Les acteurs économiques en sauveurs de l’accord-cadre

Les atermoiements du Conseil fédéral sur l’accord institutionnel menacent l’avenir de nos relations avec notre principal partenaire commercial. La mobilisation de la société civile, économie en tête, sera décisive pour convaincre la population de pérenniser la voie bilatérale.

Le mauvais ballet diplomatique que le Conseil fédéral joue depuis trop longtemps avec l’Union européenne sur l’air de l’accord-cadre a de quoi laisser pantois. Le récent voyage entrepris par le président de la Confédération, Guy Parmelin, à Bruxelles n’en constitue hélas qu’un acte supplémentaire. Car voilà des années que l’accord institutionnel, censé consolider la voie bilatérale avec l’Union européenne, est traité par Berne avec un souverain mépris, pour ne pas dire un mépris du souverain. Ainsi donc, l’accord serait devenu d’un coup «déséquilibré»? Voilà qui n’est guère sérieux.

Après cette énième pantalonnade, la Commission de politique extérieure du Conseil national (CPE-N) a demandé fermement au gouvernement, lundi, de poursuivre les négociations et de se montrer créatif concernant les trois points qui achoppent encore, à savoir les aides d’Etat, la libre circulation des personnes et le niveau de salaires des travailleurs détachés. Ce coup de gueule parlementaire fait du bien et montre que les partis, même s’ils paraissaient avoir renoncé à conclure un tel accord, prennent la mesure de son importance pour l’avenir de nos relations avec notre principal partenaire commercial. Ce ne sont pas les medtechs, suspendues à la réactualisation du règlement sur les dispositifs médicaux d’ici au 26 mai, qui diront le contraire.

Les cantons entrent en jeu

A cette foucade bienvenue s’ajoute l’adoption, par cette même CPE-N, d’une motion du Conseil des États demandant que le parlement, le peuple et les cantons soient consultés lors de la mise en œuvre éventuelle de l’accord institutionnel avec l’Union européenne, comme le relate «24 heures» de ce mercredi. Ces mêmes cantons ont par ailleurs demandé à être officiellement consultés sur le sujet et à obtenir des informations supplémentaires sur l’état actuel du dossier. Porte-parole du Conseil fédéral, André Simonazzi a confirmé la chose cette semaine, sans donner plus de précisions.

Ce frémissement ravive l’espoir de voir l’accord-cadre sortir des limbes dans lesquelles il se trouve. A ce stade, il paraît pourtant clair que le collège gouvernemental, vu les dissensions qui règnent en son sein, aura bien de la peine à jouer les porte-drapeaux de cette cause, tant il a perdu de crédibilité. Depuis des mois, ce sont bel et bien les milieux économiques, ainsi que le monde de l’éducation et de l’innovation, qui défendent avec conviction cet accord. Pour d’excellente raisons qui ont pour nom continuité et prospérité. Ces messages, acceptons-en l’augure, vont bien finir par convaincre une majorité des vertus d’une voie bilatérale consolidée.

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Une législation bénéfique au climat et à l’économie

La loi sur le CO2, soumise au vote en juin prochain, constitue un bon compromis pour faire face aux défis environnementaux. Entre encouragements et mesures incitatives, elle permet d’investir dans l’innovation, de maintenir et de créer des emplois dans notre pays.

Les glaciers fondent, les laves torrentielles se multiplient et les records de chaleur sont battus chaque été. Devant cette urgence climatique que personne ne peut nier, c’est le moment de passer à l’action. La loi sur le CO2, sur laquelle les citoyens se prononceront le 13 juin, constitue un bon moyen de s’y mettre. Elle vise à libérer graduellement notre pays de sa dépendance aux énergies fossiles – qui nous coûtent chaque année huit milliards en importations – tout en favorisant les investissements dans l’innovation. Soutenu par le Conseil fédéral et le Parlement, ce texte crée des conditions-cadres favorables, car elle se base sur des objectifs à atteindre et laisse aux entreprises une grande marge de manœuvre et de liberté de décision pour y parvenir. Pour le monde de l’économie, il s’agit d’une opportunité à saisir. C’est pourquoi de la CVCI la soutient.

