Le Pape François veut rencontrer Poutine

Le pape François a nommé ambassadeurs de la paix la diva russo-géorgienne Svetlana Kasyan et son mari Leonid Sevastianov directeur exécutif de la fondation Saint Grégoire le Théologien, liée au patriarcat de Moscou, et également président de l’Union mondiale des vieux croyants . Le pape compte sur le couple pour préparer sa venue à Moscou. C’est ce que vient de révéler «Novaya gazeta. Europa», le célèbre journal d’opposition russe, aujourd’hui en exil.

Le pape François entretient une longue amitié avec Svetlana Kasyan. Elle est née en Géorgie dans une famille yézidie qui s’est installée en Azerbaïdjan, où elle a commencé des études musicales avant de les poursuivre à Moscou Elle a alors commencé une carrière internationale de chanteuse d’opéra . Elle est aujourd’hui établie à Moscou et s’est convertie à l’orthodoxie. A l’occasion d’une tournée en Italie, elle a fait la connaissance du pape qui lui a accordé une audience en novembre 2013. Il l’a également reçue en octobre 2017 et décembre 2018.

Pour son 35e anniversaire, le pape lui a décerné l’ordre de Saint Sylvestre et l’a à nouveau reçue au Vatican en juillet 2019. Elle aurait été hébergée à la maison Saint-Marthe. Elle l’a invité à se rendre en Russie et à lui rendre personnellement visite chez elle. Elle affirme que le pape lui a alors offert une relique : un morceau de tissu contemporain sur lequel la face du Christ est brodée avec des fils provenant du Linceul de Turin. Le Patriarcat de Moscou a émis des doutes sur ce cadeau et a ajouté que l’invitation de la chanteuse n’engageait qu’elle. Pour son 85e anniversaire, elle lui a envoyé son dernier album, intitulé Tutti fratelli.

Et, enfin, il lui a accordé une nouvelle audience le 11 janvier. Les notes figurent dans le premier commentaire. Et voilà qu’il a fait envoyer au couple une lettre de sa main pour le charger de cette mission de paix.

 

Oui aux dons d’organes, mais pas ainsi !

Dans deux jours, le peuple suisse votera sur un sujet très émotionnel et délicat. L’éthicien Steve Bobillier, de la conférence des évêques suisses, est favorable aux dons d’organes. C’est la manière de prélever les organes qui pose question. Ce scientifique recommande un non pour un oui !

Le consentement présumé n’augmente pas les dons

En l’état, un donneur doit explicitement signaler ce geste en faveur de la vie, notamment par une carte de donneur. Mais en Suisse, ces dons se font hélas un peu trop rare. Pour sortir de l’ornière, un nouveau système serait mise en place en cas de oui au référendum de ce dimanche, soit le consentement présumé. Ainsi, toute personne décédée serait donneur à moins de s’y être opposée de son vivant.

Selon Steve Bobillier, ce nouveau paradigme ne fait pas grimper le pourcentage des dons, des études mondiales le révèlent. La CES veut donc favoriser le don d’organe en augmentant le nombre de donneur libre et volontaire, mais pas avec le consentement présumé. Il y a des autres mesures pour arriver à cette augmentation. La situation est paradoxale, car pour augmenter les dons d’organes en Suisse, il faudrait voter non au consentement présumé.

Le CES, en étant résolument en faveur du don pour la vie, recommande de voter non ce dimanche.

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Steve Bobillier:
1. “Le taux de dons a augmenté dans certains pays qui ont introduit le consentement présumé, notamment en Belgique et en Espagne, parce que ces pays ont introduit de nombreuses autres mesures dont on sait qu’elles sont efficaces, comme par exemple la formation des soignants à la communication avec les proches. Le taux est resté inchangé dans d’autres pays, par exemple en Suède et à Singapour, et il a diminué au Brésil, au Danemark et dans les pays baltes. A l’inverse, certains pays comme l’Australie et les Etats-Unis ont vu le taux de dons augmenter avec l’introduction du modèle du consentement explicite.
Donc, il n’y a aucune preuve de l’augmentation du don avec le consentement présumé, mais seulement une corrélation. Par contre, il y a une conséquence directe entre la diminution du don et l’introduction du consentement présumé. Dans tous les cas tu as raison, un simple changement de loi reste inefficace car dans 60% des cas la famille ne sait pas et refuse par précaution. C’est pour cela que nous proposons un autre système de déclaration, mais pour l’introduire et il faut hélas refuser la prochaine votation…”
2. “pourquoi le consentement présumé n’est pas une mesure permettant effectivement d’améliorer la situation :
– tout d’abord, il n’est pas prouvé que ce régime permette d’augmenter le nombre de donneurs. Je ne vous parlerai pas seulement de la littérature scientifique; je ne vous parlerai pas seulement des expériences menées en Suisse qui montrent que ce n’est pas le cas. On pourrait rappeler à ce titre-là d’ailleurs qu’avant la loi sur la transplantation de 2007, 17 cantons suisses appliquaient le régime du consentement présumé, mais que le canton du Tessin, qui avait le taux de donneurs le plus élevé, appliquait l’autre modèle, celui du consentement au sens large.
– Le deuxième élément est le cas de l’Espagne. Le cas de l’Espagne est souvent cité.. Si nous observons le cas de ce pays, nous voyons que le modèle du consentement présumé a été introduit en 1979. A ce moment-là, l’Espagne avait un taux de donneurs relativement faible, environ 14 par million d’habitants. Et ce taux n’a pas changé avec le changement de système. Il n’a commencé à changer qu’à partir du moment où, environ dix ans plus tard, l’Espagne a mis en place un plan d’action. Nous avons là un exemple très concret qui montre ce qui marche et ce qui ne marche pas, si vous me permettez de le formuler ainsi. C’est la raison pour laquelle le Conseil fédéral, fort de cette expérience, fonde beaucoup plus d’attentes sur un plan d’action que sur un simple changement de régime.
On voit d’ailleurs dans le comparatif entre plusieurs pays que parmi ceux qui ont opté pour le consentement présumé, très peu appliquent ce régime dans la pratique. Dans la plupart des cas, les proches sont sollicités pour consentir au don d’organes. Si certains des pays qui ont opté pour le modèle de l’opposition ont un taux de donneurs très élevé, ce n’est de loin pas le cas de tous. A l’inverse, certains des pays appliquant le modèle du consentement comptent eux aussi de très nombreux donneurs. On peut citer par exemple les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.
– Le troisième élément que j’aimerais citer dans ce débat, c’est que la Commission nationale d’éthique dans le domaine de la médecine humaine n’est pas favorable au consentement présumé, dans la mesure où ce système affecte les droits de la personnalité”
Source: Page Facebook 
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Arguments du comité référendaire

  • Selon le comité référendaire, le principe du consentement présumé viole le droit constitutionnel à l’autodétermination et à l’intégrité physique. Le comité critique le fait que les personnes ne souhaitant pas donner leurs organes doivent expressément faire usage de ce droit.
  • Il y aura toujours des gens ignorant qu’ils auraient dû exprimer leur opposition. On acceptera ainsi que des organes soient prélevés sur une personne alors qu’elle y était opposée.
  • Le modèle du consentement présumé soumet les proches à une pression supplémentaire, car il leur sera reproché de ne pas avoir fait preuve de solidarité en cas de refus de leur part.
  • Il faudrait informer toutes les personnes en Suisse de la nouvelle réglementation. Or, il est irréaliste de croire que tout le monde obtiendra et comprendra ces informations.

Le CICR, la protection des sources et le secret de la confession

Très souvent, et encore plus en ce temps de la nécessaire révélation des crimes commis contre des enfants et des innocents au sein de même de l’Eglise catholique, le secret de la confession est sévèrement attaqué.

La demande médiatique consiste à le supprimer, pour des bonnes et justes raisons: l’impunité du prêtre coupable, la non-dénonciation à la justice et la récidive des actes criminels.

Lien: secret mafieux ou secret de Dieu

Comparaison n’est pas raison, mais des analogies peuvent permettre de rendre compte de la pertinence du secret total et absolu de la confession, d’origine divine.

Première analogie: un délégué du CICR.

Créé par Henry Dunant, à Solférino, lors de guerre décisive de la campagne d’Italie de 1859, la Croix-Rouge s’impose dès son origine comme un mouvement international d’aide et d’assistance aux victimes.

Dans les guerres, les délégués du CICR sont sur le terrain pour protéger les civils, visiter les prisonniers de guerres … Le directeur général du CICR, Robert Mardini, était sur le plateau d’Infrarouge, pour expliquer les principes humanitaires appliqués notamment en Ukraine :

“nos délégués, je ne dirais pas enquête, mais documentent des allégations de violation du droit humanitaire, quand ils parlent aux civils. Cette documentation a pour seul but, d’influencer les parties en conflits par un dialogue bi-latérale et confidentiel. Les informations sont gardées. Dans le règlement de la CPI (ndlr: cour pénale internationale), nous bénéficions d’une immunité. Les délégués ne sont pas appelés à être cités, dans le cadre de procédures juridiques de la CPI, précisément pour pouvoir négocier notre présence sur le terrain, de pouvoir traverser les lignes de fronts, de pouvoir aider les populations civiles, de pouvoir visiter les prisonniers de guerres.

Et si les parties en conflits savaient que le CICR observent et récoltent seraient utilisés infini, dans le cadre de procédures juridiques c’est la fin du travail sur le terrain du CICR. C’est donc incompatible, le CICR fait la promotion du droit, est clairement contre l’impunité, mais on ne peut pas participer ou collaborer dans le cadre de procédures juridiques qui sont du ressort d’autres organisations, comme la CPI”. 

Ses propos, en pleine crise des crimes de guerre, sont acceptés et ne soulèvent pas de contestation. Le CICR est pour et avec les victimes. Chacun travaille pour la vérité et la justice selon ses compétences propres.

Secondo, le CICR ne parle même pas d’un agresseur et d’un agressé, mais de deux parties en conflits. Cette neutralité pourrait être choquante ! Cependant, chacun connaît le travail humanitaire du CICR. Le doute ne semble pas opportun.

Comparaison n’est pas raison …

Pour l’institution de l’Eglise catholique, la perte de confiance est patente. Le risque de laver le linges sales en famille, en toute impunité, doit être dénoncé.

Ce qui est reconnu par le TPI, par le droit, peut-être analogiquement reconnu pour un prêtre ayant reçu des confidences dans le cadre du sacrement de la réconciliation.

Les deux fors

Pour l’Eglise catholique, il y a deux for (lieu du jugement): le for interne qui relève de la confession, lorsque la conscience est face à Dieu, le Juge par excellence. Le for interne dépend aussi du droit, mais n’est pas connu publiquement, sur la place publique.

