COP26: Briser le tabou du fossile, comme seule réponse à l’urgence climatique

La COP26 devait tout mettre en œuvre pour éviter un réchauffement de 2,7 degrés. Tout mettre en œuvre, cela signifie d’avoir de l’ambition pour rassurer la population, c’est répondre concrètement et rapidement à l’urgence climatique. Les pays devaient s’engager au minimum à diviser leurs émissions de CO2 par deux d’ici 2030 comme le préconise le GIEC. Ils auraient aussi dû libérer un financement solidaire international important pour le climat. Ils ont échoué.

Nous le savons toutes et tous, les pays les plus pauvres pourront difficilement s’engager sans soutien international. C’est une question de justice puisque les pays riches et émergents sont les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre et portent donc une lourde responsabilité sur le devenir de la planète. Le financement solidaire pour le climat aurait dû d’ailleurs être additionnel à toute les formes de coopération au développement déjà engagées. Il s’agissait aussi d’investir dans les mesures d’adaptation au changement climatique. Cet enjeu central devait éviter des crises humanitaires découlant d’importants mouvements migratoires. Mais ils ont échoué.

La Suisse se dit déçue du résultat de la COP26 et d’un accord édulcoré en dernière minute, sauvant in extremis le charbon. C’est vrai les lobbies du fossile étaient les plus présents sur place, ils ont fait leur job ! Il y a de quoi être en colère et se questionner : être pris en otage et accepter un pas de fourmi ou tout abandonner parce que cela manque d’ambition. Pourtant cette même Suisse a fait clairement partie des pays les plus actifs sur le principe de compensation carbone à l’étranger, une solution de facilité.  Caricatural, la Suisse  a essayé de nous faire rêver avec son annonce d’un projet solaire déployé sur les 60 îles habitées de l’archipel Vanuatu. Oui ce sont des îles en danger avec la montée des eaux, mais la dimension de la bonne conscience achetée de la Suisse a de quoi faire sourire : la symbolique plutôt que l’ambition pour notre planète. Il est malheureusement plus facile de vendre du rêve avec des îles paradisiaques au milieu du Pacifique que de fixer des objectifs clairs de réduction, prendre des mesures concrètes, ici, chez nous, notamment dans le transport, l’aviation, le chauffage ou encore la consommation. Mais la Suisse a échoué.

La Suisse est touchée de plein fouet par le réchauffement climatique : les températures ont augmenté en moyenne deux fois plus vite chez nous que sur le reste de la planète. La Suisse cumule aussi des responsabilités, celle notamment de sa place financière qui émet 20 fois plus de CO2 que l’ensemble des ménages et de entreprises du pays. La Suisse, pays riche et innovant n’a aucune excuse pour ne pas s’engager davantage dans une réponse climatique forte. Pour certains secteurs, les solutions sont pourtant si simples à implémenter. Dans le domaine des transports par exemple avec la fin des voitures thermiques, la diminution de la taille du parc automobile, une offensive massive en faveur des transports publics et des mobilités douces. Dans le secteur de la construction avec l’assainissement des bâtiments tout en mettant la fin des chaudières à mazout ;ou encore dans le domaine de l’énergie avec un soutien sans faille aux renouvelables, dans une logique pérenne d’économie d’énergie.

Lever le tabou du fossile ou reconnaître le rôle central de la nature dans la lutte contre le réchauffement climatique ne suffira pas. Ce sont là les prémisses de la réflexion alors que nous devrions être à l’apogée de l’exercice, c’est-à-dire au moment de l’action.

A quelques mois de la COP15 sur la biodiversité, acte II, prévue à Kunming dans le sud-ouest de la Chine, rappelons, en outre, aux Etats qu’ils ne limiteront pas le réchauffement climatique sans protéger et restaurer la nature. La biodiversité est notre meilleure « assurance-vie » pour s’adapter au changement climatique tandis que le changement climatique représente lui-même une des principales menaces sur la biodiversité car il déstabilise les écosystèmes. La crise du climat et l’effondrement de la biodiversité sont intimement liés, il s’agit désormais de faire front commun.

Le mariage pour toutes et tous, un droit fondamental

Il y a 20 ans, les Vert-e-s demandaient la création du mariage pour toutes et tous à Berne. Une éternité. A l’époque, la proposition s’était heurtée à la majorité conservatrice du Parlement. Elle avait toutefois permis d’aboutir plus tard à la création du partenariat enregistré en Suisse, un premier pas vers l’égalité.