Les entreprises qui investissent dans des mesures climatiques sont gagnantes. Le libre accès de celles-ci au système des conventions d’objectifs est un point positif de cette nouvelle législation. Elle leur permet, de la PME à la grande société, de s’affranchir de la taxe sur le CO2 et d’augmenter encore significativement leur contribution à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’opération est aussi positive pour les propriétaires qui réduisent leur consommation de mazout ou qui optent pour un chauffage au bois ou à l’énergie solaire.

Bon pour l’innovation

Surtout, cette loi prévoit la création du Fonds pour le climat dans le but d’encourager les mesures en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique. Ce Fonds permettra notamment de financer la recherche dans de nouvelles technologies. Pour les entreprises suisses, ce sera un moyen de mettre sur le marché plus rapidement des technologies novatrices respectueuses du climat. On peut raisonnablement tabler sur des investissements massifs dans la recherche, l’innovation et le développement. Par son savoir-faire, notre pays peut profiter de ce trend pour se profiler comme un haut lieu de progrès énergétique. Le pôle d’innovation suisse créera ainsi de nouveaux emplois et s’assurera d’importants marchés d’avenir.

Même si elle ne correspond pas complètement aux attentes de l’économie – on l’a vu avec la demande de référendum de certains milieux -, cette loi s’avère nécessaire. Refuser ce texte impliquerait un retour en arrière de plusieurs années. La loi actuelle resterait certes en vigueur, mais les mesures temporaires telles que les conventions d’objectifs avec remboursement de la taxe sur le CO2 disparaîtraient. En cas de rejet, la Confédération devrait élaborer une nouvelle loi et perdrait ainsi un temps précieux pour atteindre les objectifs climatiques fixés pour 2030, via l’Accord de Paris, et pour 2050.

Pour pouvoir atteindre l’ambitieux objectif zéro émission nette à moyen terme et de manière durable, des efforts sont nécessaires de la part de tous les acteurs en présence. Le monde de l’économie représente une partie non négligeable de la solution au défi climatique. La plupart des entreprises sont prêtes à aller de l’avant et cette loi peut y contribuer. Le train vers un environnement moins pollué est en marche, et il paraît absurde de le freiner en s’opposant aux modifications législatives proposées. C’est pourquoi la loi sur le CO2 doit être adoptée par le plus grand nombre le 13 juin prochain.

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Les accords bilatéraux ne tiennent qu’à un fil

Les tergiversations du Conseil fédéral autour de l’accord institutionnel avec l’Union européenne (UE) pourraient sonner le glas des bilatérales. Déjà durement impactée par la pandémie, l’économie se passerait volontiers de cette sombre perspective.

«Il faut que la Suisse se réveille.» Le constat de Philipp Hildebrand, dans les colonnes du «Temps», sonne comme un sérieux avertissement. Vice-président du fonds d’investissement BlackRock et candidat malheureux au poste de secrétaire général de l’OCDE, le banquier bernois assiste avec dépit à la perte d’influence de notre pays sur la scène internationale. Il explique d’ailleurs son retrait de la course à l’OCDE par le manque de soutien provenant des membres de l’Union européenne. «Si l’accord-cadre entre la Suisse et l’UE n’est pas signé, la situation va s’aggraver», prophétise-t-il.

Ce sombre tableau n’a hélas rien d’une vue de l’esprit. Voilà des mois, pour ne pas dire des années, que le Conseil fédéral tergiverse à propos de l’accord institutionnel, qui doit permettre de consolider nos relations économiques avec notre premier partenaire commercial. Il s’est montré incapable de fédérer autour d’un texte qui, faute d’un large soutien, risque de finir dans les poubelles de l’histoire pourtant riche de nos relations avec notre grand voisin européen. Le conseiller fédéral, Ignazio Cassis, a eu beau répéter lundi devant les caméras que les discussions avec Bruxelles se poursuivaient, l’espoir de parvenir à une entente paraît ténu, d’autant que les partis politiques semblent eux aussi résignés. Ce qui est certain, c’est que les conséquences d’un abandon seraient lourdes et immédiates pour l’économie suisse.

Les sociétés œuvrant dans le domaine des technologies médicales seraient les premières à être pénalisées, car sans accord-cadre, l’accord de reconnaissance mutuelle entre la Suisse et l’UE viendra à échéance le 26 mai prochain. Passé ce délai, nos medtech devront recourir à des représentants présents sur le marché européen, une contrainte qui occasionnera des coûts estimés à près de 100 millions de francs. Des sommes qui seraient plus utiles si elles étaient investies dans le recherche. Un sujet diffusé lundi sur la RTS en détaille les enjeux.