L’autre for, dit externe, consiste à savoir ce qui se voit et se sait et qui est l’objet de sanctions au niveau pénal.

En droit, le for (du latin forum, place publique) désigne le tribunal qui a été saisi d’une affaire, ou plus généralement la compétence d’un tribunal de pouvoir se saisir d’une affaire. La loi du for se défini comme lieu où la juridiction a été saisie.

Les journalistes

Une autre analogie concerne la protection des sources pour un journalistes. En Suisse, les sources d’un journaliste n’entre pas en considération lors d’un procès. Un reporter m’a même assuré qu’une interview en off d’un criminel ( enregistreur éteint, propos jamais publiés ) ne sera jamais diffusé. Le monde médiatique contribue, à sa manière, à la lutte contre l’impunité.

Ces deux analogies permettent de rendre compte de la grande pertinence du secret absolu lors de la confession. Pour paraphraser le narratif du directeur du CICR, si un criminel savait que ses révélations servaient à le balancer à la justice du for externe, cela serait également terminé du confessionnal. Comme pour un délégué du CICR ou un journaliste, il revient à aussi à d’autres organisations pour rendre justice, dont les nombreuses institutions de l’Eglise catholique qui viennent en aide, avec la justice civile, aux victimes.

Le secret de la confession contribue d’ailleurs en premier lieu à libérer la parole, à sa manière propre et spécifique, sans être un moyen exhaustif exclusif.

Le secret totale et absolue de la confession, d’origine divine, participe également, à sa façon, à la vérité, à la justice et à l’application du droit. Le supprimer mettrait un terme à la justice divine, qui coopère avec la justice civile. 

Le Kremlin et le communisme d’Amérique latine

Né en 1968, j’appartiens à la génération de la chute du mur de Berlin. J’ai grandi dans une certaine connaissance du monde par Soljenitsyne, Gorbatchev, Lech Walesa et Saint Jean-Paul II. Ce dernier a rappelé avec force que le système soviétique s’était écroulé sur lui-même, incapable de tenir sur ses bases mensongères. La matrice intellectuelle européenne repose sur une certaine méfiance vis-à-vis du Kremlin

Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre dissident de l’univers soviétique, disait au micro de la BBC : « Ce pape est un cadeau du Ciel ». Ce rôle historique déterminant pressenti par l’auteur de L’Archipel du Goulag sera reconnu, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, par Michaïl Gorbatchev lui-même, dernier dirigeant soviétique. Dans un article aujourd’hui historique, il a en effet reconnu : « Tout ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pas été possible sans la présence de ce pape ».

La vision géopolitique de Saint Jean-Paul II était basée sur l’expérience directe du communisme soviétique. Pourtant, il n’arrivait pas à saisir la présence d’un communisme dérivé et différent en Amérique latine, un peu éloigné du Kremlin. Saint Oscar Romero et Saint Jean-Paul II ne se comprenaient pas. L’un et l’autre appartenaient à un paradigme différent. Romero fut assassiné par des milices d’extrêmes droites pour avoir défendu les pauvres. 

Le vécu avec le communisme de Jorge Mario Bergoglio, devenu le Pape François, est différent, comme en miroir. Il dut affronter une dictature d’extrême droite et s’abrita davantage sur les mouvements de gauche pour résister à ces régimes sanguinaires. Saint Jean-Paul II s’appuya sur les USA. La ligne de démarcation entre deux blocs est la conséquence de l’affrontement idéologique de deux paradigmes. Tout dépend du positionnement face l’équilibre de la terreur.

La génération européenne, celle de la dislocation de l’empire soviétique, regarde  avec un oeil plus que méfiant vers l’est, d’une façon congénitale. 

Il en est sans doute de même dans la perception européenne de l’agression guerrière de l’Ukraine par Vladimir Poutine. Saint Jean-Paul II, farouchement opposé au communisme aurait une lecture divergente de celle du Pape François, un Pape venu du bout du monde. Pourtant, l’un et l’autre sont les gardiens de la même foi. 

Par exemple, le cadeau embarrassant du crucifix orné du signe du communisme reçu par François, fut perçu de façon totalement dissemblable en Amérique du Sud et en Europe. L’implicite façonne notre vision. Pour un européen, le marteau et la faucille renvoient aux dizaines de millions de mort de Staline et les déportations au Goulag. 

A son arrivée à La Paz (Bolivie), dans la soirée du 8 juillet 2015, le pape François a reçu un cadeau fort surprenant de la part du président socialiste Evo Morales: la réplique d’un crucifix en forme de faucille et de marteau confectionné par le père jésuite Luis Espinal (1932-1980).

Lors de la chute du mur de Berlin du 9 novembre 1989, le Cardinal Ratzinger s’était réjouit de cet événement historique. En citant une phrase de l’Evangile (Mt 12,43-45), il invitait cependant à la prudence: 

« Après être sorti d’un homme, un esprit impur passe par des lieux arides à la recherche d’un endroit où se reposer, mais il n’en trouve pas. Alors il dit : “Je vais retourner dans la maison d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve vide, mais balayée et décorée. Il va alors chercher sept autres esprits plus méchants que lui, puis ils entrent et s’installent là. Finalement, l’état de cet homme devient pire qu’avant”. 

Le Kremlin a tourné le dos à la fameuse perestroïka (réforme) et la glasnost (transparence) de Gorbatchev, le mouvement Solidarność polonais (solidarité) n’est  plus d’actualité. Une nouvelle dictature rétrograde à nouveau l’élite soviétique vers des guerres brutales et sans pitié. Par leurs histoires tourmentées, les pays satellites de l’ex-URSS ont peur du retour de la grande et sainte Russie oppressante. 

Depuis le 24 février 2022, le pire est de retour, sans savoir ce que le futur réserve pour l’Europe et pour le monde. 

Guerre de Poutine contre l’Ukraine: historiquement Caïn ne tue pas Abel.

Les récits de la création ou la première parabole de la Bible
Expliquer l’origine d’un problème ou connaître la genèse d’une réalité est la base des recherches des historiens. Même la médecine s’appuie sur l’anamnèse, autrement dit l’histoire du patient. L’interprétation des Saintes Ecritures, des livres de la Bible fonctionne sur ce même principe. 
Des connaissances sommaires de la Genèse mènent vers des approximations qui risquent de rendre les récits de la Création comme des histoires enfantines, des sortes de contes ou des mythes. La fameuse pomme ou le péché originel comme un péché sexuel relèvent de la mythologie. Sortons de ces gamineries, de ces sornettes ou de ces contes. Entrons dans la profondeur des récits. 
Le premier livre qui compose la bibliothèque de la Bible s’intitule la Genèse. “Au commencent Dieu créa le ciel et la terre … “. Le style littéraire n’est pas historique dans le sens actuel de l’histoire telle que nous la concevons. Nous pouvons le qualifier d’une première parabole, une histoire pour parvenir à des grandes vérités: Dieu a tout crée et le mal vient du serpent et d’Adam et Eve. Le premier assassinat y trouve ses origines.

 “Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua”
Le premier meurtre: Caïn tue Abel
Selon ces textes, Caïn, fils aîné d’Adam et Ève, tue son frère cadet Abel. Caïn est ainsi, pour le Livre saint, le premier meurtrier de l’humanité. La première parabole de Caïn a donné lieu à de nombreuses interprétations, théologiques, mais aussi artistiques, psychanalytiques, anthropologiques. 
Le patriarche Cyrille de Moscou ou de toutes les Russies, a justifié l’opération militaire de Poutine par une lutte métaphysique entre la lumière et les ténèbres. Une interprétation absolument sidérante et renversante. 
Pour trouver l’origine de la guerre de Poutine contre l’Ukraine, qui n’a pas entendu l’histoire de Caïn et Abel ? du frère aîné du pays russe tuant le frère cadet dépossédé de sa terre ukrainienne ?
Tentons d’expliquer l’origine de cette guerre, la genèse de cette agression militaire. 
La propagande russe tord l’histoire en prétendant que le pays de la Russie est le frère ainé du pays ukrainien. Historiquement, cela n’est pas juste. Kiev précède Moscou. L’arrivée du christianisme à Kiev remonte à Saint Vladimir, un saint reconnu par les orthodoxes et les catholiques. La fraternité peut naître uniquement par cette reconnaissance. 
Je ne dis pas cela pour engendrer la haine ! Au contraire ! Mais Moscou est née par une autre voie, qui lui est propre. Ne pas respecter la dignité des peuples est une violence qui engendre toutes les autres, en cascade.
Retrouver le temps de l’histoire
C’est en parlant avec des connaisseurs que j’ai compris. Kiev n’appartient pas à la Russie ou à Moscou. Elle existe par elle-même. Ce tact, cette finesse et ce respect de la complexité rendent libre.
La fraternité et la paix naissent du respect de la nature des choses
Caïn (le grand frère russe) ne tue pas Abel (le cadet ukrainien), au sens historique du terme. Cela ne correspond pas au temps de l’histoire. Cette fraternité recherchée vient du respect et de l’accueil de l’autre, source de la fraternité authentique et pacifique.
L’Ukraine a sa propre matrice, ses origines spécifiques. C’est malheureusement le primat du politique, qui prend en otage la religion, qui engendre ce pouvoir sans limite. A terme cela donne naissance à une Eglise nationaliste. 
Le patriarcat de Moscou est sous la botte de Poutine. Le patriarche de Moscou devrait montrer à Poutine la limite de son pouvoir. Cette volonté de toute puissance détruit ce qui est différent et ne respecte pas la finesse du réel.
Poutine n’a rien à faire en Ukraine. Le non-respect de la différence, la négation de l’autre est la première violence, la racine de cette guerre.
La justice, “ce qui est sien”,“propre à l’autre”, “qui lui revient en tant que différent” porte à la paix.  Les responsables de cette violation du droit international en répondrons devant les tribunaux de l’histoire, comme toutes les guerres. 
J’ai encore vu tout récemment une petite illustration, simple mais pas du tout simpliste, sur l’origine de la guerre de Poutine. Un petit enfant doit rendre à l’autre le jouet qu’il convoitait, qu’il voulait pour lui. Un peu basique, mais un schéma ou un dessin vaut mieux qu’un long discours. 
Non non, cela n’est pas à toi, rends-le
La fin de cet article renvoie à son début, à sa genèse. Le fruit “défendu” dont Dieu interdit de  manger, de prendre ou “de porter la main sur” renvoi à la nature des réalités. Dieu est la garant de la défense de la nature des choses. 
“tu ne mangeras pas de ce fruit car, le jour où tu en mangeras, tu mourras”
Ce fruit est défendu, dans le sens où Dieu a marqué une limite à la volonté de puissance:“tu n’y toucheras pas”. L’origine de la légitime défense peut y trouver sa source: tu ne mettras pas la main sur l’autre. 
Nous voilà passer de la parabole à la réalité. Vouloir s’accaparer, par la toute puissance ou le totalitarisme, du fruit “défendu par Dieu”, “ce bien autre”, “autre que le sien” ou “le bien de l’autre”, finit toujours par la guerre, le meurtre, la souffrance, le mal et la mort. 
……
* Le fruit défendu est d’abord, selon le récit biblique de la Genèse, le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal planté au milieu du jardin d’Éden, qui donne la connaissance du bien et du mal.
«  Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas de ce fruit car, le jour où tu en mangeras, tu mourras ».

