Le débat diffusé mercredi soir sur CNN organisé en Arizona pour les primaires républicaines fut en syntonie avec la vision qu'a une partie de l'Amérique de la question iranienne. Des quatre candidats, trois sont prêts à attaquer l'Iran ou à donner le feu vert à l'allié des Etats-Unis dans la région, Israël. Il n'y a pas pire menace, relèvent-ils, qu'un Iran doté de la bombe. A travers le Hezbollah, il pourrait diffuser des bombes sales sur le continent américain et directement menacer les Etats-Unis. L'argument est simple et forcément accrocheur. Il fait toutefois fi de la complexité du dossier nucléaire iranien et surtout du contexte régional. Attaquer l'Iran, c'est prendre le risque d'embraser toute la région. Une perspective qui ne serait pas davantage favorable à l'Etat hébreu et qui pourrait au contraire renforcer le régime iranien très affaibli par des luttes fratricides au sein même du camp conservateur. Il n'y a pas, à ce stade, de bonne solution. Les négociations avec l'Iran ont traîné pendant des années et n'ont rien donné. Les sanctions américaines et européennes ont, si on leur donne le temps de produire des effets, une chance d'acculer Téhéran.
Aujourd'hui toutefois, c'est l'escalade verbale. La rhétorique belliqueuse est de rigueur. A cet égard, même les quotidiens The Washington Post et le New York Times ont subi les foudres de leur médiateur interne qui estime qu'ils ont tous deux exagéré l'existence d'éventuelles preuves établissant que l'Iran construit la bombe. (Photo: centre de recherche nucléaire au nord de Téhéran/Keystone.)
La machine paraît inarrêtable et rappelle de façon inquiétante la phase précédant la guerre d'Irak en 2003. Selon un sondage du Pew Research Center réalisé récemment, 58% des Américains approuveraient l'usage de la force par les Etats-Unis pour empêcher l'Iran d'acquérir l'arme nucléaire. C'est étonnant. Car dans le même temps, ils sont 75% à penser que Barack Obama a raison de retirer les troupes américaines d'Afghanistan et qu'il devrait même le faire plus rapidement. A ce propos, le candidat républicain libertarien Ron Paul, qui sait ses chances limitées pour décrocher l'investiture, a eu les propos les plus raisonnables lors du débat CNN en Arizona. Se rendant compte que l'argument constitutionnel contre la guerre ne prenait pas, il a sorti l'argument économique. Les guerres d'Irak et d'Afghanistan ont coûté aux Etats-Unis plus de 3000 milliards de dollars, tué 6300 soldats et blessé 46000 GI. Avec une dette de plus de 15000 milliards de dollars, ajoute Ron Paul, le pays ne peut pas, contrairement à ce qu'avancent Rick Santorum, Mitt Romney et Newt Gingrich, se lancer dans une nouvelle guerre. "C'est ainsi que l'Union soviétique s'est effondrée", rappelle-t-il. "De l'intérieur."