La Suisse reléguée au rang d’Etat tiers

Au-delà du cas particulier des medtech, une renonciation à l’accord institutionnel aurait des conséquences dramatiques pour l’ensemble de notre économie, puisqu’elle signifierait à terme la mort des bilatérales. Peu à peu, les accords tomberaient, faute d’être adaptés à l’évolution du droit communautaire. La Suisse se verrait ainsi graduellement reléguée au rang peu enviable d’Etat tiers. Pour un pays comme le nôtre, dont 51% des exportations sont destinées à l’UE, ce serait assurément un coup de massue qui entraînerait un lent déclin de notre industrie d’exportation.

Sans ce cadre institutionnel, par ailleurs, les milieux scientifiques suisses assisteraient depuis le dernier rang de l’auditoire à la mise en place du programme Horizon Europe 2021-2027, le plus important programme international de recherche et d’innovation du monde. En outre, faute d’accord dans le domaine de l’électricité, notre pays n’aurait pas accès au marché européen, ce qui pénaliserait les milieux concernés. En résumé, en l’absence d’accord-cadre, il ne nous resterait plus qu’à adapter l’accord de libre-échange conclu en 1972 avec la CEE d’alors, comme l’a fait la Grande-Bretagne au lendemain du Brexit. Bonjour les tracasseries douanières et, accessoirement, adieu la libre-circulation des personnes. Est-ce vraiment ce que nous voulons? Le Conseil fédéral est-il capable d’un ultime sursaut pour sauver ce qui peut encore l’être? C’est vraiment le dernier moment!

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Certifier son identité sur le Web en toute sécurité

La loi fédérale sur les services d’identification électronique (e-ID) doit rendre l’identification sur Internet plus simple et plus sûre. Une avancée dans la numérisation à plébisciter dans les urnes le 7 mars prochain.

C’est un fait dont les internautes suisses n’ont pas forcément conscience: les solutions actuelles pour s’identifier personnellement sur Internet ne sont pas vraiment régulées. Pour les entreprises, les particuliers et les autorités, effectuer des démarches en ligne impose plus que jamais une identification sûre et facile. C’est pour créer des règles claires et améliorer la sécurité juridique et la fiabilité que les autorités fédérales ont mis sur pied la loi fédérale sur les services d’identification électronique (e-ID). Le référendum ayant abouti, nous voterons sur ce texte le 7 mars prochain.

A la traîne dans le domaine de la numérisation, la Suisse dispose ici d’une occasion rêvée d’effectuer un bond en avant dans ce domaine. Ce projet bénéficie d’un large soutien, auquel j’associe volontiers le mien. Fruit d’un long processus, cette loi crée des règles claires pour une meilleure protection des données et une plus grande sécurité juridique. Surtout, elle garantit que les data resteront en Suisse. En se dotant d’un tel système, notre pays accroîtra son indépendance vis-à-vis des grandes plateformes internationales, qui ne répondent de loin pas à nos exigences en matière de protection des données et de sécurité.

Sur une base volontaire

Ce système permet de s’identifier en toute sécurité sur Internet et de réduire les innombrables comptes et connexions, et par là l’accumulation de mots de passe. Il sera par exemple possible de s’épargner certaines démarches administratives. Il ne s’agit pas d’un substitut aux documents d’identité officiels car, contrairement, au passeport, l’e-ID ne contient pas de données biométriques, comme les empreintes digitales. Les données personnelles ne peuvent être utilisées que pour l’identification sur demande de la personne propriétaire de ce sésame numérique. La transmission et la commercialisation des données sont par ailleurs interdites. L’e-ID s’acquiert sur une base volontaire. Celles et ceux qui n’entendent pas y recourir auront de toute manière accès à tous les types de services administratifs.

Un point fait particulièrement débat: l’infrastructure technique sera développée et exploitée par des cantons ou des communes, mais aussi par des entreprises privées. D’aucuns craignent que l’Etat abandonne ainsi une partie de sa mission régalienne. Il n’en est rien: la loi prescrit clairement que la souveraineté sur les données d’identité reste exclusivement du ressort de la Confédération. Elle seule peut garantir l’exactitude des caractéristiques d’identification d’une personne, et elle ne donne pas accès aux registres de l’État à des tiers. Pour le reste, j’estime qu’en confiant cette tâche à des sociétés privées, on utilise les bonnes compétences là où elles sont. On en trouve d’ailleurs un certain nombre dans le canton de Vaud.

