Stations de ski rouvertes: la majorité de droite glisse et dérape

L’intimité entre l’art de la scène et le public existe depuis plus de vingt-cinq siècles. Cette interaction nécessaire entre le public et l’art est suspendue actuellement par les règles sanitaires et la mission des artistes dramatiquement interrompue. Bien sûr, dehors, la pandémie continue de faire des ravages et la protection de la population, celle des artistes y compris, doit rester une priorité pour la collectivité publique… tout comme la préservation de la capacité de nos hôpitaux et de notre système de santé.

Le spectacle qui se déroule sous nos yeux, loin d’être un hymne à la culture, est une ode à la consommation à tout prix et sous toutes ses formes. Par ici on fait le forcing pour rouvrir tous les magasins, pour assurer le plein d’achats avant Noël. Par-là, on libère les stations de ski, pour faire tourner à plein régime les remontées mécaniques, rouvrir les hôtels et les restaurants des pistes. La majorité de droite du Conseil national vient d’accepter une déclaration invitant la Suisse à supprimer toute prescription plus stricte en lien avec la Covid-19 pour les sports d’hiver. Alors que la Suisse est régulièrement pointée du doigt dans le monde pour son laisser-faire dans cette crise sanitaire sans précédent, et que nous avons été plusieurs semaines de suite un des pays les plus touchés en Europe, la majorité de droite du Conseil national fait non seulement fi de notre système de santé sous pression, mais également des pratiques de nos voisins les plus proches (France, Allemagne, Italie).

L’ouverture à tout va risque bien de remettre à plus tard un retour à la normale. Dans la frénésie d’une économie, qui ne peut se mettre en pause, même quand des vies humaines sont en jeu, on laisse au second plan certains secteurs, notamment la culture. Ce milieu-là représente notamment 10% de notre PIB. Son rôle est crucial, nous devons donner du sens à ce que nous vivons actuellement et les artistes peuvent le faire. La culture, celle qui nous permettra de retisser des liens et qui appelle au secours depuis plusieurs mois, ne doit pas être oubliée.

La place financière suisse partenaire de la guerre ?

La Suisse interdit le financement des armes nucléaires, des armes biologiques, des armes chimiques ou encore des mines anti-personnelles. C’est une évidence mais cela ne suffit pas. La Suisse doit aujourd’hui aussi interdire le financement des producteurs de matériel de guerre. Même si son influence dans le monde est restreinte, la Suisse peut donner un signal fort aux autres pays, elle peut servir de modèle et montrer l’exemple. Et ce message s’adresse en premier lieu à la place financière : ce secteur joue souvent un rôle contradictoire par rapport aux grandes orientations politiques que nous souhaitons mener en Suisse :

  • sur la question climatique, la place financière suisse investit massivement dans les énergies fossiles alors que notre pays a l’ambition, même timide, d’en sortir (voir sur ce thème mon initiative parlementaire Les comptes de la Confédération sous le prisme du climat)
  • sur la question des guerres à travers le monde, la place financière suisse accepte de financer des producteurs de matériel de guerre, alors que notre pays se dit neutre et joue sur ses bons offices et sa diplomatie de la paix.

Cette économie de la guerre et de la mort est d’ailleurs en pleine croissance à entendre le Secrétariat d’Etat à l’économie quand il annonçait fièrement que les ventes de matériel de guerre à l’étranger avaient augmenté de 43%. Comment comprendre, aujourd’hui, cette Suisse prête à financer des conflits, de manière indirecte parfois, tout en soutenant activement le réseau diplomatique ? Si on considère par ailleurs qu’une partie des grandes décisions diplomatiques dans le monde, ayant pour but la résolution des conflits, sont prises à Genève, l’investissement de la place financière suisse dans les guerres est non seulement contradictoire mais met à mal l’image de notre canton, de notre pays, et il est fort à parier que nous pourrions payer un jour le prix de ces contradictions, si rien n’est fait rapidement.

Aujourd’hui, l’Afghanistan, le Yémen, le Soudan du Sud, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la Syrie, l’Irak, le Mali, le Nigeria ou encore la Somalie sont en guerre. Des guerres qui font des morts, des ravages dans la société et dont les premières victimes sont souvent des enfants. Un récent rapport de l’ONG Save the Children précisait qu’en 2017, 18% de tous les enfants du monde – c’est-à-dire près de 420 millions d’enfants – vivaient dans des zones touchées par des conflits, soit presque 1 enfant sur 5, qui souffre de la faim, du manque d’hygiène ou d’accès aux soins de santé, autant de conséquences directes de la guerre.

