Des avions de combat pour l’emploi

En revoyant à la baisse les compensations pour l’industrie liées à l’achat d’un nouveau chasseur aérien, le Conseil fédéral provoque l’incompréhension de tout un pan de notre économie. Ces dernières sont pourtant vitales pour les entreprises et l’innovation.

En fonction depuis le début de l’année, Viola Amherd, cheffe du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), n’aura pas mis longtemps à fâcher l’institution et l’économie. La semaine dernière, devant des cadres militaires et des patrons de l’industrie de l’armement, elle s’est exprimée sur les compensations pour l’industrie de l’armement. Traditionnellement, lors de l’achat d’un tel matériel à l’étranger, la Suisse demande à l’entreprise qui obtient le contrat de compenser 100% du prix d’acquisition en achetant des biens ou des prestations auprès de l’industrie suisse et, par cascade, à de nombreux sous-traitants.

Problème: l’achat de notre futur avion de combat ne devrait être compensé qu’à 60% selon le Conseil fédéral. Il estime qu’un tel taux suffit en l’espèce, alors même qu’il avait déclaré en décembre dernier qu’une norme de compensation de 100% s’appliquerait aux achats d’armes. La raison de cette volte-face? Viola Amherd, relate «24 heures» samedi, a expliqué que les sept Sages ne remettaient pas en question la règle des 100%. «Mais, là, a-t-elle averti, il s’agit d’un cas exceptionnel. Avec 8 milliards pour la défense aérienne, nous avons affaire à un volume d’investissements record.» Pour la cheffe du DDPS, 60% de compensations amèneront donc suffisamment d’investissements à l’industrie suisse. Pour autant, bien sûr, que l’achat d’un avion de combat soit accepté par le peuple, probablement à l’automne 2020. La campagne sera difficile, mais le jeu en vaut la chandelle pour les entreprises actives dans la sécurité et de défense, car cela leur permettrait d’acquérir de précieuses connaissances technologiques et de continuer à investir dans l’innovation, facteur indispensable à la prospérité. Tous les pays essaient de maintenir leur secteur industriel, et la Suisse n’échappe pas à cette nécessité.

Le plaidoyer de Viola Amherd, on s’en doute, a mal passé auprès des militaires et des industriels. Mais la partie est loin d’être jouée: en septembre dernier, le Conseil des États a accepté l’arrêté de planification relatif à l’achat de nouveaux avions de combat, en demandant que les acquisitions faites à l’étranger soient compensées à 100% par des commandes passées à des entreprises en Suisse. Le dossier passera devant le National en décembre. Va-t-on vers une confirmation de ce vote, ou alors la Chambre basse transigera-t-elle à 80%? L’avenir le dira.

L’industrie donne de la voix

L’industrie n’est, en tout état de cause, pas près de rendre les armes: Swissmem, l’association faîtière des PME et des grandes entreprises de l’industrie suisse des machines, des équipements électriques et des métaux, ainsi que des branches technologiques apparentées, et le Groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité (GRPM) ont rejeté l’idée de limiter les collaborations industrielles à 60% du volume effectivement facturable. «Cela exclurait un grand nombre d’opérations de contrepartie indirectes», estiment ces derniers. Ils rappellent que, selon les principes d’acquisition du Conseil fédéral, 30% du volume doit provenir d’entreprises de Suisse romande et 5% d’entreprises tessinoises: «Le projet de renouvellement des avions n’a une chance politique de se réaliser que si cette distribution est garantie.»

A nos yeux, il est capital de maintenir les règles usuelles en ce qui concerne les collaborations industrielles, à savoir des compensations à 100%, avec 30% pour la Suisse romande. Cela permettrait à nos entreprises de planifier leurs activités sans heurts et de continuer à innover, a fortiori dans l’environnement géopolitique mondial incertain qui est le nôtre.