Un mot encore: refuser ce texte constituerait un pas en arrière extrêmement préjudiciable pour une Suisse qui a le devoir de se numériser davantage pour demeurer compétitive. Il n’existe pas d’alternative à ce texte. Reprendre l’ensemble du processus nous ferait perdre au moins quatre ans. C’est un «luxe» que nous ne pouvons pas nous permettre.

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S’adapter à un environnement complexe pour mieux rebondir

En pleine pandémie, les jeunes éprouvent de grandes difficultés à se projeter dans la vie professionnelle. Face à des perspectives floues, ils doivent absolument rester actifs pour ne pas être déconnectés. Quand l’économie redémarrera, ils seront les premiers à être engagés.

La crise du coronavirus affecte sévèrement le monde professionnel, et n’épargne guère les jeunes de 18 à 25 ans. Ces derniers sont touchés de plein fouet par les conséquences de cette pandémie. Entre un marché du travail qui s’est brutalement refermé, des cours à distance compliqués à suivre et la diminution drastique des petits boulots, leurs perspectives se sont notablement assombries.

Les entreprises, durement touchées elles aussi, ne sont pour la plupart pas en mesure d’engager des jeunes actuellement. L’urgence consiste pour elles à survivre à la crise et à conserver leur main-d’œuvre. Intégrer des jeunes dans le marché du travail reste ainsi une préoccupation à moyen terme. A ce propos, les entreprises qui passent la crise sans trop de difficulté doivent songer à s’investir davantage dans la formation afin de garantir des compétences à l’avenir. L’appel est lancé.

Lorsque l’économie redémarrera pleinement, les sociétés auront besoin de ces aptitudes, a fortiori à un moment où les baby-boomers s’apprêtent à quitter massivement le monde du travail. Aussi il est crucial que les jeunes maintiennent une activité si nous ne voulons pas nous retrouver face à un manque de main-d’œuvre qualifiée dans quelques années. Les crises passées ont montré que les jeunes profitent, dans une mesure supérieure à la moyenne, des phases de reprise économique.

Une bonne nouvelle à signaler dans le marasme ambiant: les aides vaudoises en faveur de l’apprentissage, à savoir 16 millions issus du fonds de lutte contre le chômage, ont permis une hausse de 1,3% du nombre d’apprentis en 2020. Il reste que former ces jeunes gens à l’heure du télétravail n’est guère évident. Un apprenant ne peut acquérir ni le métier ni la culture de l’entreprise depuis son domicile. A la CVCI, nous avons instauré un tournus en présentiel pour nos trois apprentis afin de pouvoir continuer à les former au mieux.

Entretenir sa soif d’apprendre

Les étudiants des Hautes écoles entrevoient pour leur part un horizon professionnel bouché. Dans l’attente d’un vrai redémarrage de l’économie, cette génération doit se montrer inventive et entretenir sa soif d’apprendre. Des solutions existent, comme reprendre ou poursuivre des études, suivre un stage pour acquérir de nouvelles compétences, se perfectionner ou, pourquoi pas, se réorienter. Les jeunes doivent prendre conscience qu’ils changeront plusieurs fois de métier au cours de leur carrière. Il leur faudra donc d’adapter à un monde professionnel en perpétuelle mutation, où la digitalisation prendra toujours plus d’importance.

En ce sens, la pandémie actuelle stimule l’inventivité et la faculté à s’adapter à un environnement complexe. L’expérience montre qu’une formation professionnelle solide a une incidence directe sur la santé de l’économie. De nombreuses études l’attestent. Aussi dure qu’elle soit, cette crise pourrait ainsi révéler des opportunités insoupçonnées à celles et ceux qui sauront les saisir. Pour mieux rebondir.

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Ces sociétés qui font rayonner le Canton dans le monde

La 7e édition du Prix Vaudois des Entreprises Internationales (PVEI*), que co-organise la CVCI, a récompensé ce soir trois sociétés qui savent s’adapter rapidement aux changements. Un signal fort dans le contexte pandémique que nous traversons.

