économie numérique: technologies, éthiques, entreprises et société, avec Elena Debbaut, conseil en entreprise

La face cachée de l’économie numérique

Il y a des grandes chances que vous utilisez un smartphone ou une tablette pour lire cet article. Par le passé, il fallait se déplacer pour acheter un journal ou un livre et pouvoir lire ce contenu. Mais aujourd’hui, l’accès à ce contenu est beaucoup facilité. Ainsi, grâce à la technologie, le monde se trouve littéralement dans votre poche.

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Sommaire

Depuis l’époque préhistorique et l’apparition d’Homo Sapiens, une nouvelle technologie n’a pas changé en profondeur la nature humaine, mais toute avancée technologique a permis à l’humain de découpler sa force. Le développement de la technologie a transformé presque tous les aspects de la vie. Les communications, l’accès au savoir et à l’information, le travail ou les loisirs ne sont que quelques-uns des domaines qui ont été révolutionnés par la technologie.

La situation actuelle est différente. C’est l’humain qui change grâce à la technologie. La compréhension de la technologie n’existe plus. Les changements technologiques actuels dépassent la « capacité technique » de l’humain. Tout va trop vite. L’adaptation aux nouvelles technologies est trop lente.

Qui est encore en mesure de comprendre et expliquer le fonctionnement technologique d’un smartphone ou d’une télé, voir même comprendre ce qui se passe réellement avec les algorithmes des réseaux sociaux ou ceux des moteurs de recherche ? La réponse est qu’il n’y a plus grand monde.

Nous sommes tous concernés par la technologie actuelle qui donne naissance à un nouveau terme: « économie numérique ».

Aujourd’hui, il y a une grande histoire d’amour avec les entreprises étant perçues comme initiateurs de cette économie numérique. En même temps, il y a aussi une certaine hostilité par rapport aux entreprises de cette économie numérique.

Pourquoi ?

L’économie numérique a créé des monopoles qui semblent indémontrables. La législation et les processus ne sont plus en mesure de suivre. Les institutions qui veillent au respect des règles sont lentes, par conception. Mais ces institutions sont totalement dépassées et encore plus lentes dans la compréhension des enjeux. Les dérives restent impunies. Et voici comment grâce à une culture de l’impunité, les entreprises se transforment en monopoles.

Dans ces conditions, l’humain ne voit plus les aspects positifs.

Même pour les personnes bien formées, la sécurité de l’emploi n’existe plus. Dans les entreprises, les externalisations injustifiés et la recherche du coût le plus bas semblent être la principale priorité stratégique. Les scandales liés aux grandes entreprises font la une des journaux de manière régulière. La perception de l’entreprise comme entité morale devient ainsi négative. Les valeurs morales et éthiques d’une entreprise ne sont réglées par aucune loi, mais cette dégradation est bien visible.

Au final, cette économie numérique est ressentie comme très menaçante pour la société dans son ensemble.

La compréhension de la dynamique générale dans l’économie numérique lance le débat sur ce sujet complexe. Cet article, sous la forme d’un essai littéraire, n’a pas la prétention d’être exhaustif sur ce sujet, mais de présenter seulement quelques pistes de réflexion.

L’économie numérique

Mais en fait, qu’est-ce que c’est, cette économie numérique ?

Les définitions varient selon l’émetteur.

Pour certains, cette économie se réduit à l’ensemble des activités économiques qui créent de la valeur en utilisation les technologies numériques de l’information et de la communication (TIC). Pour d’autres, il s’agit des secteurs d’activité, des métiers et les produits et les services qui utilisent ces nouvelles technologies. Encore, de manière succincte (et discutable), l’économie numérique se résume à seulement transformer les processus en passant vers le numérique. Selon cette dernière définition que je considère trop réductrice, il s’agirait de la « transformation numérique » ou plus connue sous le terme de transformation digitale.

