Les politiques et médias américains ont poussé de grands cris d'orfraie quand les autorités du Pakistan ont annoncé que le docteur pakistanais Shakil Afridi était condamné à 33 ans de prison pour trahison (photo de la prison centrale de Peshawar où est détenu le docteur/Fayaz Aziz/Reuters). Selon eux, le médecin n'a en aucun cas commis une trahison puisqu'il a aidé la CIA dans sa quête d'Oussama ben Laden, l'homme qui a commandité les attentats du 11 septembre 2001. L'agence de renseignements avait recruté le Pakistanais pour qu'il collecte des échantillons de sang du leader d'Al-Qaida de l'époque. Sa couverture: il menait une vaste campagne de vaccinations dans les zones tribales du Pakistan, où Ben Laden avait son repaire (Abbottabad).
Pour le chroniqueur David Ignatius du Washington Post, qui a toujours un accès privilégié à la CIA et au Pentagone, on ne devrait pas se contenter de manifester de l'indignation envers Islamabad. Certes, les actes du docteur Shakil Afridi ne semblent pas découler d'une "trahison", mais ils suscitent aussi de l'indignation auprès du monde médical et des ONG humanitaires actives au Pakistan et dans le monde. Motif? En utilisant pour prétexte une campagne de vaccination pour tenter d'obtenir du sang de Ben Laden, le médecin, collaborant avec la CIA, a discrédité d'autres campagnes de vaccinations, "réelles celles-là" contre la polio par exemple, en recrudescence dans le pays. Or les gens nécessitant le vaccin pourraient ne pas vouloir participer à un programme susceptible d'être un complot de la CIA. La théorie du complot en la matière peut vite faire d'énormes dégâts.
Président d'une coalition de 200 ONG internationales, Samuel Worthington le déclare: "Depuis que des rapports de la campagne de vaccination de la CIA se sont fait jour l'été dernier, nous avons constaté une érosion continue de la capacité des ONG américaines à mettre en oeuvre des programmes humanitaires essentiels au Pakistan et une croissance de la violence ciblée contre les travailleurs humanitaires. Je crains que les activités de la CIA au Pakistan et la perception que les ONG américaines ont des liens avec les renseignements aient contribué à ces phénomènes alarmants."