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La croissance verte est la clé du monde de demain

Pour faire face au défi climatique, les entreprises ont un rôle central à jouer. Elles doivent produire en respectant davantage la nature et aller dans le sens d’une économie innovante et écologique. Le philosophe Luc Ferry défend cette vision avec foi.

Au milieu du catastrophisme ambiant et du bashing récurrent dont font l’objet les entreprises, il est des messages qui font du bien. Celui qui a été porté lundi matin sur les ondes de La Première par le philosophe français Luc Ferry est du nombre. Pour lui, «ce qui va sauver le monde, c’est une croissance verte». Celui qui fut brièvement ministre de l’Éducation nationale au début de ce siècle sait de quoi il parle: ce ne sont pas les politiques, mais bien les entrepreneurs qui détiennent les clés de la transition énergétique. «La balle est dans le camp des chefs d’entreprises», a-t-il plaidé. Il voit en outre dans l’émergence de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, comme la 5G, les prémices de «conséquences magnifiques».

Ces promesses, j’en suis convaincue, les entreprises peuvent les concrétiser. Elles ont déjà commencé à réduire singulièrement leurs émissions de CO2. Depuis 1990, celles-ci ont baissé de 18% selon des chiffres de l’Office fédéral de l’environnement. Le progrès technique et le volontarisme aidant, ce bilan va encore s’améliorer. À ce jour, quelque 4000 sociétés ont conclu une convention d’objectifs avec l’appui de l’Agence de l’énergie pour l’économie (AEnEC) pour réduire leurs émissions polluantes. Grâce à la diminution de leurs coûts, à la fois en énergie et en taxes, les entreprises ont économisé près de 650 millions de francs, qu’elles peuvent investir dans des mesures innovantes, pour améliorer encore leur performance énergétique comme pour développer des produits respectueux de l’environnement.

Davantage d’innovation et moins d’idéologie

Accélérer la recherche et le développement, on le voit, est essentiel. Présent lundi à New York au Sommet sur le climat, Ueli Maurer, président de la Confédération, a rappelé à la tribune que «notre monde a besoin de plus de progrès technologiques, d’innovation et de moins d’idéologie». Pour concrétiser au mieux la transition énergétique, le canton de Vaud dispose de nombreux atouts: des Hautes écoles de renommée mondiale, un tissu de PME varié et riche en compétences, et des start-up où des concepts novateurs naissent à la vitesse Grand V (voir à cette égard l’étude CVCI-BCV-Innovaud Vaud innove). Et n’allez pas croire que les grandes entreprises sont en retrait. On en veut pour exemple Nestlé, qui vient d’inaugurer sur les hauts de Lausanne un institut de recherche sur les emballages destiné à réduire l’empreinte environnementale de ses produits. La multinationale veveysanne fait d’ailleurs partie des 87 entreprises qui soutiennent l’engagement Business Ambition for 1,5° défendu par le Sommet sur le climat des Nations Unies.

Comme Luc Ferry, je pense que la croissance verte est une nécessité. «Il y a dans l’écologie une composante antimoderne», déplore-t-il. Il est certain que l’écologie politique sous-entend une haine du libéralisme qui n’a absolument pas lieu d’être. L’écologie est une science qu’il convient de prendre au sérieux et qui nous concerne tous. Les entrepreneurs ont tout intérêt à en saisir rapidement les enjeux et à montrer la voie. Ils sont déjà nombreux à s’y être engagé

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La Suisse peut mieux s’armer contre une crise

Récession. Le mot est lâché, et il fait peur. Face aux nuages qui s’accumulent sur l’économie mondiale, la Suisse n’est pas une île et ne va pas pouvoir rester immune face au ralentissement des échanges. Après les tensions récurrentes entre les Etats-Unis et la Chine, qui dominent le climat économique, les récentes attaques qui ont paralysé une partie de l’industrie pétrolière saoudienne ont ajouté un surcroît d’inquiétude.