* Dans la suite, Eve mit au monde Abel, frère de Caïn. Abel devint berger, et Caïn cultivait la terre. Au temps fixé, Caïn présenta des produits de la terre en offrande au Seigneur. De son côté, Abel présenta les premiers-nés de son troupeau, en offrant les morceaux les meilleurs. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande, mais vers Caïn et son offrande, il ne le tourna pas. Caïn en fut très irrité et montra un visage abattu.Le Seigneur dit à Caïn : « Pourquoi es-tu irrité, pourquoi ce visage abattu ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas ton visage ? Mais si tu n’agis pas bien…, le péché est accroupi à ta porte. Il est à l’affût, mais tu dois le dominer. » 

Caïn dit à son frère Abel : « Sortons dans les champs. » Et, quand ils furent dans la campagne, Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua. Le Seigneur dit à Caïn : « Où est ton frère Abel ? » Caïn répondit : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? ». Le Seigneur reprit : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre vers moi !

La neutralité suisse et Saint Nicolas de Flue

“La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix”

Maxime authentique de Saint Nicolas de Flue

Dès qu’une guerre éclate, la neutralité suisse entre sur le terrain des opérations. Chacun tente de la définir.

Saint Nicolas de Flue: “n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” ?

Toutefois, certains font résonner faussement des phrases du saint-patron de la confédération helvétique Saint Nicolas de Flue. 

Avant de dévoiler ma source principale, rappelons que frère Nicolas fut béatifié en 1669. La commune de Sachseln construisit alors une église en son honneur où son corps a été enterré. Dans la suite de la fin de la seconde guerre mondiale, Nicolas de Flue fut canonisé le 15 mai 1947 par le pape Pie XII. Il est Saint-Patron mondial de la paix depuis cette date. (homélie du Pape et compte rendu de la cérémonie). 

Je désire encore porter à notre attention ses quelques sentences authentiques:

“La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix”.

“Les péchés publics, il faut les empêcher et s’en tenir toujours à la justice”.

“Mon conseil est que vous fassiez preuve de bienveillance dans cette affaire, car un bien en amène un autre. Si l’amitié ne parvient pas à régler le différend, alors c’est le droit qui sera meilleur”.

En nous inspirant de Nicolas de Flue, nous pouvons être certain que la neutralité est de type militaire et nullement une neutralité morale ou juridique. Tout comme Saint Nicolas fut un médiateur, le Suisse offre un terrain de dialogue entre les belligérants, une diplomatie des bons offices afin que le droit et la justice soient appliqués. 

Saint Nicolas de Flue: “n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” ?

Par contre, la fameuse phrase : “Mes chers amis, n’élargissez pas trop la haie qui vous entoure” est trop tardive pour être crédible. Je l’ai encore entendue cette semaine à la télévision pour justifier une ligne strictement neutre. 

La maxime “Machet den zun nit zuo wit” autrement dit “N’élargissez pas trop la barrière” n’est pas authentique. Elle trouve son origine en 1537 sous la plume du greffier lucernois Hans Salat*, soit 50 ans après la mort de l’ermite.  

Dans son livre préféré, pendant et après le seconde guerre mondiale, le professeur de théologie et Cardinal suisse Charles Journet écrit:

“Il ne faut pas entendre trop strictement, si elle est authentique, la recommandation, toujours citée, du bienheureux à ses contemporains: cette maxime est rapportée pour la première fois par Hans Salat, en 1535, au moment où Genève s’efforçait d’obtenir l’appui des confédérés et où les cantons catholiques refusaient de reconnaître comme territoire suisse les conquêtes bernoises dans le canton de Vaud.”

D’autres citations du saint sont incertaines:  

“mes chers amis, n’élargissez pas trop la clôture. Vous persévérerez d’autant mieux dans la paix, dans la tranquillité et dans l’unité. Vous pourrez conserver votre chère liberté, acquise à si haut prix”

“ne vous chargez pas des choses étrangères. Ne vous solidarisez pas avec un pouvoir étranger”.

“gardez-vous de la discorde et de l’égoïsme. Ne laissez grandir chez vous ni l’égoïsme, ni l’envie ni la jalousie ni la haine ni les factions: sinon, c’en est fait de votre puissance et de votre règne”.

“protégez votre patrie et n’en sortez pas. Ne cédez pas à la convoitise et ne partez pas à la recherche de la gloire militaire. Mais si l’on vous attaque, combattez vaillamment pour votre liberté et pour votre patrie”.

L’intellectuel suisse note: “Ces recommandations ne sont connues que par des textes trop tardifs pour que la forme en puisse être regardée comme sûre. 

Quoi qu’il en soit, c’était les trahir que de les citer, pendant la seconde guerre mondiale, pour justifier le principe d’une non-intervention morale de la Suisse”.*

*Cardinal Charles Journet “Saint Nicolas de Flue”, 5ème édition (1980) pp.78-81 – Robert Durrer est un recueil monumental de documents sur Saint Nicolas de Flüe dont Charles Journet puise largement. 

*Hans Salat (1498-1561), originaire de Sursee, fut chancelier du tribunal de 1531 à 1540; durant cette prériode, il écrivit sa propre histoire de la Réforme d’un point de vue extrême ou bien “trop catholique”.

Saint Nicolas de Flue, Saint-Patron de la Paix mondiale

En ce temps de guerre en Ukraine, le Saint Patron de la Paix mondiale doit être prié. 

Saint Nicolas est sans aucun doute un des grands inspirateurs de la neutralité militaire de la Suisse. Depuis le XVI siècle, la Suisse n’est plus guère impliquée dans les conflits militaires. Toutefois, la guerre perdue de Marignan en 1515 et les accords de Vienne de 1815 signés à la fin des guerres de Napoléon ont un fondement historique et politique bien plus assuré.

Pour terminer, la lettre de l’ermite du Ranft aux Bernois demeure incontestablement son testament politique: 

LETTRE DE FRÈRE NICOLAS AUX BERNOIS

Que le nom de Jésus soit votre salut !

Nous vous souhaitons beaucoup de bien et nous vous remercions pour celui que vous nous faites. Que le Saint- Esprit soit votre dernière récompense. Je vous remercie profondément et grandement pour votre aimable présent, car j’y reconnais votre paternel amour; et celui-ci me réjouit encore plus que le présent lui-même. Et vous devez savoir qu’il me fait grand plaisir; et eût-il été la moitié de ce qu’il est, il m’eût également contenté. S’il est question, devant Dieu et devant les hommes, de mériter votre amour, j’y mettrai toute ma bonne volonté. Votre messager s’est très bien acquitté de sa mission, et je vous le recommande. Par amour, je veux vous écrire davantage. L’obéissance est le plus grand honneur qu’il y ait au ciel et sur terre. Aussi bien, tâchez de vous obéir mutuellement.

La sagesse est le plus aimable des biens, car elle fait tout entreprendre pour le mieux.

La paix est toujours en Dieu, car Dieu est la paix et la paix ne peut être détruite, mais la discorde est détruite. Cherchez donc à garder la paix. Protégez les veuves et les orphelins comme vous avez fait jusqu’ici.

Celui dont le bonheur est plus grand sur la terre, qu’il en soit reconnaissant à Dieu, et alors son bonheur sera aussi plus grand dans le ciel. Les péchés publics, il faut les empêcher et s’en tenir toujours à la justice. Vous devez porter la passion de Dieu en votre cœur, car c’est pour l’homme la plus grande consolation à sa dernière heure.

Beaucoup d’hommes ont des doutes au sujet de la foi, et le diable en fait succomber beaucoup à propos de la foi, surtout à propos de la foi. Il ne faut pas douter (des vérités) de la foi, car elle est comme elle est. Et je ne vous écris pas parce que je pense que vous n’avez pas la foi, je ne doute pas que vous ne soyez bons chrétiens, je vous écris pour vous avertir afin que, si le mauvais esprit vous tente, vous lui résistiez d’autant mieux, en chevaliers. C’est tout.

Dieu soit avec vous !

Donné le jour de la sainte Barbe en la quatre-vingt deuxième année (1482).

Une ombre sur l’oeuvre d’art du Cardinal Ratzinger

Dans le monde catholique et bien au-delà, l’oeuvre intellectuelle et théologique de Benoît XVI est magistrale et monumentale. Pour les bavarois, qui devinent par beau temps les magnifiques montagnes, Ratzinger est un sommet incontournable qui culmine à l’horizon.

Pour les Alpes, nous le comparerions au Mont-Blanc. Pour les mélomanes autrichiens ou allemands, nous pourrions facilement lui donner le titre de “Mozart de la théologie”. Son amour de la vérité est limpide comme le souligne sa devise: “coopérateur de la vérité”.

Des nuages gris s’approchent

Déjà en 2010, en pleine année sacerdotale, quelques petits nuages gris s’étaient approchés de ce sommet, des fausses notes avaient résonné dans l’harmonie mélodieuse de l’intellectuel, du maître et du poète. La gestion d’un cas de prêtre pédophile du Cardinal Ratzinger, archevêque émérite de Münich-Freising, avait déjà suscité des interrogations:

“Nouveau rebond dans la crise des prêtres pédophiles qui secoue l’Église allemande. Il touche cette fois Joseph Ratzinger, quand il fut archevêque de Munich entre 1977 et 1982 même si sa responsabilité directe est écartée. Ce diocèse a reconnu vendredi soir, par communiqué, qu’un prêtre, présumé pédophile, un certain «abbé H.» avait été pris en charge par l’archevêché en janvier 1980 pour suivre une thérapie avec l’accord de l’archevêque. Il semble que le prêtre ait été « accueilli » dans un premier temps à l’archevêché avant qu’un autre hébergement lui soit trouvé, dans une paroisse, afin qu’il se fasse soigner”. (Le Figaro)

En pleine polémique médiatique, le Vatican avait répondu que cette décision n’était pas la sienne.