20 ans après, le constat est sans appel : notre pays est en retard, très en retard. Alors que la plupart des pays européens a intégré le mariage pour toutes et tous, la Suisse est restée figée sur cet acquis intermédiaire, soit une parade provisoire qui n’avait pour seul objectif de calmer les milieux opposés. Le mot mariage est occulté et avec lui toute égalité complète pour les couples de même sexe. Tout cela nous laisse un goût amer, un sentiment de gâchis que seul un OUI massif en faveur du mariage pour toutes et tous peut sauver.

La lenteur politique est aujourd’hui dépassée par la société civile qui affiche sa volonté d’aller plus loin et plus vite à travers de nombreux sondages, alors que la tendance est souvent l’inverse sur les questions de société. Avec un OUI, on peut donc espérer une amélioration de la situation des personnes LGBTIQ+ en Suisse, même si Berne devra ensuite – et enfin – empoigner les questions trans* et de non-binarité qui restent les parents pauvres des questions LGBTIQ+, comme le montre les ranking de ILGA Europe chaque année.

Le mariage civil pour toutes et tous renforce l’égalité et permet à notre pays de traiter ses habitantes et ses habitants sans discrimination basée sur l’orientation sexuelle et affective. Les couples de même sexe s’aiment, ils veulent se protéger dans leurs projets communs ou dans leurs intentions familiales. Loin d’être un plaidoyer des personnes LGBTIQ+, cette votation est une question capitale relative aux droits fondamentaux.

Plus aucun argument ne tient la route face à la réalité et l’appel de la société civile est pressant face à une politique timorée. Cette campagne portée pour l’heure par les personnes LGBTIQ+ et leurs allié-e-s doit aujourd’hui s’élargir à toute la population, afin que le 26 septembre, le OUI soit le plus élevé possible et batte ainsi le record de 62% de OUI détenu par l’Irlande lors d’un vote populaire.

Il faut s’émanciper des pesticides

L’OMS et le Programme des Nations Unies pour l’environnement reconnaissent le danger des pesticides. Raison pour laquelle il convient aujourd’hui de combattre les pesticides à la source. C’est le propos de deux initiatives, soumises à la population le 13 juin prochain. La première, l’initiative «Pour une Suisse libre de pesticides», vise l’interdiction de l’utilisation de tout pesticide de synthèse dans la production agricole, la transformation des produits agricoles et l’entretien du territoire, dans un délai de dix ans. Pour la deuxième, l’initiative «Pour une eau potable propre et une alimentation saine», les subventions allouées à l’agriculture, les paiements directs, ne sont octroyés qu’aux exploitant.e.s qui n’utilisent ni pesticides ni antibiotiques à titre prophylactique, d’ici huit ans dès le vote de la population.

Un tiers des espèces animales et végétales est aujourd’hui menacé. Les habitats disparaissent ou se dégradent, la surface des marais diminue toujours plus. Notre biodiversité va mal, très mal. En parallèle, 2000 tonnes de produits phytosanitaires sont vendues en Suisse chaque année, tandis que l’agriculture rejette 110’000 tonnes d’excédents d’azote et 6000 tonnes d’excédents de phosphore dans l’environnement. Ces produits terminent leur route dans les nappes phréatiques, notre eau potable, et en chemin attaquent les insectes, les rongeurs, les plantes, affectant la qualité des sols et fragilisant notre biodiversité.

Loin d’être extrêmes, ces initiatives sont nécessaires et urgentes, alors que la pollution de notre eau potable est inquiétante et les importations d’aliments pour animaux en provenance d’Amérique du Sud sont débridées. La science jouera un rôle central, elle est prête à s’engager sur la voie d’une agriculture sans pesticides. Le Centre fédéral de recherche agronomique Agroscope a d’ailleurs déjà annoncé l’objectif d’une agriculture sans pesticides avec l’appui de 20 centres de recherche agricole en Europe.

La sécurité de l’approvisionnement de la Suisse passera par la qualité de ses sols et une alimentation saine, loin, très loin de la campagne d’intimidation financée, en face, par les entreprises agrochimiques. Loin aussi des dernières décisions du Parlement national de suspendre la réforme agricole suite à un malheureux marchandage entre EconomieSuisse et l’Union suisse des paysans. Si l’Assemblée fédérale n’est pas capable de faire les bons choix, c’est à nous citoyennes et citoyens de ce pays de faire entendre notre voix.