Plus près de nous, les signaux ne sont pas plus encourageants. L’Allemagne montre déjà une tendance négative, le Royaume-Uni n’en finit pas de s’embourber dans son Brexit, l’Italie retient son souffle entre deux crises politiques, et le moral économique des Français est au plus bas, selon une étude parue à mi-septembre.

Pourtant, on ne sent pas la même préoccupation en Suisse. Politique de l’autruche ou confiance légitime? Les économistes paraissent pencher pour la deuxième réponse. Plusieurs d’entre eux, issus des meilleurs instituts universitaires (KOF, BAK), relèvent que la diversification des exportations, avec un amoindrissement progressif du poids de l’Allemagne – et un accroissement de celui des Etats-Unis, et la très bonne tenue de l’industrie pharmaceutique retiennent encore largement la digue. La question du Brexit n’a que peu d’incidence négative directe, d’autant moins qu’un accord commercial avec Londres a été passé et garantit le cadre des échanges entre les deux pays.

Et pour l’instant, le climat de consommation en Suisse ne souffre pas de ces soubresauts. On ne sent pas davantage les banques tirer sur le frein à main du crédit. Ni, qui plus est, le consommateur se dire qu’il vaut mieux épargner que dépenser. Trois facteurs qui, cumulés, entraînent un marché intérieur dans la spirale de la récession.

Bonnes nouvelles? Pas uniquement. Cette situation est aussi à mettre en relation avec le coût de l’épargne. Ce qui a l’air d’être un oxymore est maintenant une réalité de moyen terme pour l’économie suisse: on paie pour mettre son argent en banque. Les intérêts négatifs créent un autre problème que, pour le moment, le monde politique ne semble pas considérer comme très sérieux. Pourtant, les taux négatifs détruisent de la valeur, rendent la quadrature du cercle pour les caisses de pension (valoriser les retraites futures des assurés) encore plus complexe, et déstabilisent les flux d’investissements. Le «quantitative easing» s’inscrit dans une spirale dont on se demande quand et comment elle peut s’arrêter.

Répondre par l’investissement

Et si l’heure était pourtant bienvenue d’utiliser cette période aux fondamentaux instables pour investir dans des infrastructures et accélérer la transition vers des solutions durables – qui confèrent à notre pays des avantages concurrentiels futurs? Profiter effectivement de liquidités injectées pour mettre au travail les entreprises, et prendre de l’avance dans des domaines cruciaux et stratégiques: énergie, transport, construction, rénovation, technologies, formation… les défis ne manquent pas. On a vu ce que tergiverser en matière d’équipements de transports peut coûter une, voire deux générations plus tard.

Ces investissements ne seront utiles que si la Suisse conserve une fluidité de ses échanges commerciaux, afin qu’elle puisse continuer à se diversifier et à s’adapter, sans s’ajouter des contraintes inutiles. A cet égard, la poursuite – à travers sa rénovation – de la voie bilatérale avec l’Union européenne est cardinale.

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L’innovation vaudoise sous la loupe

On salue loin à la ronde la capacité du canton de Vaud à innover. Mais quels sont les contours exacts et l’importance de cet écosystème? L’étude «Vaud innove», réalisée par la CVCI, la BCV et Innovaud, et disponible dès aujourd’hui sur un site internet dédié, répond à ces questions et à bien d’autres.

L’avenir appartient à ceux qui innovent tôt. Cet adage revisité résume les enjeux et défis qui se profilent pour l’économie à l’heure de la digitalisation, des algorithmes et de l’intelligence artificielle. Le canton de Vaud, la Suisse romande et la Suisse ont heureusement compris depuis belle lurette l’importance de l’innovation en dynamisant la recherche et le transfert de technologie, au point de faire de cet écosystème l’un des plus vigoureux du monde. Mais que sait-on réellement de la cartographie et des perspectives de l’innovation vaudoise?