Entre temps, beaucoup de vaticanistes, d’intellectuels, de journalistes ou de catholiques avaient bien rendu-compte, avec raison, des efforts immenses déployés par le préfet pour la Congrégation pour la doctrine de la foi (Andrea Tornielli)

Des nuages noires s’amoncèlent: un rapport demandé par l’Eglise épingle le Cardinal

Janvier 2022, un rapport d’enquête de plus de 1900 pages met sévèrement en cause tous les évêques du diocèse de l’époque, dont le Cardinal Ratzinger.

“Le rapport indépendant sur les abus commis dans l’archidiocèse de Munich-Freising entre 1945 et 2019 met directement en cause Benoît XVI pour sa gestion de quatre cas d’abus sexuels commis par des prêtres lorsqu’il était archevêque de Munich de 1977 à 1982″. (Aleteia)

“Rédigé par un cabinet d’avocats munichois Westpfahl Spiker Wastl après deux ans de travail, le rapport de 1.893 pages évalue et juge la responsabilité de la direction de l’archidiocèse bavarois – et en particulier des archevêques qui se sont succédés – sur une période de soixante-quinze ans. Les experts de ce cabinet mandaté par l’archidiocèse ont travaillé principalement à partir de témoignages et des archives officielles de l’archevêché”. (idem)

Cette fois-ci, en plus du Père Hurlimann, la gestion de 3 autres cas entrent en ligne de compte* (lire ci-dessous, résumé de Marie-Lucile Kubacik, journaliste à La Vie)

Cependant, pour le cas du Père Hurlimann, les versions sont divergentes.

Ratzinger contestait sa présence lors d’une réunion, alors que les documents démontrent sa présence. Le Vatican assure qu’il va examiner l’épais document et promet une déclaration plus détaillée par la suite. 

Rétropédalage

Moins d’une semaine plus tard, rétropédalage de Benoît XVI. Contrairement à ce qui avait été affirmé, il a reconnu avoir participé à une réunion clé. Une inexactitude commise de bonne foi. L’ancien pontife de 95 ans s’excuse.

Ses déclarations aux auteurs du rapport publié le 20 janvier par le cabinet Westpfahl Spilker Wastl (WSW) étaient «objectivement incorrectes». L’erreur, affirme-t-il, «est le résultat d’une omission dans l’édition de ses déclarations». Il se dit «désolé pour cette erreur et demande qu’on lui pardonne».

“Lors de cette réunion, «il n’a pas été décidé d’un engagement pastoral du prêtre concerné», assure désormais le pontife émérite par l’intermédiaire de son secrétaire Mgr Georg Gänswein.

Au contraire, on aurait simplement accédé à la demande du prêtre «d’être hébergé à Munich pendant son traitement thérapeutique». Le prêtre devait être pris en charge médicalement à la suite d’abus sexuels sur mineurs” (Cath.ch)

Impressions

Très honnêtement, nous ne sommes pas habitués à ce type d’imprécision chez Ratzinger. Comme le dit l’expression, cela fait tache. Les nuages, bien noirs cette fois-ci, recouvrent le sommet de la montagne et la partition musicale fait clairement résonner bien des fausses notes. Très inhabituel !

Je le dis d’emblée: c’est une déception majeure. L’institution retombe dans ses travers, le manque de prise en compte des victimes et la peur du scandale publique.

La patte de son secrétaire

Benoît XVI a désormais 95 ans, je ne pense pas qu’il écrive lui-même. Cette charge est dévolue à son fidèle secrétaire Mgr Georg Gänswein. Mais, a-t-il conscience de l’immense portée de ses déclarations ? L’oeuvre monumental de son maître sera inévitablement touché, plus ou moins sévèrement selon les demi-mensonges ou les demi-vérités, les inexactitudes, les corrections et même le déni présents dans la communication à venir.

Un logiciel clérical

Pour dire mon avis, j’imagine difficilement Ratzinger échappé au climat des années 70-80, lorsque le logiciel clérical et culturel classique chez les hommes d’Eglise écrivait sur l’écran : défendre l’institution au détriment des victimes.

Malgré la bonne foi, ce paradigme était ancré profondément dans le milieu ecclésial. Ratzinger a sans aucun doute évolué au cours du temps, toujours orienté vers la recherche de la vérité, avec l’aide constante des victimes. Benoît XVI a d’ailleurs rencontré plusieurs fois ces dernières. Ce n’est qu’à leur écoute que les yeux de son coeur se sont ouverts largement.

Un autre événement me dérange. La Légion du Christ ! Dans un excellent livre “La lumière du monde”, le pontife laisse entendre que les témoignages des victimes du fondateur Martial Maciel sont arrivés assez tard au Saint-Siège. Ceci n’est simplement pas vrai. Depuis très longtemps, des rapports de victimes étaient remontés. Certes, les actions du Cardinal Sodano, secrétaire d’Etat de l’époque, reste encore dans l’ombre. Nul doute que cet influent et intrigant Cardinal, grand protecteur de la Légion, a joué un rôle majeur.

Affaire à suivre

Pour Benoît XVI, les rédactions des médias sont en mode alerte. Dans l’attente de la réponse du petit Prince de la théologie, la blessure est bien présente. Certes, toute l’oeuvre magistrale du plus grand théologien depuis Saint Thomas d’Aquin n’est pas remise en cause. Andrea Tornielli, chef éditorial du Vatican.news, rappelle avec force et exactitudes les combats de Ratzinger-Benoît XVI au coeur de l’Eglise. (lien)

Cela doit impérativement rester inscrit dans la pierre, le marbre. Selon ma perception, depuis sa charge d’archevêque, Ratzinger a toujours été en mode conversion.

Toutefois, cela fait tache !

L’histoire de l’Eglise retiendra cette page dramatique, où pour protéger l’institution, la réputation et la peur du scandale publique, des Papes et des Cardinaux ont sacrifié la voix des enfants, celles des vies innocents. Quel scandale !

Un logiciel clérical

Comme pour un disque dur, je pense clairement qu’il y a un programme structurel qui formate les clercs, un logiciel de défense, une manière de penser, une culture cléricale et un système organisé qui tort le jugement et l’action raisonnables pour finalement laisser des loups dans le troupeau abimer très gravement et très profondément des vies innocentes.

Ratzinger aussi, comme nous tous à des degrés divers, n’avons pas su voir et écouter le cri, la douleur et la souffrance d’enfants. Difficile de s’extraire de la masse, de la pression sociale et de la pâte humaine.

Aimer la vérité

Deux points d’espérance :

  • la devise de Ratzinger “coopérateur de la vérité” est une des clefs de cette intrigue de son ancien diocèse. Nous sommes invités, avec les journalistes, à chercher la vérité, sans peur et sans crainte, en coopérant droitement aux enquêtes établies.
  • Joseph Ratzinger avait donné dans un petit article ses raisons d’être resté toujours catholique, par le mystère de la lune. Vu de la terre, la lune est très claire. Plus nous nous en approchons, plus les ombres, les cratères et les impacts sont visibles à sa surface. De même pour le milieu catholique de l’Eglise. Les ombres et les taches sont bien présentes, pourtant la clarté de la lumière du soleil continue de briller pour éclairer notre nuit. La foi passera toujours par l’Eglise.

“Tu n’auras pas d’idole”

At last but not the least, par les dix commandements, Yavhé a appris à nos frères Juifs de ne pas avoir d’idole. Ratzinger est une boussole sûre, mais n’est pas Jésus-Christ, fils de Dieu, source et fin de toutes nos aspirations.

Le Mont-Blanc a aussi ses crevasses et ses taches. Pourtant, il mène toujours à la rencontre du ciel et de la terre.

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*Que reproche-t-on à Joseph Ratzinger ? ( par Marie-Lucile Kubacki, La Vie )

Selon ce rapport de 1900 pages (qui peut être consulté en allemand sur le site du cabinet d’avocats Westpfahl Spilker Wastl), Ratzinger aurait mal « géré » quatre cas de prêtres accusés d’agressions sexuelles sur mineurs.

Le premier (cas 37, pp. 698-717), concerne un prêtre arrivé dans le diocèse de Munich à la fin des années 1970, et maintenu à des fonctions qui l’amenaient à être en contact avec des enfants, en dépit de deux condamnations pour des abus sur mineurs (dont une peine de prison avec sursis). Obligé de suivre des soins et interdit d’enseignement dans les écoles publiques… il avait été notamment nommé professeur de religion dans une école privée. Le pape émérite nie avoir eu connaissance d’un « comportement criminel » de la part du prêtre, ce que les experts remettent en cause.

Le deuxième (cas 40, pp. 718-732) est celui d’un prêtre étranger envoyé comme prêtre étudiant dans le diocèse de Munich après avoir fait l’objet d’une condamnation de huit mois de prison ferme (commués en sursis) dans son pays d’origine pour de multiples abus sur enfants. À Munich, il est nommé aumônier (mais dispensé d’instruction religieuse dans les écoles).

Déplacé à plusieurs reprises, il est visé par des témoignages au début des années 1980, selon lesquels il manifeste un comportement exhibitionniste et fait « des efforts intensifs pour établir un contact privé avec des enfants de chœur ». À cette époque, on lui interdit de célébrer en paroisse.

Dans ce cas, le pape émérite nie avoir été informé de la condamnation d’origine (ce que les experts jugent peu probable) et de l’interdiction de célébration, affirmant que les informations dont il disposait ne portaient que sur des affaires de tensions dans son rapport à l’autorité.

Le troisième (cas 42, pp. 733-750) concerne un prêtre qui avait pris des photos suggestives d’adolescents de 14 ans, et qui avait été affecté juste après à la pastorale d’une maison de retraite et d’un hôpital (incluant des célébrations en paroisse, sous l’autorité du curé local). Six mois après les faits, ce prêtre fut condamné par la justice.

Dans cette affaire, Benoît XVI nie avoir eu connaissance du motif du déplacement du prêtre, ce qui est remis en cause les experts. En outre, ces derniers lui reprochent de ne pas avoir engagé de procédure ecclésiale à la suite de la condamnation en justice.

Une affaire très médiatisée en Allemagne

Le quatrième (le cas X, pp. 121-186) renvoie à une affaire qui a été particulièrement médiatisée en Allemagne, celle du prêtre Peter Hullermann. Accusé par des parents d’avoir commis des agressions sexuelles sur mineurs fin 1979 en Rhénanie, il est suspendu et déplacé en Bavière en 1980, pour suivre une thérapie. C’est là qu’il arrive dans le diocèse de Munich. Mais le prêtre reprend son service pastoral et se trouve à nouveau au contact de jeunes… et récidive.