Les deux initiatives se complètent et permettraient de déclencher des réformes essentielles. Une occasion aussi de concilier l’agriculture et la nature, c’est aussi l’avis de Bio Suisse, de l’Association des petits paysans ou de Pro Natura. Le secteur de l’agriculture n’affiche aucune baisse notable d’émissions de gaz à effet de serre depuis le début du siècle. Nous devons changer de cap sans attendre et ces deux initiatives sont une excellente opportunité.

Ils marquent le coup pour les 50 ans du droit de vote des femmes en augmentant leur âge de la retraite!

Tandis que la pandémie accroît les inégalités, plaçant en première ligne les métiers occupés principalement par les femmes, la commission du Conseil des Etats vient de voter, comme un seul homme ou presque, l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes. C’est un véritable affront, alors que nous nous préparons à fêter un important anniversaire, celui des 50 ans du droit de vote des femmes !

Mais sur fond de jubilé, rappelons que les femmes touchent encore et toujours un tiers de moins de rente de vieillesse que les hommes. Elles sont aussi au front dans les métiers dit du « care », de la vente ou du terrain social, travaillant souvent à temps partiel, avec de bas revenus. Quand la majorité d’une commission au Conseil des États utilise l’argument de l’Égalité pour augmenter l’âge de la retraite des femmes, il n’assume à aucun moment d’agir également sur le montant des retraites des femmes, sur les différences salariales, sur une politique familiale ambitieuse (crèches, congé parental, etc.). L’Égalité semble bel et bien très sélective !

Depuis 1981, sous l’égide de l’article 8 de la Constitution fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, le droit suisse a été régulièrement modifié pour corriger d’importantes inégalités. Ces avancées montrent l’ampleur du chemin parcouru. Mais la route est longue et encore largement semée d’obstacles. Reconnaître la place essentielle des femmes dans la société ou dans le monde politique en particulier n’est de loin pas acquis. Et malheureusement, ce sont souvent les femmes toutes seules qui doivent se battre pour affirmer leur place dans la société. Quelques exemples.

En parcourant les trois dernières législatures au Conseil national, les femmes étaient 29% en 2011, 32% en 2015 et sont 42% depuis décembre 2019. Le nombre de textes déposés dans le Parlement, motions, postulats, interpellations et autres initiatives parlementaires en lien avec l’égalité est directement lié à la représentation des femmes dans l’enceinte parlementaire : une dizaine de textes sont dès lors déposés en 2014, une cinquantaine en 2018 et près de 80 textes en 2020. Plus les femmes sont nombreuses dans l’hémicycle politique, plus la question centrale de l’égalité est à l’ordre du jour. Le rôle de la rue est lui aussi essentiel. Quand les femmes étaient des dizaines de milliers à manifester en Suisse le 14 juin 2019, le nombre de textes revendiquant l’égalité a doublé cette même année au sein du Palais fédéral. Du harcèlement de rue à la représentation des femmes dans les Conseils d’administration, en passant par le Gender Budgeting, l’égalité salariale ou la protection des femmes en période COVID, les textes balayent les champs du possible de l’égalité. Il est fort à parier qu’avec un parlement et des partis entièrement paritaires, cette augmentation de l’âge de la retraite sans aucune compensation aurait été balayée d’un revers de la main !

Si la Confédération est mal lotie au niveau de l’égalité, les Cantons ne font guère mieux. Le 7 mars prochain à Genève, nous pouvons faire les bons choix, pour une société plus égalitaire et plus juste. Gageons que le Conseil d’Etat soit plus féminin pour apporter une nouvelle pierre à l’édifice de l’égalité. 25,3%, c’est la moyenne des femmes dans les exécutifs cantonaux du pays en 2020. A Genève, elles sont à peine plus, soit 28,6% c’est-à-dire 2 femmes sur 7. Cela fait près de 20 ans que Genève n’a pas connu un exécutif cantonal avec au moins 3 femmes. La candidate Fabienne Fischer peut faire la différence.

Stations de ski rouvertes: la majorité de droite glisse et dérape

L’intimité entre l’art de la scène et le public existe depuis plus de vingt-cinq siècles. Cette interaction nécessaire entre le public et l’art est suspendue actuellement par les règles sanitaires et la mission des artistes dramatiquement interrompue. Bien sûr, dehors, la pandémie continue de faire des ravages et la protection de la population, celle des artistes y compris, doit rester une priorité pour la collectivité publique… tout comme la préservation de la capacité de nos hôpitaux et de notre système de santé.