C’est pour dresser un bilan de la dynamique en route que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), la Banque Cantonale Vaudoise, via son Observatoire de l’économie vaudoise, et Innovaud ont réalisé l’étude «Vaud innove». Chaque semaine pendant deux mois, un thème relatif à l’innovation sera abordé en détail sur le site internet www.vaudinnove.ch. Le premier volet, en ligne dès aujourd’hui, aborde les contours de cet écosystème et détaille quelques-unes créations les plus emblématiques réalisées par des entreprises établies dans le canton, comme la souris de Logitech ou les capsules de café Nespresso.

D’autres chapitres exploreront successivement les différents visages de l’innovation dans le canton, la force de son dispositif de recherche académique, les flux de transfert de technologie vers l’économie, les impacts et les enjeux de l’innovation pour les entreprises et la création d’emplois, les conditions-cadres, etc.

Innover est la clé de la pérennité

Ce travail de recherche, basé sur l’analyse fine de très nombreuses data récentes, n’a pas été réalisé dans la seule intention de célébrer le génie vaudois. Ces informations de référence ont avant tout pour but de montrer les spécificités et les besoins de cet écosystème à tous les acteurs économiques et politiques afin qu’ils en prennent toute la mesure.

Nos entreprises le savent: innover est la clé de la pérennité, d’autant plus que le marché suisse, même s’il croît, est limité et que la matière grise est la seule ressource dont nous disposons. Innover, c’est la condition sine qua non pour rester compétitif, conquérir de nouveaux marchés et participer activement à la prospérité du canton.

Mais rien n’est cependant acquis: l’innovation reste un processus qui doit être encadré et soutenu constamment pour demeurer dynamique.

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L’EPFL, un modèle d’ouverture sur le monde

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) célèbre ses 50 ans cette année. Figurant dans les meilleurs classements académiques mondiaux, l’institution a su s’ouvrir vers l’étranger, entraînant tout un canton dans son sillage.

Nul doute qu’il y aura foule, les 14 et 15 septembre prochains, sur le campus de l’EPFL, à Ecublens. A l’occasion de son demi-siècle d’existence, l’institution ouvrira ses portes pour présenter son rôle et ses missions au public, qui aura l’opportunité de mesurer l’excellence de celle qu’on appelait autrefois l’EPUL. Sous la houlette de son ancien président, Patrick Aebischer, l’EPFL est devenue un établissement de premier plan au niveau mondial, trustant les places d’honneur dans les classements académiques planétaires. Ouverture à l’univers des neurosciences, à l’innovation en général et mise en valeur du site – le rutilant Rolex Learning Center en est la parfaite illustration – ont contribué à accentuer et à pérenniser une renommée justifiée.

Son successeur, Martin Vetterli, lui a emboîté le pas afin de maintenir ce haut niveau d’exigence dans un monde universitaire toujours plus concurrentiel. Invité l’autre soir sur le plateau du «19:30» de la RTS, le président actuel de l’EPFL a rappelé combien ces «rankings» donnaient une grande visibilité à l’institution, qui lui permettent d’attirer des professeurs et des chercheurs de renom des quatre coins de la planète. Cette réputation suscite également des vocations dans les auditoires: l’école compte aujourd’hui plus de 11’000 étudiants venant de plus de 116 nationalités.

Ce cosmopolitisme illustre à quel point notre pays a besoin de l’étranger pour prospérer. Interrogé sur le surplace de l’accord-cadre, Martin Vetterli a d’ailleurs fait part de l’inquiétude que ce blocage institutionnel suscitait pour les milieux académiques dans la perspective d’une collaboration scientifique à l’échelle européenne.