Comme c’est le cas chaque année depuis 2014, trois entreprises ayant contribué de manière exemplaire au rayonnement international du canton de Vaud ont été récompensées du PVEI. La société américaine Intuitive Surgical Inc., pionnière de la chirurgie mini-invasive robot-assistée, l’a emporté dans la catégorie «Entreprise étrangère». Créée en 1995, elle compte plus de 7000 employés à travers le monde, dont 162 à Aubonne. Elle édite ou détient plus de 2900 brevets. La catégorie «Entreprise suisse» a souri au Groupe Boschung, leader mondial dans le développement et la production de technologies de gestion de l’état des surfaces de circulation. Cette société compte 11 succursales dans 10 pays, et plus de 600 employés dans le monde, dont environ 140 à Payerne. Elle réalise 80% de son chiffre d’affaires à l’exportation.

Enfin, le «Prix spécial du jury» est revenu à Green Motion SA, qui innove en matière de systèmes de recharge pour véhicules électriques. Labélisée Scale Up Vaud, l’entreprise compte une soixantaine de collaborateurs à Lausanne, et une dizaine à Zurich. Ses projets s’étendent notamment en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, en Inde et en Israël. Les lauréats sont désignés sur la base d’une série de critères, parmi lesquels la présence d’un siège social dans le canton depuis trois ans au moins, une contribution à l’image du canton à l’étranger ou encore la création d’emplois localement.

Preuve de résilience

Situation sanitaire oblige, ces sociétés ont été primées sur le plateau de La Télé Vaud Fribourg en lieu et place de l’habituel grand auditoire de l’IMD. Ainsi, même dans des circonstances particulièrement difficiles comme celles que nous vivons cette année, cet événement incontournable du calendrier de la vie économique vaudoise a pu se tenir, et cela est réjouissant. A mes yeux, le PVEI tombe à pic pour montrer combien l’écosystème entrepreneurial vaudois va de l’avant et développe sans cesse de nouveaux produits et processus, a fortiori dans un contexte absolument hors norme. Les entreprises ont démontré leur résilience, leur capacité à s’adapter et à innover.

Si la situation économique reste encore marquée du sceau de l’incertitude, les entreprises actives au plan international ont besoin de débouchés sur les marchés extérieurs. Le rejet, en septembre dernier, de l’initiative dite de «résiliation» a dû les rassurer quant à la volonté des Suisses de rester ouverts sur le monde. Le moral des grandes entreprises et des PME a par ailleurs dû remonter avec l’issue heureuse des votations fédérales de ce week-end. L’initiative «Entreprises responsables», avec ses exigences extrêmes, menaçait clairement notre économie. Le contre-projet indirect, à la fois exigeant et réaliste, assoira la volonté déjà établie des sociétés d’œuvrer dans le respect de l’environnement et des droits humains.

Une certitude, à l’heure de songer à 2021: les entreprises devront continuer à se montrer inventives pour faire face aux nombreux défis à venir, dont la numérisation n’est pas le moindre.

Quand rien n’est facile, il faut être agile.

* Le PVEI est décerné conjointement par le Département de l’économie, de l’innovation et du sport (DEIS), la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI) et Innovaud.

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Le télétravail, entre avantages et défis

La deuxième vague du Covid-19 marque le retour en force du travail à domicile, imposé par le Canton «partout où cela est possible», ce qui ne va pas sans contraintes pour le monde de l’économie. Un challenge en termes d’organisation, de communication, de protection des données et de cybersécurité.

Au début de ce mois, le gouvernement vaudois a durci les mesures anti-Covid en prononçant l’état de nécessité. Dans la foulée, il a imposé le télétravail «partout où cela est possible, dans les administrations publiques comme dans les entreprises privées». Pour ces dernières, cela représente un immense défi, car dans leur immense majorité, elles ont joué le jeu en instaurant un respect strict des gestes barrières et des plans de protection rigoureux afin de poursuivre leurs activités sur site. Elles se plient donc aux injonctions étatiques, mais cela ne va pas sans difficultés. D’autant que le caractère «possible» du travail à domicile est sujet à interprétation. Il ne s’agit pas que d’une question d’informatique. A notre sens, il doit notamment être techniquement réalisable, ne pas nécessiter d’investissements démesurés et ne pas empêcher la bonne marche de l’entreprise.

