Une pierre à l’édifice de l’égalité

Depuis 1981, sous l’égide de l’article 8 de la Constitution fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, le droit suisse a été régulièrement modifié pour corriger d’importantes inégalités. Ces avancées montrent l’ampleur du chemin parcouru. Mais la route est longue et encore largement semée d’obstacles. Valoriser la place des femmes dans la société ou dans le monde politique en particulier n’est pas un acte acquis.

Elles sont en moyenne 27,4% à siéger dans un législatif cantonal en Suisse et elles étaient 24% à siéger au Grand Conseil genevois lors de la dernière élection en 2013. La proportion est encore plus faible dans les exécutifs, où les femmes doivent par ailleurs se battre pour y maintenir leur place. Le cas des Conseillères d’Etat genevoises, ces dix dernières années est éloquent : toutes, tous partis confondus, ont été attaquées et fortement discréditées, un moment ou un autre de leur législature, allant jusqu’à impacter leurs réélections.  Ont-t-elles réellement démérité ? Sont-elles moins compétentes que les hommes ? Ont-t-elles gravement failli à leur fonction ? Loin de tout cela ! Elles ont de commun qu’elles sont femmes et qu’en politique, on ne leur pardonne rien, au contraire elles doivent redoubler de compétence et multiplier les exigences.

Aujourd’hui encore, les femmes sont sous-représentées dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne, comme en politique. Il suffit de lever les yeux dans l’espace public soit notre espace commun à toutes et tous, pour s’apercevoir que seulement 4,5% des noms des rues portent le nom d’une femme. En effet, à Genève sur les 700 rues pourtant le nom d’un personnage célèbre, 31 font référence à une grande dame. La question de l’égalité se joue à chaque coin de rue. La bataille est loin d’être remportée mais chaque pas est une victoire. A ce titre, une motion que j’ai déposée sur le sujet au Grand Conseil, et soutenue à la quasi unanimité, porte ses fruits aujourd’hui : on vient de baptiser de nouvelles rues aux Eaux-Vives et à Vernier au nom de femmes.

L’élection récente de deux femmes politiques brillantes et engagées, ailleurs dans le monde, donne aussi espoir. Elles sont atypiques et font certainement de la politique autrement. En Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern, 37 ans, DJ dans son temps libre, est la troisième femme à être Première ministre dans ce pays progressiste qui est le premier à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893. En Islande, Katrin Jakobsdottir, 41 ans, critique célèbre de romans policiers et présidente du Parti écologique de gauche, devient la deuxième femme à diriger l’Islande. Deux femmes dans deux pays dont le PIB est élevé et démontrent à quel point, au-delà de la quête éthique de l’égalité, l’accès des femmes à des postes clé est aussi un atout pour l’économie.

Le 15 avril prochain à Genève, nous pouvons faire les bons choix, pour une société plus égalitaire et plus juste. Gageons que le  Grand Conseil et le Conseil d’Etat soient plus féminins pour apporter une nouvelle pierre à l’édifice de l’égalité.