Dans une enquête, le journal Der Spiegel relatait qu’en juin 1986, il avait été reconnu coupable d’abus sexuels sur des mineurs et de distribution de contenus pornographiques, condamné à une amende de 4000 deutsche marks et à une peine de 18 mois avec sursis. Avant d’être envoyé… dans une nouvelle paroisse.

Joseph Ratzinger nie avoir eu connaissance de cette affectation (dont la responsabilité a été assumée par le vicaire général de l’époque). Contrairement à ce qui avait été affirmé, il a reconnu avoir participé à la réunion clé qui avait validé l’arrivée de Hullermann à Munich en 1980, précisant qu’« aucune décision n’y a (vait) été prise sur l’attribution d’une mission pastorale au prêtre concerné ».

Azor ou les pas feutrés vers les sales affaires

A moins d’être initié, le mot “Azor” est obscure. Franchement dit, pour nous, il ne signifie rien et sa définition nous est étrangère, secrète. Une brève recherche dans la traduction de l’espagnol vers le français aboutit à “autour”. Détail intriguant, des images de vautours apparaissent. Ces rapaces tournoient longuement et silencieusement autour de leurs proies, qu’ils observent de loin, avant de prendre la décision de fondre sur elles, sans un bruit, en silence.

Azor est le titre du premier long métrage du cinéaste suisse Andréas Fontana qui sort actuellement sur les grands écrans à Vevey. Si le mot “Azor” nous cache d’abord sa signification, l’auteur de ce thriller explique avoir précisément voulu montrer le secret, le silence du monde des banques. Quoi de plus helvétique !

Le métier de banquier demande aussi de la patience, du flair, de la distance, de la froideur et d’une hauteur de vue pour tournoyer longuement autour du gain et discerner comment gagner la confiance du client.

Les banques et les banquiers font recettes pour le cinéma suisse.

Dans l’imaginaire helvétique et pour le cinéma suisse, les histoires de banquiers font recettes.Certains se souviennent des deux séries “Quartier des Banques” la première coproduction entre la RTBF (télévision belge) et la RTS (suisse).

Ce nouveau thriller (de l’anglais« to thrill »: faire frémir) est, comme l’exige ce genre, truffé de suspense, de tensions narratives qui provoquent une excitation, une appréhension en nous tenant en haleine doucement jusqu’au dénouement de l’intrigue.

Sans trahir de secrets, le film est un thriller politico-financier qui se joue entre Genève et l’Argentine. Azor est un film typiquement suisse, lent, rationnel et réfléchi. Il prend place dans la fin des années 1980, époque de la dictature de Videla.

Un peu d’histoire

En 1976, trois ans après la fin de la dictature de la Révolution argentine (1966-1973), des affrontements touchent les péronistes de gauche et de droite. Le jour du retour du général Juan Perón, en exil depuis vingt ans en Espagne franquiste, la lutte vire au massacre. Après le coup d’État contre le gouvernement d’Isabel Perón, le général Videla dirige la junte.

Quatre juntes militaires différentes se succéderont jusqu’en 1983. Le régime de Videla (1976-1981) sera responsable de la mort ou de la disparition de 30 000 personnes, les “desaparecidos”, de l’exil de millions d’Argentins et de la guerre des Malouines avec la Grande-Bretagne.

Dans ce contexte incertain des années 80, René Keys, un brillant et sulfureux banquier a disparu du jour au lendemain. En marchant sur ses traces, à pas de loups, Yvan De Wiel, qui dirige une banque privée à Genève, se rend dans cette Argentine en pleine dictature et recherche activement son ancien associé. Ce dernier est l’objet des rumeurs les plus inquiétantes. Pourtant, il est encensé par les clients.

Ce thriller nous entrainement lentement mais sûrement, avec la précision d’une horloge suisse, vers les arcanes du pouvoir caché, les salons feutrés où se prennent les décisions. Les codes du métier et son dialecte secret sont révélés par Inès, la femme de De Wiel. Une liste secrète de clients nous emporte vers des personnages de la haute société argentine. Leurs visages inquiets, soucieux et graves sont forts bien filmés.

La beauté de la nature, le sifflement du vent, les sons et le bruits de la ville, les petites voix à peine audibles qui semblent couvrir le secret nous donnent des beaux moments de respiration et d’émerveillement, rendant le film encore plus beau. Ils sont comme des poses dans l’avancé glaciale vers la fin de l’énigme, soutenu par une musique appropriée. La progression se fait sans cris, sans haussement de voix ni aucun hurlement, si ce n’est par la musique stridente et inquiétante.

Des plans de face et de dos

Le film avait commencé par un gros plan de face sur le visage d’ un homme élégant et espiègle, charmeur et sûr de lui, souriant et épanoui. Nous pouvons y reconnaître René Keys. Dans ce duel à distance, entre deux styles de banquiers, les images sur De Wiel le montrent de dos, chemise blanche, comme pour donner à voir la face cachée du banquier réfléchi, méthodique et cynique.

Rebondissement

Finalement, un certain Lázaro dont De Wiel se demande quel rôle il a pu jouer dans la disparition de Keys nous fait franchir un seuil. Inès, épouse de Yvan, telle une Lady MacBeth, assoiffée par l’argent et pouvoir, lui présente le fruit défendu: «La trouille te rend médiocre», lui balance-t-elle. Tels Adam et Eve, ils dépasseront Keys pour aller encore plus loin dans l’hypocrisie, la corruption et le monde ténébreux des objets disparus.

De la lumière vers les affaires disparues et volées

Ce film nous entraine de la lumière vers l’obscurité. La scène du bateau qui s’avance sur le fleuve, vers les eaux profondes des affaires sales, ce monde secret et clos de la corruption, la loi de la jungle et du plus fort est saisissante. La marche vers l’argent semble un trou noir dont la lumière ne sortira plus.

Azor, premier long métrage de Fontana, auteur suisse, dont les critiques sont plus que favorables (plusieurs nominations internationales) est vraiment une oeuvre à voir . Elle permet de nous plonger dans l’histoire et la vie de l’Argentine, ce pays du bout du monde, d’où vient d’ailleurs le Pape François*.

Vertigo Radio Suisse Romande

Le 12h45 Télévision Suisse

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Tout film offre aussi des petits clins d’oeil

Alfred Hitchkock, le maître du suspens est connu pour apparaitre dans ses films. Pour Azor et Andreas Fontana, je laisse le mystère plané.

L’auteur vit à Vevey, la ville du grand Charlie Chaplin qui vécu la seconde partie de sa vie. Chaplin repose au côté de son épouse au cimetière de Corsier. A peine quelques kilomètres plus loin, le grand public peut marcher sur les pas de ce géant du comique, Le monde de Chaplin, “the Chaplin’s World”  offre une belle introduction au monde du septième art. Ce magnifique musée retrace sa vie, donne à découvrir le manoir et la parc. Une statue de bronze de Charlot, sur la promenade des quais au bord du lac Léman, rappelle sa présence.

Le film est tourné en Argentine.  Le thriller évoque la ville de Genève, la cité des banques. L’auteur de Azor est natif de cette grande ville et petit fils d’un banquier. Le nom de Borges est aussi mentionné. Jorge Luis Borges homme de lettre argentin est né le 24 août 1899 à Buenos Aires et mort à Genève le 14 juin 1986. Il a connu ses va-et-vient entre Buenos Aires et Genève. Il repose désormais à Genève.

Enfin, les disparitions des personnes, dont un client a perdu sa fille qu’il rêvait de voir prendre la succession est l’un des thèmes saillants du thriller. Les familles pleurent les êtres disparus, les “desaparecidos”. Les “Mères de la place de Mai” (en espagnol : Asociación Madres de la Plaza de Mayo) est une association des mères argentines dont les enfants ont « disparu », assassinés pendant la « guerre sale » livrée en particulier par la dictature militaire (1976-1983).

Le nom des organisations vient de la place de Mai (Plaza de Mayo) au centre de Buenos Aires et devant le siège du gouvernement, la Casa Rosada. En signe de protestation, les Mères portent des foulards blancs (à l’origine : les langes en tissu de leurs bébés) pour commémorer la disparition de leurs enfants. Elles se rassemblent tous les jeudis après-midis et tournent sur la place pendant une demi-heure, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, remontant ainsi symboliquement le temps et critiquant l’impunité des militaires responsables des massacres et des tortures (source: Wikipedia)


Azor, d’Andreas Fontana (Suisse, France, Argentine, 2021), avec Fabrizio Rongione, Stéphanie Cléau, Carmen Iriondo, Elli Medeiros, 1h40.


*François l’Argentin, sans aucun doute le livre qui retrace le mieux l’enracinement argentin du Pape François.

 

“Novax Jokovid” ou la sortie du court de tennis de Djokovic

(source photo: Le Matin)

Le monde médiatique est tissé de polémiques qui durent jusqu’à une semaine, maximum deux. Puis, la crise de communication perd de son intensité. Or, cette saga s’étale et Djoko chute pour s’étaler. Ce feuilleton médiatique de Novax laissera une trace, une marque, non pas sur les lignes du court, mais sur la carrière de l’actuel numéro un mondial de tennis. Honnêtement, pour reprendre une expression sportive, Djoko est sorti de son match pour se transformer en quelques jours en gourou. Nole a quitté le court pour devenir un bouffon de cour. N’oublions pas que son parcours sinueux tout au long de la pandémie le préparait lentement et sûrement à cette déviance. 

Novak est un immense champion de tennis, sans doute la seule certitude dans ce roman de science fiction. Au fond, la fine pointe de ce flot d’informations concerne justement la science.

Selon certains médias, Djokovic serait entré dans une sorte de croyance parallèle à la science. Pour notre champion, l’allergie au gluten serait facilement diagnostiquée par un simple mouvement du bras avec un morceau de pain. Il serait aussi possible de guérir par la seule pensée positive.

Cela évoque la gnose. La quoi ? La gnose est un courant de pensée des premiers siècles du christianisme. Pour être bref: le salut par la connaissance réservée à une élite. La vérité serait cachée et seuls les initiés peuvent y parvenir. Les anti-vaccins se nourrissent de cette science “occulte” qu’ils possèdent par une supériorité intellectuelle, un avantage sur le commun des mortels, voir une élévation de l’esprit. Pour Dkojo, la spiritualité est précisément une ascension.

