Maniac : la déception de la rentrée

À vouloir trop dire, trop montrer, la série la plus attendue de la rentrée déçoit, malgré quelques idées brillantes. Prouvant qu’un réalisateur star et une distribution cinq étoiles ne suffisent pas à produire une série d’exception.

Genre : gloubi-boulga dystopique

Si vous avez aimé : Legion, Stranger Things

Bande-annonce : version originale, français

L’histoire : une femme hantée par un grave accident et un homme souffrant de schizophrénie font connaissance, dans le cadre d’un essai clinique. Le laboratoire qui mène l’étude prétend avoir créé un traitement révolutionnaire permettant de guérir toute personne atteinte de trouble psychique par l’ingestion de trois pilules.

Diffusion et accès : Netflix

« Maybe this is something deeper and cosmic like some multi-reality brain magic shit. »

La série événement de la rentrée
Son nom n’est pas connu du grand public, pourtant Cary Fukunaga a acquis une solide réputation en réalisant la brillantissime première saison de True Detective. La sortie de sa nouvelle mini-série, le 21 septembre sur Netflix, est donc l’événement de la rentrée. Une diffusion d’autant plus attendue que Maniac met en scène un parterre de stars de cinéma : Emma Stone, Jonah Hill, Justin Theroux, Sally Field, Gabriel Byrne.

Cary Fukunaga sur le tournage de Maniac. © Netflix

À grand renfort de bandes annonces romanesques ou décalées, Maniac promet une épopée à travers plusieurs époques, doublée d’une réflexion métaphysique, le tout teinté d’une bonne dose de second degré.

Un humour délirant
L’humour, la mini-série n’en manque pas. L’essai clinique mené par les chercheurs de Neberdine Pharmaceutical Biotech a en effet tout d’une farce.

« We are pioneering a revolutionary procedure that will unlock the secret mysteries of the mind and replace old fashioned talk therapy forever. Sorry Sigmund. »

Dans le cadre rétro-futuriste du laboratoire, l’équipe loufoque de scientifiques tente désespérément de garder le contrôle de l’ordinateur qui supervise l’étude ; une intelligence artificielle dotée d’empathie, qui a sombré dans une profonde dépression.

« I think our computer is hardly depressed and might be behaving unpredictably. »

Cette situation ubuesque offre à la série ses scènes les plus délirantes. Justin Theroux en particulier s’éclate dans le rôle d’un scientifique mégalomaniaque que l’arrivée de sa mère (Sally Field), gourou du développement personnel, plonge en plein cauchemar freudien.

Clins d’œil cinéphiliques
Œuvre satirique avant tout, Maniac ne cesse de se moquer d’elle-même et de railler les codes de la science-fiction. Dès la scène d’ouverture évoquant l’origine du monde à la manière de Christopher Nolan, Cary Fukunaga et le créateur de la série, Patrick Somerville, multiplient les clins d’œil ironiques au septième art et rendent un hommage appuyé aux réalisateurs qu’ils vénèrent, Stanley Kubrick en tête.

Truffant chaque scène de références narratives et visuelles, ils poussent l’exercice à l’obsession, jusqu’à le rendre vain.

Une multitude d’univers
Mais le principal problème n’est pas là. Ayant visiblement avant tout l’intention de se faire plaisir, les auteurs catapultent les personnages dans une multitude d’époques et de milieux. L’essai clinique plonge en effet les cobayes dans un état d’hallucination censé les guider vers la guérison.

L’occasion de mettre en scène Emma Stone et Jonah Hill dans des univers inspirés des films de gangster, d’espionnage ou encore d’heroic fantasy. Sans oublier l’inévitable passage par les années 80.

Amusant au premier abord, le jeu devient vite lassant, tant il n’arrive pas à dissimuler sa seule ambition. Les séquences hallucinatoires sont ainsi moins un support allégorique qu’un prétexte permettant aux auteurs de réaliser leur rêve de cinéphile.

Obnubilés par leur anthologie du septième art, Patrick Somerville et Cary Fukunaga ne réalisent pas qu’à trop vouloir multiplier les genres, ils prennent le risque de laisser le plus lisible surplomber les autres. Et c’est hélas ce qui se produit.