Le spectacle qui se déroule sous nos yeux, loin d’être un hymne à la culture, est une ode à la consommation à tout prix et sous toutes ses formes. Par ici on fait le forcing pour rouvrir tous les magasins, pour assurer le plein d’achats avant Noël. Par-là, on libère les stations de ski, pour faire tourner à plein régime les remontées mécaniques, rouvrir les hôtels et les restaurants des pistes. La majorité de droite du Conseil national vient d’accepter une déclaration invitant la Suisse à supprimer toute prescription plus stricte en lien avec la Covid-19 pour les sports d’hiver. Alors que la Suisse est régulièrement pointée du doigt dans le monde pour son laisser-faire dans cette crise sanitaire sans précédent, et que nous avons été plusieurs semaines de suite un des pays les plus touchés en Europe, la majorité de droite du Conseil national fait non seulement fi de notre système de santé sous pression, mais également des pratiques de nos voisins les plus proches (France, Allemagne, Italie).

L’ouverture à tout va risque bien de remettre à plus tard un retour à la normale. Dans la frénésie d’une économie, qui ne peut se mettre en pause, même quand des vies humaines sont en jeu, on laisse au second plan certains secteurs, notamment la culture. Ce milieu-là représente notamment 10% de notre PIB. Son rôle est crucial, nous devons donner du sens à ce que nous vivons actuellement et les artistes peuvent le faire. La culture, celle qui nous permettra de retisser des liens et qui appelle au secours depuis plusieurs mois, ne doit pas être oubliée.

La place financière suisse partenaire de la guerre ?

La Suisse interdit le financement des armes nucléaires, des armes biologiques, des armes chimiques ou encore des mines anti-personnelles. C’est une évidence mais cela ne suffit pas. La Suisse doit aujourd’hui aussi interdire le financement des producteurs de matériel de guerre. Même si son influence dans le monde est restreinte, la Suisse peut donner un signal fort aux autres pays, elle peut servir de modèle et montrer l’exemple. Et ce message s’adresse en premier lieu à la place financière : ce secteur joue souvent un rôle contradictoire par rapport aux grandes orientations politiques que nous souhaitons mener en Suisse :

  • sur la question climatique, la place financière suisse investit massivement dans les énergies fossiles alors que notre pays a l’ambition, même timide, d’en sortir (voir sur ce thème mon initiative parlementaire Les comptes de la Confédération sous le prisme du climat)
  • sur la question des guerres à travers le monde, la place financière suisse accepte de financer des producteurs de matériel de guerre, alors que notre pays se dit neutre et joue sur ses bons offices et sa diplomatie de la paix.

Cette économie de la guerre et de la mort est d’ailleurs en pleine croissance à entendre le Secrétariat d’Etat à l’économie quand il annonçait fièrement que les ventes de matériel de guerre à l’étranger avaient augmenté de 43%. Comment comprendre, aujourd’hui, cette Suisse prête à financer des conflits, de manière indirecte parfois, tout en soutenant activement le réseau diplomatique ? Si on considère par ailleurs qu’une partie des grandes décisions diplomatiques dans le monde, ayant pour but la résolution des conflits, sont prises à Genève, l’investissement de la place financière suisse dans les guerres est non seulement contradictoire mais met à mal l’image de notre canton, de notre pays, et il est fort à parier que nous pourrions payer un jour le prix de ces contradictions, si rien n’est fait rapidement.

Aujourd’hui, l’Afghanistan, le Yémen, le Soudan du Sud, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Syrie, l’Irak, le Mali, le Nigeria ou encore la Somalie sont en guerre. Des guerres qui font des morts, des ravages dans la société et dont les premières victimes sont souvent des enfants. Un récent rapport de l’ONG Save the Children précisait qu’en 2017, 18% de tous les enfants du monde – c’est-à-dire près de 420 millions d’enfants – vivaient dans des zones touchées par des conflits, soit presque 1 enfant sur 5, qui souffre de la faim, du manque d’hygiène ou d’accès aux soins de santé, autant de conséquences directes de la guerre.

Le financement de matériel de guerre n’est pas digne d’un pays neutre qui dit œuvrer pour la paix. La Suisse doit exporter son aide et des solutions pacifistes et en aucun cas exporter la guerre. Je ne veux être ni témoin, ni complice. Je refuse, sous la pression de retombées négatives qui affecteraient dans une mesure excessive l’activité de la Banque nationale suisse, mais aussi celle des fondations, des caisses de pension et des fonds de compensation, de menacer des populations entières et, par là même, de favoriser la violation des droits humains. Pour toutes ces raisons, je soutiendrai l’initiative “pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre”

Loi CO2: les premiers jalons d’une politique climatique en Suisse

La loi CO2 est un progrès indiscutable par rapport au statut quo.