Peu importe les définitions, une chose est claire: l’économie numérique est la nouvelle économie. Elle est bien réelle. Et cette économie est ici pour encore quelque temps, que l’on veuille ou non. Il n’est pas possible de prédire le futur de cette économie.

Du point de vue d’une entreprise, cette économie numérique ne se résume pas à seulement « numériser » ses documents papier, ou l’utilisation des moyens de communication comme l’e-mail ou les visioconférences. L’économie numérique ne se résume pas non plus à la seule utilisation des nouvelles technologies informatiques, comme le passage d’une commande passée par Internet ou dans une « app ». L’économie numérique n’est pas non plus l’implémentation d’un modèle d’affaires comme la « transformation digitale ».

Pourquoi ?

Parce que les aspects ci-avant couvrent la partie purement opérationnelle (=le comment). Les méthodes ont changé, mais pas les résultats.

Par exemple, il a toujours été possible de voir et discuter avec plusieurs personnes, sauf qu’avant les avancées technologiques, il fallait les faire faire venir et les réunir physiquement dans une même pièce. Aujourd’hui, il est possible d’utiliser un autre moyen pour arriver au même résultat. La commande d’un taxi ou la réservation d’un hôtel suit le même modèle pour arriver à un résultat identique, mais par d’autres moyens.

Selon moi, l’économie numérique c’est bien plus, c’est un écosystème qui permet, en arrière-plan, la création, la production et la livraison des services et produits. Je vois l’économie numérique plutôt comme l’ensemble des activités liées aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Pour simplifier, tout ce qui est lié à l’informatique et à la technologie.

Par exemple, un langage de programmation est lié à l’économie numérique. Ce langage de programmation permet de développer un logiciel et créer une « app » ou un site web pour faciliter la réservation d’un taxi ou d’une chambre d’hôtel. Le résultat de cette action, soit l’arrivée de la voiture, le transport du point A vers le point B, ou l’occupation de la chambre ne font pas partie de l’économie numérique.

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La technologie du paiement numérique de ces services, par carte bancaire ou un transfert bancaire, fait partie de cet écosystème numérique. Les services connexes comme la communication marketing par le réseau Internet ou un réseau analogique comme le téléphone font aussi partie de cet écosystème.

La voiture de taxi ou la chambre d’hôtel ne font pas partie de cette « économie numérique ». Et cela, même si la voiture est autonome ou la chambre est totalement automatisée niveau accès, éclairage, ou domotique. Par contre, la technologie qui se trouve derrière une voiture autonome ou la domotique d’une chambre font partie de cette économie numérique.

Le sens de l’expression « économie numérique » est totalement différent une fois que cette différence est bien comprise. Et c’est cette compréhension qui permet d’identifier les nouvelles opportunités d’affaires sur le marché, ainsi qu’une transition vers le numérique avec plus de chances de réussite.

La technologie comme base pour l’économie numérique

Uber est la plus grande entreprise de taxi au monde.

Airbnb est le plus grand fournisseur de chambres d’hôte au monde.

Et Google est le plus grand documentaliste, archiviste, et la plus grande bibliothèque au monde. Et cela en plus d’être une agence publicitaire très importante, comme Facebook.

Quel est le point commun entre ces entreprises ?

L’informatique et la technologie.

Avec ces entreprises, le client fait pratiquement tout, en libre-service. Ces entreprises ne possèdent aucune voiture de taxi, aucune chambre, et n’entreposent aucun livre ou document propriétaire. Ces entreprises ont peu de frais fixes et peu d’employés par rapport au chiffre d’affaires.

Airbnb, par exemple, a 6300 employées en 2020 pour un chiffre d’affaires de presque 5 milliards (2019) et couvre 192 pays, selon les chiffres Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Airbnb. Le client crée même sa propre publicité. Le chiffre d’affaires liés à la publicité avec Google dépassent les 30 milliards de dollars en 2019, pour seulement 50’000 employés. Les chiffres financiers de Google sont très bien présentés en suivant ce lien: https://www.webrankinfo.com/dossiers/google/resultats-financiers.