Les résultats de notre enquête conjoncturelle d’automne montrent certes que le home office procure certains avantages. Parmi eux figurent la réduction du stress lié aux déplacements (pour 66% des sondés), un meilleur équilibre entre vie privée et professionnelle, ainsi qu’une augmentation de la satisfaction des employés (59%). Un sondage publié ce printemps abonde dans ce sens: le travail à domicile a connu un essor et un succès considérables pendant le semi-confinement en Suisse. Plus encore, la grande majorité de celles et ceux qui l’ont pratiqué en redemandent.

Notre enquête montre surtout que ce mode de fonctionnement confronte les firmes à de nombreuses difficultés: la communication avec les employés (51%), la protection des données et la cybersécurité (42%), ainsi que le contrôle du respect des horaires de travail (30%). La mise en place de l’infrastructure nécessaire constitue également un challenge pour un tiers des entreprises sondées.

Rien ne remplace les échanges directs

Le télétravail n’est ainsi pas sans défauts. Pour les sphères dirigeantes, il complique singulièrement l’organisation et la gestion de l’entreprise. L’exécution des tâches et le suivi des projets souffrent et nécessitent une énergie démultipliée dans un contexte déjà complexe. L’efficacité pâtit clairement de l’absence de «vrais» contacts. Rien ne peut remplacer les échanges directs avec les collègues, ni même les pauses à la cafétéria, qui contribuent à renforcer l’esprit d’équipe.

Le home office n’est par ailleurs pas fait pour tout le monde, notamment pour des questions d’espace. Travailler depuis un appartement exigu occupé par plusieurs personnes ne permet certainement pas d’accomplir ses tâches dans les meilleures conditions. Ce mode de fonctionnement implique de garder un rythme, de trouver une routine, d’organiser un espace de travail, de s’aérer et de bouger. Certains collaborateurs, en outre, n’apprécient tout simplement pas de travailler à distance.

La pandémie a initié un mouvement irréversible, et il n’est bien sûr pas question de renoncer au télétravail. Il semble d’ailleurs s’inscrire comme un outil permanent, puisque seules 17% des entreprises que nous avons sondées prévoient de ne plus y avoir recours une fois la crise passée. Dans ces conditions, il me paraît indispensable de porter une vraie réflexion sur un phénomène appelé à durer. Les entreprises devraient établir une charte pour en cadrer les modalités. Les organisations économiques de Suisse romande, dont la CVCI, ont d’ailleurs élaboré une «Convention de télétravail» qui constitue un modèle, adaptable en fonction des spécificités des entreprises. A chacune d’entre elles de mettre en place le système approprié.

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Une nouvelle salve malvenue contre notre économie

L’initiative qui vise à interdire le financement des producteurs de matériel de guerre dans le monde part d’un bon sentiment, mais ses effets sur les PME seraient extrêmement néfastes, surtout en pleine pandémie. Un rejet s’impose.

Entre la crise sanitaire du Covid-19 et les vifs débats relatifs à l’initiative sur les «Entreprises responsables», elle ne fait pas beaucoup de bruit, en dépit du thème qu’elle aborde. Et pourtant: l’initiative populaire «Pour une interdiction du financement des producteurs de matériel de guerre», qui figure également au menu des votations du 29 novembre, mérite que l’on s’y attarde. Elle fait partie de ces textes bien-pensants mais pas bien pensés, dont les utopistes de ce pays ont, hélas, pris l’habitude de nous gratifier.

Cette initiative, qui émane évidemment du Groupe pour une Suisse sans armée, n’est pas anodine: elle vise à interdire aux fondations et aux institutions de prévoyance, ainsi qu’à la Banque nationale suisse, de financer les entreprises réalisant plus de 5% de leur chiffre d’affaires annuel avec ce matériel. De fait, l’octroi de crédits, de prêts et de donations, ainsi que la prise de participation et l’acquisition de titres, figureraient parmi les types de financements interdits. Pour couronner le tout, le texte demande que la Confédération s’engage afin que les banques et les assurances soient soumises à des conditions analogues.

