Le Congrès miné par les conflits d’intérêts

Le sénateur républicain Richard Shelby, d'Alabama, est peut-être critique de la manière dont les finances fédérales sont gérées. Mais il sait aussi bénéficier des largesses de Washington. En une décennie, il a réussi à convaincre le Capitole d'allouer plus de 100 millions de subventions pour transformer un quartier de la petite ville de Tuscaloosa en Alabama. Ces subsides ont profité à plusieurs habitants du quartier, mais aussi au sénateur texan qui possède dans le secteur des bureaux qu'il a achetés 175 000 dollars en 1989. Il a entrepris des rénovations pour 180 000 dollars, puis a acheté pour 116 000 dollars, en 2006, une parcelle de terrain pour un parking. En 2010, Richard Shelby estimait, dans sa déclaration fiscale, la valeur de ces mêmes bureaux à un montant oscillant entre un demi-million et un million de dollars. Les travaux subventionnés par Washington avait manifestement accru la valeur de son bien.
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Ce cas de conflits d'intérêts a été relevé dans unevaste enquête en plusieurs volets publiée ces jours dans le "Washington Post". Le quotidien américain a analysé les projets subventionnés approuvés par le Congrès et regardé si les 535 membres du Congrès en ont profité directement ou indirectement alors qu'ils en étaient les promoteurs. Les résultats sont édifiants et un enjeu important. Le Congrès a alloué en 2010 pour 32 milliards de dollars de subventions pour des projets ou programmes.

L'enquête du "Washington Post" révèle une multitude de conflits d'intérêts qui ne sont pas perçus en tant que tels, les règles du Congrès étant beaucoup plus permissives en la matière que vis-à-vis du secteur privé ou des agences fédérales. Parmi les exemples les plus parlants, il y a ce sénateur démocrate du South Dakota, Tim Johnson, qui fait partie de la Commission sénatoriale dénommée The Senate Appropriations Committee. Il a soutenu pendant des années un programme du Pentagone, "Starbase", qui offre des cours de sciences, de maths et d'ingéniérie à des enfants aux quatre coins des Etats-Unis. Avec sept autres sénateurs, il est parvenu, en 2008, à accroître de 4 millions de dollars l'enveloppe destinée à "Starbase". Or, à ce moment, son épouse était payée 80 000 dollars en tant que consultante indépendante pour évaluer ce même programme. Dans un autre cas, une représentante démocrate de Washington s'efforça de faire augmenter le budget alloué à une organisation environnementale gérée par… son fils.

Les pratiques dénoncées par l'enquête ne sont pas forcément illégales. Mais elles sont éthiquement très discutables. Aujourd'hui, le terme "earmark" pour désigner ces subventions est un gros mot que les membres du Congrès évitent de prononcer. Ces révélations ne sont toutefois pas de nature à améliorer la cote de popularité du Congrès qui n'a historiquement jamais été aussi basse. En un sens, le Tea Party se frotte les mains.

Une réponse à “Le Congrès miné par les conflits d’intérêts

  1. Cher Monsieur,
    Bravo pour votre blog que je consulte toujours avec beaucoup d’intérêt. J’ai lu, tout comme vous, cette intéressante enquête du Washington Post. Une précision cependant concernant votre article: Richard Shelby est sénateur d’Alabama (et non du Texas). Je connais bien la ville de Tuscaloosa, AL, où il réside pour y avoir étudié. Elle abrite le campus de l’Université d’Alabama qui, soit dit en passant, possède la meilleur équipe de “college football” du pays (ils ont remporté le championnat universitaire à plusieurs reprises dont encore cette année).
    Avec mes meilleurs messages.

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