.

Quel enseignant peut-il offrir en classe une telle gamme d’expériences, de couleurs, d’objets et de phénomènes ?

Le trouble du déficit de nature

Sans aucun doute, la classe est propice à certaines activités, mais à trop se couper de la nature, nous nous asséchons comme nous le démontre ce phénomène récent qu’est le « trouble du déficit de nature ».En effet, suite à l’urbanisation et à l’avènement de l’âge électronique, de nombreux enfants n’ont pour ainsi dire plus de contact avec la nature. Entre 1997 et 2003, on a remarqué que les enfants de neuf à douze ans passaient moitié moins de temps dans la nature et que les enfants qui vivent en milieux urbains jouent dix fois moins ensemble dehors qu’il y a trente ans. Il semblerait que jamais dans toute l’histoire de l’humanité il n’y ait eu de civilisation coupée à ce point de la nature.

Les écoles partiellement dans la nature

Suite à la redécouverte des multiples bienfaits de la pédagogie par la nature, des jardins d’enfants et écoles dans la nature se multiplient un peu partout dans le monde. De nombreux exemples d’écoles dans la nature existent dans les pays scandinaves. Uniquement au Danemark on compte entre 200 et 500 écoles dans la nature ; en Allemagne on recense plus de 400 écoles publiques et le mouvement prend de l’ampleur au niveau mondial.

En Suisse, les premières écoles enfantines en forêt ont ouvert en 1998 à Brütten et à St-Gall. Depuis, d’autres ont vu le jour, essentiellement en Suisse alémanique. Actuellement, on dénombre dans notre pays environ 400 groupes de jeux/jardins d’enfants, 8 écoles enfantines publiques, 12 écoles enfantines privées et 2 « Basisstuffe » (1er cycle complet) en nature. En Suisse romande, l’école Educaterre à Sion est basée sur ce concept. www.educaterre.ch

Un reportage de canal9.

Dans les écoles publiques

Il y a de nombreux projets dans les écoles publiques. Par exemple, dans un village valaisan, grâce à la gentillesse d’un viticulteur, chaque enfant a quelques ceps de vigne qui lui sont attribués avec son nom en tête de ligne ; tout au long de l’année, il participera à toutes les étapes d’entretien jusqu’à la fabrication du jus de raisin qu’il ramènera à la maison, tout fier.

De nombreux enseignants organisent des sorties dans la nature toutes les semaines alors que des associations organisent des sorties ou camps pour les enfants, forment les enseignants et interviennent dans les écoles.

SILVIVA propose une vaste offre dans le domaine de l’éducation à l’environnement par la nature. En plus de leur offre de loisirs pour enfants, adolescents, adultes, seniors et familles, ils proposent une vaste palette de formations continues et cours ainsi que diverses offres pour les écoles.

ERBINAT – l’association professionnelle pour la découverte et la formation en nature souhaite renforcer l’offre en formations et en activités de pédagogie active dans la nature.

Bien sûr, c’est aussi la responsabilité des parents d’initier les enfants à la nature. Parce que vivre et apprendre en contact avec la nature, c’est aussi offrir à nos enfants une enfance riche et heureuse.

Quelques idées d’exercices

A l’occasion d’un repas, rendez les enfants attentifs aux odeurs des différents aliments, apprenez-leur les noms des différents condiments et ingrédients, des différents fromages, etc., puis au repas suivant, bandez-leur les yeux et demandez-leur de deviner ce qui est au menu.

Pour élargir leur capacité à apprécier les différentes saveurs, faites-leur découvrir et apprécier le piquant du poivre, du gingembre ou du piment ; l’astringence du thé, de la baie de myrtille, de l’argousier ; l’amertume du pamplemousse, des endives, etc.

Faites-leur découvrir les baies poivrées et suaves à l’aspect boisé et résineux du genévrier ; les graines de fenouil légèrement camphrées et sucrées, qui ressemblent à l’anis et dont le goût monte en bouche progressivement en laissant sur le palais une douceur stable et raffinée ; explorez ainsi les fruits locaux ou exotiques, les épices qui firent la richesse de nombreux marchands telles la cannelle, le safran, les graines de moutarde, la cardamome, le gingembre, le clou de girofle et le curcuma. Cela peut aussi être l’occasion d’introduire de l’histoire et de la géographie.

Faites découvrir aux enfants les herbes aromatiques telles que le thym, le romarin, le persil, la coriandre, la menthe, etc. Faites des jeux : le memory des herbes aromatiques (en cachant le nom des herbes entreposées dans des boîtes identiques et en les regroupant par paires en se servant de l’odorat) ; ou alors les yeux bandés, proposez-leur de décrire ou de deviner le nom de l’herbe que vous leur faites goûter, etc.

Demandez aux enfants de choisir dix objets dans la nature et de décrire les différences au toucher (lisse, granuleux, rugueux, coupant, etc.) puis de les organiser du plus lisse au plus rugueux, ou du plus solide au plus fragile, du plus lourd au plus léger, du plus volumineux au plus petit.

Fermez les yeux et écoutez tous les sons qui vous entourent : écoutez celui qui est le plus lointain, puis le plus proche ; comptez les différents sons ; entendez tous les sons sans vous focaliser sur un son en particulier ; comparez les sons entre eux ; choisissez un son et donnez-lui une couleur, une forme, une texture. Quelle image évoque-t-il en vous ? Essayez d’imiter le son.

Retrouver l’arbre dans la forêt : allez en forêt puis bandez les yeux de l’enfant ; prenez sa main et conduisez-le (en faisant des détours) près d’un arbre ; laissez-lui le temps de faire connaissance avec cet arbre, puis ramenez-le au point de départ (en faisant quelques détours). Enlevez-lui le bandeau et demandez-lui de retrouver son arbre.