PME pénalisées

Ce texte aurait un effet dommageable sur notre économie: de nombreuses entreprises qui produisent principalement des biens civils, mais aussi des pièces détachées ou des éléments d’assemblage pour l’industrie d’armement, seraient directement touchées par l’interdiction. La proportion de 5% inscrite dans ce texte pénaliserait des PME – productrices ou sous-traitantes – actives dans le domaine civil, comme des firmes aéronautiques et celles œuvrant dans le secteur spatial. En pleine crise économique, voilà qui constituerait encore un coup malvenu porté contre notre prospérité. Dans leur réflexion, les citoyens doivent comprendre que le matériel de guerre est avant tout vendu pour la défense. La Suisse interdit déjà par la loi le financement de matériel de guerre prohibé, à savoir les armes atomiques, biologiques et chimiques, ainsi que les armes à sous-munition et les mines anti-personnel.

Et puis, soyons réalistes: une interdiction mondiale de financement relève de l’utopie. Elle n’aurait aucun impact sur la production d’armes. Veut-on, comme c’est le cas pour l’initiative sur les «Entreprises responsables», d’un cavalier seul de la Suisse? Si notre pays agit de manière non coordonnée à l’échelle internationale, l’initiative n’atteindra assurément pas son but. Dernier point à ne pas négliger: une industrie axée sur la haute technologie, comme peut l’être celle qui serait touchée par l’initiative, contribue au progrès du pays, et lui permet d’éviter une dépendance par rapport à l’étranger.

Cette initiative ne constitue pas la première salve que doit essuyer l’industrie dans son ensemble. La dernière initiative en date, qui voulait interdire toute exportation de matériel de guerre, a été rejetée par 68,2% des votants en 2009. C’était un 29 novembre. On ne peut que souhaiter un sort identique à celle qui nous occupera ce même dimanche.

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Notre défense aérienne doit rester crédible

Renouveler notre flotte d’avions de combat est indispensable pour assurer la sécurité de notre pays dans un contexte international toujours plus incertain. Les affaires compensatoires qui en découlent constituent une formidable opportunité pour les entreprises.

Six milliards de francs pour l’acquisition de nouveaux avions de combat! Nul doute que le débat sur cet objet, soumis au vote le 27 septembre prochain, sera passionné. En ces temps de pandémie, certains estiment que cet argent serait plus utile dans d’autres secteurs. A cet égard, l’échec du Gripen en votation populaire, en 2014, est encore dans les mémoires. La situation est toutefois fort différente en 2020. Il y a six ans, il fallait remplacer une partie de la flotte vieillissante des Tiger. Aujourd’hui, il s’agit de renouveler tous les moyens de notre défense aérienne. Avoir la maîtrise de notre ciel est indispensable pour assurer la sécurité de la population, de nos infrastructures et de notre économie.

Au cœur de l’Europe, notre pays peut sembler en sécurité. Or, les tensions internationales s’accroissent ces derniers mois, comme on le voit entre la Chine et les États-Unis. L’Ukraine et la Biélorussie, qui vivent des heurts récurrents, sont à moins de trois heures d’avion d’ici. Et rappelons-nous que les Balkans se sont entredéchirés dans un conflit meurtrier dans les années 1990, presque à nos portes. Assurer la souveraineté de notre espace aérien et avoir les capacités de résister à des tensions qui peuvent dégénérer en conflit est une nécessité doublée d’un devoir.

Souveraineté en jeu

La neutralité nous interdit de déléguer la défense de notre territoire. Le cosmonaute et pilote militaire Claude Nicollier l’a rappelé dans la presse dominicale: «C’est justement parce que nous ne sommes pas dans l’OTAN que nous avons la responsabilité d’assurer la souveraineté de notre espace aérien. Souvenez-vous de l’avion d’Ethiopian Airlines détourné sur Genève en 2014. Ce sont des pilotes italiens qui ont dû l’escorter, car nos Forces aériennes n’étaient pas actives en dehors des heures de bureau, déclenchant un scandale.» Il ajoute que ces futures acquisitions ne sont pas des jets de luxe, mais des avions qui ont des spécifications élevées et un prix: «Un avion de combat moderne et performant, ce n’est pas bon marché.»

L’argument du gouffre financier absurde brandi par les adversaires de ces acquisitions ne tient pas la route. La somme de six milliards ressortit au budget ordinaire de l’armée, et sa dépense sera étalée sur dix ans. Acquérir des avions de combat constitue un exercice complexe qui dure plusieurs années. Les FA-18 seront obsolètes en 2030, il faut donc anticiper et planifier nos besoins.