  1. Elle pose l’objectif de réduction d’émissions de CO2 pour 2030 d’au moins 50 % dont 3/4 à réaliser en Suisse.
  2. Elle inscrit dans nos bases légales la nécessité de ne pas dépasser un réchauffement de 2 degrés, idéalement de 1,5 degrés.
  3. Elle renforce la taxe CO2 incitative sur le mazout. 2/3 des recettes sont remboursées directement à la population, le reste est investi dans l’assainissement des bâtiments. C’est la sortie programmée des chauffages à mazout !
  4. Elle impose des normes d’émission de CO2 plus strictes pour les nouveaux véhicules importés, de sorte que d’ici 2030, ces véhicules émettront deux fois moins de CO2. C’est la fin des grosses 4×4 !
  5. Elle introduit une taxe sur les billets d’avion et les jets privés. La moitié des recettes est redonnée cash à la population, l’autre moitié nourrit un fond climat, créé pour soutenir la transition énergétique et l’adaptation aux dérèglements climatiques. C’est la relance des trains de nuit !
  6. Elle oblige la Banque national suisse et l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers à analyser et tenir compte des risques climatiques de leurs flux financiers. La place financière sort de sa bulle !

Partout dans la loi, nous pouvions aller plus loin, partout, nous devions aller plus loin, en particulier dans les secteurs des finances, le plus polluant, et des transports. Malgré nos insistances, les majorités en place ne l’ont pas permis. Cette révision de la loi sur le CO2 n’est pas un pas de géant mais elle pose les premiers jalons d’une politique climatique.

Refuser cette loi aujourd’hui serait irresponsable, ce serait perdre ses acquis et perdre du temps à combattre ce que nous avons obtenu alors que nous avons tellement de travail devant nous : l’initiative sur les glaciers, les initiatives sur les pesticides, la politique agricole, la révision de la loi sur l’énergie, tant de combats qui seront décisifs ! Il serait aussi illusoire de croire que cette loi répondra à elle seule à l’urgence climatique. Il faut donc la voter et sans attendre amorcer le pas suivant.

La place fédérale : l’agora de la capitale

Depuis 1925, l’interdiction de manifester sur la Place fédérale pendant les sessions parlementaires est en vigueur. Si la gestion de l’occupation du domaine public est une responsabilité de la ville de Berne, l’avis du Parlement a toujours été prépondérant. En effet, l’Assemblée fédérale, dans sa majorité et depuis 75 ans, s’est toujours opposée à tout rassemblement de citoyen.ne.s devant son palais alors qu’elle y siégeait.

Au-delà des rumeurs qui pourraient importuner la concentration du travail parlementaire, il est aussi évoqué l’influence que pourrait avoir certains groupes sur les élu.e.s qui transitent sur la place.

Cette place n’est-elle pourtant pas un lieu d’expression par excellence ? Nichée au cœur de la ville, face au palais fédéral, élément central de la démocratie suisse, cette place n’est-elle pas l’agora de la capitale ? A l’image de la place des Nations à Genève, face à l’ONU, qui reçoit au quotidien le témoignage de communautés, d’associations, de collectifs qui interpellent l’opinion publiques et les organisations internationales.

Notre pays a du mal à faire cohabiter ses différentes formes d’expression quand elles sortent du parlementarisme stricto sensu et de la démocratie directe : jusqu’ici, certain.e.s espéraient que notre démocratie directe étouffe à elle toute seule l’expression de la rue, les manifestations de toutes celles et tous ceux qui estiment que le tempo parlementaire ou de celui de nos sessions de votation va trop lentement. Et c’est un droit d’utiliser d’autres canaux, pacifiques et respectueux, pour exprimer sa résistance.

Sur ces places hautement symboliques, l’écho porte plus loin. Il est visible. Cet écho fait donc peur à certain.e.s. Pourtant, c’est la base même de notre démocratie, le lien avec la réalité, avec le quotidien.

Comment comprendre aujourd’hui l’évacuation des manifestant.e.s pour le climat, alors même que les lobbys sont confortablement installés dans une salle réservée dans le palais et que certains font même partie du rôle parlementaire d’élu.e.s. La population doit pouvoir s’adresser directement aux Chambres fédérales pour faire part de ses préoccupations. Les sessions sont l’occasion idéale de faire connaître ses intérêts et ses revendications publiquement et à l’adresse des personnes élu.e.s par le peuple. Pas de restriction à la liberté d’expression !