Migration bénéfique

Hasard du calendrier, une statistique vaudoise sur la migration diffusée la semaine dernière tombe à point nommé pour rappeler combien l’ouverture est bénéfique pour l’économie suisse. Il ressort ainsi que la part de la population active issue de la migration, prise en compte jusqu’à la troisième génération, a atteint 54% dans le canton de Vaud en 2018. Selon les chiffres publiés, «445’000 résidants exercent une activité professionnelle ou sont à la recherche d’un emploi. La population active vaudoise compte ainsi 104’000 personnes de plus (+31%) qu’en 2002, année de l’entrée en vigueur de l’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne.» Rappelons, dans ce contexte, que le taux de chômage dans le canton s’est établi à 3,2% à la fin du mois de juillet 2019.

À l’heure où certains prônent le repli et l’isolationnisme, il est bon de rappeler que notre pays ne saurait vivre en vase clos et qu’il a tout intérêt à entretenir les meilleures relations possibles avec ses partenaires européens et d’ailleurs. Il conviendra de s’en souvenir à l’heure de glisser son bulletin de vote le 20 octobre prochain à l’occasion des élections fédérales.

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La déconnexion numérique est une question de bon sens

Déferlante digitale oblige, chacun d’entre nous peut être joint partout, en tout temps. Les entreprises doivent-elles édicter des directives claires pour encadrer cette évolution? Ou faut-il légiférer? La réponse relève d’une certaine évidence.

Le smartphone est devenu un compagnon indispensable pour l’immense majorité d’entre nous. Une étude fédérale présentée cette semaine montre que les 16-25 ans y consacrent 4 heures par jour en moyenne, contre deux heures et demie pour les personnes âgées entre 40 et 55 ans. Cette enquête montre aussi que les jeunes sont plus conscients de leur dépendance à internet que les adultes. Dans les faits, le téléphone portable remplace allègrement l’ordinateur. Il n’est dès lors pas évident de tracer une frontière entre l’usage privé ou professionnel de ce nouveau graal de la communication. Des voix s’élèvent d’ailleurs pour demander que l’Etat légifère dans ce domaine pour préserver la sphère personnelle des employés. Par voix de motion, en 2017, une élue a demandé au Conseil fédéral (CF) d’édicter une loi pour accompagner l’évolution technologique du travail («Déconnexion en dehors des heures de travail»).

Les sept Sages n’ont pas jugé utile de donner suite à cette intervention. Ils ont souligné que, pour protéger la santé des travailleurs, il est important de définir des laps de temps pendant lesquels le travail doit être fourni et d’autres pendant lesquels il n’a pas à l’être. Dans la pratique, le CF juge déterminante la façon dont est concrètement réglementée la joignabilité dans l’entreprise. Cela peut se faire par des directives internes, par des clauses dans le contrat de travail, ou encore par des accords passés avec la représentation des travailleurs dans l’entreprise ou par des accords collectifs conclus entre les associations de travailleurs et les associations d’employeurs.

Une réflexion à mener dans chaque entreprise

Cette vision des choses répond à une certaine logique. Régler la question du droit à la déconnexion par la loi est à la fois trop compliqué et trop contraignant, tant les entreprises diffèrent les unes des autres par leur taille et par leurs secteurs d’activités. En outre, chacun réagit différemment face au mail professionnel du samedi soir: certains y répondront parce que cela les rassure alors que d’autres préféreront ne l’ouvrir que le lundi matin. A mes yeux, une politique de RH moderne oblige chaque firme à se préoccuper de cette question. La santé des collaborateurs relève de la responsabilité des employeurs, car l’on sait quel peut être le coût humain et professionnel d’un burnout. Une réflexion doit être menée dans chaque société, surtout à une époque où les modes de vie évoluent vite: les jeunes talents, en particulier, recherchent plus de liberté et souhaitent davantage du télétravail. Il s’agit dès lors de veiller à ce que les «règles du jeu» soient en adéquation tant avec les impératifs de rentabilité de l’entreprise qu’avec les contraintes et les desiderata des employés.

