Guerre de Poutine contre l’Ukraine: historiquement Caïn ne tue pas Abel.

Les récits de la création ou la première parabole de la Bible
Expliquer l’origine d’un problème ou connaître la genèse d’une réalité est la base des recherches des historiens. Même la médecine s’appuie sur l’anamnèse, autrement dit l’histoire du patient. L’interprétation des Saintes Ecritures, des livres de la Bible fonctionne sur ce même principe. 
Des connaissances sommaires de la Genèse mènent vers des approximations qui risquent de rendre les récits de la Création comme des histoires enfantines, des sortes de contes ou des mythes. La fameuse pomme ou le péché originel comme un péché sexuel relèvent de la mythologie. Sortons de ces gamineries, de ces sornettes ou de ces contes. Entrons dans la profondeur des récits. 
Le premier livre qui compose la bibliothèque de la Bible s’intitule la Genèse. “Au commencent Dieu créa le ciel et la terre … “. Le style littéraire n’est pas historique dans le sens actuel de l’histoire telle que nous la concevons. Nous pouvons le qualifier d’une première parabole, une histoire pour parvenir à des grandes vérités: Dieu a tout crée et le mal vient du serpent et d’Adam et Eve. Le premier assassinat y trouve ses origines.

 “Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua”
Le premier meurtre: Caïn tue Abel
Selon ces textes, Caïn, fils aîné d’Adam et Ève, tue son frère cadet Abel. Caïn est ainsi, pour le Livre saint, le premier meurtrier de l’humanité. La première parabole de Caïn a donné lieu à de nombreuses interprétations, théologiques, mais aussi artistiques, psychanalytiques, anthropologiques. 
Le patriarche Cyrille de Moscou ou de toutes les Russies, a justifié l’opération militaire de Poutine par une lutte métaphysique entre la lumière et les ténèbres. Une interprétation absolument sidérante et renversante. 
Pour trouver l’origine de la guerre de Poutine contre l’Ukraine, qui n’a pas entendu l’histoire de Caïn et Abel ? du frère aîné du pays russe tuant le frère cadet dépossédé de sa terre ukrainienne ?
Tentons d’expliquer l’origine de cette guerre, la genèse de cette agression militaire. 
La propagande russe tord l’histoire en prétendant que le pays de la Russie est le frère ainé du pays ukrainien. Historiquement, cela n’est pas juste. Kiev précède Moscou. L’arrivée du christianisme à Kiev remonte à Saint Vladimir, un saint reconnu par les orthodoxes et les catholiques. La fraternité peut naître uniquement par cette reconnaissance. 
Je ne dis pas cela pour engendrer la haine ! Au contraire ! Mais Moscou est née par une autre voie, qui lui est propre. Ne pas respecter la dignité des peuples est une violence qui engendre toutes les autres, en cascade.
Retrouver le temps de l’histoire
C’est en parlant avec des connaisseurs que j’ai compris. Kiev n’appartient pas à la Russie ou à Moscou. Elle existe par elle-même. Ce tact, cette finesse et ce respect de la complexité rendent libre.
La fraternité et la paix naissent du respect de la nature des choses
Caïn (le grand frère russe) ne tue pas Abel (le cadet ukrainien), au sens historique du terme. Cela ne correspond pas au temps de l’histoire. Cette fraternité recherchée vient du respect et de l’accueil de l’autre, source de la fraternité authentique et pacifique.
L’Ukraine a sa propre matrice, ses origines spécifiques. C’est malheureusement le primat du politique, qui prend en otage la religion, qui engendre ce pouvoir sans limite. A terme cela donne naissance à une Eglise nationaliste. 
Le patriarcat de Moscou est sous la botte de Poutine. Le patriarche de Moscou devrait montrer à Poutine la limite de son pouvoir. Cette volonté de toute puissance détruit ce qui est différent et ne respecte pas la finesse du réel.
Poutine n’a rien à faire en Ukraine. Le non-respect de la différence, la négation de l’autre est la première violence, la racine de cette guerre.
La justice, “ce qui est sien”,“propre à l’autre”, “qui lui revient en tant que différent” porte à la paix.  Les responsables de cette violation du droit international en répondrons devant les tribunaux de l’histoire, comme toutes les guerres. 
J’ai encore vu tout récemment une petite illustration, simple mais pas du tout simpliste, sur l’origine de la guerre de Poutine. Un petit enfant doit rendre à l’autre le jouet qu’il convoitait, qu’il voulait pour lui. Un peu basique, mais un schéma ou un dessin vaut mieux qu’un long discours. 
Non non, cela n’est pas à toi, rends-le
La fin de cet article renvoie à son début, à sa genèse. Le fruit “défendu” dont Dieu interdit de  manger, de prendre ou “de porter la main sur” renvoi à la nature des réalités. Dieu est la garant de la défense de la nature des choses. 
“tu ne mangeras pas de ce fruit car, le jour où tu en mangeras, tu mourras”
Ce fruit est défendu, dans le sens où Dieu a marqué une limite à la volonté de puissance:“tu n’y toucheras pas”. L’origine de la légitime défense peut y trouver sa source: tu ne mettras pas la main sur l’autre. 
Nous voilà passer de la parabole à la réalité. Vouloir s’accaparer, par la toute puissance ou le totalitarisme, du fruit “défendu par Dieu”, “ce bien autre”, “autre que le sien” ou “le bien de l’autre”, finit toujours par la guerre, le meurtre, la souffrance, le mal et la mort. 
……
* Le fruit défendu est d’abord, selon le récit biblique de la Genèse, le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal planté au milieu du jardin d’Éden, qui donne la connaissance du bien et du mal.
«  Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas de ce fruit car, le jour où tu en mangeras, tu mourras ».

* Dans la suite, Eve mit au monde Abel, frère de Caïn. Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre. Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu.Le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. » 

Caïn dit à son frère Abel : « Sortons dans les champs. » Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. Le Seigneur dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? ». Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi !

Dominique Fabien Rimaz

D'origine fribourgeoise et italienne, né à Bôle (Neuchâtel), Dominique Fabien Rimaz se rêvait pilote militaire. Il passera d'abord par une formation en chimie puis en sciences politiques pour devenir un jour journaliste. Rattrapé par la vocation, il est aujourd’hui prêtre en Veveyse et aumônier des hôpitaux à Fribourg.

Une réponse à “Guerre de Poutine contre l’Ukraine: historiquement Caïn ne tue pas Abel.

  1. Monsieur l’abbé,
    Vous écrivez dans votre blog :
    “Dieu a tout créé et le mal vient du serpent et d’Adam et Eve. ”
    Dieu a donc créé le serpent qui est le diable déguisé me disait mon curé au catéchisme !!
    Je suis bien d’accord qu’il faut interpréter les paraboles, mais chacun peut avoir une explication personnelle. Comment savoir quelle est la bonne ? Votre analyse est-elle partagée ?

    Je voudrais bien « entrer dans la profondeur des récits », mais toute la bible n’est que « gamineries, sornettes ou contes » que l’on affirme solennellement «Parole de Dieu » à chaque messe.
    Veuillez agréer mes salutations les meilleures.
    Michel Bavaud

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