Comédie romantique navrante
Épisode après épisode, la comédie romantique s’invite dans le récit, jusqu’à en devenir le fil rouge. Quelle que soit l’époque qu’ils traversent en songe, Annie et Owen semblent irrémédiablement liés. N’étaient-ils, dès lors, pas destinés à se rencontrer ?

« Maybe they’re soul mates. Maybe these two have a cosmic connection. » © Netflix

Les spectateurs que ce type de fable romanesque fait rêver trouveront à n’en pas douter leur compte avec cette morale romantique archi téléphonée. Emma Stone et Jonah Hill sont en effet parfaits dans le rôle des héros blessés par la vie que le destin finit par rassembler. Pour les autres, la déception est immense. La mini-série promettait en effet tellement plus.

Embryon de réflexion dystopique
Posant le cadre d’une grande œuvre dystopique, Maniac ne fait en réalité qu’effleurer sans génie les thèmes qu’elle annonçait. Le futur proche décrit par la série pousse l’obsession du lien jusqu’à inciter les scientifiques à trouver un remède susceptible d’éradiquer tous les maux de l’âme.

« I believe in the idea that we can all be fixed. »

Miroir à peine déformé de notre époque gangrenée par l’injonction au bonheur. Respectant à la lettre les codes de la dystopie, ni les personnages ni même l’intelligence artificielle supervisant l’essai clinique ne se révèlent capables d’atteindre cette utopie. Soit.

Autre thème intéressant : la crise d’identité que traverse le superordinateur, dès qu’on lui insuffle un supplément d’empathie, donne lieu à une réflexion ironique intéressante sur les fondements de l’humanité. Mais, la question est hélas à peine abordée.

Ceci n’est pas une perceuse

Le seul propos qui vaille réellement le détour, au-delà de la charge satirique, est, lui aussi, survolé. La schizophrénie d’Owen, présentée autant comme un trouble psychiatrique que comme une métaphore, invite le spectateur à une réflexion fascinante sur la fiction (de plus, maugréent certains). De même que l’essai clinique censé permettre aux cobayes de surmonter leurs traumatismes en les revivant de façon allégorique.

La démonstration prend brièvement corps, lors d’une séquence qui n’est pas sans rappeler certaines scènes de Westworld. Après avoir massacré un homme avec une perceuse, Gabriel Byrne pointe l’outil vers Owen en citant La Trahison des images de Magritte :

« Ceci n’est pas une fucking drill. »

Rappelant à Owen que ce qu’il vit n’est pas la réalité, l’acteur incite le spectateur à prendre le même recul sur ce qu’il est en train de regarder.

Interroger les codes de la fiction
À la façon de la géniale série Legion (FX), Maniac permet au spectateur d’interroger les codes de la fiction en prenant conscience de ses stéréotypes. L’œuvre fictionnelle remplit alors pleinement sa mission : émanciper le spectateur et lui permettre de revenir à la réalité avec un supplément d’acuité.

Schizophrène, le héros de la série Legion est en réalité doté de super-pouvoirs. © FX

Mais, là où des séries magistrales comme Legion, Westworld, The Twilight Zone, The Prisoner ou Alfred Hichcock Presents font de cet outil d’émancipation le terreau de l’œuvre, Maniac le relègue au second voire dernier plan. Les références cinématographiques qui auraient dû servir cette mission satisfaisant surtout l’ego de leur auteur.

Qui trop embrasse mal étreint
Au final, Maniac laisse l’impression d’une œuvre fourre-tout globalement décevante, malgré quelques scènes brillantes.

« 1615, Cervantes writes the final chapter to his masterpiece. So powerful that anyone who reads it is lost in their own fantasies forever. »

Comme Don Quichotte qu’elle cite à la moindre occasion, la mini-série échoue dans sa quête d’un absolu assez vain. Au fond, qu’avait-elle réellement envie de nous dire ?

Emilie Jendly

Emilie Jendly

Emilie Jendly est passionnée de séries télévisées depuis 20 ans. Journaliste franco-suisse, elle présente sur ce blog les nouveautés à ne pas manquer. Spoil prohibé.

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