Cela dit, ne soyons pas trop naïfs: de nombreux chefs d’entreprise constatent que des collaborateurs alternent allègrement activités professionnelle et privée au travail, que ce soit avec l’ordinateur du bureau ou avec leur propre smartphone. Une petite commande chez Zalando par ici, une réservation de vol chez Easyjet par là ou encore une recherche sur le prochain festival musical sont monnaie courante. Il s’agit donc de faire de l’ordre et d’appliquer des règles claires pour l’ensemble des collaborateurs. C’est ainsi qu’une entreprise moderne pourra attirer de jeunes talents et prévenir le surmenage professionnel. Il faut pour cela édicter des règles sur mesure, mais surtout pas de lois. C’est une simple question de bon sens.

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Le goût pour l’entrepreneuriat ne s’improvise pas

Le volet suisse d’une étude internationale affirme que les intentions de créer une entreprise sont en baisse dans notre pays par rapport à 2017. Ce recul des velléités entrepreneuriales interpelle. Tentative d’explications.

«La Suisse est loin d’être une nation de start-up.» Le constat, cinglant, émane de la Haute école de gestion Fribourg (HEG-FR), qui a réalisé le volet suisse de la dernière édition du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), soit la plus grande étude internationale portant sur l’esprit d’entreprise. Selon les chiffres publiés la semaine dernière, les intentions de créer une société (6,9%) sont en baisse en Suisse par rapport à 2017 (10,5%) et même inférieures à la moyenne des autres économies à revenu élevé (17,1%). En outre, seuls 7,4% des Suisses se sont lancés dans des activités entrepreneuriales, un taux de base inférieur à la moyenne des pays comparés (10,4%). Plus de 2400 personnes ont pris part à ce monitorage.

Ces données, avouons-le, constituent une demi-surprise. On sait depuis belle lurette que la peur de l’échec entrepreneurial est culturellement assez développée dans notre pays, alors qu’à l’inverse, les Américains ont une grande confiance en leur propre capacité à créer une société. L’étude met d’ailleurs ce point en exergue: «Les chiffres montrent que les Suisses sont moins confiants quant à leurs capacités à créer une entreprise (taux de perception des capacités de 36,3%), ce qui s’accompagne d’une plus grande crainte de l’échec par rapport à 2017 (39,9%, 2017: 29,5%).»

Prendre des risques… ou pas

Une autre explication réside dans la situation plutôt florissante de notre économie par rapport à celle de la plupart de nos voisins européens. Pourquoi créer sa propre start-up et en assumer les risques alors que de nombreuses sociétés innovantes et bien profilées sur le marché sont en quête de talents? Tout cela ne pousse guère à l’aventure entrepreneuriale. Sans parler du manque de soutiens au lancement d’entreprises ou, disons plutôt, la relative méconnaissance des instruments qui existent.

Cette tendance baissière étonne pourtant dans la mesure où de nombreux experts affirment depuis des années que le fait, pour de jeunes Suisses, de côtoyer toujours plus d’étudiants étrangers et de startuppers sur les campus devrait les pousser à se lancer davantage dans la création d’entreprise. Les faits démontrent – et l’enquête le met aussi en évidence – que le dynamisme est clairement plus élevé du côté de l’arc lémanique et de Zurich que dans d’autres régions du pays. L’émulation suscitée par les Hautes écoles n’y est évidemment pas étrangère.

Surtout, la HEF-FR observe une désaffection très marquée de la part de la jeune génération pour l’entrepreneuriat. Ainsi, en comparaison avec les autres économies à revenu élevé, seuls 2,2% des jeunes Suisses âgés de 18 à 24 ans participent actuellement à la création d’une entreprise ou dirigent une start-up. Il s’agit du taux le plus bas de tous les pays, nettement inférieur à la moyenne (9,5 %). La Suisse occupe ainsi le 30e rang des 32 pays à revenu élevé… Pour les 35 à 54 ans, il est de 48,9%! Commentaire de Rico Baldegger, directeur de la Haute école fribourgeoise: «J’en conclus que notre offre de soutien, qui concerne non seulement mais tout particulièrement les universités, s’adresse en réalité au mauvais groupe d’âge. L’image du jeune entrepreneur de génie – le mythe de Mozart – est trompeuse.»

