Le Kremlin et le communisme d’Amérique latine

Né en 1968, j’appartiens à la génération de la chute du mur de Berlin. J’ai grandi dans une certaine connaissance du monde par Soljenitsyne, Gorbatchev, Lech Walesa et Saint Jean-Paul II. Ce dernier a rappelé avec force que le système soviétique s’était écroulé sur lui-même, incapable de tenir sur ses bases mensongères. La matrice intellectuelle européenne repose sur une certaine méfiance vis-à-vis du Kremlin

Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre dissident de l’univers soviétique, disait au micro de la BBC : « Ce pape est un cadeau du Ciel ». Ce rôle historique déterminant pressenti par l’auteur de L’Archipel du Goulag sera reconnu, quelques semaines après la chute du Mur de Berlin, par Michaïl Gorbatchev lui-même, dernier dirigeant soviétique. Dans un article aujourd’hui historique, il a en effet reconnu : « Tout ce qui s’est passé en Europe de l’Est n’aurait pas été possible sans la présence de ce pape ».

La vision géopolitique de Saint Jean-Paul II était basée sur l’expérience directe du communisme soviétique. Pourtant, il n’arrivait pas à saisir la présence d’un communisme dérivé et différent en Amérique latine, un peu éloigné du Kremlin. Saint Oscar Romero et Saint Jean-Paul II ne se comprenaient pas. L’un et l’autre appartenaient à un paradigme différent. Romero fut assassiné par des milices d’extrêmes droites pour avoir défendu les pauvres. 

Le vécu avec le communisme de Jorge Mario Bergoglio, devenu le Pape François, est différent, comme en miroir. Il dut affronter une dictature d’extrême droite et s’abrita davantage sur les mouvements de gauche pour résister à ces régimes sanguinaires. Saint Jean-Paul II s’appuya sur les USA. La ligne de démarcation entre deux blocs est la conséquence de l’affrontement idéologique de deux paradigmes. Tout dépend du positionnement face l’équilibre de la terreur.

La génération européenne, celle de la dislocation de l’empire soviétique, regarde  avec un oeil plus que méfiant vers l’est, d’une façon congénitale. 

Il en est sans doute de même dans la perception européenne de l’agression guerrière de l’Ukraine par Vladimir Poutine. Saint Jean-Paul II, farouchement opposé au communisme aurait une lecture divergente de celle du Pape François, un Pape venu du bout du monde. Pourtant, l’un et l’autre sont les gardiens de la même foi. 

Par exemple, le cadeau embarrassant du crucifix orné du signe du communisme reçu par François, fut perçu de façon totalement dissemblable en Amérique du Sud et en Europe. L’implicite façonne notre vision. Pour un européen, le marteau et la faucille renvoient aux dizaines de millions de mort de Staline et les déportations au Goulag. 

A son arrivée à La Paz (Bolivie), dans la soirée du 8 juillet 2015, le pape François a reçu un cadeau fort surprenant de la part du président socialiste Evo Morales: la réplique d’un crucifix en forme de faucille et de marteau confectionné par le père jésuite Luis Espinal (1932-1980).

Lors de la chute du mur de Berlin du 9 novembre 1989, le Cardinal Ratzinger s’était réjouit de cet événement historique. En citant une phrase de l’Evangile (Mt 12,43-45), il invitait cependant à la prudence: 

« Après être sorti d’un homme, un esprit impur passe par des lieux arides à la recherche d’un endroit où se reposer, mais il n’en trouve pas. Alors il dit : “Je vais retourner dans la maison d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve vide, mais balayée et décorée. Il va alors chercher sept autres esprits plus méchants que lui, puis ils entrent et s’installent là. Finalement, l’état de cet homme devient pire qu’avant”. 

Le Kremlin a tourné le dos à la fameuse perestroïka (réforme) et la glasnost (transparence) de Gorbatchev, le mouvement Solidarność polonais (solidarité) n’est  plus d’actualité. Une nouvelle dictature rétrograde à nouveau l’élite soviétique vers des guerres brutales et sans pitié. Par leurs histoires tourmentées, les pays satellites de l’ex-URSS ont peur du retour de la grande et sainte Russie oppressante. 

Depuis le 24 février 2022, le pire est de retour, sans savoir ce que le futur réserve pour l’Europe et pour le monde. 

Dominique Fabien Rimaz

D'origine fribourgeoise et italienne, né à Bôle (Neuchâtel), Dominique Fabien Rimaz se rêvait pilote militaire. Il passera d'abord par une formation en chimie puis en sciences politiques pour devenir un jour journaliste. Rattrapé par la vocation, il est aujourd’hui prêtre en Veveyse et aumônier des hôpitaux à Fribourg.

Une réponse à “Le Kremlin et le communisme d’Amérique latine

  1. Je suis très déçus de l’attitude du Pape François qui est totalement inaudible sur ce qui se passe actuellement en Ukraine. Il envisagerait de se rendre à Kiev ! Mais pour y faire quoi ?
    Il devrait se rendre séance tenante à Moscou et convaincre son/ses homologue/s orthodoxe d’aller voir Poutine pour le ramener à la raison quitte à faire le siège du Kremlin sur la place rouge s’il le faut avec une tente et un sac de couchage….
    Voilà ce qu’aurait fait Jean-Paul II, et pas se demander s’il va éventuellement aller à Kiev pour ne rien apporter à la résolution du conflit.
    Dites au Pape François d’aller débarquer à Moscou, Poutine est croyant, c’est là-bas avec ses homologues orthodoxes qu’il peut espérer faire quelque chose.

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