Le financement de matériel de guerre n’est pas digne d’un pays neutre qui dit œuvrer pour la paix. La Suisse doit exporter son aide et des solutions pacifistes et en aucun cas exporter la guerre. Je ne veux être ni témoin, ni complice. Je refuse, sous la pression de retombées négatives qui affecteraient dans une mesure excessive l’activité de la Banque nationale suisse, mais aussi celle des fondations, des caisses de pension et des fonds de compensation, de menacer des populations entières et, par là même, de favoriser la violation des droits humains. Pour toutes ces raisons, je soutiendrai l’initiative “pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre”

Loi CO2: les premiers jalons d’une politique climatique en Suisse

La loi CO2 est un progrès indiscutable par rapport au statut quo.

  1. Elle pose l’objectif de réduction d’émissions de CO2 pour 2030 d’au moins 50 % dont 3/4 à réaliser en Suisse.
  2. Elle inscrit dans nos bases légales la nécessité de ne pas dépasser un réchauffement de 2 degrés, idéalement de 1,5 degrés.
  3. Elle renforce la taxe CO2 incitative sur le mazout. 2/3 des recettes sont remboursées directement à la population, le reste est investi dans l’assainissement des bâtiments. C’est la sortie programmée des chauffages à mazout !
  4. Elle impose des normes d’émission de CO2 plus strictes pour les nouveaux véhicules importés, de sorte que d’ici 2030, ces véhicules émettront deux fois moins de CO2. C’est la fin des grosses 4×4 !
  5. Elle introduit une taxe sur les billets d’avion et les jets privés. La moitié des recettes est redonnée cash à la population, l’autre moitié nourrit un fond climat, créé pour soutenir la transition énergétique et l’adaptation aux dérèglements climatiques. C’est la relance des trains de nuit !
  6. Elle oblige la Banque national suisse et l’autorité fédérale de surveillance des marchés financiers à analyser et tenir compte des risques climatiques de leurs flux financiers. La place financière sort de sa bulle !

Partout dans la loi, nous pouvions aller plus loin, partout, nous devions aller plus loin, en particulier dans les secteurs des finances, le plus polluant, et des transports. Malgré nos insistances, les majorités en place ne l’ont pas permis. Cette révision de la loi sur le CO2 n’est pas un pas de géant mais elle pose les premiers jalons d’une politique climatique.

Refuser cette loi aujourd’hui serait irresponsable, ce serait perdre ses acquis et perdre du temps à combattre ce que nous avons obtenu alors que nous avons tellement de travail devant nous : l’initiative sur les glaciers, les initiatives sur les pesticides, la politique agricole, la révision de la loi sur l’énergie, tant de combats qui seront décisifs ! Il serait aussi illusoire de croire que cette loi répondra à elle seule à l’urgence climatique. Il faut donc la voter et sans attendre amorcer le pas suivant.

La place fédérale : l’agora de la capitale

Depuis 1925, l’interdiction de manifester sur la Place fédérale pendant les sessions parlementaires est en vigueur. Si la gestion de l’occupation du domaine public est une responsabilité de la ville de Berne, l’avis du Parlement a toujours été prépondérant. En effet, l’Assemblée fédérale, dans sa majorité et depuis 75 ans, s’est toujours opposée à tout rassemblement de citoyen.ne.s devant son palais alors qu’elle y siégeait.

Au-delà des rumeurs qui pourraient importuner la concentration du travail parlementaire, il est aussi évoqué l’influence que pourrait avoir certains groupes sur les élu.e.s qui transitent sur la place.

Cette place n’est-elle pourtant pas un lieu d’expression par excellence ? Nichée au cœur de la ville, face au palais fédéral, élément central de la démocratie suisse, cette place n’est-elle pas l’agora de la capitale ? A l’image de la place des Nations à Genève, face à l’ONU, qui reçoit au quotidien le témoignage de communautés, d’associations, de collectifs qui interpellent l’opinion publiques et les organisations internationales.

Notre pays a du mal à faire cohabiter ses différentes formes d’expression quand elles sortent du parlementarisme stricto sensu et de la démocratie directe : jusqu’ici, certain.e.s espéraient que notre démocratie directe étouffe à elle toute seule l’expression de la rue, les manifestations de toutes celles et tous ceux qui estiment que le tempo parlementaire ou de celui de nos sessions de votation va trop lentement. Et c’est un droit d’utiliser d’autres canaux, pacifiques et respectueux, pour exprimer sa résistance.