«Dieu est omniscient. Les grands idéaux que sont la morale et l’éthique sont les étoiles qui mènent à l’ascension spirituelle. Ma bénédiction est spirituelle et [celle des Australiens] se base sur la richesse matérielle.» Tweet de Nowak

Pour le Pape, se vacciner est un acte de charité

Je me permets de faire un parallèle entre le discours de François du mois de janvier aux 168 ambassadeurs réunis au Vatican et la pseudo-doctrine du champion de tennis.

“En même temps, nous avons pu constater que là où une campagne de vaccination efficace a eu lieu, le risque d’une évolution grave de la maladie a diminué” François

Le message papal vise l’accès au vaccin pour tous, surtout pour les plus pauvres, porte son attention envers les réfugiés et veut combattre les nationalismes. Alors que Djokovic sortait presque simultanément de son hôtel, ce fut comme si le bon berger répondait à la bergère, ou le pasteur au gourou. 

Le joueur de tennis a résolument quitté ses baskets pour des recours juridiques contre des recours politiques, non plus pour un match de tennis, mais une partie de ping-pong entre avocats et hommes de lois, comme des coups de poings dont les Kangourous australiens sont coutumiers. Après plus que des doubles fautes, je me réjouis du point final. 

Discours de François aux ambassadeurs : (lien)

“En même temps, nous avons pu constater que là où une campagne de vaccination efficace a eu lieu, le risque d’une évolution grave de la maladie a diminué.

Il est donc important de poursuivre l’effort pour immuniser autant que possible la population. Cela exige un engagement multiple au niveau personnel, politique, et de la communauté internationale tout entière. Avant tout au niveau personnel. Nous avons tous la responsabilité de prendre soin de nous-mêmes et de notre santé, ce qui signifie également le respect de la santé de qui nous est proche. Le soin de la santé est une obligation morale.

Malheureusement, nous constatons de plus en plus que nous vivons dans un monde aux forts contrastes idéologiques. On se laisse souvent conditionner par l’idéologie du moment, souvent construite sur des informations infondées ou sur des faits mal documentés. Toute affirmation idéologique rompt les liens de la raison humaine avec la réalité objective des choses.

La pandémie, au contraire, nous impose précisément une sorte de “cure de réalité” qui exige de regarder le problème en face et d’adopter les solutions appropriées pour le résoudre. Les vaccins ne sont pas des outils magiques de guérison, mais ils représentent certainement, en plus des traitements qui doivent être développés, la solution la plus raisonnable pour la prévention de la maladie.

La politique doit aussi s’engager à poursuivre le bien de la population par des décisions de prévention et d’immunisation, qui interpellent également les citoyens pour qu’ils se sentent impliqués et responsables, par une communication transparente des problèmatiques et des mesures appropriées pour y faire face. Le manque de fermeté dans les décisions et de clarté dans la communication engendre la confusion, crée la méfiance et sape la cohésion sociale en alimentant de nouvelles tensions. Un “relativisme social”, qui blesse l’harmonie et l’unité, s’instaure.

Enfin, un engagement global de la communauté internationale est nécessaire pour que l’ensemble de la population mondiale ait un accès égal aux soins médicaux essentiels et aux vaccins. Malheureusement, il faut constater avec douleur que l’accès universel aux soins de santé reste un mirage dans de vastes régions du monde. À un moment aussi grave pour toute l’humanité, je réitère mon appel pour que les Gouvernements et les organismes privés concernés fassent preuve de sens des responsabilités, en élaborant une réponse coordonnée à tous les niveaux (local, national, régional, mondial), à travers de nouveaux modèles de solidarité et par des instruments permettant de renforcer les capacités des pays qui en ont le plus besoin.

Je me permet d’exhorter en particulier les États, qui s’efforcent d’établir un instrument international de préparation et de réponse aux pandémies sous l’égide de l’Organisation Mondiale de la Santé, à adopter une politique de partage désintéressée, comme principe-clé pour garantir à tous l’accès aux outils de diagnostic, aux vaccins et aux médicaments. De même, il est souhaitable que des institutions telles que l’Organisation Mondiale du Commerce et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle ajustent leurs instruments juridiques, afin que les règles monopolistiques ne constituent pas de nouveaux obstacles à la production et à un accès organisé et cohérent aux soins au niveau mondial.

Synode 2023: “Church is wanting you”

Paru en juillet 1916, le dessin I Want You for U.S. Army est recyclé en affiche et largement diffusé pendant les dix-huit derniers mois de la Première Guerre mondiale. Son créateur, James Montgomery Flagg (1877-1960), est l’illustrateur.

Cette affiche est légendaire aux USA.

La figure mythique de l’Oncle Sam

L’oncle Sam est représenté comme un grand homme de type européen, assez vieux, portant de longs cheveux blancs et une barbichette, coiffé d’un haut-de-forme aux couleurs de la bannière étoilée, qui porte un nœud papillon rouge, un queue-de-pie bleue et un pantalon rayé rouge et blanc, le tout rappelant le drapeau des États-Unis.

Après la statue de la Liberté, à New York, oncle Sam est sans aucun doute l’image la plus célèbre des États-Unis.

Première guerre mondiale 14-18

Pendant la Première Guerre mondiale, une affiche très célèbre pour le recrutement met en scène cet légende de l’Oncle Sam, pointant son doigt en direction du lecteur avec les mots « I want you for U.S. Army ».

Créée par James Montgomery Flagg en 1917 sur la base d’une affiche britannique de 1914, cette affiche a été réutilisée pendant la Seconde Guerre mondiale. Plus de 4 millions de copies de l’affiche ont été imprimées entre 1917 et 1918.

De l’Oncle Sam au Pape François

Le visuel du Pape est tout aussi légendaire, soutane blanche, calotte sur la tête, croix sur la poitrine et anneau à l’annulaire droit. Le visage de François est particulièrement médiatisé, tellement ses mimiques et ses émotions sont visibles, très expressives et engageantes.

En paraphrasant la phrase légendaire de l’Oncle Sam, le successeur de Pierre lance aujourd’hui un Synode, un ordre de marche, l’air de dire: “Je te veux pour le Christ” ou “L’Eglise a besoin de toi”. 

Comme mon blog laisse une large part à une certaine liberté de style, je me permets de vous présenter la démarche synodale entreprise par l’Eglise catholique romaine.

A travers le monde, c’est un milliard et demi de catholiques, et les plus de deux milliards de chrétiens qui sont invités à se mettre en marche sur le même chemin.

J’ai réalisé une petite synthèse, qui sera utile pour toutes personnes intéressées par la vie de l’Eglise, dont les journalistes. Un petit résumé, un vade-mecum à mon avis très utile pour y retrouver ses petits chats, ou plutôt ses brebis. Très honnêtement, ce parcours synodal peut paraître complexe. J’ai tenté de le rendre accessible.

Bonne lecture, et encore mes bons voeux pour 2022.

Vade-mecum 

Le Synode a besoin de vous !

Le mot « Synode » vient du grec sunodos, “chemin parcouru ensemble”, d’où sa signification de démarche, un processus ou d’assemblée délibérante. Le Pape, avec les évêques, ont besoin de la participation et de la consultation de tous les croyants pour discerner l’action de l’Esprit Saint afin d’accomplir la mission de l’ensemble de l’Eglise.

Nous retrouvons cette réalité dans la Bible : « deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem… et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui- même s’approcha, et il marchait avec eux. » (Luc 24, 13-15)

Après avoir reconnu Jésus-Christ vivant et ressuscité, les disciples d’Emmaüs reviennent vers Jérusalem auprès de Pierre et des Apôtres. L’Eglise est une communion.

“Synode est un mot ancien et vénéré dans la Tradition de l’Église. C’est le «Seigneur Jésus qui se présente lui-même comme “le chemin, la vérité et la vie” (Jn 14, 6)», et «les chrétiens, à sa suite, sont à l’origine appelés “les disciples de la Voie” (cf. Ac 9, 2; 19, 9.23; 22, 4; 24, 14.22)» (cf.document préparatoire)

Le logo : sous la protection de l’Eucharistie, le chêne (l’arbre) de Mambré avec Abraham ou la tente de la rencontre avec Moïse et le souffle de l’Esprit-Saint, il représente toute l’Eglise, avec les enfants, les jeunes, les familles, les religieuses et religieux, le Pape et les évêques, les prêtres et les diacres, les célibataires, les séniors et les personnes malades.. La crosse représente Jésus le Bon Pasteur qui indique la voie et nous accompagne sur le chemin. Une telle rencontre avec Dieu, source de la communion, de la participation et de la mission, sera fécond en fruits pour toute l’Eglise de ce siècle.

Communion : elle ne s’exprime pas en termes de majorités ou de minorités, mais elle naît fondamentalement de la relation avec le Christ. Nous n’aurons jamais un style évangélique dans nos milieux si ce n’est en remettant le Christ au centre, et pas tel ou tel parti, telle ou telle opinion. Dans la collaboration, on est ensemble parce que l’on a à cœur le bien de l’autre et, par conséquent, de tout le Peuple de Dieu.

Participation : dans la diversité des rôles et des ministères, les responsabilités sont différentes, mais il serait important que chacun se sente impliqué, coresponsable du travail, sans vivre la seule expérience dépersonnalisante de l’exécution d’un programme établi par quelqu’un d’autre, ce qui implique un style de coresponsabilité. Soyons capables de générer des dynamiques concrètes dans lesquelles tous sentent avoir une participation active dans la mission à accomplir. L’autorité devient service quand elle partage, implique et aide à grandir.

Mission : Elle est ce qui nous évite de nous replier sur nous-mêmes. La mission implique toujours une passion pour les pauvres, c’est-à-dire pour ceux qui sont «en manque»: ceux qui «manquent» de quelque chose, non seulement en termes matériels, mais aussi spirituels, affectifs et moraux. Qui a faim de pain et qui a faim de sens est également pauvre. L’Eglise est invitée à aller à la rencontre de toutes les pauvretés, elle est appelée à annoncer l’Evangile à tous parce que tous, d’une manière ou d’une autre, nous sommes pauvres, nous sommes en manque. Mais l’Eglise va aussi à leur rencontre parce que eux nous manquent: leur voix, leur présence, leurs questions et leurs discussions nous manquent. Celui qui a un cœur missionnaire sent que son frère lui manque et, avec l’attitude du mendiant, il va à sa rencontre.

source

Toi et moi, vous et nous !

Le Synode prévoit la participation et l’inclusion de tous. Il offre à chacun de nous – en particulier à ceux qui pour diverses raisons se trouvent marginalisés de la société ou de l’Eglise – l’opportunité de s’exprimer et d’être écoutés pour participer ensemble à la vie de l’Eglise.

Ecoutons le Pape François :

Tous doivent participer : c’est un engagement ecclésial indispensable ! Tous les baptisés forment l’Eglise. Notre carte d’identité, c’est le Baptême.