Capital-risque en hausse

Un point positif, toutefois: le Swiss Venture Capital Report a révélé au début de cette année que les start-up suisses technologiques avaient reçu, en 2018, 1,24 milliard de francs en capital-risque. On se s’improvise certes pas entrepreneur, mais nul doute que ces tendances sur le front de l’investissement, ainsi que la vitalité de l’écosystème innovatif vaudois, devraient contribuer à susciter de nouvelles vocations.

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La science, ce puits d’emplois et de valeur ajoutée

La récente Conférence mondiale des journalistes scientifiques, qui s’est déroulée à Lausanne, l’a confirmé: notre région s’installe toujours davantage sur la carte internationale de la recherche.

Exposé au sous-sol du Swiss Tech Convention Center, il ressemblait de loin au croisement entre un alambic et un amplificateur à lampes: l’ordinateur quantique prototype issu des laboratoires d’IBM est pourtant un porte-drapeau de la science avancée. Dans les entrailles du grand bâtiment biseauté de l’EPFL, cette merveille de technologie a été vue par près de 1200 spécialistes venus du monde entier, réunis début juillet à l’enseigne de la 11e Conférence mondiale des journalistes scientifiques (WCSJ), qui s’est tenue à Lausanne. L’espace d’une semaine, le chef-lieu vaudois s’est donc mué en capitale mondiale de la transmission du savoir scientifique.

Un honneur qui ne doit rien au hasard. Il consacre une réalité en développement constant: notre région cherche à s’inscrire sur la carte mondiale de ces lieux où le pouls de la recherche s’accélère. La présence d’un événement tel que le WCSJ est un marqueur dans cette progression. Biotechnologies, medtech, sciences de la vie, mais aussi recherche sur le cerveau humain, connectique, technologies de l’information, blockchain, intelligence artificielle, énergie, climat, sciences de la Terre, sciences humaines, les domaines d’excellence sont multiples. Ils attirent des étudiants d’horizons vastes, qui propagent ensuite loin l’image d’une région, d’une Suisse créatrice de valeur ajoutée, ouverte sur l’avenir, riche en potentiels, terreau d’expertise et de savoir-faire.

Des résultats tangibles

Car cette science est adossée à des mécanismes de transfert de technologies et d’incubation d’entreprises qui, déjà, ont donné des résultats passionnants et tangibles. En 2018, les investissements dans les start-up vaudoises ont dépassé les 267 millions de francs. Et derrière les locomotives qu’ont été Sophia Genetics ou ADC Therapeutics, qui ont levé des sommes considérables pour financer leur croissance initiale, une foule d’autres sociétés ont émergé et émergent encore. Elles montrent à quel point il est important d’avoir une politique favorisant, d’une part, la recherche et l’excellence académique et, d’autre part, le venture capital et l’esprit d’entreprise. L’un et l’autre sont comme le yin et le yang d’un cercle vertueux, susceptible de créer des vocations et des emplois qui, eux-mêmes, généreront d’autres richesses et d’autres emplois, pour le plus grand bénéfice de l’ensemble de la société.

Mais comme toute chose vivante, cet essor est fragile si l’on ne s’en occupe pas avec la plus forte intensité. Il faut que tout l’écosystème fasse l’objet de la plus grande attention, pour que les efforts consentis hier continuent de porter les fruits de demain. A cet égard, le soin apporté aux conditions-cadres, qui permettent à des grandes entreprises multinationales, leaders dans leur domaine, de prospérer depuis nos terres est l’une de ces conditions. Leur effet d’entraînement est important, pour les PME qui innovent ici comme pour les start-up. C’est dans ce maillage fin entre science de pointe et économie que réside l’avenir de notre prospérité.

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