Tous ces chiffres donnent le vertige.

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Dans une économie numérique, le modèle opérationnel des entreprises n’a pas énormément changé. La technologie a aidé à changer les méthodes opérationnelles d’une entreprise. C’est donc l’aspect de gestion au niveau processus qui a changé, mais pas le processus en soi. Le processus est seulement devenu plus rapide et efficace.

Pour un taxi, il s’agit toujours de transport. Par le passé, la centrale de taxi choisissait une voiture selon les informations fournies par les chauffeurs (pas toujours précis quant à la localisation ou la disponibilité réelle). Aujourd’hui, la commande de ce service est presque instantanée. La géolocalisation précise et une mise en relation réaliste permet d’optimiser selon la distance la plus proche.

Pour le logement, c’est toujours occuper une chambre pour une durée décidée de commun accord. Toutes les informations comme les photos, les coûts, et les conformations sont fournies presque immédiatement; il n’y a pas besoin d’envoyer un catalogue.

Pour la recherche d’une information, il s’agit toujours d’un service de documentation et archivage. C’est juste beaucoup plus rapide, avec un accès à diverses sources et bases de données qui se fait de manière presque instantanée.

Cette rapidité et efficacité au niveau du processus ne peut pas s’expliquer par la seule utilisation d’une technologie puissante, mais aussi par l’élimination des intermédiaires. Le travail a été transféré sur le client. Dans une économie numérique, les centrales de taxi et agences de voyage ont été remplacées. La recherche de l’information n’est plus effectuée par un documentaliste-archiviste, mais par soi-même.

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Les mots comme « innovation » et « disruption » sont presque toujours associées à ce type d’entreprises. Mais derrière le battage médiatique qui est maîtrisé à merveille, la vérité est que ce type d’entreprises ne sont pas innovantes. Ni disruptives. Ce qui est innovant et disruptif est seulement la technologie qui a permis à ce type d’entreprises d’exister. L’innovation peut être réduite à une certaine forme de communication marketing. L’innovation et la disruption se résument assez souvent à un modèle d’affaire qui utilise le retard législatif par rapport au retard technologique.

Ces entreprises ne sont pas « technologiques » même si c’est la technologie qui permet de mettre en relation l’acheteur et le vendeur. Ce sont les entreprises créatrices de technologies qui ont ce mérite. En effet, c’est la technologie qui a permis, entre autres, une plus grande agilité, une réduction des coûts, et un gain de temps au niveau des processus.

Le fonctionnement des entreprises dans l’économie numérique

La technologie a permis l’apparition d’entreprises qui représentent l’essence même d’un capitalisme malsain et sauvage. Le système capitaliste consiste dans la recherche systématique d’une plus-value financière. La partie négative apparaît quand la vitesse du développement technologique dépasse la capacité d’adaptation des entreprises et du cadre législatif.

Dans la théorie de l’économie dite classique, les choses sont relativement simples: plus d’offre sur un marché veut dire plus de compétition, donc un meilleur produit et service pour le client. Au final, le client est très content d’avoir fait une très bonne affaire. L’économie numérique permet de rapidement offrir un très grand choix et cela pour un prix très bas, voir même gratuit.

La pratique, c’est une toute autre chose.

Je me souviens d’une blague qui circulait vers 2012, pendant l’introduction en bourse de Facebook. Il y avait une question: « quel est le produit qui est fabriqué et vendu par cette entreprise ». La réponse était: « fabrication et vente d’amis ». Cette réponse recevait toujours quelques rires. Et qui sont les clients pour acheter ces amis ? D’autres amis !

Dans l’économie traditionnelle, le client était un simple moyen financier. Il y avait une relation purement transactionnelle et financière entre l’entreprise et le client. Cette relation a changé. Dans l’économique numérique, les clients sont passés au stade de cocréateur.

