Cuite au kérosène

L’ambiance est aseptisée et les échanges contrôlés par la distanciation physique. Toutefois, malgré les milliers de mètres cubes du Bern EXPO, le Parlement aura probablement manqué d’oxygène ou simplement d’air pur. Après un débat fleuve sur le budget, le Conseil national, en apnée peut-être, débloque une enveloppe de 1,8 milliard en faveur des compagnies d’aviation. Le lendemain, il remet une couche et vote un surplus de 600 millions pour le secteur aéroportuaire actif au sol. Définitivement, le Parlement s’est pris une cuite au kérosène et le climat accusera le coup !

En Autriche, le gouvernement a accepté un soutien au secteur aéronautique mais l’a conditionné à des mesures climatiques fortes, notamment en pointant en premier lieu les court-courriers. Ce même pays, quelques années avant, rachetait la flotte de trains de nuit allemands, développant ainsi avec succès un marché dans le nord de l’Europe. Il a certainement construit le terrain lui permettant d’entamer sa reconversion vers des transports plus écologiques.

Mais le terrain est loin d’être conquis. De nombreuses liaisons ferroviaires, notamment pour le sud de l’Europe, en direction de Barcelone ou de Rome, mais aussi Copenhague ou Bruxelles ont disparu. La Suisse, ce petit pays au cœur de l’Europe et à la pointe mondiale en matière ferroviaire, a pourtant une carte à jouer ! Elle a même un boulevard, mais elle n’a pas su saisir l’occasion ce matin au Conseil national. Elle pouvait entamer sa nécessaire reconversion, et rediriger son soutien vers un secteur durable de transport. A terme, l’ivresse du Parlement coûtera cher au climat.

Delphine Klopfenstein Broggini

Delphine Klopfenstein Broggini

Delphine Klopfenstein Broggini est Conseillère nationale. Egalement membre des comités de Pro Natura et de F-information - conseil juridique aux femmes.

4 réponses à “Cuite au kérosène

  1. Bravo, bel article, quel dommage cette occasion manquée, courage pour continuer votre travail au Conseil National, cela ne doit pas être agréable tous les jours.

  2. faites organiser des manifestations afin de bloquer les aéroports jusqu’à ce que vos décideurs décident, en tenant compte de tout, et pas seulement de leurs petits intérêts à court terme; quant même après la déculottée qu’ont pris vos parlementaires macho et l’entrée en lice de tant de Dames Vertes, ça parait impensable que les décideurs helvètes imitent les décideurs gaulois; ici cela parait normal que le pouvoir fasse avaler des couleuvres à son bon peuple “souverain”, mais pas chez vous qui pratiquez encore la démocratie ! bon courage rien n’est perdu !

  3. Une telle enveloppe sans conditions à l’aviation… Les bras m’en tombent. On hypothèque une fois encore l’avenir, on manque l’occasion de prendre un tournant. Fière de la gestion de mon pays jusqu’à aujourd’hui, je constate avec grand regret que cette crise ne rend pas plus sage, n’a pas permis de prendre du recul, n’a pas servi d’avertissement. La grande claque climatique n’en sera que plus retentissante.

  4. Au-delà d’une position de principe, pourriez-vous citer quelques chiffres sur le nombre de vols qui auraient été touchés? Le CO2 qui aurait pu être gagné? Les économies réalisées? Etc.?

    C’est quoi un vol court-courrier? Sauf erreur de ma part, chez Swiss, les vols inférieurs à une heure représente moins de 5% des vols. Ces derniers sont surtout des vols de transition pour, par exemple, faire ZRHGVA à la suite d’un autre vol. Si le court-courrier c’est moins de 2 heures, ça concerne effectivement plus de vols mais des villes comme Rome et Barcelone se trouvent entre 9 et 21 heures de train de la Suisse avec 1 à 3 changements à la clé (infernal)…

    Si Swiss était privée de vols sur ces destinations, la majorité des gens prendrait une autre compagnie aérienne mais pas le train. Par contre, en privant Swiss de ces destinations, on affaiblirait sont offre long-courrier car souvent, avec ses partenaires, elle permet de couvrir le “last-leg” comme on dit (encore le cas ZRH-GVA par exemple).

    Enfin, si en Suisse notre rail est “propre”, c’est quand même moins le cas ailleurs. Pour l’Italie par exemple, plus de 60% de l’électricité ferroviaire est fossile… bien sûr, le ratio litre/personne/km/co2 est meilleur que l’avion mais ce n’est pas 10x ou 20x mieux.

    Si je devais exprimer une frustration c’est de voir le peu de progrès que nous avons réalisé sur le temps de trajet en train entre Lausanne et Zurich par exemple. Aujourd’hui, au mieux, ce voyage prend 2h13 alors qu’il y a 40 ans, c’était 2h30 ou 2h35. Le gain est faible en regard des milliards qui ont été engloutis pour moderniser l’offre ferroviaire.

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