Pourquoi participer ? pourquoi nous impliquer ? Pourquoi nous consulter ?

Une Église synodale est un lieu ouvert où chacun se sent chez lui et peut  parler et être entendu.

Pour Saint Jean Chrysostome, « Église et Synode sont synonymes » (cf.document préparatoire), parce que l’Église n’est autre que le « marcher ensemble » du troupeau de Dieu sur les sentiers de l’histoire à la rencontre du Christ Seigneur.

Le peuple de Dieu est constitué de tous les baptisés, hommes et femmes de bonnes volontés qui sont appelés à « être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint ».

Le sensus fidei (le sens commun de la foi) rappelle que c’est l’Eglise de Dieu tout entière que la foi est révélée et elle en est le dépositaire. Le troupeau, le Peuple de Dieu possèdent donc également  son propre ‘‘flair’’ pour discerner les nouvelles routes que le Seigneur ouvre à l’Eglise.

Avec le Concile Vatican II, le Pape proclame que « la collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, “des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs”, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel ».

Avec le Pape

Le fait que le Synode agisse toujours cum Petro et sub Petro – avec Pierre et son autorité – n’est pas une limitation de la liberté, mais une garantie de l’unité. En effet, le Pape est, par la volonté du Seigneur, « le principe perpétuel et visible et le fondement de l’unité qui lie entre eux soit les Évêques, soit la multitude des fidèles »

Le Synode nous offre aussi l’opportunité de devenir Église de l’écoute : faire une pause dans nos rythmes, réfréner nos angoisses pastorales ou ecclésiales pour s’arrêter et écouter. Écouter l’Esprit dans l’adoration et la prière. Comme la prière d’adoration nous manque aujourd’hui ! Beaucoup ont perdu non seulement l’habitude, mais aussi la notion de ce que signifie adorer.

Rencontrer le Seigneur

En commençant ce parcours, nous sommes aussi appelés à devenir experts dans l’art de la rencontre. Non pas dans l’organisation d’évènements, ou dans la réflexion théorique sur des problèmes, mais avant tout dans le fait de prendre le temps de rencontrer le Seigneur, et de favoriser la rencontre entre nous. Un temps pour donner de la place à la prière, à l’adoration – cette prière que nous négligeons tant : adorer, faire place à l’adoration –, à ce que l’Esprit veut dire à l’Eglise.

«S’il n’y a pas d’Esprit, il n’y aura pas de Synode»

(Pape François)

 

 

C’est une précieuse indication aussi pour nous. Le Synode est un chemin de discernement spirituel, de discernement ecclésial, qui se fait dans l’adoration, dans la prière, au contact de la Parole de Dieu.

La Parole de Dieu est « vivante, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12). La Parole nous ouvre au discernement et l’éclaire.

Le Synode n’est pas un parlement, une convention, un congrès politique mais une rencontre avec l’Esprit Saint.

Qu’elle oriente le Synode, pour qu’il ne soit pas une “convention” ecclésiale, un colloque d’études ou un congrès politique, pour qu’il ne soit pas un parlement, mais un évènement de grâce, un processus de guérison conduit par l’Esprit.

Un Synode n’est ni un «parlement» ni «une enquête d’opinion» mais un «moment ecclésial» dont l’acteur principal est l’Esprit Saint. Les premiers mots du Souverain Pontife ont résonné comme un avertissement:  «s’il n’y a pas d’Esprit, il n’y aura pas de Synode».

Les risques liés au Synode

  • Le formalisme, l’élitisme, l’intellectualisme et l’immobilisme

D’abord le formalisme«Il est possible de réduire le Synode à un évènement extraordinaire, mais de façade, un peu comme si l’on restait à regarder la belle façade d’une église sans jamais y mettre les pieds», a expliqué le Pape.

Mais «communion et mission risquent de rester des termes un peu abstraits si l’on ne cultive pas une pratique ecclésiale qui exprime la réalité concrète de la synodalité, à chaque étape du chemin et du travail, favorisant l’implication effective de tous et de chacun». D’où l’importance d’une «vraie participation».

Le Souverain Pontife a déploré à cet égard des difficultés persistantes, et plus généralement sur la participation de tous les baptisés à la vie de l’Église et à sa mission. «Il faut bien constater les désagréments et la souffrance de beaucoup de travailleurs pastoraux, d’organismes de participation des diocèses et des paroisses, de femmes qui sont encore souvent à la marge. Tous doivent participer : c’est un engagement ecclésial indispensable !», a déclaré François.

Parfois il y a une sorte d’élitisme dans l’ordre presbytéral qui le fait se séparer des laïcs, et finalement le prêtre devient le patron de la baraque», a lancé François, avant de recommander: « Cela exige de transformer certaines visions verticales, déformées et partielles de l’Eglise, du ministère presbytéral, du rôle des laïcs, des responsabilités ecclésiales, des rôles de gouvernement, et ainsi de suite».

Une Église synodale ne tient pas seulement à sa forme mais doit aussi avoir de la substance, afin de faciliter «le dialogue et les interactions dans le Peuple de Dieu, particulièrement entre prêtres et laïcs».

Un autre risque est celui de l’intellectualisme, « une sorte de “parler de soi”, où l’on procède de manière superficielle et mondaine, pour finir par retomber dans les classifications stériles idéologiques et partisanes habituelles, et se détacher de la réalité du Peuple saint de Dieu, de la vie concrète des communautés dispersées à travers le monde».

Enfin le Saint-Père a mis en garde contre la «tentation de l’immobilisme», un véritable «venin» qui fait tomber «dans l’erreur de ne pas prendre au sérieux le temps dans lequel nous vivons» – «on a toujours fait comme ça !».

 

 

Programme de la phase de terrain au niveau des diocéses

A partir de l’ouverture des phases diocésaines, le 17 octobre 2021, les unités pastorales, les paroisses, les services, les aumôneries, les mouvements et les instituts religieux sont invités à rassembler les fidèles et les personnes intéressées (en essayant d’intéresser les personnes qui n’attendent rien d’un tel processus, en les rejoignant là où elles-mêmes sont rassemblées) pour effectuer la démarche esquissée ci-dessous.

MODE D’EMPLOI POUR UNE DÉMARCHE SYNODALE SIMPLE ET CONCRÈTE :

  1. Rassemblez un groupe de personnes (baptisés ou non baptisés, croyants ou non croyants) dans un lieu où chacun se sent chez lui et peut participer. Par exemple, autour d’un repas ou d’un apéro.
  2. Avec l’aide des 10 points mentionnées ci-dessous, entamez la discussion sur un, deux ou tous les thèmes proposés. Vous pouvez utiliser la formule de débat en plénum ou avec une lecture méditée de la Parole de Dieu, par exemple autour du chapitre 10 des Actes des Apôtres ou le récit d’Emmaüs.
  3. Synthétisez vos réponses en trois phrases-clefs (au total ou par thème) et envoyez-les via le formulaire en ligne.

lien vers document préparatoire: https://www.synod.va/content/dam/synod/document/common/preparatory-document/pdf-21×21/Documento-Preparatorio-FR-215.pdf

Où envoyer vos réponses ?

Afin de récolter les réponses à la consultation lancée par notre Pape, l’équipe synodale diocésaine a élaboré un formulaire dans lequel vous pourrez livrer les réflexions issues de vos groupes respectifs : https://forms.gle/STxsAdYjJ17SCd747. 

Vous pouvez  également envoyer vos contributions par mail à l’adresse :

[email protected]

ou par courrier postal à :

Equipe de coordination synodale
rue de Lausanne 86, case postale 240 – CH-1701 Fribourg
Vos contributions au diocèse peuvent être envoyées jusqu’au 1er mars.

Qui va relire nos contributions ?

L’équipe synodale diocésaine a nommé treize personnes, issues de tout le diocèse (laïcs, prêtres, religieuses et religieux), afin de lire l’ensemble vos réponses et de discerner des points essentiels à proposer à notre évêque, Charles Morerod, qui préparera ainsi sa contribution pour la Conférence des évêques suisses. 

Quel est le délai ?

Nous attendons vos réponses d’ici au 1er mars 2022.

Quelle sera la suite ?

Vos apports seront également repris et approfondis par plusieurs instances et groupes de travail pour favoriser la communion, la participation et la mission.

2021-2023 : dates repaires

Septembre 2021 : document préparatoire

9-17 octobre 2021 : ouverture processus diocèses

1er mars : date limite pour la consulation

Avril 2022 : synthèse par pays

Septembre 2022 : document de travail 1 (Instrumentum Laboris)

Mars 2023 : assemblée régionale ou continentale

Mars 2023 : un document préparatoire

Juin 2023 : document de travail 2 (Instrumentum Laboris)

Octobre 2023 : Synode des évêques à Rome

2023-2024 : document final

Le processus synodale s’est ouvert les 9-10 octobre 2021 à Rome et le 17 octobre dans notre diocèse LGF. En octobre 2023, un Synode des évêques se tiendra à Rome. Pour notre diocèse, nous pouvons envoyer nos réflexions jusqu’au 1er mars 2022.

Notre évêque Mgr Charles Morerod invite maintenant tous les baptisés, unités pastorales, paroisses, communautés religieuses, mouvements et services d’Église à entrer dans ce chemin d’écoute et de discernement.

10 points pour un discernement

voir également lien pour la région diocésaine de Fribourg

Dix pôles thématiques essentiels à approfondir

Pour faciliter la mise en lumière d’expériences et favoriser de manière plus riche la consultation, nous indiquons également ci- après dix pôles thématiques qui ont trait à diverses facettes de la “synodalité vécue”.

Ces pistes devront être adaptées aux divers contextes locaux et, selon les situations, intégrées, explicitées, simplifiées, approfondies, en accordant une attention spéciale à ceux qui ont le plus de difficulté à participer et à répondre: le Vademecum qui accompagne ce Document Préparatoire offre à cet égard des ressources, des parcours et des suggestions afin que les différents domaines de questions inspirent concrètement des moments de prière, de formation, de réflexion et d’échange.

I. LES COMPAGNONS DE VOYAGE

Dans l’Église et dans la société, nous sommes sur la même route, côte à côte. Dans votre Église locale, quels sont ceux qui “marchent ensemble”? Quand nous disons “notre Église”, qui en fait partie? Qui nous demande de marcher ensemble? Quels sont les compagnons de voyage avec qui nous cheminons, même en dehors du cercle ecclésial? Quelles personnes ou quels groupes sont-ils laissés à la marge, expressément ou de fait?