A tous ces arguments sécuritaires s’ajoute un volet commercial non négligeable: les affaires compensatoires, également appelées Offset. A l’échelle suisse, 30% de ces participations industrielles sont destinées à la Suisse romande. Il s’agit clairement d’une opportunité pour nos entreprises dans leur diversité en termes de transfert de technologie. Elles permettent d’accroître les compétences et l‘efficience de l‘industrie suisse, favorisent l’innovation, ainsi que la création de relations commerciales à long terme et l’acquisition de nouveaux marchés.

Dire oui à ces futurs avions de combat le 27 septembre, c’est contribuer à la sécurité et à la prospérité de notre pays.

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Moderniser les réseaux de téléphonie mobile doit devenir une priorité

La pandémie a accéléré la numérisation de l’économie. Pour développer ces nouvelles technologies, le déploiement de la 5G – au point mort ou presque en Suisse – devient urgent, a fortiori si le recours au télétravail s’étend.

C’est un véritable cri d’alarme qu’a lancé l’Association suisse des télécommunications (ASUT) cet été: pour la principale association du secteur, la modernisation des réseaux de téléphonie mobile avec la 5G ne progresse guère dans notre pays. «L’absence d’aides à l’exécution de la Confédération, des directives plus strictes des cantons et des communes, ainsi que des procédures d’autorisation de plus en plus retardées, bloquent des investissements importants représentant, chaque année, un demi-milliard à un milliard de francs et le déploiement nécessaire de cette infrastructure de base», a-t-elle lancé dans un communiqué. Pour l’ASUT, les politiques et les autorités doivent urgemment soutenir le renouvellement de ces réseaux. Une étude de l’Union internationale des télécommunications montre qu’à défaut, des pays comme la Suisse sont menacés à terme ne plus être en mesure de gérer plus de 60% du trafic de données mobiles. Voulons-nous voir notre compétitivité s’effondrer au moment où l’économie tente de redémarrer après la crise sanitaire?

«Penser digital»

La pandémie, c’est une réalité, a accéléré la digitalisation des entreprises. En témoigne le recours massif au télétravail, pour lequel la 5G constituerait un atout supplémentaire. Elle a surtout montré que celles qui avaient la maîtrise technologique et la capacité à s’en servir ont moins souffert de la crise. Dans «Le Temps» d’hier, l’industriel André Kudelski, qui préside Innosuisse, parle de la digitalisation comme d’«un bouleversement technologique profond. Tous les acteurs n’ont pas encore réalisé qu’il ne s’agit pas simplement de convertir une activité analogique en numérique, mais que c’est la manière de voir les choses qu’il faut changer, en «pensant digital».» La 5G constitue un appui indispensable à cette transition: elle accroît considérablement la capacité des réseaux, les volumes de données et la vitesse de transmission. Elle ouvre la voie à une multitude de nouveaux produits et services, dont les citoyens pourront bénéficier, notamment dans les régions périphériques. L’internet des objets, en plein boom, ne peut pas être utilisé sans cette technologie.

Cessons de croire les apôtres du chaos qui se répandent en anathèmes sur cette (r)évolution technique dans les réseaux sociaux. Le lien supposé entre la propagation du Covid-19 et la 5G en constitue l’exemple le plus grotesque. Comme l’écrivait Avenir Suisse en avril dernier, «il n’est pas étonnant que les scientifiques et les politiciens modérés se fassent discrets; les faits se noient dans une tempête émotionnelle». Le Think Tank souligne que depuis quarante ans, «il n’a pas été possible de prouver de manière cohérente que l’exposition en-deçà des valeurs limites ait des effets nocifs sur la santé».

Comme l’ASUT, j’estime que les autorités doivent prendre des mesures pour permettre le traitement rapide des procédures pendantes en matière d’autorisation. Il s’agit notamment de renoncer aux moratoires illicites, de garantir les ressources nécessaires au sein des autorités chargées des autorisations, ainsi que les aides à l’exécution pour la 5G. La Confédération, qui ne se mouille guère dans ce dossier, doit communiquer plus activement et faciliter le déploiement de l’infrastructure nécessaire. La compétitivité de notre tissu économique en dépend.

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