Sur ces places hautement symboliques, l’écho porte plus loin. Il est visible. Cet écho fait donc peur à certain.e.s. Pourtant, c’est la base même de notre démocratie, le lien avec la réalité, avec le quotidien.

Comment comprendre aujourd’hui l’évacuation des manifestant.e.s pour le climat, alors même que les lobbys sont confortablement installés dans une salle réservée dans le palais et que certains font même partie du rôle parlementaire d’élu.e.s. La population doit pouvoir s’adresser directement aux Chambres fédérales pour faire part de ses préoccupations. Les sessions sont l’occasion idéale de faire connaître ses intérêts et ses revendications publiquement et à l’adresse des personnes élu.e.s par le peuple. Pas de restriction à la liberté d’expression !

Des avions de combat à coûts multiples

A elle seule, l’armée émet chaque année près de 240’000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère dont la moitié provient de l’armée de l’air. Mais son bilan carbone ne s’arrête pas là. La nouvelle flotte d’avions de combat, que le Conseil fédéral s’apprête à acheter, promet de consommer 5’000 litres de kérosène par avion et par heure. C’est l’équivalent d’une voiture qui fait deux fois et demie le tour de la terre.

Pourtant la Suisse, en signant les accords de Paris, s’est engagée à limiter la hausse de la température mondiale bien en deçà de 2 degrés et à poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5 degrés. Et ce n’est pas avec son train de vie actuel qu’elle y parviendra : elle se dirige vers un scénario mondial à près de 6 degrés d’augmentation. Nous avons certes peu d’industries et délocalisons donc une grande part de nos émissions, mais cela n’atténue ni notre impact, ni notre responsabilité. L’achat de ces avions, hautement nuisibles pour l’environnement, ne fera qu’accentuer une des menaces les plus importante qui nous guette, celle du changement climatique.

A côté du coût environnemental, il y a le coût financier. On nous annonce une facture de 6 milliards pour l’acquisition d’une quarantaine d’avions de combat. C’est le double du prix des Gripen, ces avions que nous avions largement rejetés, avec l’unanimité des cantons romands, en votation en 2014. Et ce budget n’intègre pas les frais courants, ceux d’entretien, de carburant sur l’entier de la durée de vie de ces avions, soit une somme totale estimée à 24 milliards, autrement dit 600 millions de francs chaque année jusqu’en 2070. Drôle de tableau, alors que la crise sanitaire frappe durement notre pays et que de nouvelles mesures d’austérité ne cessent d’être imposées dans les domaines du social et de la santé. Face aux catastrophes humanitaires et environnementales, la Suisse doit exporter la paix et cesser d’alimenter des guerres surannées et hors de prix.

Loi sur la chasse: animaux sauvages en proie

Alors que l’Europe entrait en confinement au début du printemps, la nature, débridée, libérait ses animaux sauvages. N’a-t-on pas vu, avec émotion, des sangliers se promener dans les rues de Barcelone ou des cygnes glisser sur les eaux de la lagune vénitienne ? Ce sont des mêmes animaux ou presque dont on reparle aujourd’hui. Le 27 septembre prochain, la population suisse devra en effet se prononcer sur la révision de la loi sur la chasse. Un intitulé court et qui porte bien son nom. En quelques années de débats, nous sommes passés d’une loi rédigée pour la protection des animaux sauvages à une loi qui les traque. De son nom complet, la loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages est devenue une loi d’abattage.

Dans sa nouvelle mouture, la loi permet au Conseil fédéral, en tout temps et sans l’avis du Parlement ou du peuple, d’étendre la liste des espèces « régulables ». Les animaux ciblés par de nouveaux tirs seraient le lynx, le castor, la loutre, le héron cendré ou le canard harle bièvre. Les espèces menacées sont par ailleurs toujours sujettes à la chasse, comme le coq de Bruyère, la perdrix des neiges ou la bécasse des bois, ce bel oiseau, dont le plumage ressemble à des écailles, pro du camouflage et qui, tapis au sol, saura peut-être échapper aux chasseurs !

Le principe du tir préventif surgit aussi de la loi. Des dégâts ne sont plus requis pour réguler une population. Autrement dit, on est dans l’anticipation et la probabilité de causer des dommages, avec une marge d’interprétation et d’évaluation. Cela d’autant plus que les cantons sont désormais seuls à bord pour décider de l’abattage ou non : les animaux sont en proie à l’appréciation cantonale, plus perméable aux groupes de pressions locaux.

Et le loup dans tout cela ? Cet animal de légende, entre peur et divination, est aussi l’animal qui régule naturellement les ongulés, comme les cerfs, les chevreuils ou les sangliers, permettant à la forêt de mieux se renouveler. Pour le tenir éloigné des moutons, les chiens de protection des troupeaux jouent un rôle central.

Pour respecter les animaux sauvages, assurer leur diversité mais aussi protéger les forêts de montagne, il faut refuser cette loi. Ce débat devrait aussi nourrir la réflexion sur notre rapport au sauvage et à cette idée immuable de vouloir toujours domestiquer le monde.

La loi sur le CO2, un petit pas dans la juste direction

Le Conseil national, dans sa grande majorité, vient d’accepter la loi sur le CO2. Loin d’être un pas de géant, cette révision totale de la loi pose les jalons d’une politique climatique. Au final, même si le texte voté n’est pas assez ambitieux et qu’il ne va ni assez loin, ni assez vite, il va au moins dans la juste direction, raison pour laquelle il faut soutenir cette loi.

À elle seule, la loi CO2 ne parvient toutefois pas à atteindre le projet zéro émissions nettes de CO2 d’ici 2050. Pendant le débat, plusieurs tentatives pour rétablir la justice climatique ont malheureusement échoué, alors que toutes n’étaient que cohérence avec les engagements internationaux que nous avons pris à Paris.

En quelques lignes et concrètement, que propose la loi ?
– Une taxe incitative sur les billets d’avion de 30 à 120 francs et sur les vols en jets privés de 500 à 5’000 francs : la moitié de ces taxes sera redistribuée « cash » à la population et l’autre moitié alimentera un fond climat.
– La création d’un fond climat : il permettra de financer des mesures d’assainissement des bâtiments, de développer les ressources renouvelables, d’assurer la protection contre les dégâts climatiques et le remplacement des chauffages à mazout ou électriques.
– Le soutien aux énergies renouvelables
– L’assainissement du parc automobile : dès 2030, les voitures importées devront consommer deux fois moins d’essence qu’aujourd’hui.
– L’augmentation de 10 centimes le litre d’essence : soit quelques francs de plus pour un plein d’essence d’une voiture de tourisme.
– L’augmentation de la taxe incitative CO2 sur le mazout de 120 francs/tonne de CO2 à 210 francs/tonne de CO2 : les deux tiers de la recette de la taxe seront redistribués à la population et aux entreprises tandis que le tiers restant alimentera le programme d’assainissement des bâtiments et une partie du fonds climat.
– La fin du chauffage à mazout : dès 2023 lors de remplacement de chauffage.
Grâce à la redistribution des taxes incitatives sur le mazout et les vols en avion, 70 à 90% de la population gagnera plus de la redistribution que ce qu’elle n’aura dépensé en taxes, d’après les études Sotomo. Sans même parler du prix du baril de pétrole, qui a rarement été aussi bas, et des voitures qui consommeront moitié moins.

La Suisse rejette chaque année dans l’atmosphère 46,4 millions de tonnes d’équivalents-CO2, soit 5,4 tonnes d’équivalents-CO2 par habitant. Et ces chiffres n’incluent pas le transport aérien et maritime international. Si on ajoute à cette quantité les émissions que la Suisse génère à l’étranger par la fabrication des produits importés, on arrive à environ à 14 tonnes d’équivalents-Co2 par habitant, soit plus du double que la moyenne mondiale. Actuellement, avec son train de vie, la Suisse se dirige vers un scénario mondial à près de 6 degrés d’augmentation, avec des conséquences catastrophiques pour l’être humain et l’environnement.

Il est donc temps d’agir ! La révision totale de la loi sur le CO2, nous donne l’opportunité de faire un pas dans la bonne direction, de franchir un cap. Ce n’est pourtant ni l’unique outil, ni la réponse à tous les maux, encore moins un refuge ou une bonne conscience. Nous comptons toujours sur l’initiative des glaciers, la politique agricole 2022 ou les initiatives sur les pesticides et bien sûr la pression de la rue pour poursuivre le travail ! Les enjeux sont de taille et ne répondent pas seulement à une aspiration politique mais bien à une urgence vitale.

Cuite au kérosène

L’ambiance est aseptisée et les échanges contrôlés par la distanciation physique. Toutefois, malgré les milliers de mètres cubes du Bern EXPO, le Parlement aura probablement manqué d’oxygène ou simplement d’air pur. Après un débat fleuve sur le budget, le Conseil national, en apnée peut-être, débloque une enveloppe de 1,8 milliard en faveur des compagnies d’aviation. Le lendemain, il remet une couche et vote un surplus de 600 millions pour le secteur aéroportuaire actif au sol. Définitivement, le Parlement s’est pris une cuite au kérosène et le climat accusera le coup !

En Autriche, le gouvernement a accepté un soutien au secteur aéronautique mais l’a conditionné à des mesures climatiques fortes, notamment en pointant en premier lieu les court-courriers. Ce même pays, quelques années avant, rachetait la flotte de trains de nuit allemands, développant ainsi avec succès un marché dans le nord de l’Europe. Il a certainement construit le terrain lui permettant d’entamer sa reconversion vers des transports plus écologiques.

Mais le terrain est loin d’être conquis. De nombreuses liaisons ferroviaires, notamment pour le sud de l’Europe, en direction de Barcelone ou de Rome, mais aussi Copenhague ou Bruxelles ont disparu. La Suisse, ce petit pays au cœur de l’Europe et à la pointe mondiale en matière ferroviaire, a pourtant une carte à jouer ! Elle a même un boulevard, mais elle n’a pas su saisir l’occasion ce matin au Conseil national. Elle pouvait entamer sa nécessaire reconversion, et rediriger son soutien vers un secteur durable de transport. A terme, l’ivresse du Parlement coûtera cher au climat.

Des menaces silencieuses

Des sangliers se promènent dans les rues de Barcelone tandis que des cygnes glissent sur les eaux de la lagune vénitienne. Le ciel est immaculé, le printemps est là, pleinement. Les routes sont presque vides, les avions sont à terre et la pollution atmosphérique a chuté. La nature est en force, elle bourgeonne, en contraste avec une société à l’arrêt, une société confinée, une société malade.

Nous devrons vite panser les plaies ouvertes de la crise sanitaire, stopper l’hémorragie par des mesures urgentes : assurer des salaires, sauver des entreprises et le monde culturel, soutenir les milieux de la santé, protéger les plus démuni.e.s.

Mais il s’agira aussi, et sans attendre, de soigner durablement la société. Sur les cendres de la crise, nous devrons poser les jalons d’un monde plus juste et plus durable et opérer un changement en profondeur de nos modes de production et de consommation.

Cette transformation écologique de la société ne répond pas seulement à une aspiration politique mais bien à une urgence vitale. Nous le savons, nos ressources naturelles sont surexploitées, notre économie délocalisée, le déclin de la biodiversité s’accélère et l’activité humaine, notre manière de consommer le monde atteignent directement l’environnement. Sortir de la crise climatique c’est sortir de l’ère pétrole et remettre en cause une société consumériste, en perpétuelle croissance et une vision à court terme. Les derniers rapports du GIEC sont alarmants et les objectifs des accords de Paris ne sont toujours pas atteints.

La Suisse, aujourd’hui, nous montre sa capacité de mobilisation financière pour répondre à la pandémie. Il s’agira d’être aussi fort pour répondre à l’urgence climatique. Face aux menaces silencieuses, celle du virus bien sûr, mais aussi celle de la pollution atmosphérique, des inégalités, de l’extinction des insectes, de la fonte des glaciers ou des microplastiques dans nos lacs, restons fort.e.s et mobilisé.e.s.

Alors que beaucoup sont au front, la société vit aujourd’hui au ralenti. Ce rythme plus lent est aussi le temps de la réflexion. Sur le socle de la solidarité, que nous pratiquons au quotidien face au Covid 19, réorientons notre société.

Loi sur le CO2 : des éco bonus pour le climat

Le nouveau parlement devra traiter ce printemps la loi sur le CO2. Loin d’une révolution mais posant les justes jalons, cette loi est déclinée sous l’angle des éco bonus. Ce système incitatif de bonus-malus permet de prélever sur les technologies polluantes et de redistribuer l’argent à la population et dans des projets durables.

C’est le cas de l’actuelle dite taxe C02 sur le mazout, en place depuis 2008, retournée à la population via l’assurance maladie et sous forme de subvention pour l’isolation des bâtiments et le chauffage hors fossile, également retournée aux entreprises via l’AVS.

L’éco bonus sur les billets d’avion, comme nouvelle mesure, fonctionnerait sur le même principe. C’est le système même d’une prime ou d’un bonus qui reconnaît et valorise le comportement éco-compatible.

Contrairement à ce qui s’entend souvent, il ne s’agit pas d’une véritable taxe ou d’un nouvel impôt. L’argent retourne à la population et lui permet précisément d’accéder financièrement plus facilement aux alternatives propres. Cette étape est incontournable pour réduire nos émissions de CO2, même si elle ne va ni assez loin, ni assez vite.