Oléoduc Keystone XL: les espoirs douchés des partisans de l’infrastructure

229865140Lors de sa conférence-bilan sur l'année 2014, le président américain Barack Obama (photo Pablo Martinez Montsivais/AP/Keystone) a répondu à une question relative au projet de construction d'un oléoduc devant relier l'Alberta au Canada à la Louisiane, aux Etats-Unis en passant par la région aquifère du Nebraska. Si pour l'heure  la Maison-Blanche s'est refusée à prendre une décision sur le projet, malgré les votes favorables du Congrès, il a donné vendredi un aperçu de ce qu'il en pense.

Barack Obama a ainsi démonté l'argument selon lequel le Keystone XL permettrait d'abaisser le prix de l'essence aux Etats-Unis. Il l'a rappelé. L'infrastructure est censée transporter du pétrole issu des sables bitumineux canadiens vers les raffineries de Louisiane, d'où il serait exporté à l'étranger. Cet or noir alimenterait le marché mondial, mais ne réduirait, selon lui, en aucun cas le prix du pétrole aux Etats-Unis. L'autre argument avancé par les partisans de l'oléoduc: la création de plus de 2000 emplois. Pour Barack Obama, ce n'est pas non plus une raison valable. S'il reconnaît qu'il est toujours positif de créer des emplois, il a estimé qu'il y avait moyen de créer des emplois qui profiteraient bien plus au pays: en investissement massivement dans les infrastructures obsolètes des Etats-Unis. A ses yeux, il est possible de créer des dizaines, des centaines, voire un million d'emplois.

Très engagé désormais dans la lutte contre le réchauffement climatique après l'accord historique entre Pékin et Washington pour réduire les gaz à effet de serre, le président démocrate tiendra compte, dans la décision de son administration, de l'impact environnemental et de l'empreinte écologique d'un tel projet. S'il devait s'avérer que le Keystone XL devait augmenter sensiblement les émissions de CO2, il sera sans doute sans concession et s'opposera à l'avènement de l'oléoduc, quitte à enrager les républicains et plusieurs démocrates.

Les “staffers” du Congrès sortent les mains levés

C'est l'image du jour. Jeudi, les collaborateurs afro-américains et d'autres minorités (photo Brendan Smialowski/AFP) sont sortis devant le Capitole les mains levées pour protester contre le système de justice pénale qu'ils estiment discriminatoire à l'égard des minorités et en particulier des Noirs. Ils donnent suite à la vague de protestation qui a suivi la non-inculpation de deux policiers blancs qui ont tué et contribué à tuer deux Afro-Américains à Ferguson et à New York, Michael Brown et Eric Garner.

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La non-torture selon le républicain de New York Peter King…

Le sénateur républicain de New York Peter King (photo Andrew Burton/Getty Images/AFP) n'est pas impressionné par le rapport sur la torture publié par la Commission du 063_454961194renseignement du Sénat mardi dernier. Selon lui, la simulation de noyade et autres abus perpétrés par la CIA dans les prisons secrètes de l'agence disséminées à travers le monde et notamment en Europe, ne sont pas vraiment de la torture: "Je crois que ce n'est pas du tout de la torture. Nous ne parlons pas de quelqu'un qui est brûlé ou poignardé ou lacéré (…). Nous parlons de personnes qui ont dû rester debout dans des positions inconfortables, à qui on a versé de l'eau dans le nez et la bouche. Personne n'a souffert de blessures durables après cela."

John Brennan, patron de la CIA, s’explique

000_Was8888844De mémoire de journalistes américains, c'est un fait très rare voire unique. Le directeur de la Central Intelligence Agency, John Brennan (photo Jim Watson/AFP), a tenu jeudi une conférence de presse exceptionnelle au siège de la CIA pour répondre aux accusations découlant du rapport de la Commission sénatoriale du Sénat sur les techniques d'interrogatoire musclé et les prisons secrètes de la CIA. John Brennan l'a déclaré: "A plusieurs égards, nous avons navigué en territoire inconnu. Nous n'étions pas préparé. (…) Nous avions peu d'expérience dans la détention de prisonniers et peu d'agents avaient été formés aux interrogatoires."

Le directeur de la CIA a néanmoins jugé "répugnantes" certaines méthodes d'interrogatoire utilisées dans la guerre contre le terrorisme. Il a toutefois soigneusement évité le mot torture. Il faut dire que John Brennan était déjà l'un des hauts responsables de la CIA sous l'administration de George W. Bush. C'est la raison pour laquelle de nombreuses organisations exigent qu'il soit démis de ses fonctions à l'aune des conclusions du rapport du Sénat. John Brennan a d'ailleurs adopté une défense en zigzag quand il s'est agi de parler du programme d'interrogatoire (EIT). Quand il dut passer devant le Sénat pour être confirmer à la tête de la CIA au printemps 2013, il était très prudent quand il s'agissait d'expliquer les éventuels bénéfices en termes de renseignements obtenus par la torture. Aujourd'hui, il est beaucoup moins prudent, expliquant qu'on ne saura jamais si, sans la torture, on aurait pu obtenir les mêmes informations auprès de terroristes présumés. Malgré l'ambiguïté du personnage, le président Barack Obama n'envisage pas de le relever de ses fonctions. Il est vrai que John Brennan fut aussi un fervent défenseur de la stratégie d'utilisation de drones pour combattre les ennemis de l'Amérique.

