La scène s'est déroulée à la Bibliothèque Nixon, à Yorba Linda en Californie, il y a quelques jours. La Central Intelligence Agency a déclassifié des documents des renseignements au sujet de la guerre du Kippour de 1973. Il ressort des documents publiés que la CIA a totalement échoué à prevenir Washington de l'imminence de la guerre israélo-arabe.
Principal analyste de la CIA au Moyen-Orient à l'époque, Richard Kovar a rédigé une note à l'intention du secrétaire d'Etat Henry Kissinger qui voulait savoir si Israël risquait d'être attaqué. La réponse de Kovar sera catégorique: il ne pense pas qu'une attaque égyptienne et syrienne de l'Etat hébreu soit possible. Pour la Syrie, dit l'analyste, ce serait du suicide. En rédigeant le rapport pour Kissinger et plusieurs responsables du Département d'Etat, Richard Kovar le déclare à la radio publique NPR: "Ma main n'a pas tremblé."
Or, sur le terrain, des signaux étaient plutôt prémonitoires. Le président égyptien Anouer el-Sadate avait amassé des troupes de l'autre côté du canal de Suez en face du Sinaï. Au nord, le président syrien Hafez el-Assad avait dépêché des chars et plusieurs divisions armés à la frontière du Golan occupé. Un infiltré en Syrie transmettra même à la CIA un plan de guerre élaboré par Damas. Rien n'y fit. Pour l'analyste de la CIA et l'Office of Strategic Research, la guerre était très improbable.
Aujourd'hui, Richard Kovar a 81 ans. Il n'a toujours pas digéré son erreur. Sur NPR, il le dit, en pleurant, que des jeunes soldats sont morts par sa faute.
Le reportage radio de NPR: