Le New York Times et le Washington Post sont accusés de complicité avec l'administration de Barack Obama. Les deux grands quotidiens américains ont apparemment cédé à la pression de la Maison-Blanche les exhortant à ne pas divulguer l'existence d'une base secrète de drones (photo HO/US Army/AFP) en Arabie saoudite. Or la base en question fut le point de départ d'un drone qui a tué l'imam radical américain Anwar al-Alauqi, considéré comme un membre haut placé d'Al-Qaida dans la péninsule Arabique.
L'épisode ranime, souligne The Guardian, un vieux débat au sujet de l'équilibre entre la liberté de l'information et les questions de sécurité nationale. Le New York Times a publié mercredi, après la publication lundi soir par NBC d'un document du Département de la justice sur la justification légale des éliminations ciblées de citoyens américains, un éditorial expliquant pourquoi le journal a décidé de retenir l'information.
Le gouvernement a demandé aux journaux en question de ne pas divulguer le lieu de la base aérienne car cela pourrait remettre en question l'existence même de la base et porter préjudice à la lutte antiterroriste menée par l'Amérique. Une telle démarche pourrait aussi fâcher les Saoudiens.
Dan Baquet, directeur exécutif du New York Times, le dit dans les colonnes du journal: "Nous devons soupeser cette préoccupation et l'information." Dean Baquet a en réalité eu, poursuit The Guardian, une conversation voici un mois avec un responsable de la CIA et a accepté de taire le lieu de la base.
Cité par le quotidien britannique, Jack Lule, professeur de journalisme à l'Université Lehigh de Pennsylvanie, juge l'attitude du New York Times injustifiée: "Cette décision de ne pas publier l'information est une honte." Selon lui, le quotidien a fui sa responsabilité d'informer le public.
L'alignement des deux quotidiens sur les préoccupations de la Maison-Blanche peut se comprendre dans des circonstances exceptionnelles. En l'occurrence, cette retenue d'information rappelle de mauvais souvenirs: la période où la presse américaine s'était alignée derrière l'administration de George W. Bush en 2003 pour justifier la guerre en Irak. Après coup, les journaux concernés, dont le New York Times, avaient présenté leurs excuses.