Ainsi, le client arrive sur le site ou sur l’app de l’entreprise et participe au développement de l’entreprise mais par ses propres moyens de production ou ses contenus. Pensez à Facebook, Google, Airbnb, ou Uber. C’est le client qui met à disposition sa voiture, sa maison, ses contenus, et son temps. En pratique, ces entreprises se positionnent comme un intermédiaire pour transférer de l’argent entre les clients et les fournisseurs, de la même manière qu’une banque.

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Je me demande souvent comment une entreprise peut encore se « re-inventer » quand le besoin du marché n’existe même plus. Certes, il y a des situations très rares où une entreprise peut survivre sur une niche, mais ces exemples sont rares et peu viables d’un point de vue économique.

Il s’agit dans ces cas d’une forme d’artisanat ayant une forte orientation artistique, presque du non-profit, et pas d’une entreprise au sens propre. Par exemple, le développement des négatifs photos et diapositives, aujourd’hui limité pour le secteur de luxe et des arts.

Des modèles d’entreprise vieux d’une centaine d’années ont soit disparu, soit se sont « transformées » mais en utilisant toujours la technologie comme plateforme principale pour se « ré-inventer ». Par exemple, le télégraphe, les services postaux ou la communication mobile, ou l’impression mais en 3D.

Quant aux entreprises dites traditionnelles, elles se portent mal. Et pour certaines, elles sont dans un très mauvais état malgré les messages positifs sur l’innovation ou la transformation numérique.

Encore, pour une entreprise, même adaptée à l’économie numérique, c’est devenu beaucoup plus difficile de garder sa place sur le marché. Et cela même si l’entreprise a dépassé avec un relatif succès son stade de start-up, est déjà bien établie et reconnue, et possède une bonne taille pour limiter les risques d’attaque quant à son existence.

La dynamique dans une économique numérique

Certes, l’économie numérique a permis une réduction des coûts à l’échelle d’une entreprise. Un accès facile, rapide, gratuit ou peu cher vers une grande variété de services et produits qui ont beaucoup facilité la vie de chacun.

Mais il y a quelques questions. La société est-elle gagnante selon ce seul modèle économique ? Le client est-il gagnant ? Quels sont les emplois possibles dans une telle économie ?

Les emplois dans une économie numérique

Quelles sont les caractéristiques des emplois dans une économie numérique ? En seulement deux mots c’est la technologie et la vitesse.

La vitesse est liée à la technologie et l’informatique. C’est la technologie qui permet d’augmenter la vitesse de réaction d’une entreprise. Les processus sont plus rapides. Grâce à la technologie, la réactivité des équipes est plus importante. En bref, l’humain peut faire plus avec moins. Par exemple, dans la vente en ligne (e-commerce) la commande est enregistrée automatiquement. Sur les marchés financiers, l’analyse est automatisée. Et avec l’apparition de l’IA (intelligence artificielle) il est possible de prendre des décisions en quelques fractions de seconde.

Mais il y a un problème avec cette vitesse. L’humain ne peut plus suivre.

L’exigence d’une formation continue est devenue une condition indispensable pour garder son emploi dans la durée. Et avec cette pression, les risques d’épuisement professionnel. Il faudra satisfaire aux exigences du poste occupé, et en même temps, assurer sa formation. Finalement, il ne reste plus beaucoup de temps pour se reposer. Dans ces conditions, il n’est pas rare que même les employés sans responsabilités de direction doivent couvrir 60 à 70 heures de travail hebdomadaire.

Par le passé, le travail était lié à un lieu physique. Mais avec l’apparition de nouvelles formes et lieux de travail, de nombreuses tâches peuvent être effectuées à distance. Concrètement, cela veut dire qu’une entreprise peut faire appel à un collaborateur situé dans les pays à faible coût salarial. Le résultat c’est que le travail est externalisé, même si quelquefois la délocalisation n’est pas rentable.