II. ÉCOUTER

L’écoute est le premier pas, mais demande d’avoir l’esprit et le cœur ouverts, sans préjugés. Vers qui notre Église particulière a-t- elle “un manque d’écoute”? Comment les laïcs sont-ils écoutés, en particulier les jeunes et les femmes? Comment intégrons-nous la contribution des personnes consacrées, hommes et femmes? Quelle place occupe la voix des minorités, des marginaux et des exclus? Parvenons-nous à identifier les préjugés et les stéréotypes qui font obstacles à notre écoute? Comment écoutons-nous le contexte social Comment écoutons-nous le contexte social et culturel dans lequel nous vivons?

III. PRENDRE LA PAROLE

Tous sont invités à parler avec courage et parrhésie, c’est-à-dire en conjuguant liberté, vérité et charité. Comment favorisons-nous, au sein de la communauté et de ses divers organismes, un style de communication libre et authentique, sans duplicités ni opportunismes? Et vis-à-vis de la société dont nous faisons partie? Quand et comment réussissons-nous à dire ce qui nous tient à cœur ? Comment fonctionne le rapport avec le système des médias (pas seulement les médias catholiques)? Qui parle au nom de la communauté chrétienne et comment ces personnes sont-elles choisies?

IV. CÉLÉBRER

“Marcher ensemble” n’est possible que si ce chemin repose sur l’écoute communautaire de la Parole et sur la célébration de l’Eucharistie. De quelle façon la prière et la célébration liturgique inspirent et orientent effectivement notre “marcher ensemble”? Comment est-ce que cela inspire les décisions les plus importantes? Comment encourageons-nous la participation active de tous les fidèles à la liturgie et à l’exercice de la fonction de sanctification? Quelle place est donnée à l’exercice des ministères du lectorat et de l’acolytat?

V. CORESPONSABLES DANS LA MISSION

La synodalité est au service de la mission de l’Église, à laquelle tous ses membres sont appelés à participer. Puisque nous sommes tous des disciples missionnaires, de quelle manière chaque baptisé est- il convoqué à être un acteur de la mission? Comment la communauté soutient-elle ses membres qui sont engagés dans un service au sein de la société (engagement social et politique, engagement dans la recherche scientifique et dans l’enseignement, au service de la promotion des droits humains et de la sauvegarde de la Maison commune, etc.)? Comment la communauté aide-t-elle à vivre ces engagements dans une dynamique missionnaire? Comment se fait le discernement concernant les choix missionnaires et qui y participe? Comment ont été intégrées et adaptées les diverses traditions en matière de style synodal, qui constituent le patrimoine de nombreuses Églises, en particulier des Églises orientales, en vue d’un témoignage chrétien fécond? Comment fonctionne la collaboration dans les territoires où sont présentes des Églises sui iuris différentes?

VI. DIALOGUER DANS L’ÉGLISE ET DANS LA SOCIÉTÉ

Le dialogue est un chemin qui demande de la persévérance, et comporte aussi des moments de silences et de souffrances, mais qui est capable de recueillir l’expérience des personnes et des peuples. Quels sont les lieux et les modalités de dialogue au sein de notre Église particulière? Comment sont gérées les divergences de vue, les conflits et les difficultés? Comment encourageons-nous la collaboration avec les diocèses voisins, avec et entre les communautés religieuses présentes sur le territoire, avec et entre les associations et mouvements de laïcs, etc.? Quelles expériences de dialogue et d’engagement en commun mettons-nous en œuvre avec des croyants d’autres religions et avec ceux qui ne croient pas? Comment l’Église dialogue-t-elle et apprend-elle d’autres instances de la société: le monde de la politique, de l’économie, de la culture, la société civile, les pauvres…?

VII. AVEC LES AUTRES CONFESSIONS CHRÉTIENNES

Le dialogue entre chrétiens de diverses confessions, unis par un seul Baptême, occupe une place particulière sur le chemin synodal. Quels relations entretenons-nous avec les frères et sœurs des autres Confessions chrétiennes? Quels domaines concernent-ils? Quels fruits avons-nous recueillis de ce “marcher ensemble”? Quelles difficultés aussi?

VIII. AUTORITÉ ET PARTICIPATION

Une Église synodale est une Église de la participation et de la coresponsabilité. Comment sont définis les objectifs à poursuivre, la voie pour y parvenir et les pas à accomplir? Comment est exercée l’autorité au sein de notre Église particulière? Quelles sont les pratiques de travail en équipe et de coresponsabilité? Comment sont encouragés les ministères laïcs et la prise de responsabilité de la part des fidèles? Comment fonctionnent les organismes de synodalité au niveau de l’Église particulière? Constituent-ils une expérience féconde?

IX. DISCERNER ET DÉCIDER

Dans un style synodal, les décisions sont prises via un processus de discernement, sur la base d’un consensus qui jaillit de l’obéissance commune à l’Esprit. Avec quelles procédures et avec quelles méthodes discernons-nous ensemble et prenons-nous des décisions? Comment peuvent-elles être améliorées? Comment favorisons-nous la participation de tous aux décisions au sein de communautés structurées d’une manière hiérarchique? Comment conjuguons-nous la phase consultative et la phase délibérative, le processus menant à la prise de décision (decision-making) et le moment de la décision (decision- taking)? De quelle façon et avec quels instruments encourageons-nous la transparence et la responsabilité (accountability)?

X. SE FORMER À LA SYNODALITÉ

La spiritualité du marcher ensemble est appelée à devenir le principe éducatif de la formation humaine et chrétienne de la personne, la formation des familles et des communautés. Comment formons-nous les personnes, spécialement celles qui occupent des rôles de responsabilité à l’intérieur de la communauté chrétienne, pour les rendre davantage capables de “marcher ensemble”, de s’écouter mutuellement et de dialoguer? Quelle formation au discernement et à l’exercice de l’autorité offrons-nous? Quels instruments nous aident- ils à lire les dynamiques de la culture dans laquelle nous sommes immergés et leur impact sur notre style d’Église?

 

Lexique :

Synode des évêques : octobre 2023 à Rome, les évêques du monde entier avec le Pape.

Le Synode des évêques est un organe consultatif du pape. Les évêques se retrouvent au niveau de l’Église universelle, en 2023, le Synode des évêques sera préparé pour la première fois par ce processus collaboratif ascendant (phase de notre diocèse)

Synodalité : C’est la manière dont l’Église fait participer ses différents membres à l’ensemble de sa vie

Instrumentum Laboris : nom du document, émis par le Vatican, dans lequel est publiée la synthèse des réponses au questionnaire du document préparatoire.

Les catholiques du monde entier sont invités à participer à l’itinéraire synodal. Les discussions au niveau local, diocésain et continental constituent la base des discussions du Synode des évêques à Rome.

Synode : le terme synode signifie marcher ensemble. « Pour une Église synodale : communion, participation et mission », tel est le titre du synode lancé par le pape François

Le Vademecum qui accompagne ce Document Préparatoire offre à cet égard des ressources, des parcours et des suggestions afin que les différents domaines de questions inspirent concrètement des moments de prière, de formation, de réflexion et d’échange.

Eglises « sui iuris » : Les Églises catholiques orientales sont la composante de rite oriental de l’Eglise catholique. Elles sont définies dans la terminologie catholique comme étant des Églises autonomes ou « Églises de droit propre », au sens juridique sui iuris, et sont considérées comme étant pleinement l’Eglise catholique unies au Pape, au même titre que l’Eglise latine.

Liens :

Présentation de l’itinéraire synode https://drive.google.com/file/d/1luSwDxRlFhMCX5b3Wdd6EwMM64vOh18M/view

Discours du Pape François
pour l’ouverture du Synode des Évêques « Église synodale 2021–2023 » le 9 octobre 2021                https://www.vatican.va/content/francesco/fr/speeches/2021/october/documents/20211009-apertura-camminosinodale.html

Homélie du Pape François lors de la célébration de l’eucharistie pour l’ouverture du Synode des Évêques « Église synodale 2021–2023 » le 10 octobre 2021 à la Basilique St. Pierre de Rome. https://www.vatican.va/content/francesco/fr/homilies/2021/documents/20211010-omelia-sinodo-vescovi.html

Document préparatoire « Pour une Église synodale : communion, participation, mission »    https://www.synod.va/content/dam/synod/document/common/preparatory-document/pdf-21×21/Documento-Preparatorio-FR-215.pdf

Vade-mecum pour le Synode  https://www.synod.va/content/dam/synod/document/common/vademecum/IT-Vademecum-Full.pdf  (italien)

Discours du Pape François du 17 octobre 2015 lors de la Commémoration du 50e anniversaire de la création des Synodes des Évêques. Dans ce discours, le Pape François a présenté et étayé sa vision d’une Église synodale. https://synodequotidien.wordpress.com/synode-2015/textes-du-synode/discours-du-17-octobre-2016/

«Pour une Église synodale» dans les diocèses en Suisse» https://diocese-lgf.ch/processus-synodal-phase-diocesaine/

Page Synode sur le site du diocèse https://diocese-lgf.ch/synode/

Région diocésaine Neuchâtel

Région diocésaine Vaud

Région diocésaine Genève

Région diocésaine de Fribourg

 

Deux prières pour Le Synode

 

Nous voici devant Toi, Esprit Saint ; en Ton Nom, nous sommes réunis. Toi notre seul conseiller, viens à nous, demeure avec nous, daigne habiter nos cœurs.

Enseigne-nous vers quel but nous orienter; montre-nous comment nous devons marcher ensemble. Nous qui sommes faibles et pécheurs, ne permets pas que nous provoquions le désordre.

Fais en sorte, que l’ignorance ne nous entraîne pas sur une fausse route, ni que la partialité influence nos actes. Que nous trouvions en Toi notre unité, sans nous éloigner du chemin de la vérité et de la justice, en avançant ensemble vers la vie éternelle.

Nous Te le demandons à Toi, qui agis en tout temps et en tout lieu, dans la communion du Père et du Fils, pour les siècles des siècles, Amen.

…….

«Viens, Saint-Esprit. Toi qui suscites de nouvelles langues et mets des paroles de vie sur nos lèvres, préserve-nous de devenir une Église-musée, belle mais silencieuse, avec un grand passé mais peu d’avenir.

 Viens parmi nous, pour que dans l’expérience synodale, nous ne nous laissions pas envahir par le désenchantement, que nous n’édulcorions pas la prophétie, que nous ne réduisions pas tout à des discussions stériles. Viens, Esprit Saint d’amour, ouvre nos cœurs à l’écoute.

Viens, Esprit de sainteté, renouvelle le saint Peuple fidèle de Dieu. Viens, Esprit créateur, renouvelle la face de la terre»