Le climat, de la parole aux actes

A Genève, la concentration d’ozone dans l’air dépasse depuis plusieurs jours les valeurs limites et l’aéroport de Cointrin poursuit sa folle croissance. En Suisse, une voiture sur deux vendues en 2018 était un véhicule 4×4 tandis que la majorité du Conseil national vient d’augmenter d’un milliard le crédit pour réaliser de nouvelles routes. Sans oublier l’exportation d’armes dans les pays en conflit, et ce en toute impunité. Ce bien triste tableau se heurte pourtant à des levées de boucliers, toujours plus puissantes.

Ce sont les marches pour le climat qui se multiplient, attirant des dizaines de milliers de jeunes et de moins jeunes. Ce sont aussi les derniers succès des Verts à Zurich et à Lucerne ou les avancées notoires au Grand Conseil genevois sur le plastique, les pesticides, la taxation des billets d’avion ou encore la récolte fructueuse de signatures pour le référendum contre la perte de 14 hectares de terres agricoles au Pré-du-Stand au Grand Saconnex.

La mobilisation de chacune et chacun porte ses fruits. On ne peut plus se satisfaire d’intention ou d’orientation, il faut agir, par des actions concrètes ancrées dans notre quotidien et dans nos actes politiques. Le climat se décline dans toutes les politiques publiques : la mobilité, la biodiversité, l’énergie, la consommation, l’égalité, … Au niveau individuel, c’est apporter son propre bol au resto take away thai, consommer moins ou pas de viande, privilégier les aliments biologiques et locaux, se déplacer à vélo ou refuser un week-end en avion à Barcelone. Au niveau politique, c’est créer un terrain fertile pour que ces pratiques quotidiennes deviennent la réalité de toutes et tous. C’est ensemble que nous devons revendiquer nos exigences pour sauver le climat.

Chaque seconde la Suisse bétonne un mètre carré de son territoire

C’est comme une tâche d’huile, comme une coulée de benzine. Le béton se répand sur le sol à vive allure. Ce phénomène, que l’on appelle mitage du territoire, étalement urbain ou dispersion des constructions n’est pas nouveau : en 33 ans, on a bétonné en Suisse une surface égale au lac Léman.
Cette course folle n’est pas prête de s’arrêter et sévit tous les jours.

Quotidiennement, la superficie de 8 terrains de football de terres agricoles disparaît sous le béton. En comparaison, cela reviendrait à bétonner, tous les quatre jours, une surface équivalente à la vieille ville de Genève soit la somme de 90 vieilles villes sur une année. En d’autres termes, chaque 24 heures, la superficie nouvellement urbanisée correspond à l’espace requis pour 6’400 stationnements automobiles. Chaque seconde la Suisse bétonne donc près d’un mètre carré de son propre territoire.

Ce sont autant d’images révélatrices d’une catastrophe programmée. A quand une ville ininterrompue entre Genève et Lausanne ? Ou entre Berne et Zürich ? Cette dissémination du bâti, faisant échos à des modes de vie toujours plus énergivores, amène une augmentation du trafic et de nouvelles constructions routières, qui, à leur tour, contribuent à l’usure du sol.

Chaque nouvelle brique de béton posée dans un champ asphyxie la terre et détruit un morceau de notre vie. Celle qui nous nourrit de son agriculture et de ses paysages. Préférons la contemplation, la biodiversité et l’agriculture de proximité, l’initiative stop mitage nous le rappelle si justement.

Une pierre à l’édifice de l’égalité

Depuis 1981, sous l’égide de l’article 8 de la Constitution fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes, le droit suisse a été régulièrement modifié pour corriger d’importantes inégalités. Ces avancées montrent l’ampleur du chemin parcouru. Mais la route est longue et encore largement semée d’obstacles. Valoriser la place des femmes dans la société ou dans le monde politique en particulier n’est pas un acte acquis.

Elles sont en moyenne 27,4% à siéger dans un législatif cantonal en Suisse et elles étaient 24% à siéger au Grand Conseil genevois lors de la dernière élection en 2013. La proportion est encore plus faible dans les exécutifs, où les femmes doivent par ailleurs se battre pour y maintenir leur place. Le cas des Conseillères d’Etat genevoises, ces dix dernières années est éloquent : toutes, tous partis confondus, ont été attaquées et fortement discréditées, un moment ou un autre de leur législature, allant jusqu’à impacter leurs réélections.  Ont-t-elles réellement démérité ? Sont-elles moins compétentes que les hommes ? Ont-t-elles gravement failli à leur fonction ? Loin de tout cela ! Elles ont de commun qu’elles sont femmes et qu’en politique, on ne leur pardonne rien, au contraire elles doivent redoubler de compétence et multiplier les exigences.

Aujourd’hui encore, les femmes sont sous-représentées dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne, comme en politique. Il suffit de lever les yeux dans l’espace public soit notre espace commun à toutes et tous, pour s’apercevoir que seulement 4,5% des noms des rues portent le nom d’une femme. En effet, à Genève sur les 700 rues pourtant le nom d’un personnage célèbre, 31 font référence à une grande dame. La question de l’égalité se joue à chaque coin de rue. La bataille est loin d’être remportée mais chaque pas est une victoire. A ce titre, une motion que j’ai déposée sur le sujet au Grand Conseil, et soutenue à la quasi unanimité, porte ses fruits aujourd’hui : on vient de baptiser de nouvelles rues aux Eaux-Vives et à Vernier au nom de femmes.

L’élection récente de deux femmes politiques brillantes et engagées, ailleurs dans le monde, donne aussi espoir. Elles sont atypiques et font certainement de la politique autrement. En Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern, 37 ans, DJ dans son temps libre, est la troisième femme à être Première ministre dans ce pays progressiste qui est le premier à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893. En Islande, Katrin Jakobsdottir, 41 ans, critique célèbre de romans policiers et présidente du Parti écologique de gauche, devient la deuxième femme à diriger l’Islande. Deux femmes dans deux pays dont le PIB est élevé et démontrent à quel point, au-delà de la quête éthique de l’égalité, l’accès des femmes à des postes clé est aussi un atout pour l’économie.

Le 15 avril prochain à Genève, nous pouvons faire les bons choix, pour une société plus égalitaire et plus juste. Gageons que le  Grand Conseil et le Conseil d’Etat soient plus féminins pour apporter une nouvelle pierre à l’édifice de l’égalité.