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Encore, pour certains métiers, les logiciels informatiques remplacent parfaitement le besoin en main d’œuvre. Par exemple, les assistants virtuels éliminent une bonne partie des tâches exécutées auparavant par une secrétaire. De nombreuses tâches peuvent être exécutées directement par les clients. Pensez aux self-scanning (note: caisse en libre-service) de Migros ou Coop.

Ensuite, il faudra se rendre à l’évidence. Pour diverses raisons, ce n’est pas possible de reconvertir des milliers des personnes vers de métiers hautement technologiques et qui de plus, nécessitent un certain talent et capital intellectuel. La nature des emplois a beaucoup changé, et il suffit de parcourir quelques annonces pour s’en rendre compte. Nombreuses personnes n’arrivent même plus à comprendre les exigences du poste ou les outils technologiques qui sont demandés; cela illustre très bien le niveau de complexité.

L’apprentissage approfondi et rapide de notions comme « big data » , la « réalité virtuelle » , le « cloud » , ou encore « internet des objets » font désormais partie des notions courantes dans le monde des entreprises.

La mort des entreprises et l’arrêt de la ‘vraie’ innovation

Une petite parenthèse. J’ai écrit quelques articles sur l’innovation, où je mentionne quelques dérives et malentendus par rapport à cette notion. Voici pourquoi j’ai mis entre guillemets le mot « vraie » innovation. Dans le contexte de l’économie numérique, cette innovation se trouve en danger.

Nous avons aujourd’hui des monopoles technologiques qui peuvent vivre à perte, jusqu’au moment où la compétition se trouve dans une des situations suivantes:

  • (i) éliminée d’elle-même,
  • (ii) copiée, malgré les principes éthiques et lois,
  • ou (iii) rachetée presque de force.

Ce n’est pas très encourageant par rapport à l’innovation. Une fois que la compétition est affaiblie au point de devenir inexistante, les scandales liés à des pratiques commerciales douteuses (re-)commencent de plus belle. Augmentation de prix, capitulation devant un contrat défavorable imposé par l’absence d’un autre choix viable, décisions unilatérales du fournisseur qui se permet tout, y compris la clôture d’un compte client. Et tout cela, selon le bon vouloir de l’entreprise et selon des critères opaques qui ne sont jamais communiquées.

Le monopole dans toute sa splendeur.

Et ces agissements sont contraires à un véritable esprit d’économie du marché.

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Quelques entreprises sont devenues tellement grandes et diversifiées que ce n’est même plus possible d’entrer sur le marché avec un produit ou un service similaire. Encore, les nouvelles entreprises qui apparaissent vendent des services et produits qui proviennent de ces grandes entreprises. Pensez aux consultants SalesForce ou les serveurs d’hébergement Amazon.

Les besoins en capital pour assurer les pertes financières sur les 14-15 années sont trop élevés. Les nouvelles entreprises ne peuvent pas assurer ce capital par leur seul apport. Il faudra convaincre les investisseurs. Les investisseurs qui ont des grands moyens. Voici pourquoi de nouveaux acteurs ne peuvent plus entrer sur le marché.

L’époque où le garage pouvait être utilisé comme « siège d’entreprise » est désormais révolue. De nos jours, il faudra investir des très grandes sommes dans la communication marketing et cela avant même de concevoir le produit ou le service qui sera vendu.

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L’arrivée des nouveaux entrants sur le marché est retardée, voir même bloquée. Cela décourage la véritable innovation et l’apparition de nouvelles entreprises viables économiquement. C’est un fait, même si le battage médiatique essaye de nous convaincre du contraire.

En effet, les entreprises à succès et bien établies ont un modèle atypique de fonctionnement: optimisations fiscales, pertes financières très importantes, rachat agressif des nouveaux compétiteurs, copie des caractéristiques principales. Cela équivaut à créer des nouvelles barrières d’entrée.