Des avions de combat à coûts multiples

A elle seule, l’armée émet chaque année près de 240’000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère dont la moitié provient de l’armée de l’air. Mais son bilan carbone ne s’arrête pas là. La nouvelle flotte d’avions de combat, que le Conseil fédéral s’apprête à acheter, promet de consommer 5’000 litres de kérosène par avion et par heure. C’est l’équivalent d’une voiture qui fait deux fois et demie le tour de la terre.

Pourtant la Suisse, en signant les accords de Paris, s’est engagée à limiter la hausse de la température mondiale bien en deçà de 2 degrés et à poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5 degrés. Et ce n’est pas avec son train de vie actuel qu’elle y parviendra : elle se dirige vers un scénario mondial à près de 6 degrés d’augmentation. Nous avons certes peu d’industries et délocalisons donc une grande part de nos émissions, mais cela n’atténue ni notre impact, ni notre responsabilité. L’achat de ces avions, hautement nuisibles pour l’environnement, ne fera qu’accentuer une des menaces les plus importante qui nous guette, celle du changement climatique.

A côté du coût environnemental, il y a le coût financier. On nous annonce une facture de 6 milliards pour l’acquisition d’une quarantaine d’avions de combat. C’est le double du prix des Gripen, ces avions que nous avions largement rejetés, avec l’unanimité des cantons romands, en votation en 2014. Et ce budget n’intègre pas les frais courants, ceux d’entretien, de carburant sur l’entier de la durée de vie de ces avions, soit une somme totale estimée à 24 milliards, autrement dit 600 millions de francs chaque année jusqu’en 2070. Drôle de tableau, alors que la crise sanitaire frappe durement notre pays et que de nouvelles mesures d’austérité ne cessent d’être imposées dans les domaines du social et de la santé. Face aux catastrophes humanitaires et environnementales, la Suisse doit exporter la paix et cesser d’alimenter des guerres surannées et hors de prix.

Loi sur la chasse: animaux sauvages en proie

Alors que l’Europe entrait en confinement au début du printemps, la nature, débridée, libérait ses animaux sauvages. N’a-t-on pas vu, avec émotion, des sangliers se promener dans les rues de Barcelone ou des cygnes glisser sur les eaux de la lagune vénitienne ? Ce sont des mêmes animaux ou presque dont on reparle aujourd’hui. Le 27 septembre prochain, la population suisse devra en effet se prononcer sur la révision de la loi sur la chasse. Un intitulé court et qui porte bien son nom. En quelques années de débats, nous sommes passés d’une loi rédigée pour la protection des animaux sauvages à une loi qui les traque. De son nom complet, la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages est devenue une loi d’abattage.

Dans sa nouvelle mouture, la loi permet au Conseil fédéral, en tout temps et sans l’avis du Parlement ou du peuple, d’étendre la liste des espèces « régulables ». Les animaux ciblés par de nouveaux tirs seraient le lynx, le castor, la loutre, le héron cendré ou le canard harle bièvre. Les espèces menacées sont par ailleurs toujours sujettes à la chasse, comme le coq de Bruyère, la perdrix des neiges ou la bécasse des bois, ce bel oiseau, dont le plumage ressemble à des écailles, pro du camouflage et qui, tapis au sol, saura peut-être échapper aux chasseurs !

Le principe du tir préventif surgit aussi de la loi. Des dégâts ne sont plus requis pour réguler une population. Autrement dit, on est dans l’anticipation et la probabilité de causer des dommages, avec une marge d’interprétation et d’évaluation. Cela d’autant plus que les cantons sont désormais seuls à bord pour décider de l’abattage ou non : les animaux sont en proie à l’appréciation cantonale, plus perméable aux groupes de pressions locaux.

Et le loup dans tout cela ? Cet animal de légende, entre peur et divination, est aussi l’animal qui régule naturellement les ongulés, comme les cerfs, les chevreuils ou les sangliers, permettant à la forêt de mieux se renouveler. Pour le tenir éloigné des moutons, les chiens de protection des troupeaux jouent un rôle central.

Pour respecter les animaux sauvages, assurer leur diversité mais aussi protéger les forêts de montagne, il faut refuser cette loi. Ce débat devrait aussi nourrir la réflexion sur notre rapport au sauvage et à cette idée immuable de vouloir toujours domestiquer le monde.