Présidente de la Commission du renseignement du Sénat, la démocrate Dianne Feinstein a immédiatement répondu à John Brennan par Twitter:

 

 

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Le rapport du Sénat sur la torture bientôt disponible sous forme de livre

Beaucoup le voient déjà comme l'une des publications les plus importantes pour une génération entière. Le rapport condensé de 500 pages de la Commission du renseignement du Sénat américain publié mardi sera bientôt disponible sous forme de livre édité aux éditions Melville House et sous forme de livre électronique. Il devrait figurer dans les rayons de librairie dès le 8 janvier prochain.

Les jeunes blouses blanches se mobilisent pour dénoncer les abus policiers

Si on avait encore un doute au sujet de la poursuite de la mobilisation des Américains contre les abus policiers affectant en 232915255priorité les Afro-Américains, il est levé. Mercredi, lors d'une opération intitulée #whitecoats4blacklives, des centaines d'étudiants en médecine (photo Blair Emerson/AP/Keystone) à travers tous les Etats-Unis ont procédé à des die-ins dans leur université, se couchant pour plusieurs minutes dans le hall d'entrée de leur faculté. Leur mobilisation fait suite à plus d'une semaine de manifestations dans une majorité de villes américaines déclenchée par la décision d'un grand jury de Staten Island, à New York, de ne pas inculper un policier blanc qui a contribué à la mort d'un Afro-Américain de 43 ans en l'étranglant et en le plaquant à terre. Elle s'inscrit aussi après la décision d'un grand jury de Ferguson, dans le Missouri, de ne pas inculper un autre policier blanc qui a abattu de six balles Michael Brown, un Afro-Américain de 18 ans.

A Harvard, mercredi, les étudiants se sont couchés dans le hall du Tosteson Medical Education Center et ont été rejoints par des professeurs et du personnel de la faculté de médecine. Les die-ins des étudiants de médecine se sont déroulés notamment à New York, St. Louis, Philadelphie, Boston, Cleveland, Chicago, Los Angeles, San Francisco, Washington, D.C, Pittsburgh et la Nouvelle-Orléans. Les étudiants ont émis un message clair: la violence raciale est également un problème de santé publique.

 

 

 

La peur absurde de la publication du rapport sur la torture

000_TS-Was8887985Mardi, la Commission du renseignement du Sénat américain a fini par publier un rapport de quelque 500 pages qui résume une enquête bien plus volumineuse de 6000 pages menée sur la base d'environ six millions de documents. Peu avant la publication du rapport ultra-sensible, plusieurs voix républicaines et même le secrétaire d'Etat John Kerry ont jugé le moment inopportun pour diffuser un tel document d'investigation. Ils ont mis en garde contre des réactions violentes aux conclusions du rapport à l'étranger, là où les intérêts américains pourraient être menacés. 

La requête de ces derniers a un côté absurde. L'Amérique, qui a appliqué des techniques d'interrogatoire musclé pendant plusieurs années dans des prisons secrètes de la CIA, devrait avoir peur d'un rapport qui met enfin au jour des pratiques dont on avait déjà vaguement connaissance, mais dont la CIA et les responsables de l'administration Bush se sont évertués à nier l'ampleur. C'est un peu, comme dirait Hegel, marcher sur la tête. Si les Etats-Unis doivent avoir peur de quelque chose, c'est de leur passé récent, du fait que la démocratie américaine s'est permis de bafouer ses propres lois fondamentales et ses propres principes ainsi que le droit international.

Pourquoi les Etats-Unis devraient-ils avoir peur d'un rapport qui dit la vérité crue sur un chapitre de leur histoire que beaucoup aimeraient déjà enterrer? Peur de dire la vérité à la face du monde de crainte de voir l'Amérique comparée aux pratiques abominables des djihadistes de l'Etat islamique qui ont eux aussi pratiqué la simulation de noyade?

Non, ce n'est pas un rapport de 500 pages, ni de 6000 pages qui menace la sécurité des Etats-Unis. C'est le refus de traduire en justice les responsables de l'administration Bush et de la CIA qui ont contribué à ce désastre moral. C'est aussi le maintien de la prison de Guantanamo où une majorité des 136 détenus restants n'ont aucune charge contre eux, mais croupissent dans un vide juridique effrayant. Car comme le dit le président Barack Obama, "ce n'est pas nous, ce n'est pas qui nous sommes."