Dans ces conditions, les nouvelles entreprises ne peuvent pas être compétitives, à moins d’avoir des investisseurs très généreux permettant de soutenir les opérations à perte, et cela pendant des dizaines d’années.

La maltraitance des travailleurs et des clients

L’économie numérique peut être définie par sa capacité mondialisée. C’est la technologie qui permet cette capacité. Mais la mondialisation du marché de travail est perçue comme un grand danger. Dans de nombreux cas, c’est bel et bien le cas.

La technologie a aussi permis de réduire les distances et donc l’accès à des ressources moins coûteuses. D’un côté, cet accès est positif pour l’entreprise qui peut avoir accès à des produits et services moins coûteux. Cela permet de répercuter ces gains sur le client final. Un employé peut aussi être client, donc on pourrait penser que le gain est réciproque.

La plupart des gens sentent quand quelque chose ne tourne pas rond et quand les actions d’une entreprise sont contraires à l’éthique. Est-ce éthique de mentir aux employés, présenter des fausses excuses, les licencier pour les faire faire remplacer par des équipes à l’autre bout du monde, et refaire comme si de rien n’était ? Non. Et pourtant, cela arrive très souvent de nos jours.

Encore, quand le phénomène de cette « uberisation de l’emploi » est devenu en pratique « le choix du non-choix » par absence d’autres options viables. La mise en compétition avec le monde entier élimine même cette option.

Une entreprise va toujours faire le choix entre efficacité et éthique. Beaucoup d’entreprises vont sacrifier la deuxième partie, et ce choix est encore plus visible dans une économie numérique. Après tout, les exemples de réussite mondiale ne manquent pas, même si cette réussite est basée sur un manque d’éthique.

Voici pourquoi certains travailleurs vont percevoir l’économie numérique comme un danger pour leur emploi.

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J’ai toujours eu la croyance que le client ne doit pas être « forcé à changer » ni à s’adapter aux mauvais traitements d’une entreprise. Après tout, c’est le client qui décide en échange de son argent et son investissement en temps.

Une partie de l’économie numérique d’aujourd’hui est fournie de manière gratuite, partiellement payée par les clients premium, ou suite à la vente publicitaire de ses propres données. Il s’agit d’une partie des réseaux sociaux, plateformes de télécommunications, divers logiciels open-source, ou solutions d’infrastructure technologique comme l’hébergement d’un site web. Il y a beaucoup d’offres gratuites dans cette liste.

En même temps, le client d’aujourd’hui est généralement mieux informé. Ce client peut vite retrouver d’autres clients qui ont subi les mêmes mauvaises expériences que la sienne.

Tout d’un coup, le client ne doute plus sur ses propres capacités d’avoir « peut-être mal communiqué » ou d’avoir été « peut-être un peu trop exigeant». Il y a beaucoup de moyens pour se fâcher avec un client. Mais le fait de lui montrer que la maltraitance arrogante d’un client représente un modèle d’affaire intentionnel est la pire des choses qui puisse arriver à une entreprise.

Et voici pourquoi le client change de fournisseur sans aucune hésitation mais seulement quand un concurrent relativement viable apparaît sur le marché. Sous le prétexte d’une « disruption » voici des nouvelles entreprises actives dans l’hôtellerie ou les taxis. Mais ces entreprises ne sont pas innovantes.

L’innovation dans l’économique numérique

L’essor des plateformes d’emploi « freelance » n’a rien d’innovant. Les fournisseurs indépendants de services ont toujours été en mesure de proposer leurs services; que cela soit par des petites annonces dans un journal ou le bouche à l’oreille. La création d’une « app » pour faire la même chose que par le passé, mais d’une autre manière, n’est pas de l’innovation. Le lancement d’un site web qui propose des produits ou services « low-cost » n’a rien d’innovant non plus. Et non, l’innovation ne passe pas toujours par le bas prix, même si la technologie y contribue.