Dianne Feinstein (photo Saul Loeb/AFP), présidente de la Commission du renseignement du Sénat n'a, elle, pas eu peur. Pourtant accusée d'être trop proche de la communauté des renseignements qu'elle défendrait trop alors qu'elle est censée la surveiller au nom des Américains, la démocrate de Californie a jugé esseniel, dans une vision historique des Etats-Unis, de publier des vérités qui dérangent. Dans le Washington Post, la chroniqueuse Ruth Marcus ne dit pas le contraire. Elle relève qu'en lisant le rapport, on ne peut que ressentir de "l'horreur et de la honte". La publication du rapport n'effacera peut-être pas la souillure de ce chapitre dans l'histoire des Etats-Unis, mais elle pourra en diminuer l'ampleur, estime-t-elle.

Antiracisme: Lebron James, star de la NBA, s’implique

063_460164370Après cinq joueurs de l'équipe de football américain des Rams de St-Louis (Missouri), qui sont entrés sur le terrain les bras levés (en référence au jeune Afro-Américain Michael Brown, tué par un policier blanc à Ferguson Missouri alors qu'il n'était pas armé), c'est au tour de joueurs de la National Basketball Association d'entonner le credo antiraciste d'une Amérique secouée par plusieurs affaires impliquant des policiers blancs ayant tué des Afro-Américains. Lebron James (Al Bello/Getty Images/AFP), la star des Cleveland Cavaliers, portait un pull "I can't breathe" en hommage à Eric Garner, un Noir de 43 ans interpellé par un policier blanc à Staten Island à New York et décédé après avoir suffoqué sous l'action du représentant des forces de l'ordre alors qu'il disait, sur une vidéo qui a fait le tour du monde, qu'il ne pouvait pas respirer. La non-inculpation du policier, la semaine dernière, par un grand jury, a provoqué une mobilisation à travers tout le pays et les manifestations continuaient lundi soir.

Rapport du Sénat sur la torture/CIA: la Maison-Blanche anticipe

C’est aujourd’hui mardi que le rapport de la Commission des Renseignement du Sénat américain sur les techniques d’interrogatoire et les prisons secrètes de la CIA est publié. Sa publication pourrait faire beaucoup de bruit et les anciens responsables de la Central Intelligence Agency et de l’administration de George W. Bush ont déjà été actifs depuis quelques jours pour discréditer le rapport. Pour les démocrates, c’est le moment où jamais de publier un rapport qui devrait jeter une lumière crue sur l’histoire sombre des Etats-Unis de la décennie 2000-2010. Dès le 3 janvier, les deux chambres du Congrès sont sous le contrôle des républicains et ces derniers pourraient bien renoncer à toute publication du document de 480 pages (un résumé du rapport de 6000 pages).

Quant à la Maison-Blanche, elle dit anticiper les réactions violentes que la publication du rapport pourrait causer à l’étranger, même si le secrétaire d’Etat John Kerry exhortait la présidente de la commission sénatoriale Dianne Feinstein, vendredi, à retarder la publication du document.

 

Les manifestants antiracistes de New York s’inspirent de Genghis Khan

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Au cours de ces derniers jours, les milliers de manifestants (photo Timothy Clary/AFP) qui ont défilé dans les rues de New York avaient des profils très divers. Peu après la décision du grand jury de Staten Island de ne pas inculper un policier blanc qui a pris Eric Garner, Afro-Américain de 43 ans, par l'encolure et qui l'a de fait asphyxié, les Afro-Américains et les activistes des droits civiques furent les premiers à descendre dans la rue. Puis, jour après jour, la foule s'est diversifiée au point de mêler toutes les générations, tous les groupes ethniques.

Le plus suprenant fut la manière dont ils s'organisèrent pour manifester et ne pas provoquer l'action de la police de New York (NYPD). Les protestataires ont d'ailleurs appelé leur manière de se réunir les "cattle drives", littéralement des rassemblements de bestiaux qui défilent un peu au hasard dans les rues de la ville américaine, entre les files de voitures, sur les trottoirs. Ils ont aussi tout fait pour éviter de provoquer une interruption du mouvement par une action musclée de la police. Leur stratégie: organiser des sit-ins ou plus précisément des die-ins en différents lieux, mais y rester seulement quelques minutes pour émettre le message souhaité et repartir. Selon un manifestant qui s'est confié au New York Times, la stratégie a été emprunté à Genghis Khan, le fondateur de l'empire mongol. Celui-ci forçait apparemment ses ennemis à le chasser à plusieurs endroits dans les vastes plaines.

Pour l'heure, la police n'a pas eu trop de peine à tolérer Genghis Khan ou plutôt ses descendants new-yorkais.