En fait, il n’y a même pas la notion de « disruption » parce que les entreprises « classiques » pouvaient parfaitement appliquer le même modèle d’affaires et utiliser les mêmes technologies sur le marché. Dans ce type de situations je vois la disruption plutôt comme un effet consécutif à un dérèglement déjà existant sur le marché. Il n’y a rien d’innovant dans l’utilisation des technologies. Seule la technologie en soi peut être considérée comme innovante. Ou éventuellement, un modèle d’affaires.

Conclusions

L’économie numérique a des grands avantages, c’est certain. Par exemple, un accès rapide aux produits et services, à des prix très intéressants, voir même gratuit.

Aujourd’hui, le savoir se trouve littéralement au bout du doigt. L’accès au savoir est beaucoup facilité. L’économie numérique permet ainsi un apprentissage plus rapide, gratuit, et une adaptation plus rapide aux changements. Si par le passé il fallait avoir un espace physique pour garder tous ses livres, aujourd’hui il est possible d’avoir l’équivalent d’une bibliothèque municipale dans sa poche. Ou suivre une formation en ligne, sans se déplacer.

Il y a aussi un peu plus d’égalité pour les entreprises et les employés. Ainsi, l’accès à des informations jusque-là presque confidentielles, comme le niveau des salaires ou les dessous d’une culture de l’entreprise sont disponibles après une simple recherche de mots-clés.

Grâce à la technologie, les barrières de communication physique n’existent plus. Le travail est possible même à distance, et sans être lié physiquement à un endroit précis. Les formations suivent aussi cette tendance, avec un accès au savoir pratiquement instantané.

Mais en pratique, comme nous avons pu brièvement le voir dans cet article, les choses ne sont pas toujours si positives que cela. La vitesse de changement de la technologie oblige les entreprises à aller aussi vite que cette évolution. En même temps, un cadre législatif en retard par rapport aux évolutions technologiques ne fait que créer un cadre propice pour des entreprises avec un statut de monopole. Dans ce contexte, la tentation de violer les lois éthiques est très grande.

Ainsi, l’économie numérique peut être résumée en ces quelques mots: « Déréglementation » et « Arrogance Monopoliste ».

Aujourd’hui, la société et l’humain perçoivent seulement ces aspects de l’économie numérique.

Comment une entreprise peut survivre dans cet environnement d’affaires, tout en restant éthique ? Quelle est la place de l’humain dans cette économie ? Personne ne le sait à ce jour. Mais une chose est sûre: l’usage intensif de la technologie est une réponse possible. La réglementation en est une autre.

L’économie numérique impose aux entreprises et aux humains une nouvelle manière de faire des affaires. Maintenant, c’est le rôle de l’état et sa partie législative pour mieux définir un cadre législatif et veiller au respect des règles communes, y compris ceux éthiques. En procédant de cette manière, les parties négatives du « far-west » actuel vont fortement diminuer.

J’ai la conviction qu’un système économique « où chacun fait ses propres règles » et viole en toute impunité celles existantes n’est pas viable sur le moyen et le long terme. Il est même probable que les monopoles actuels restent indétrônables pour encore quelque temps, jusqu’au moment où une révolte va changer le système en entier. Ce n’est pas pour rien que les changements radicaux apparaissent quand les inégalités d’un système existant deviennent insupportables.

Finalement, l’économie numérique c’est toute une affaire.

 

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Elena Debbaut

Elena Debbaut

Elena Debbaut possède plus de 25 ans de pratique dans le monde des affaires, un fort esprit entrepreneurial, ainsi qu’une expertise technologique polyvalente. Aujourd'hui, elle intervient comme spécialiste en restructuration opérationnelle sur des missions comme le redressement des entreprises et projets en difficulté. Ses clients sont aussi bien les grandes multinationales que les PME.